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LOUIS FREÉCHETTE (KE)
‘ C'était bien avant nous, au temps où les sauvages Faisaient dans le pays tant de sanglants ravages, Commenca tristement le vieux Baptiste Auclair. Au penchant du coteau baiené par le ot clair
Où le beau Nicolet, à deux pas du grand fleuve, Mire aujourd'hui gaiment su cathédrale neuve,
À l'ombre d'un bouquet de pins au faite altier, Que les siècles n'ont pu terrasser tout entier, Trois hardis pionniers, en ces jours de tourmentes, Avec l'espoir prochain de saisons plus clémentes, Avaient planté leur tente à la grâce de Dieu.
# L'un d'eux se nommait Jacque. Ilavait dit adieu Aux droits, à la corvée, à la taille, aux gabelles, Pour s'en venir chercher avec d’antres rebelles, Sous des cieux où le fisc n'eût pas encore lui,
Un peu de liberté pour les siens et pour lui.
Sa femine, une robuste enfant de Picardie,
Trois fois avait doté leur famille agrandie
D'un nouveau-né gaillard, alerte et bien portant. Et l'œil des deux époux allait à chaque instant, Avec un long regard, hélas! souvent morose, Des ainés tout brunis au bébé frais et rose.
Or ce dernier n'avait que six mois seulement Lorsque se déroula laffreux événement
Qui sur un lit d'horreur le jeta seul au monde,
* Pour les colons l'année avait été féconde,
La pente des coteaux et le creux des vallons Etalaient, souple et lourd, un manteau d'épis blonds, Qui, comme un lac doré que le soleil trise,
Flottait luxuriant au soufHe de la brise.
L'heure de la moisson était venue : aussi
Le cœur des défricheurs, oubliant tout souci, Montait reconnaissant vers Celui dont l'halecine Enrichit les sillons et fait jaunir la plaine.
Un soir, notre ami Jacque, après mûr examen, Prépura sa faucille, et dit :— C’est pour demain :— Puis il pria longtemps, et dormit comme un juste. Hélas ! si par hasard, ce soir-là même, juste
A l'heure où les colons se Hvraient au sommeil,
En amont du courant, prêt à donner léveil, Quelqu'un eût côtoyé la rive solitaire,
I eût sans doute vu, furtifs, rasant la terre
Dans Pombre de la berge, et pagayant sans bruit, Trois longs canots glisser lentement dans la nuit, C'étaient des Troquois, ces maraudeurs sinistres Dont les premiers feuillets de nos anciens registres Racontent si nombreux les exploits meurtriers.
“ Rendus non loin des lieux où nos expatriés Avaient fortifié leur petite bourgade,
Dans un enfoncement propice à lembuscade,
Is prirent pied, masqués par un épais rideau
De branchages touffus inclinés à fleur d'eau :
Puis sur le sable mou hâlèrent en silence
Leurs pirogues au fond le plus obscur de lanse, Et, sous les bois, guettant et rampant tour à tour,
Tapis dans les fourrés, attendirent le jour.
“ Celui-ci se leva radieux et superbe, C'est tête aux champs le jour de la première gerbe : Aussi nos moissonneurs, les paniers à lv main,
Dès l'aube, tout Joyeux, se mirent en chemin.
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À Ina, hein.
Les ainés, que la inère avec orgueil revardu, S'avançaient tapageurs en piquet d'avant-garde, Tandis que Jacque, ému, rinit d'un air touchant Au petit que sa femme allaitait en marchant ;
Car, suivant la coutume, on était en famille.
Bientôt, au bord d'un champ où l'épi d'or fourmille, On fit halte, Partout, des prés aux bois épais, Nul bruit inusité, nuls indices suspects,
Rien qui troublât la paix des vastes solitudes.
Du reste on n'avait nul sujet d’inquiétudes :
Pas une bôte fauve, et, quant aux Troquois,
Ils n’osaient plus tirer leurs Hèches du Car ŒUOIS, Refoulés qu'ils étaient au fond de leurs repaires, On pouvait donc compter sur des Jours plus pr