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PROGRÈS DE L’HORTICULTURE EN FRANCE

Depuis Louis XIY l’horticulture n’a cessé de progresser en France jusqu’à nos jours, où elle semblerait être arrivée à l’apogée de la perfection, si la perfection pouvait avoir des limites.

Pendant la révolution française la culture des fleurs fut bien négligée. La France, obligée alors de faire face à l’Europe conjurée contre elle, avait déposé la serpette pour prendre l’épée. Mais quand Napoléon eut vaincu les rois qu’il traîna captifs à son char de victoire, la France s’aperçut que les fleurs lui manquaient pour se tresser des couronnes à elle-même et à son empereur. En 1804 quelques horticulteurs se mirent donc à cultiver les violettes, les œillet*, l’hortensia et

quelques camélias. Les fleurs étaient si rares alors qu’on était obligé d’y suppléer dans les soirées par le corail, les perles, «les diamants et par des fleurs artificielles grossièrement travaillées.

A cette époque on payait 20, 30 et jusqu’à 80 fr. une simple fleur de camélia ; nous tenons ce détail de la bouche même de plusieurs dames de la cour impériale. Ce n’est guère que vers 1825 ou 1827 que l’horticulture française fut complètement remise en honneur. Elle reçut alors une impulsion nouvelle par la création de la Société royale d’horticulture qu’inaugura une des plus magnifiques solennités horticoles qui se soient jamais vues. C’était le 30 août 1827, au jardin de Fromont. Tout ce que Paris renfermait de grand par la naissance et le talent s’était donné rendezvous à cette fête (1).

Le roi prit la Société nouvelle sous sa protection, et l’encouragea par des dons et des primes considérables. A partir de ce moment les marchés s’approvisionnèrent d’une multi-

(1) Fragment d’un discours improvisé aujardin de Fromont, le 30 août 1827, au sujet de la formation de la Société royale: « Elle existe donc enfin, cette réunion qui manquait à

tude prodigieuse de plantes, d’arbustes et de fleurs coupées.

Aujourd’hui il n’y a plus d’hiver à Paris, et le prix des fleurs est à la portée de presque toutes les bourses, même pendant la saison rigoureuse. Au mois de décembre vous vous croiriez au mois de mai. Dans les magasins des fleuristes vous admirez des lilas blancs, des lilas de Perse, des violettes, des camélias de toutes nuances, des roses de toute espèce

notre patrie, dans laquelle s’est empressé d’entrer et vers laquelle se porte journellement en foule tout ce que le corps social offre de plus recommandable par la naissance, les services, le savoir, l’éclat de tous les genres de mérite, et qui compte aussi parmi ses fondateurs des dames du plus haut rang!

» L’installation de la Société d’horticulture doit faire époque dans nos fastes agricoles; elle fera mille fois bénir un beau règne, et l’on pourrait dire que notre heureuse terre en a tressailli de joie. Cet événement devait être consacré : il devait être célébré sous des voûtes de verdure et de fleurs empruntées à mille végétaux divers dans un beau lieu qui les rassemblât tous ; il devait l’être devant ces portiques vitrés où les plus belles plantes de toutes les parties du monde viennent se soumettre à nos études, satisfaire à nos besoins, nous solliciter à de nouveaux plaisirs; il devait l’être par le concours de tous les arts, de toutes les pompes, de tout ce qu’il y a de bon, d’aimable et de beau ; et l’encens des autels devait se mêler au parfum des fleurs. »

et des œillets de toutes les couleurs 5 en janvier les boules de neige, les jacinthes, les narcisses, les violettes de Parme, les héliotropes ; en février la rose de roi et une quantité d’autres fleurs vous feraient croire à une interversion des saisons dans notre patrie !

Tous ces progrès, nous prenons plaisir à le proclamer bien haut, tous ces progrès dans le goût et la culture des fleurs sont dus aux encouragements incessants des Sociétés d’horticulture et surtout à la protection éclairée et généreuse de mesdames les duchesses d’Orléans, de Nemours, de Montpensier et de toutes les dames patronesses qui ne manquent jamais d’honorer et d’embellir de leur présence les concours de l’horticulture et les distributions de prix.

Puisse l’amour des fleurs se soutenir et s’accroître parmi nous ! C’est aux dames, ces reines de la mode, dont les moindres caprices sont des lois, c’est à elles de veiller à ce que le feu sacré ne s’éteigne pas; elles y sont d’ailleurs fortement intéressées, car si les hommes aiment et cultivent les fleurs, c’est pour les leur offrir. D’ailleurs, quelle plus douce jouissance, quelle satisfaction plus

agréable et plus exempte de trouble que la culture des fleurs, que la contemplation dans une soirée de ces mille couronnes odorantes, de ces mille bouquets parfumés qui rehaussent l’éclat de la beauté! N’est-ce pas un bien vif plaisir, pour ceux que leurs occupations ou leurs goûts retiennent au foyer domestique, de réunir sous leurs yeux, dans le petit coin du globe qu’ils habitent, les plantes intéressantes et précieuses dont les voyageurs et les botanistes leur ont appris la curieuse histoire : ces plantes, qui croissent le plus souvent dans des contrées barbares, et qu’un intrépide collecteur n’a pu se procurer souvent qu’au prix de mille fatigues, aux risques répétés de sa vie?

N’est-ce point un vif plaisir dans nos climats septentrionaux de se parer et de s’environner de fleurs et de verdure, alors que les fleurs et la verdure ont disparu sous le souffle glacé des hivers? Et puis le culte des fleurs jn’est-il pas universel? L’homme sauvage et l’homme civilisé n’éprouvent-ils pas le même sentiment d’admiration à l’aspect des beaux végétaux? L’amour des fleurs est donc naturel à l’homme ; « je me défie de la » sensibilité et de la bienveillance de ceux qui

” n’aiment pas les fleurs, » a dit avec beaucoup de raison le spirituel auteur des Quinlessences, M. Auguste Guyard: «Si, quelquefois, dans la ” campagne, j’ai besoin d’un verre d’eau pour » étancher ma soif, j’entre toujours de pré- » fércnce dans la chaumière où j’aperçois, » sur la fenêtre, la capucine, le pois de sen- » teur, le basilic ou le réséda, et je suis bien » sûr de n’éprouver jamais un refus. Un pot » de fleur sur une fenêtre, c’est pour moi l’env seigne de la bienveillance et d’une cordiale ” hospitalité. Si l’amour des fleurs n’est point » une vertu, c’est au moins une qualité, et « l’antipathie pour elles ne peut guère naître » que dans un cœur vicieux et dépravé. »

Chateaubriand a dit aussi : « La fleur est la ” fille du matin, le charme du printemps, la ” source des parfums, la grâce des vierges,

» l’amour des poètes, l’emblème des dames 9 et leur histoire. Les fleurs passent vite comme » elles, mais elles rendent doucement leurs » feuilles à la terre !

» On conserve les essences de leurs odeurs » qui sont comme les pensées du poète après » sa mort!»

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