‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 68 sur 86 · LA TOMBE DE CADIEUX · texte numérisé non relu

LA TOMBE DE CADIEUX

UR un ilot désert de l'Ottawa sauvage,

Le voyageur remarque, à deux pas du rivage, 7 Un tertre que la ronce achève de couvrir :

Un jour, quelqu'un ici s'arrêta pour mourir.

L'humble tombe des bois n’a ni grille ni marbre ; Mais, poète naïf, à l'écorce d’un arbre

Cet étrange mourant confia son regret,

Jetant sa plainte amère au vent de la forêt.

La légende a doré cette histoire touchante :

L'arbre n’est plus debout: muis le peuple qui chante, Bien souvent, au hameau, fredonne en soupirant

La complainte qu'alors chanta Cadieux mourant.

O sinistre Ottawa, combien de sombres drames Dicu n'a-t-il pas écrits dans le pli de tes lames Et sur les flancs rugueux de tes âpres récifs ! Dans les ombres du soir, combien de cris plaintifs, Combien de longs sanglots, combien de plaintes vagues Ne se mélent-ils pas aux clameurs de tes vagues ? Ah ! c'est que, sous tes flots et dans les sables mous, Bien des corps délaissés dorment dans les remous !

Ceux-là n'ont pas même eu leurs quelques pieds de [terre :

Leur linceul est l'oubli, leur tombe est un mystère.

Jamais, au fond des bois, le touriste rêvant

Ne lira leurs adieux sur le bouleau mouvant :

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Et, le soir, au foyer, nulle voix printanière

Ne mélera leurs noms aux chants de la chaumibre. Pour eux nuls souvenirs, nul bruit de Pas aimés... Dans vos tombceaux errants, pauvres perdus, dormez !

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