SCÈNE II HORACE, puis CARMEN
horace. Carmen! ici!... que vient-eile faire? Ah! Carmen, je vous ai trop aimée!
WON. au fond. Entrez, madame, (il sort; Carmen entre.)
horace, menant ta main .sur son cœur. Ah ! Carmen ! je ne vous aime plus!
Icv.ini son voile, d'une voix faible. C'CSl moi, Horace 1
lareille heure.
En clJbl... j'ai peine a comprendre...
Regardez-moi,
bien compris que voire adieu... embarrassé, était un adieu éternel... et...
horace. Et alors ?
carmen. Alors, me voilà...
hohace, doox, mais froid. Que nie voulez-vous. Carmen ?
carmen. Vous me fuyez!... ne le niez pas L.
Horace. En effet, je ne complais plus avoir le bonheur de vous revoir !
CARMEN. C'était vrai ! (Elle so lève et vient s'agenouiller devant lui A PardomieZ-moi ! (Lui tendant la main.)
horace. Moi, madame! mais vous vous méprenez... je n'ai rien à vous pardonner... je pars, il est vrai, mais en quoi cela peut-il vous être imputé à crime?
carmen. Vous partez parce que vous ne voulez plus m'aimer!... je le vois bien! votre embarras, votre froideur, tout me le dit... mais moi... moi., je vous aime!
horace. Vous?
carmen. Pourquoi suis-je ici, si je mens? horace. Au nom du ciel, madame... ne m'enlevez pas mon courage pour ce que je vais tenter... j'en ai besoin!
oarmen. Mais c'est impossible, cela^ Horace! vous ne pouvez pas partir! (mouvement d'Uoracc) puisque je vous aime! Vous ne me croyez pas?... Tenez, je serai franche, causons. Mais d'abord asseyez-vous; vous restez là debout, et cela a l'air de me dire : Allez- vous-en ! alors moi, je n'ose plus.., je n'ose plus vous parier.
IIO R A CE , s' ass e van t . M a d a m e î
carmeN; h norace qui s'assied. Donnez-moi votre main, VOUîez-vous? Maintenant, nous sommes amis, n'est-ce pas? Je puis parler! ne vous faites pas méchant! Vous m'en voulez? horace. Sur mon honneur, non!
carmen, assise. Hélas! je n'ai pas répondu à votre affection comme j'aurais du. le faire... j'étais aveugle,, mais si vous saviez!. ..je ne suis pns la femme que vous croyez... Laissezmoi vous'dire ma vie que je vous ai toujours cachée avec soin : je suis née au Mexique.
horace. Ah!... au Mexique!...
carmen, assise. J'aj>]'iai'liens à unedes plus riches familles de Mexico. Toute enlanl, j'avais seize ans, au sortir du couvent on me maria à un vieillard... je ne l'aimai ni ie délestai... aussi, quand il mourut, je ne trouvai pas de larmes dans mon cœur pour monter hypocritement à mes yeux!... Vous ne m'avez jamais surprise' a mentir, Horace!..' horace. C'est vrai !
carmen. Vous le croyez! eh bien, vous vous trompez... horace. Vous me surprenez étrangement.
carmen. Tenez, si je ne vous ai pas aimé tout d'abord, c'est à vous ou plutôt à la falalilé qu'en est la faute. horace. Je ne vous comprends pas.
carmen. La première fois... que je vous vis... — oh! ce soir-là, vous ne files aucune attention à moi, et si j'avais élé cette coquette que vous m'avez si souvent accusée d'être, ma rancune ne serait pas éteinte encore — c'était il y a bientôt deux ans. ..dans un bai... chez lord Névil... Vous" ne vous en souvenez pas ?
horace. Lord Névil?... oui... je m'en souviens : c'était un galant homme qui m'avait été présenté dans une soirée à
Je vous vois aussi belle ce soir que de couiume, et si je ne craignais qu'il ne vous soit arrive quelquo malheur, je serais ravi de votre présence.
carmen. Ali ! ne me parlez pas avec cette politesse glacée... je vous on conjure, vous avez cru me tromper sans doute, hier quand je ne sais sous quel prétexte de voyage de courte muée vous êtes venu prendre congé de moi.' Allez... j'ai
une conversation un peu
Ah ! en effet..
(e me rap-
'ainbassade d'Angleterre!
caumen. Ce soir-là vous eûtes.
vive avec un oi'iieier de marine.
houace. Ah!
carmen. Vous l'avez oublié!
horace. Un officier de marine, pelle,..
carmen. Le lendemain de cette conversation...
horace. Nous eùmesensembie un due! à l'épée!...Io pauvre garçon m'avait insulté, je le tuai... Mais, comme dans cette querelle, il avait tous les torts, ma conscience ne m'a jamais reproché ce funeste accident.
carmen. Eh bien, cet officier qui s'était rendu coupable envers vous d'une impolitesse qu'un homme d'honneur ne peut supporter...
horace. C'était voire parent, peut-être !
carmen. Non. Quoiqu'il n'ait été que de courte durée, mon mariage imposé avait assombri ma vie. C'est alors qu'un de vos compatriotes vint à Mexico et fut reçu dans ma famille. Il me vil dans celte tristesse et en fut touché. Hélas I à quel aveu suis-je contrainte! j'étais libre... il disait m'aimer, je quittai ma patrie où je serais morte de honte, je vins en France... En France... je fus plus malheureuse encore... car bientôt je restai seule... abandonnée, la douleur dans l'âme... espérant toujours ramener près de moi... celui que j'aimais encore, quand un soir, chez lord Névil...
Horace, Je comprends tout ! Ah! pardon, madame, voire haine n'était que trop justifiée.
cAn3iKx.Mii haine! ah! Horace!, je ne sais pas comment il se fait que j'ose vous dire tout ce que je vous dis... mais aussi, vous allez partir... .l'ni le cœur brisé... je ne puis peser mes paroles... Celle haine! je l'ai souhaitée... et comme elle ne venait pas... j'ai essayé de lous les moyens pour la faire naître. Lorsque vous'êles venu à moi. ./plus tard... que je vous ai revu au milieu du monde, moi, riche, fêlée, veuve, belle, et vous ignorant du coup dont vous m'aviez frappée.,, je vous ai d'abord souri pour pouvoir ensuite vous accabler déplus de dédains... Quand vous vous êtes présenté chez moi... mon premier mouvement fut de vous -refuser mon salon. Je ne vuus y admis que dans. l'espérance devons faire souffrir... Il nr dime. me disais-je... ce sera là ma vengeance... et vous le voyez, je me sois vengée, si bien vengée qif';i mesure que voire' amour rcbuîê se mourait, le mim venait ;i nai 're, Vie sorte qu'à celte heure c'est moi que vous dédaignez, el c'est moi qui vous implore.
lioiiAct-. Eu ri'ie-t, voih ou de ces caprices bizarres de la destinée... Arriver à propos c'est 15 le grand mystère: je suis arrivé trop tô', c'est quelquefois pis que d'arriver trop tord.
cAi^ir.x. Horace!
!iop..u:r:. I! ne m'est plus possible de changer ce qui esl.
cAP.rtîK.x. a'iî'S enfin pourquoi parlez-vous?
iioiiA.u:. .le pars, madame, lotit simplement, parce que je suis ru ï lié.
caioii-n. l'miné...! ce n'est que cela?
nor.Af.i:. Madmne, je suis le comte Horace d'Armançay.
CARMEN, hnif.-'îint la lûlo, se levant. OÙ pni'lez- VO'.IS?
iioi'.Aci;. se U:\iwi. .lo vais où vous ne sauriez mo suivre.
caujïkn. j-iciic-mt. Où je ne saurais vous suivre'? Ah! cruel! vous avez tout calculé; c'est dans mon pays que vous allez!
horace, baisant, la voix. C'est, vrai...
GAr.Mr.N. Malheureux ! vous ignorez nu milieu de quels dangers vous vous jetez tête baissée! Un mirage luit devant vos yeux; vous avez l'âme chevaleresque, l'esprit ardent... Tin action vous pèse, les chimères bourdonnent dans votre cerveau... c! vous avez jeté l'œil sur ce coin de !;i carie, nu monde qu'on appelle le Mexique!... Mais vous n'avez doue pas calculé les difficultés sans nombre qui vous y attendent!... difficultés de toutes sortes... matérielles, morales... une nature abrupte... des hommes rusés... vindicatifs, orgueilleux! Ah ! ce n'est plus la femme oubliée qui vous parle... c'est l'amie, c'est Carmen d'Aguilar. Monsieur d'Armançay, restez en France.
noiiAr.iï. Quand une l'ois une volonté est. entrée dans mon esprit, elle n'en sort jamais!
CARMEN, <Iûs larmes dans la voix. Mais c'est pCUl-êlrC la mort
que vous allez chercher!
iiouaci;:. C'est peui-èlrcla gloire!
cahmen. Ah! voilà bien te grand mot. des hommes qui n'aiment plus!... Ainsi... tout est fini entre nous, Horace?...
IIOltACE, se dûtournaiil. Oui.
carmen. Ah! (silence.) Eh bien, monsieur d'Armançay, une dernière grâce!
horace. Une grâce, madame?
càrjien. Je n'ai pas su vous aimer comme vous méritiez qu'on vous aime. El vous ne pouvez plus... vous ne voulez plus m'aimer... Cependant je vous aime plus qu'on ne vous aimera jamais, j'en suis sùrc!... Croyez-moi donc! je tremble à vous voir tenter je ne sais quelle aventure dans ce pays qui esl le mien... Vous y trouverez tant d'ennemis!... et le voudrais vous y savoir un soutien !... (Timidement.) Me haïssezvous assez pour refuser un appui uniquement parce que cel appui vous viendrait par moi?
horace. Ah! vous ne le pensez pas!
caiuhen, lui tendant la main. JMi'rci! Eh bien, là-bns, ma famille esl riche. .. honorée... j'ai mon frère... don Luis d'Aguilar.
horace. Uon Luis d'Aguilar?
caiumkn. Qui peut vous prêter un secours puissant... il vous servira si je l'en prie. (Souriant.) El puis, tenez... c'est une idée de femme cela!... Vous m'avez aimée... vous me comprendrez... mon frère me ressemble, et ainsi... mon souvenir ne saurait vous quitter!... Don Luis cl moi sommes presque du même âge...- une année seulement nous sépare... Don Luis, près de vous... je me dirai qne ce sera presque Carmen.
HORACE, lui luiLsanl la ni, in. VoUS ÔICS charmante.
carmen. Vous consentez!... vous permettez que je vous donne une lettre pour lui? c'est convenu, n'est-ce pas... ne
dites pOS HOU! (Elle va ;i la table de droite; clleôcrït- Musique.)
koiiace. mystère du cœur féminin, elle m'aime aujour-
d'hui. Jjélas! on a beau se cramponner aux réalités de la vie... c'est toujours le roman qui vient se jeter à la traverse!
CARMEN, cachetant sa lellre. VOUS le VOVOZ, je ne Sllis plus
exigeante à présent!... me voilà presque heureuse cl je souris!... Hélas! mon sourire est comme un rayon de soleil d'automne... ce n'est pas le plus ardent, (isiie se lève.)
horace. C'est le plus doux!...
cahsien, iui louant, la i'îiire. Et maintenant je suis plus forte...
horace, sciHiremenï. Adieu, madame.
cap. m ex. Monsieur le comte d'Armnnçay, au revoir... (eus
sort par le fond . )
horace. Adieu, madame! (n lui baïre la main )
U Kj U . 1 U
HO'RACIi
f eut
i! s'accoude sur i;i t'UiWî ni. rt-fl'clii!. La
vie! quel métier!... Si elle m'avnl dt lent ce:a il y a huit. mois... pour une de ses larmes, je serais ;;i.'-... qui sait? jusqu'à oublier le passé. ju-qn"à 'la supplier ii d.-i'X genoiix de devenir comtesse d'Ârimme^y... (Sa lu^im.] Allons! lâche cœur, arrière ics ivgi-cts ! le. p^ssé est mort. Vive l'avenir, (a Yvon.) Fais entrer ces messieurs!