‹ Les Fleurs naturellesChapitre 2 sur 24 · ORIGINE DES JARDINS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES JARDINS

Le règne végétal, issu du règne minéral, produisit à son tour le règne animal. L’homme, en arrivant sur la terre, dut être frappé d’abord de l’éclat et du parfum des fleurs, et chercher dans les végétaux un moyen de conservation en se nourrissant de leurs fruits.

C’est auprès des fleurs que nos premiers parents durent éprouver les premières émotions d’amour dans le jardin de délices qu’on appelle paradis terrestre.

La femme, qui trouvait dans les fleurs un emblème si parfait de ses grâces, s’en para la

première, et l’homme, voyant l’amour de sa compagne pour les fleurs, prit plaisir à lui en offrir des bouquets.

Mais, au milieu de cette surabondance de végétaux qui l’entouraient, l’homme en distingua, en préféra un certain nombre dont il désira multiplier autour de lui les fleurs et les fruits pour son agrément et son utilité. Telle est l’origine des jardins ou de l’horticulture.

Cet art, comme tous les arts, eut d’abord son enfance ; puis il grandit peu à peu et s’éleva bientôt jusqu’aux splendides jardins qui ornaient les murs et les terrasses de l’antique Babylone. L’Égypte perfectionna l’horticulture, que perfectionnèrent encore les colonies égyptiennes qui vinrent s’établir dans la Grèce.

Les Romains, qui copièrent la langue, les lois, les arts, en un mot, toute la civilisation greque, mirent en grand honneur l’art de cultiver les jardins. Sous l’empereur Claude de grands travaux d’horticulture furent entrepris. L’amour des fleurs fit inventer à Rome les horli pensiles, qui n’étaient rien moins que les serres chaudes dont les modernes horticulteurs voudraient en vain réclamer l’invention. Les Romains étaient même plus avancés

que nous dans leurs serres chaudes, espèces de jardins suspendus et ambulatoires; car elles étaient assises sur des roues et pouvaient ainsi changer d’exposition avec les saisons, et, selon le temps, être mises à découvert ou à l’abri.

Suivant Pacatus Drépanius, on aurait cru manquer à Rome aux règles de la civilité, si, au milieu même de l’hiver, on n’avait pas offert à chaque convive une couronne de fleurs et si les roses n’eussent pas nagé dans le vin de Falerne. —L’usage des fleurs dans les festins était donc général à Rome pendant toute l’année.

Dans le moyen âge l’horticulture lit un pas rétrograde; il ne pouvait en être autrement. La culture des fleurs, emblèmes des sentiments tendres, eût été un contre-sens à une époque de barbarie où toutes les sciences, tous les arts avaient disparu devant le génie de la guerre et de la destruction. Ce ne fut que vers la fin du seizième siècle que l’horticulture se releva un peu et préluda, par des progrès lents mais soutenus, aux magnifiques jardins de Versailles sous Louis XIV.

La France, par sa position géographique

intermédiaire entre les deux extrémités de la zone tempérée, par la diversité des éléments (|u elle présenté dans ses differentes régions, par la nature et les expositions varices de son sol, semblait être appelée à devenir la terre classique de riiorticulture. Aussi en nul pays cet art n a fait des progrès plus rapides qu’en France, nulle part ailleurs le goût et la culture des fleurs ne sont devenus plus à la mode dans toutes les classes de la société, et quand le superbe hortensia décore la terrasse du palais, le modeste basilic orne la fenêtre de Partisan !

naturelles.

Page 1