‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 23 sur 73 · I.A POÉSIE CANADIENNE · texte numérisé non relu

I.A POÉSIE CANADIENNE

Celui vers qui s’élève, en ce jour d’allégresse,

Ce concert solennel de joie et de tendresse,

Est un homme encor jeune, au regard bienveillant.

Le signe rédempteur qui brille à sa poitrine Annonce à tous les yeux sa mission divine.

Il s’en vient commander les combats du Seigneur Dans les vastes forêts où domine la France ;

Et sans craindre jamais l’obstacle ou la souffrance,

Il s’avance où l’appelle une pieuse ardeur.

De cet amour divin qui dévore son âme Partout il fait briller la bienfaisante flamme ;

Sa sainte voix, troublant le silence éternel Des grands bois canadiens, fait surgir dans les nues Ces clochers rayonnants dont les flèches aiguës Au sauvage étonné montrent du doigt le ciel.

Affrontant les dangers des vagues mugissantes.

On le voit ranimer les églises naissantes Qui s’élèvent au bord du Saguenay lointain ; Comme un soleil ardent et répandant sa lumière.

En passant il console et la pauvre chaumière Et le grand chef huron pleurant sur son destin.

Quand Mésy, d’Avaugour, abusant de leur force, Osent donner appui, sous la hutte d’écorce,

Au trafic infamant de la liqueur de feu,

Intrépide gardien de la morale austère,

Il sait faire gronder, sans craindre leur colère.

Sur leurs coupables fronts les foudres de son Dieu.

Des bords gaspésiens au lac des Deux-Montagnes, Quand il a fait briller ces trois saintes compagnes La douce Charité, l’Espérance et la Foi,

Comme un vainqueur chargé des dépouilles opimes Il montre cent tribus, ô conquêtes sublimes !

Qui des leçons du Christ reconnaissent la loi.

Mais bientôt s’arrêtant au milieu de sa course,

Des saints enseignements il vient ouvrir la source Et fonde la maison, ce foyer immortel,

Qui verse encor sur nous ses torrents de lumière ;

OCTAVE CRÉMAZIE

Où, des saintes vertus suivant la règle austère,

On apprtud à servir la patrie et l’autel.

Deux siècles sont passés sur cet illustre asile,

Deus siècles sont passés, et toujours immobile Comme un roc au milieu des vagues en fureur,

Il a vu s’élever, grandissant sous son ombre,

Ces temples du vrai Dieu, ces collèges sans nombre Qui sont de la patrie et la force et l’honneur.

Mais déjà ce héros voit sa force tarie Dans les nombreux combats où s’épuise sa vie, Donnant à Saint-Vallier son glorieux fardeau Il s’en va reposer les jours de sa vieillesse Dans ce paisible asile objet de sa tendresse,

Où son coeur se prépare à la paix du tombeau.

Et quand la mort parut au sein de sa retraite,

Elle n’eut qu’a cueillir cette fleur toute prête Pour les jardins bénis du séjouir éternel.

Et sur les bords heureux où son nom brille encore. Les chênes attristés, dans la forêt sonore, Chantèrent ses vertus aux archanges du ciel. ,

Page 1