‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 12 sur 86 · LE VIEUX CHÈNE (IS · texte numérisé non relu

LE VIEUX CHÈNE (IS

AGUÈRE, sur les bords de l'onde murmurante,

Un vieux chêne élevait sa tête dans les cieux : = Et de ses rameaux verts l'ombre rafraîchissante Protégeait l'humble fleur qui naissait en ces lieux.

Les zéphirs soupiraient, le soir, dans son feuillage

Argenté par la lune, et dont plus loin l'image

Ondoyait sur les flots roulant avec lenteur ;

Les oiseaux y dormaient la tête sous leur aile,

Comme, la nuit, sur l’eau repose la nacelle Immobile du pêcheur.

Des siècles à ses pieds reposait la poussière. Que d'orages affreux passèrent sur son front Dans le cours varié de sa longue carrière !

Que de peuples tombés sans laisser même un non ! Impassible témoin de leur vaste naufrage, Que j'aimais à prêter l'oreille à ton langage Si plein de souvenirs des âges révolus !

Lui seul pouvait encore évoquer sous son ombre L'image du passé, les fantômes sans nombre Des peuples qui n'étaient plus.

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Quand le vent gémissait dans ses branches massives,

Et qu'assis je tâchais de comprendre le sens

Vague et mystérieux de ses notes plaintives, D'autres fois je croyais qu'il répétait les chants, Et mes yeux semblaient voir sortir de la poussière Vingt peuples inconnus se poussant sur la terre Conme des flots pressés qu'agite l'aquilon,

Et chacun sur le sol qu'avaient conquis ses pères Suecomber à son tour sous les dards sanguinaires

De quelque autre nation.

Les voilà, les voilà comme des päles ombres Ces peuples, l'œil furtif, errant dans les forûts. Aux volantes lueurs des feux sous les pins sombres Saintille à leurs côtés la pointe des stylets. Is ont le pas lécer et le regard rapide :

Is vivent du produit de leur flèche homicide, La mort seule fournit à leur sanglant festin. Partout, d’un pôle à l'autre, un vaste eri de guerre Denande tous les jours du sang à cette terre

Qui leur à fermé son sein.

Silence ! entendez-"ous monter leurs eris sau vases, Qui d'échos en échos se perdent dans les airs ? À l'entour des vaincus, dansant sous les feuillages, [ls font tous en cadence entrechoquer leurs fers. Les bûchers sont chargés de victimes humaines Dont le gémissement se mêle au bruit des chaînes : Le sang ruisselle et teint le sol épouvanté.

O jour d'affreuse joie et de cruels supplices, Les feux vont inonder tes sanglants sacrifices

De leur terrible clarté.

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C’est donc là lIndien à lil noir et farouche, Couvrant de ses œuerriers les bords du Saint-Laurent. De la cime des monts où pend sa frêle couche, Il montre plein d'orgueil son empire puissant. Le glaive, c’est sa loi, la seule qu'il connaisse, ï Jamais devant mortel sa téte ne s'abaisse :

Libre de tout frein et fier de sa hberté, [ dédaigne douvrir le sol que son pied foule ; [va chercher sa proie où l’astre des jours roule Dans les flots de sa clarté.

Jadis un voyageur, au pied d'une colonne Assis, les yeux fixés sur des débris épars, Dans son rêve crut voir s’animer Babylone, Et debout se dresser ses immenses remparts.

Aïnsi je croyais voir, chêne, à ta voix superbe Des barbures armés sortir de dessous l'herbe. Et nos bords se convrir de profondes forêts : Mais un cri retentit au loin dans les vallées : L'illusion tomba ; les moissons ondulées Seules couvraient les œuérets.

[l ne restait que toi, dernier débris des âges, Qui surnageais encor sur l'océan des temps, Arbre majestueux, magnifiques feuillages

Que les pères léguaient au respect des enfants, Il était encor là. De loin sa tête altibre, Lentement balancée à la brise légère,

Frappait à l'horizon les yeux des voyageurs : Et le soleil caché derrière les montagnes,

En colorait le faite, au-dessus des campagnes, De ses dernières Ineurs.

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Souvent venaient le soir, au frais du crépuscule, Des aimants à ses pieds s'asseoir sur le t'azon, Et leurs voix se mêlaient au doux bruit que module La vague en expirant sous les pieds du buisson, [ls voyaient dans les cieux couverts de sombres voiles À travers les rameaux, s'allumer les étoiles Qui se réfléchissaient dans le cristal des EAUX, Tandis que le hameau réuni sur la rive Abandonnait sa joie à l'aile fugitive Et folâtre des échos.

Le vieillard, pensif lai, reportait sa mémoire

Sur d’autres jours depuis bien longtemps écoulés,

À ses fils attentifs il racontait l'histoire

De ses anciens amis par le temps emportés,

Là, disait-il, aussi Jétais bien jeune encore,

J'ai vu nos fiers aïeux, un Jour avant l'aurore,

Partir subitement à l'appel du tambour.

O plaines d'Abraham ! victoire signalée !

Ah! pour combien d’entre eux cette grande journée N'eut point, hélas ! de retour !

O chêne, que ton nom résonne sur ma lyre,

Toi dont l'ombre autrefois rafraichit mes aAlCUX, J'ai souvent entendu le souffle de zéphire Soupirer tendrement dans tes rameaux noueux.

Alors l'oiseau du ciel dans sa course sublime Montait, redescendait, et caché dans ta Cime,

[Il enivrait les airs de chants mélodieux,

Et dans un coin obscur de ton épais feuillage

[ déposait son nid à l'abri de l'orage,

A LA 22 Entre la terre et les cieux.

Mais depuis a passé le vent de la tempête ;

La foudre à dispersé tes débris glorieux.

Le hameau cherche en vain ta vénérable tête

Se dessinant au loin sur la voûte des cieux :

Il n'aperçoit plus rien dedans l’espace vide.

Au jour de ta colère, une flamme rapide

Du vieux roi des forêts avait tout effacé.

Hélas lil avait vu naître et mourir nos pères,

Et l'ombre qui tombait de ses bras séculaires, C'était l'ombre du passé,

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