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Sous la nef des Hurons
‘ Tantôt ils poursuivaient de leurs flèches sifllantes
Le renne qui pleure en mourant,
Et tantôt, sous les coups de leurs haches san glantes,
L'ours tombait en mugissant.
Et, fiers chasseurs, ils chantaient leur victoire Par des refrains qu'inspira la valeur.
Mais pourquoi rappeler aujourd'hui la mémoire
De ces jours de grandeur ? ”
“ Hélas ! puis-je, joyeux, en l'air brandir la lance Et chanter aussi mes exploits ?
Ai-je bravé comme eux, au jour de la vaillance, La hache des Iroquois ?
Non, je n’ai point, sentinelle furtive, Jusqu'en leur camp surpris des ennemis.
Non, je n’ai pas vengé la dépouille plaintive
De parents et d'amis !”
‘“ Tous ces preux descendus dans la tombe éternelle Dorment couchés sous ces guérets ; De leur pays chéri la grandeur solennelle Tombait avec les forêts.
Leurs noms, leurs jeux, leurs fêtes, leur histoire, Sont avec eux enfouis pour toujours.
Et je suis resté seul pour dire leur mémoire
Aux peuples de nos jours ! ”
Orgueilleux aujourd'hui qu'ils ont mon héritage, Ces peuples font rouler leurs chars Où jadis s'assemblait, sous le sacré feuillage, Le conseil de nos vieillards.
Au sein du bruit leurs somptueux cortéges
Avec fracas vont profaner ces lieux !
Et les éclats bruyants des rires sacriléges
Y montent jusqu'aux cieux ! ”
“ Mais il viendra pour eux le jour de la vengeance,
Et l’on brisera leurs tombeaux.
Des peuples inconnus comme un torrent immense Ravageront leurs côteaux.
Sur les débris de leurs cités pompeuses, Le pâtre assis alors ne saura pas Dans ce vaste désert quelles cendres fameuses
Jaillissent sous ses pas.”
4 Qui sait ? peut-être alors renaitront sur ces rives Et les Indiens et leurs forûts ; Et reprenant leurs corps, leurs ombres fugitives Couvriront tous ces guérets ; Et se levant comme après un long rêve, Is reverront partout les mêmes lieux, Les sapins descendant jusqu'aux flots sur la grève,
En haut les mêmes cieux ! ”