‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 23 sur 86 · CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN · texte numérisé non relu

CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN

“ Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse, Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps : “Je viens encor dans ma triste vieillesse,

Attendre iei vos guerriers triomphants,

Ah ! bien longtemps vous attendrai-je encore ‘Sur ces remparts où je porte mes pas !/

De ce grand jour quand verrai-je laurore /

Dis-moi, mon fils, ne parnissentls pas ?

Qui nous rendra cette époque héroïque Où, sous Montenlm, nos bras victorieux Renouvelaient dans la jeune Amérique Les vieux exploits chantés par nos nïeux ?

‘ Ces paysans qui, laissant leurs chaumicres, Venaient combattre et mourir en soldats,

‘ Qui redira leurs charges meurtrières /

Dis-moi, mon fils, ne parnissent-ils pas /

Napoléon, l'HSSASTÉ de gloire, “Oublirait-1l nos malheurs et nos vœux, “ Lui, dont le nom, soleil de la victoire.

‘ Sur l'univers se lève radieux !

Serions-nous seuls privés de la lumière Qu'il verse à Hots aux plus lointains climats 4

O) ciel! qu'entends-je ? une salve cucrrière !

Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

“ Quoi ! c'est, dis-tu, l'étendard d'Anglet

‘ Qui vieut encor, porté par ses va se 0x Cet étendard que moi-même,

A Carillon j'ai réduit en laml

“ Que n'ai-Je, hélas au milieu des batailles “Trouvé plutôt un glorieux trépas,

Que de le voir flotter sur nos murailles!

‘Dis-moi, mon fils, ne parnissent-ils pas !

OCTAVE CHEMAZIE

* Le drapeau blane, la gloire de nos peres,

“ Rougi depuis dans le sang de mon roi “Ne porte plus aux rives étrangères

‘ Du nom français la terreur et la loi.

‘ Des trois couleurs l'invineible puissance

: T'appellera pour de nouveaux combats,

‘ Car c'est toujours l'étendard de la France, * Dis-moi, mon fils, ne paruissent-ils pas /

‘ Pauvre vicillard, dont lu force succombe “ Révant encor l'heureux temps d'autrefois, “J'aime à chanter sur le bord de ma tombe “ Le saint espoir qui réveille ma voix, “Mes yeux éteints verront-1ils dans la nue Le fier drapeau qui couronne leurs mâts ?

“ Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue.

* Dis-moi, mon tils, ne paraissent-ils pas ? ”

Un jour pourtant que grondait la tempête, Sur les remparts on ne le revit plus,

La mort, hélus ! vint courber cette tête

Qui tant de fois affronta les obus,

Mais, en mourant, il redisait encore

À son enfant qui pleurait dans ses bras :

“ De ce grand jour tes yeux verront l'aurore : “Is reviendront !et je n’y serai pas !”

Tu Pas dit, à vicillard ! la France est revenue.

Au sommet de nos murs, voyez-vous dans la nuc

OCTAVE CREMAZIE

Son noble pavillon dérouler sa splendeur !

Ah! ce jour glorieux où les Français nos frères Sont venus, pour nous voir, du pays de nos pères, Sera le plus aïñmé de nos jours de bonheur.

Voyez sur les remparts cette forme indécise, Agitée et tremblante au soutlle de la brise :

C’est le vieux Canadien à son poste rendu !

Le canon de la France a réveillé cette ombre

Qui vient, sortant soudain de sa demeure sombre, Saluer le drapeau si longtemps attendu.

Et le vieux soldat croit, illusion touchante ! Que la France, longtemps de nos rives absente, Y ramène aujourd'hui ses guerriers triomphants,

Et que sur le grand fleuve elle est encor maitresse :

Son cadavre poudreux tressaille d'allégresse, Et lève vers le ciel ses bras reconnaissants.

Abandonnent aussi leur couche funéraire, Pour voir réalisés leurs rêves les plus beaux. Et puis on entendit, le soir, sur chaque rive, Se mêler au doux bruit de l'onde fugitive

Un long chant de bonheur qui sortait des tombeaux.

ENVOI AUX MARINS DE “ LA CAPRICIEUSE ñ

Quoi ! déjà nous quitter ! Quor ! sur notre alléoresse

Venir jeter sitôt un voile de tristesse ?

De contempler souvent votre noble étendard Nos regards s'étaient fait une douce habitude, Et vous nous l’enlevez ! Ah !'quelle solitude Va créer parmi nous ce douloureux départ :

Tous les vieux Canadiens moissonnés par la gucrre

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Vous partez, et bientôt, Voguant vers la patrie,

Vos voiles salûront cette mère chérie !

On vous demandera, là-bas, si les Français

Parmi les Canadiens ont retrouvé des frères. Dites-leur que, suivant les traces de nos pères,

Nous n'oublirons junais leur gloire et leurs bienfaits.

Car, pendant les longs jours où lx France oublieuse Nous laissait à nous seuls la tâche glorieuse

De défendre son nom contre un nouveau destin, Nous avons conservé le brillant héritagr:

Légué pau nos aïeux, pur de tout alliage,

Sans jamais rien laisser aux ronces du chemin.

Enfants abandonnés bien loin de notre mère,

On nous à vus grandir à l'ombre tutélaire

D'un pouvoir trop longtemps jaloux de sa grandeur. Unissant leurs drapeaux, ces deux reines suprêmes Ont maintenant chacune une part de nous-mêmes : Albion notre foi, la France notre cœur

Adieu, noble drapeau ! Te verrons-nous encore ? Déployant au soleil ta splendeur tricolore, Emportant avec toi nos vœux et notre amour,

Tu vas sous d'autres cieux promener ta puissance, Ah ! du moins, en partant, laissez-nous l'espérance De pouvoir, 6 Français, chanter votre retour,

Ces naïts paysans de nos Jeunes cunipagnes

Où vous avez trouvé vos antiques Bretagnes, Au village de vous parleront bien Tongtemps.

Et quand viendra l'hiver et ses longues sotrécs, Des souvenirs frar vais ces âmes altérées

Bien souvent rediront le retour de nos gens !

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Comme ce vieux soldat qui chantait votre gloire,

Et dont, barde inconnu, j'ai raconté l'histoire,

Sur ces mêmes remparts nous porterons nos pas :

Là, jetant nos reuurds sur le Heuve sonore,

Vous attendant toujours, nous redirons encore : Ne paraissent-ils pas ?

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