‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 22 sur 73 · PREMIER ÉVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

PREMIER ÉVÊQUE DE QUÉBEC

O Canada, plus beau qu’un rayon de l’aurore,

Te souvient-il des jours où, tout couvert encore Du manteau verdoyant de tes vieilles forêts.

Tu gardais pour toi seul ton fleuve gigantesque,

Tes lacs plus grands que ceux du poème dantesque,

Et tes monts dont le ciel couronne les sommets ?

Te souvient-il des jours où l’écho des montagnes Chantait, comme un clairon, au milieu des campagnes, L’hymne de l’Iroquois scalpant ses ennemis ?

(1) Monseigneur Laval, premier évêque de Québec. — Cette pièce fut écrite à l’occasion du deux-centième anniversaire de l’arrivée en Canada de Mgr Laval, anniversaire célébré avec grande pompe au séminaire de Québec, le 16 juin 1859. ^

Mgr François de Laval de Montmorency, abbé de Montigny, né à Laval le 30 avril 1623, fut nommé, en 1658, évêque de Pétrée in parlibus infidelium, et vicaire apostolique de la Nouvelle-France. 11 arriva à Québec le 16 juin 1659. Nommé, quelques années après, évêque de Québec, il se démit de son évêché en 1688 en faveur de Mgr de Saint-Vallier et se retira au séminaire de Québec, qu’il avait fondé en 1663 et auquel il avait légué tous ses biens. C'est là qu’il mourut en 1708, plein de jours et de mérites.

OCTAVE CRÉMAZIE

Où tes vieux héros morts, assemblés sur les grèves, Venaient, pendant la nuit, illuminer les rêves De tes sombres guerriers sur la rive endormis ?

Te souvient-il des jours où, passant dans l’orage. Les dieux de tes forêts, portés sur un nuage,

De leurs longs cris de guerre enivrant tes enfants, Leur montraient dans la mort une vie immortelle, Où leur âme suivrait une chasse éternelle D’énormes caribous et d’orignaux géants ?

Un jour, troublant le cours de tes ondes limpides, Des hommes étrangers, sur leurs vaisseaux rapides, Vinrent poser leur tente au pied de tes grands bois. Ils pliaient les genoux en touchant ton rivage ;

Puis, au Maître du ciel adressant leur hommage, Plantaient un drapeau blanc à côté d’une croix.

Et prenant ce drapeau, ces hommes au teint pâle Portèrent les rayons de sa couleur d’opale Jusqu’aux bords sablonneux du vieux Meschacébé ; Et devant cette croix qui brillait dans tes ombres,

Tu vis tes dieux vaincus pleurer sur les décombres Amoncelés autour de leur autel tombé I

Pourquoi donc tous ces cris de bonheur et de fête ? Tes guerriers, apportant les fruits de la conquête, Rentrent-ils dans tes murs, jeune Stadacona ? L’Iroquois, terrassé par la valeur huronne,

A-t-il laissé tomber la terrible couronne Qu’au sein de la bataille Areskoui lui donna ?

L’Iroquois n’a pas vu de sa main affaiblie Tomber le tomahawk ; dans son âme remplie Des farouches instincts légués par ses aïeux,

La peur n’a pas encor pu trouver une place.

De l’étendard français il brave la menace Et garde fièrement et sa gloire et ses dieux.

Ce n’est pas un héros illustre dans l’histoire Qui vient, tout rayonnant des feux de la victoire, Déposer à Québec son glaive triomphant ;

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