LOUIS FRÉCHETTÉ MISSIONNAIRES ET MARTYRS
A CEPTIQUES où croyants, oui, tous tant que nous À ) |; v [sommes, 7 Courbons ici nos fronts: ceux-là furent des
[hommes,
Des soldats du progrès, des héros et des saints. Peut-être surent-ils, micux encor que Îles autres,
Du Dieu dont ils s'étwient faits les humbles apôtres, Comprendre ici les grands desseins.
On n'avait gucre vu spectacle plus étrange
Que cette courageuse et modeste phalange
Pleine d'ardeur mystique et de projets virils,
Qui, nouveaux messagers de la parole sainte,
Traversaient l'univers pour se jeter sans crainte Au-devant des plus grands périls.
Sol natal, ainitiés, rang, fortune, espérance, Frunille, ils quittaient tout avec indifférence : Pas un seul qui faiblit au moment de partir ; Et pourtant qu'allaient-ils chercher sur nos rivages, Sinon, après la vie errante des sauvages, La mort sanglante du martyr ? (
Oh! lorsque je parcours nos annales naissantes,
Et que, tournant du doigt ces pages saisissantes, I J'essaie à suivre un peu par la pensée, au fond | De la forêt immense encore inexplorée,
Ces inmortels scmeurs de l4 moisson sucrée, I J'en éprouve un trouble profond. l
CG HoUus SsOomAniIes, des
hommes,
Fe JS DIVUSCS,
Vieux prêtres au front chauve ou lévites imberbes,
Pieds nus mais souriants, harassés mais superbes,
Aux plus mortels dangers prodieuant leurs défis,
Je crois les voir encor, dans leur ardeur sans borne,
N'enfoncer à travers l'horreur du désert morne, Sans autre arme qu'un crucifix,
Fleuves, monts et torrents, chaleurs. pluie ou tempête, Rien ne les décourage et rien ne les arrûte : Narguant les jours sans pain, bravant les nuits suns [tou Poursuivis par les loups et guettés par les fièvres, L'Évangile à la main et le sourire aux lôvres, Ils vont sous le reeard de Dieu,
Où? qu'importe ! leur zèle embrasse un hémisphère,
Sous des cieux incléments si loin que vont-ils faire ?
Quel but rêvent-ils done qui les fait tant oser ?
Où donc est le secret du feu qui les consume ?
C'est que leur mission en deux mots se résume : Convertir et civiliser!
Devant ces deux grands mots point d'obstaele qui [tienne !
Oui, ces fiers envoyés de la France chrétienne
N'ont qu'un vœu, qu'un désir et qu'une ambition :
Conquérir, par l'effort de vertus surhumaines,
Des âmes à l'Église, et de nouveaux domaines
À lacivilisation.
Et l’un d'eux meurt de faim dans la forêt profonde : Un autre «ur le seuil d'un village qu'il fonde,
K + 4 0 MA 74 Ÿ A ,, & 4 { Ve IMAGE EVALUATION K TEST TARGET (MT-3) | LO ls = :} l& ju “æ . ILE LS US US AN NI NS PR AN 6. AN D Se À "e
Photographic 23 WEST MAIN STREET % #\ * Sciences TR tes Corporation
D'un coup de tomahawk a le crâne entr'ouvert ;
Celui-ci s'engloutit sous la vague écumante ;
Celui-là disparaît, perdu dans la tourmente D'une terrible nuit d'hiver.
Ici c'est Daniel expirant sous les balles :
Là c'est Jogue et Goupil sur qui les cannibales
De leur instinct féroce épuisent tout le fiel ;
Plus loin c’est Lallemant, Brebeuf, d’autres encore
Qui, sous le fer cruel et le feu qui dévore, Meurent les yeux levés au ciel.
Bien plus, ce même Jogue, indomptable nature, Après mainte agonie au poteau de torture, Réussit par miracle à tromper ses bourreaux ; Mais perclus, mutilé, vers ces lieux où l’attire La soif du sacrifice ou l'amour du martyre,
Il revient mourir ei, héros.
Et puis, à chaque instant, nouvelles découvertes ! Jour après jour, ce sont d’autres routes ouvertes
A travers la savane ou les fourrés épais ;
Et l’homme primitif, que tant de zèle touche, Devenu par degrés moins sombre et moins farouche, Offre le calumet de paix.
De nouveaux dévoñments ces preux toujours en quête, Cent ans marchent ainsi de conquête en conquête, Distribuant l'aurore à toute cette nuit...
Et l’Europe applaudit ces sublimes cohortes
Qui d'un monde inconnu brisent ainsi les portes Devant le progrès qui les suit,
core
wrouche,
en quête,
quête,
tes
O mon pays, au cours des siècles qui vont naître,
Puissent tes fiers enfants ne jamais méconnaître
Ces humbles ouvriers de tes futurs destins !
Ils furent les premiers défricheurs de la lande :
Qu'on réserve toujours la plus fraîche guirlande Pour ces vaillants des jours lointains !
Et noun, qui recueillons—oui, croyants ou scepti- [ques —
Les éternels bienfaits que ces âmes antiques
Sur notre terre vierge ont semés en passant,
N'oublions pas qu'un jour l'arbre aux rameaux sans [nombre
Qui protège aujourd’hui nos enfants de son ombre,
A germé dans leur noble sang !