PRÉFACE IX
pensée, non pour la parer d'oripeaux bizarres. C’est là, si je ne me trompe, l'expression des meilleures qualités de notre caractère national, je veux dire le respect et le bon sens : le respect de Dieu, de la vertu, de l’honneur, de toute chose vraie et bonne ; le bon sens qui distingue l'or pur du clinquant, qui sait découvrir le mensonge sous les couleurs du sophisme, le loup sous la peau de la brebis.
Une telle poésie, si elle devient populaire, ne saurait manquer d'avoir une heureuse influence sur notre développement national. Séparés de la France à une époque où la France elle-même se séparait de Dieu, nous avons grandi loin d'elle et sans passer par ses révolutions, en suivant la voie que la Providence nous avait marquée, en gardant la langne, les vieilles traditions, l’esprit de foi et les vertus sociales de nos pères. Ces biens constituent notre héritage national : les conserver et les faire valoir, les défendre contre l'invasion des idées nouvelles, les tenir haut et ferme dans l'estime et le respect de tous, voilà l’œuvre de notre littérature : et l'on voit tout de suite jusqu'où peut aller son action à une époque où tout le monde sait lire et veut lire, Mais, duns cette œuvre, la meilleure part revient sans contredit à la poésie, qui sait mieux parler à l'imagination et au cœur, qui est toujours sûre d'arriver à la jeunesse et, par elle, de pénétrer
l'âme de la nation entière,