‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 80 sur 86 · LE VIEUX CURE · texte numérisé non relu

LE VIEUX CURE

FE suis depuis trente ans curé de la paroisse,

Trente ans de dur labeur let C'est avec angoisse < Que je songe, en voyant mes cheveux tout blan- [chis, Qu'un jour je dois partir. Et plus je réfléchis À mon humble existence, à mon travail modeste, Plus je tiens à garder la force qui me reste.

J'aimerais vivre encor, mais ce n’est plus pour moi; Le rappel peut sonner sans me causer d’émoi,

Si je veux prolonger mon utile vieillesse

(Que le ciel me pardonne, hélas ! cette faiblesse),

«is eee Pare.

C'est que je lai COMPrIS, toujours la même main Apprend à mieux bénir, montre mieux le chemin ; Ce... La même voix, malgré qu'elle soit défaillante. Sait mieux encourager la vertu chancelante,

: ; Et le même regard, qu'il se mouille de pleurs holiques : Où qu'il soit souriant, pénètre mieux les cœurs. À la voix du berger le troupeau s’'accoutumc ;

LES Il rec. naît son pas et même son costume :

Mais qu'un pâtre nouveau succède au vieux berger, prêtres, Le bercail n'entend pas la voix de l'étranger. morts :

es. . Depuis les cheveux blancs Jusqu'à la tête blonde, ! Intime ami de tous, Je connais tout le monde :

Fier de mon rôle obscur, de ma tâche jaloux,

J'ai baptisé l'enfant, J'ai béni les époux :

J'ai, fardeau le plus lourd de ma rude carricre,

Conduit bien des défunts du chaume au cimetière,

Silencieux enclos que la mort a peuplé

Et que, les yeux en pleurs, tant de fois J'ai foulé ! isse, Puis (la vie est ainsi) dans les Jours de liesse, angoisse J'ai de mes paroissiens partagé l'allégresse

tout blan- Et, l'orcille tendue à leur joie, à leurs pleurs,

[chis, J'ai ri de leur guité, pleuré de leurs douleurs. his Tous les ans, sans manquer, je faisais ma visite deste, D'un bout de ia paroisse à l'autre. À chaque gîte

Je frappais : on m'ouvrait, empressés et joyeux.

L'émotion des cœurs inettait des pleurs aux yeux,

Et le père et la mère, et toute In famille

LOI. (Et vous savez, Monsieur, qu'au pays ça fourmille) Tous de se mettre en cercle et de ne souhaiter

esse), Longue vie et bonheur, et de me raconter

our MOI :

Leurs chagrins, cr ces cœurs si naïfs, si rustiques

Connaissent comme nous les peines domestiques.

Dans ces humbles foyers j'étais le bienvenu ;

J'y trouvais tous les ans plus d’un nouveau venu, Et bien souvent aussi plus d’une place vide ;

Car dans son cours fatal la mort toujours avide, Moissonnant sans compter les jeunes et: vieux, Semble m'éparener seul sans faire d’envicux :

Et laisser tout cela! laisser mon presbytère,

Ce toit qui protégea mon existence austère !

Laisser mon humble église où le ciel m'a souri,

Où du céleste pain trente ans je fus nourri :

Quitter ces braves gens confiés à ma garde

Et qui tous m'aiment tant! Ah! que le ciel m'en Aussi je me redresse, et chône encor debout, [garde ! Je me ris de la faux qui moissonne partout.

Pourtant je sens qu'un jour il faudra que je parte. Cette pensée, hélas ! vainement je l'écarte.

Mes forces qui s'en vont, ma voix qui s’affaiblit,

Ma taille qui se voûte et mon teint qui pâlit,

Tout me dit que bientôt Dieu pour ma récompense Va appeler à lui; je pleure quand j'y pense !

[l'est si bon de vivre ainsi parmi les siens !

Tant de bien reste à faire à mes chers paroïissiens, Tant d'âmes ont besoin d'un mot qui les console,

Que Dieu peut m'oublier sans que je m'en désole !

Et j'écoutais, ému, le modeste curé

Quai tout à sa paroisse, à son devoir sacré,

Sous le regard de Dieu vit dans oubli du monde Et poursuit sa carriere en miracles féconde.

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