‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 32 · P. J, 0. CHAUVEAU · texte numérisé non relu

P. J, 0. CHAUVEAU

JOIES NAIVES

‘Oh ! que j'aime la neige! Oh! que j'aime à la voir

Descendre par f-.cns sur le sol encor noir!

Ou bien, quand eile tombe en poussière si fine

Que l'on croirait qu'un ange épand de la farine

Pour donner des gâteaux à nous, petits enfants.

Et puis, maman, j'en fais des bonhommes tout blancs

Et j'élève des forts que mon grand frère assiége :

Oh! que j'aime la neige !”

“ Vois-tu, c’est si plaisant ! Et le soir nous glissons

Si loin sur nos traineaux ! Et nous recommençons

‘ À descendre et monter mille fois les collines,

Jusqu'à ce que la lune aux lueurs argentines

Nous montre dans le ciel sbn visage riant :

Alors, mon frère et moi, nous revenons ensemble

Vers toi, vers le foyer qui toujours nous rassemble Ë

Vois-tu, c'est si plaisant !”

“Oh! qu'on glisserait bien sur tous ces beaux nuages

Qui l'hiver sont si blancs ! Je les crois des rivages

De neige épaisse et dure et de brillants glaçons

Que chez lui, dans le ciel, le bon Dieu nous fait faire,

Pour y laisser jouer les bons petits garçons.

Tu dis que pour marcher le Seigneur nous éclaire,

Et que nous irons là, si nous faisons le bien :

Oh !'qu'on glissera bien !”

“Te plait-il, comme à moi, dans l'épaisse fourrure

Enveloppés tous deux, de voler en voiture

Sur la plaine blanchie et sur les lacs glacés ?

Voir passer devant nous les clochers élancés,

À Voir passer la montagne avec sa cime nue,

La forèt de sapins qui toujours nous salue ;

Voir s'enfuir la corneille avec un cri d’effroi.

Te plait-il comme à moi ?”

“ Moi, j'aime les sapins ! Ils conservent leurs branches

L'hiver commel'été. Jamais on ne les voit

Comme ces arbres fous, qui lors des neiges blanches

Se dépouillent tout nus, et pensent que le froid

Est pour eux un grand bien, La forêt n’est plus belle,

Et c’est bien de leur faute, et la neige nouvelle

Ne les couronne plus comme mes arbres fins, :

Comme mes beaux sapins.”

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‘“ Les petils oiseaux blancs viendront-ils cette année, Sortant de la forêt, jouer dans la vallée ?

Ts n’ont point peur de nous, et ne sont point frileux ; Car si pour rux la neige est une couche molle, Elle est aussi bien froide. Oh ! je serais heureux Si, comme l'an dernier, notre maître d'école Voulait laisser encor sautiller sur les bancs

Les petits oiseaux blancs !”

‘“ Que l'hiver serait beau, n'était-ce que la bise, Dont le souffle cruel poursuit les ciseaux blancs, Et fait toujours pleurer les bons vieux mendiants, A la voix si tremblante, à la barbe si grise !

Qui pourrait sur chacun jeter quelque manteau Bien nenf et bien épais, et dans chaque famille Allumer au foyer comme un grand feu de grille,

Que l'hiver serait beau !”

‘ Pour nous, riches enfants, l'hiver est bien aimable : C'est le temps de Noël, et c'est le temps du bal, Où l’on va voir Jésus couché dans une étable, Où le soir, au Salon, tout n’est qu'or et cristal, Et parure nouvelle, et frais bouquets de roses. Mais l'hiver ne fait point du tout les mêmes choses

Pour le fils de la veuve aux haillons tout pendants

Que pour d’autres enfants.”

« Je n'aime plus la neige, à présent que je songe Aux pauvres orphelins qui pleurent de la voir, Lorsqu'ils n’ont pas de feu, que c’est bientôt le soir, Et que, depuis deux jours, l’ardente faim les ronge. C’est bien triste pourtant, et c’est très-ennuyeux D'’avoir le chemin noir et gluant sous les yeux... Mais il est tant de gens que la inisère assiége !

Je n'aime plus la neige.”

Il parla bien longtemps, le petit Canadien.

Son père près de lui dans son lit dormait bien,

Et sa mère écoutait son ingénu langage, Trouvez-moi, dans le monde, une mère assez sage Pour s'endormir la nuit quand parle son enfant ! Pour celle-ci du moins, elle fut éveillée,

Et sous ses blancs rideaux, sur son coude appuyée, Et souriant parfois et d'autres fois pieurant,

Tout le temps qu'une voix suave, jeune et fine

S'éleva doucement de la couche voisine.

Cependant de l'enfant, le lendemain matin, Je ne saurais vous dire au juste la pensée, Quand il vit au réveil, partout sur le chemin, La neige éblouissante et nouvelle, et posée

Com me est sur un gâteau le sucre appétissant,

Ni s’il fut tout de suite aussi compatissant, Ou s’il it éclater une joie enfantine ;

Mais on dit seulement qu’à la maison voisine,

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Où l’on n’avait jamais de bois pour se chauffer,

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Ni rien pour se couvrir, ni de pain pour manger, On eut chaud ce jour-là, et l’on fit bonne table,

Et l’on nomma souvent /« dame charilable.

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