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Cependant il avait la menuce à la bouche, Il se tournait fiévreux sur sa brûlante couche, Le roi Donnacona !
Dans un demi-sommeil, péniblement écloses, Voici, toute la nuit, les fatidiques choses Que le vieux roi parla :
“Que veut-il l'étranger à ln barbe touffuc !
Quels esprits ont guidé cette race velue En decça du grand lac !
Pour le savoir, hélas ! dans leurs fureurs divines, Nos jongleurs ont brûlé toutes les médecines Que renfermait leur suc :
“ Cudougny se tait : les âmes des ancêtres
Ne parlent plus la nuit ; car nos bois ont pour muitres Les dieux de l'étranger :
Chaque jour verra-t-il s'augmenter leur puissance ?
J'aurais pu cependant, avec plus de vaillance, Conjurer ce danger.
“ J'aurais pu repousser, loin, bien loin du rivage Le chef et son escorte, et châtier l’outrage Par leur audace offert, Mais de Cabir-Coubat ils ont toute la grève, Et déjà l’on y voit un poteau qui s'élève, D'étranges fleurs couvert.
“ Ils ont dû tressaillir dans la forêt sacrée Les og de nos aïeux ! Ma poussière exécrée
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N y reposera pas.
Les fils de nos enfants, bien loin d'ici peut-être,
Dispersés, malheureux, maudiront un roi traître, Qu'on nommera tout bas.
“Taiguragny l’a dit : l'étranger est perfide,
Ses présents sont trompeurs, et la main est avide Qui nous donne aujourd'hui :
Elle prendra demain mille fois davantage :
Mon peuple n'aura plus, bientôt, sur ce rivage, Une forêt à lui.
“Taiguragny l’a dit : de ses riches demeures, Où, dans les voluptés, il voit couler ses heures, Leur roi n’est pas content.
Il lui faudrait encore et mes bosquets d’érables, Et l'or qu'il veut trouver caché parmi les sables De mon fleuve géant.
“Jeunes gens, levez-vous et déterrez la hache, Le] La hache des combats ! Que nuile peur n'arrache Le À vos cœurs un soupir !
Comme un troupeau d'élans ou de chevreuils timides, Tous ces fiers étrangers, sous vos flèches rapides,
Vous les verrez courir.
“Mais inutile espoir ! leur magie est plus forte,
Et son pouvoir partout sur le nôtre l'emporte : Leur Dieu, c'est un Dieu fort !
Quand il fut homnie, un jour, dans un bien long sup-
De ceux dont il venait expier In malice [plice, Ce Dieu reçut la mort.
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inides,
; SUPplice,
# Domagaya l’a dit : les tribus de Faurore, Ni celles du couchant, plus savantes encore, N'ont jamais inventé
De tourments plus cruels ; mais, chef plein de vaillance,
1 Dicu des étrangers à souftert en silence, Puis au ciel est monté. ”
Ainsi parlait le roi dans son âme ingénue :
Et lui-même bientôt sur la Hotte inconnue Il partait entrainé.
Ses femines, ses sujets hurlèrent sur la rive, Criant: Ayouhannea ! De leur elameur plaintive Cartier fut étonné,
Et prenant en pitié leur bruyante infortune, Le marin leur promit qu’à la douzième lune Ils reverraient leur roi.
Des colliers :l'és' on scellèrent la promesse, Cartier les acce) cv: puis ils firent liesse,
‘ur il jura sa foi.
Douze lunes et vingt, et bien plus se passavut,
Cinq hivers, cinq étés leutement s'écoulèrent ; Le chef ne revint pas.
L'étranger, de retour au sein de la bourzade,
Du roi que chérissait la naïve peuplade,
Raconta le trépas,
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Vieille Stadaconé ! sur ton fier promontoire, IT n'est plus de forêt silencieuse et noire : Le fer a tout détruit.
Miuis sur les hauts clochers, sur les blanches murailles, Sur le roc escarpé, témoin de cent batailles, Plane une ombre la nuit.
Elle vient de bien ioin, d'un vieux chât:xu de France, À moitié démoli, grand par la souvenance Du roi François premier.
Elle crut au Dieu fort qui souffrit en silence, Au grand chef dont le cœur fut percé d’une lance, Elle crut au guerrier !
Donnacona ramène au pays des ancêtres Domagaya lassé de servir d'autres maîtres, Aussi Taiguragny.
Les vieux chefs tout parés laissent leur sépulture, On entend cliqueter partout comme une armure, Les colliers d’ésureni.
Puis ce sont dans les airs mille clameurs ioyeuses,
Des voix chantent en chœur sur nos rives heureuses,
Comme un long hosanna.
Et l’on voit voltiger des spectres diaphanes,
Et l'écho sur les monts, dans les bois, les savanes. Répète : Agouhanna !
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