‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 29 sur 86 · MGR LAVAL, PREMIER ÉVÉQUE DE QUÉBEC" (1S · texte numérisé non relu

MGR LAVAL, PREMIER ÉVÉQUE DE QUÉBEC" (1S

CANADA, plus beau qu'un rayon de l'aurore,

Te souvient-il des jours où, tout couvert encore

Du manteau verdoyant de tes vicilles forûts, Tu gardais pour toi seul ton fleuve gigantesque, Tes lacs plus grands que ceux du poème dantesque, Et tes monts dont le ciel couronne les sommets ?

Te souvient-il des jours où l'écho des montagnes Chantait, comme un elairon, au milieu des campagnes, L'hymne de l'Iroquois scalpant ses ennemis ?

Où tes vieux héros morts, assemblés sur les grèves, Venaient, pendant la nuit, illuminer les rêves

De tes sombres guerriers sur la rive endormis ?

Te souvient-il des jours où, passant dans l'orage, Les dieux de tes forêts, portés sur un nuage,

De leurs longs cris de guerre enivrant tes enfants, Leur montraient dans la mort une vie immortelle, Où leur âme suivrait une chasse éternelle D'énormes caribous et d'orignaux géants ?

Un jour, troublant le cours de tes ondes limpides, Des hommes étrangers, sur leurs vaisseaux rapides, Vinrent poser leur tente au pied de tes grands bois. IS plinient les genoux en touchant ton rivage : Puis, au Maître du ciel adressant leur hommage, Plantaient un drapeau blane à côté d’une croix.

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Et prenant ce drapeau, ces hommes au teint pâle Portèrent les rayons de sa couleur d'opale Jusqu'aux bords sablonneux du vieux Meschacébeé ; ît devant cette croix qui brillait dans tes ombres, Tu vis tes dieux vaincus pleurer sur les décombres Amoncelés autour de leur autel tombé !

Pourquoi done tous ces cris de bonheur et de fête ? Tes guerriers, apportant les fruits de la conquête, Rentrent-ils dans tes murs, jeune Stadacona ? L'Iroquois, terrassé par la valeur huronne,

A-t-il laissé tomber la terrible couronne

Qu'au sein de la bataille Areskouï lui donna ?

L'Iroquois n'a pas vu de sa main affaiblie Tomber le tomahawk ; dans son âme remplie Des farouches instincts légués par ses aïeux, La peur n'a pas encor pu trouver une place.

De l’étendard français il brave la menace

Et garde fièrement et sa gloire et ses dieux,

Ce n’est pas un héros illustre dans l’histoire

Qui vient, tout rayonnant des feux de la victoire, Déposer à Québec son glaive triomphant ;

Celui vers qui s'élève, en ce jour d’allégresse,

Ce concert solennel de joie et de tendresse,

Est un homme encor Jeune, au regard bienveillant.

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Le signe rédempteur qui brille à sa poitrine Annonce à tous les veux sa mission divine,

[Il s'en vient commander les combats du Seigneur Dans les vastes forêts où domine la France :

Et sans craindre jamais l'obstacle ou la souffrance, Il s'avance où l'appelle une pieuse ardeur.

De cet amour divin qui dévore son âme

Partout il fait briller la bienfaisante flamme :

Sa sainte voix, troublant le silence éternel

Des grands bois canadiens, fait surgir dans les nues Ces clochers rayonnants dont les flèches aiguës

Au sauvage étonné montrent du doigt le ciel.

Affrontant les dangers des vagues mugissantes, On le voit ranimer les églises naissantes

Qui s'élèvent au bord du Saguenay lointain :

Comme un soleil ardent répandant sa lumière, En passant il console et la pauvre chaumière Et le grand chef huron pleurant sur son destin.

Quand Mésy, d’Avaugour, abusant de leur force, Osent donner appui, sous la hutte d'écorce,

Au trafic infamant de la liqueur de feu,

Intrépide gardien de la morale austère,

IT sait faire oronder, sans craindre leur colère,

Sur leurs coupables fronts les foudres de son Dieu.

Des bords gaspésiens au lac des Deux-Montagnes, Quand il a fait briller ces trois saintes compagnes,

7Ù OCTAVE CHÉMAZI

La douce Charité, P'Espérance et lu Foi,

Comme un vainqueur chargé des dépouilles opimes, Il montre cent tribus, à conquêtes sublimes !

Qui des lecons du Christ reconnaissent la lo.

Mais bientôt s'arrêtant au milieu de sa course, Des saints enseignements il vient ouvrir la source, Et fonde la maison, ce foyer immortel,

Qui verse encor sur nous ses torrents de lumière ; Où, des saintes vertus suivant la règle austère,

On apprend à servir la patrie et l'autel.

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Deux siècles sont passés sur cet illustre asile, Deux siècles sont passés, et toujours immobile Comme un roc au milieu des vagues eu fureur,

[Il a vu s'élever, grandissant sous son ombre,

Ces temples du vrai Dieu, ces collèges sans nombre Qui sont de la patrie et la force et l'honneur:

Mais déjà ce héros voit sa force tarie

Dans les nombreux combats où s'épuise sa vie. Donnant à Saint-Vallier son glorieux fardeau, Il s'en va reposer les jours de sa vieillesse Dans ce paisible asile objet de sa tendresse, Où son cœur se prépare à la paix du tombeau.

Et quand la mort parut au sein de sa retraite,

Elle n'eut qu'à cueillir cette fleur toute prête

Pour les jardins bénis du séjour éternel.

Et sur les bords heureux où son nom brille encore, Les chênes attristés, dans la forêt sonore,

Chantèrent ses vertus aux archanges du ciel,

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