DEPART DE CARTIER
t braves; (1867)
secrets. Sur ce rocher lointain que baigne l'Atlantique Où St-Malo se dresse avec son château fort,
Et contemple du haut de sa muraille antique Les navires nombreux qui rentrent dans son port, Voyez-vous cette foule attendrie et pensive
Qui se presse aux abords des quais tumultueux ? Et ces trois brigantins qui, non loin de la rive, Creusent languissamment le flot majestueux, Comme des alcyons que les vagues limpides Balancent mollement dans leurs plis onduleux : Et plus loin, voyez-vous ces marins intrépides
Qui s'en vont deux à deux vers le temple divin,
; Choisir le Tout-Puissant et ses anges pour guides,
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A travers les écueils d’un océan sans fin ?
A leur tête est Cartier, dont la nef voyageuse
roits, A déjà sillonné toutes les mers du Nord :
Hardi navigateur, que la vague orageuse
N'a jamais vu trembler en face de la mort!
Cartier que deux flambeaux éclairent sur sa route, Deux phares lumineux, le Génie et la Foi!
Cartier dont l'âme simple a triomphé du doute
Et nourrit deux amours, son Seigneur et son Roi! Où vont-ils donc ces preux à l’allure guerrière ? —Ecoutez ces accents s'élevant des autels :
“ En ce jour, l'Esprit-Saint, la divine lumière
‘“ Descenait autrefois sur douze humbles mortels: « Mes frères, dans vos cœurs il va descendre encore, « Et sera votre phare au milieu des dangers.
‘“ Partez, et ses rayons, comme ceux de l'aurore,
« Dissiperont la nuit sur les bords étrangers.
« Allez planter la croix sur la rive lointaine
‘« Qui vient de s'élever sur les mers d’occident ;
« De l'empire du monde elle est la souveraine,
‘“ Qu'à ses pieds se prosterne un nouveau continent! «“ Loin de vous ces projets de grandeur chimérique « Et ce rève de l'or, le tourment des humains :
‘“ Descendants des croisés, allez en Amérique,
‘“ Avec une âme pure, avec de blanches mains;
‘“ Annoncez de Jésus la divine parole,
‘« Et soyez comme lui des messagers d'amour ;
‘“ Devant vous de Satan se brisera l’idole,
Et le règne du Christ enfin aura son jour !”
oi!
1COre,
Ainsi parla longtemps le pasteur vénérable.
Mais l'heure du départ va bientôt retentir :
Déjà l’ancre est levée, et le vent favorable
Enfle la voile blanche : à bord ! il faut partir.
À quelques jours de là, comme des hirondelles
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Les trois voiles glissaient, comme trois sœurs jumelles,
Sur des flots jusqu'alors ignorés des vaisseaux.
LE CANADA AU XIX"®e SIÈCLE
Trois siècles sont passés, et les peuples sauvages
Qui foulaient autrefois l'herbe de nos rivages, Comme une ombre sont disparus.
Il est vaincu le Dieu de l’Iroquois terrible !
Et les adorateurs de la croix invincible
Comme ces blés se sont accrus.
Stadaconé n'est plus ; et sur son promontoire Québec dresse son front tout rayonnant de gloire,
Du passé vivant souvenir !
Les murs d'Hochélaga sont tombés en poussière,
Et Montréal drapant une robe princière,
Marche à grands pas vers l'avenir.
Les moissons et les fleurs reculent les savanes, Et les grandes cités remplacent les cabanes Sur les rives du St-Laurent ; Les villagesriants émallent nos campagnes, Et des bocages verts, aux flancs de nos montagnes
S'élancent nos clochers d'argent.
Oh! si tu revenais sur la rive fleurie,
Que ton cœur généreux nous légua pour patrie, Noble père de nos aïeux !
Comme ton cœur charmé bondirait d'allégresse,
En voyant tes enfants tout brillants de jeunesse,
Grandis, prospères et joyeux.
O Cartier, gloire à toi! l'œuvre de ton génie
Etait sublime et sainte, et ton Dieu l’a hénie, En récompense de ta foi;
Ce grain de sénevé de l’œuvre évangélique
Va produire bientôt un arbre magnifique !
O Cartier, gloire à toi!
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