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DE PLAIRE

Qui veut plaire a tous souvent ne plaît a personne.

Les fleurs purpurines de ce dapliné nous apparaissent au milieu des neiges de janvier, comme une coquette qui n’aime à se montrer que dans les lieux où elle ne craint pas d’être éclipsée, où, par conséquent, elle se croit sûre de plaire.

LAURIER AMANDIER. — perfidie.

Je connais votre perfidie.

Cet arbre , dont la fleur et la feuille ont un goût d’amande fort agréable , cache un poison très subtil , analogue au venin de la vipère. On ne saurait trop blâmer les personnes assez imprudentes pour s’en servir eu cuisine.

LAURIER FRANC. — gloire.

Il est plus glorieux de vaincre ses passions que ses ennemis.

Le laurier est le symbole du génie , de la gloire, et de tout temps on en a couronné les vainqueurs. Quels souvenirs nobles et chers

son feuillage ne fait-il pas naître dans les cœurs français ! Il est ordinairement la seule récompense que le poète et le littérateur retirent de leurs pénibles veilles. Le zéphyr, se jouant dans ses rameaux odorans, rappelle à la femme aimante le malheur d’Apollon et de Daphné.

LAURIER-ROSE ou NÉRIUM *. — méfiance.

Méfiance est mère de sûreté.

On raconte que des soldats campés dans un bosquet de lauriers-roses, en Provence, où ces arbrisseaux croissent communément, coupèrent une de leurs tiges pour en faire une broche à rôtir. Elle communiqua ses qualités funesteraux viandes qui y furent attachées, et douze de ces malheureux moururent victimes de leur imprudence. Cet exemple doit servir de leçon à beaucoup de personnes qui touchent ou cueillent indistinctement dans un jardin les fleurs ou les rameaux de plantes qui leur sont inconnues. Même parmi les plus communes , il en est de si malfaisantes , qu’elles peuvent occasioner de graves accidens par le tact ou l’odorat seuls. Tels sont, par exemple, la jusquiame noire, dont l'odeur cause des vertiges; le sumac, dont une goutte de suc épanché sur la main donne une espèce de gale lé-

preuse qui peut s’étendre sur tout le corps; l’asclépiade géant, la plupart des renoncules, l’aconit, etc. etc. Cette dernière plante, du temps de Charles IX, était, si on peut se servir de cette expression, un poison à la mode. Un poète de ce temps a dit :

Celuy qui boit, comme a chanté Nicandre ,

De l’aconite il a l'esprit troublé.

Tout ce qu'il voit luy semble estre doublé,

St sur scs yeux la nuit se vient espandre.

Celuy qui boit de l'amour de Cassandre,

Qui par ses yeux au cœur est écoulé ,

Il pert raison, il devient affolé.

Cent fois le jour la Parque le vient prendre.

Mais la chaux vive, ou la rouille, ou le vin,

Ou l’or fondu, peuvent bien mettre fin Au mal cruel que l’aconite donne :

La mort sans plus a pouvoir de guarir Le cœur de ceux que ma dame empoisonne,

Mais bienheureux qui peut ainsi mourir.

LAURIER-TIN. — petits soins.

Je meurs si on me néglige .

Cet arbrisseau , qui fait l’ornement de nos bosquets d’hiver, résiste très bien aux intempéries des saisons. Cependant il exige des soins de culture, particulièrement dqs arrosemens pendant les sécheresses , sans quoi il périt.

LIERRE. — amitié.

Je meurs ou je m’attache.

Cet arbrisseau grimpant est le symbole de l’amitié, parce qu’il u’abandonne jamais, même après leur mort, les arbres auxquels il s’est attaché. Les Grecs, qui en couronnaient Silène, Bacchus et les buveurs, n’ont pas méconnu autant qu’on pourrait le croire sa signification allégorique; car il est remarquable qu’aucune amitié n’est aussi sincère et aussi durable que celle qui existe entre deux ivrognes.

LILAS. — Première émotion d’amour.

Heureux celui qui fait battre un cœur pour la première fois.

Rien ne peut égaler le charme d’une première émotion d’amour, et la douceur des illusions qui l’accompagnent. Celui qui, fatigué des longues et ennuyeuses journées d hiver, apercevra les premières fleurs du lilas lui annoncer les approches du printemps , n’aura qu’une faible idée de ce genre d’émotion.

LILAS BLANC. — jeunesse.

Tout passe , hors les qualités du cœur et de l’esprit.

Par la blancheur et la beauté, mais aussi par le peu de durée de ses belles grappes, le lilas est l’emblème de la jeunesse, cette fleur fragile qui passe vite et que toutes les richesses de l’univers ne pourraient racheter. Jeunes beautés, je pourrais vous dire avec une franchise désespérante pour des femmes dont le seul mérite serait d’être belles :

Oui, de la plus charmante fleur A nos yeux vous êtes l’image;

Vous avez son éclat, vous avez sa fraîcheur,

Mieux qu’elle vous fixez le papillon volage.

Mais la beauté passe dans quelque jours.

Alors adieu zéphyr, adieu tendres caresses.

Votre honte, votre douce sagesse,

Comme nos cœurs, vout resteront toujours.

Boitard . Lettres à Eugénie.

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