DE LA L
L'ÉRAPLE (1836) (Anonyme)
Parti du nord, l'hiver, en frissonnant, Déroule aux Champs son froid manteau de neige ; L'arbuste meurt et le hètre se fend.
Seul au désert, comme un roi Sur son siège, Un arbre encor ose lever son front
Par les frimas couronné d’un glaçon :
Cristal immense où brillent scintillantes L'or et de feu mille aigrettes flottantes, Flambeau de glace, étincelant la nuit, Pour diriger le chasseur qui le suit :
Du Canada c’est l’érable chérie,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie !
Mais quand zéphyr amollit les sillons,
Que le printemps reparait dans la plaine,
Le charme cesse : ils tombent ces glaçons,
Comme des bals la parure morndaine
Dont la beauté s’orne tous les hivers.
L'arbre grisâtre, échauffé par les airs,
Verse des pleurs de sa souche entr’ouverte,
Comme un rocher suinte une écume verte;
Mais, douces pleurs, nectar digne des dieux !
C'est un breuvage, un mets délicieux :
Du Canada c’est l’érable chérie,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie!
L'été s'avance avec ses verts tapis;
Et libre enfin du bourgeon qui la couvre,
En festons verts, sur chaque rameau gris,
Comme un trident une feuille s’entr'ouvre.
L'arbre s'ombrage, épaissit ses rameaux,
Et les dispose en voûtes, en berceaux.
Sur le chasseur, l’émigré qui voyage,
Le paysan, il étend son feuillage,
Dôme serré qui brave tour-à-tour
Les vents d’orage et les rayons du jour :
Du Canada c’est l’érable chérie,
L'arbre sacré, l'arbre de la patrie!
L'automne enfin, sur l'aile d'Aquilon, Comme un ruage emporte la feuillée, Et verse à flots, sur l’humide vallon, Brume, torrent, froid, brouillard et gelée.
L'érable aussi dépouille son orgueil Et des forêts sait partager le deuil ; Mais en mourant, sa feuille belle encore Des feux d’Iris et du fard de l’aurore, Tombe et frémit, en quittant son rameau Pour tapisser les sentiers du hameau :
Du Canada c'est l'érable chérie,
L’arbre sacré, l'arbre de ia patrie !