‹ Les Flibustiers de la SonoreChapitre 37 sur 64 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

HORAGE, ANGELA.

horace. Vous voulez me parler, dona Angela, asseyezvous... parlez sans crainte... Si ce que vous avez à me demander est en mon pouvoir, croyez que je ferai tout au monde pour vous l'accorder.

ANGELA, Oh! merci! (Elle s'assied.)

HORACE. VOUS VOUS taisez?... (Elle lève les yeux sur lui.)

Vous pleurez!. ..je vous comprends, pauvre et belle enfant... couronnée d'innocence et déjà sacrée par le malheur!

angela. Monsieur le comte... Pardonnez-moi, je ne puis qu'à peine ouvrir les lèvres... je suis brisée... j'étais venue pour... non... je ne me souviens plus de ce que je voulais dire... ou plutôt je n'ose pas. — Ah! je suis bien malheureuse!

horace. Dona Angela... mon enfant... le ciel m'a déjà fait une Ibis cette grâce de vous arracher à la mort... ayez confiance en moi!...

angela. Ohl oui, j'ai confiance en vous, comme en Dieu !

horace. Je suis votre frère aîné... et par l'âge et peutêtre par la souffrance... vous seule depuis bien longtemps avez jeté en passant un rayon de joie dans mon ârne.

angela. Moi!

horace. Oui... vous!... Depuis cette heure heureuse entre toutes on j'ai pu vous sauver, votre pensée est venue me sourire dans tous mes rêves, dans toutes les actions que j'ai laites, au milieu des fa ligues les plus ardues, sous la pluie du ciel, sous la pluie des balles, toujours... toujours... votre doux visage me souriait ; c'était une vision de mon cœur!

angela. Je vous écoute et vous me rendez le courage.

horace. Parlez donc!

angela. Oh! oui, je parlerai... Dieu voit bien tout ce qu'il y a dans mon âme!... Monsieur Horace, vous le savez, je suis seule au monde... seule... avec les souvenirs... les souvenirs horribles... des crimes de cet homme qui est là... dans cette maison.

horace. Pardonnez-moi, Angela, il y avait peut-être une sorte de cruauté à vous faire connaître tant d'infamie, mais vous alliez appartenir à ce misérable!

angela. Ohl vous avez bien fait, el loin de vous reprocher celle révélation, je vous en rends grâce!... Mais depuis hier, voyez-vous, des terreurs folles m'ont assaillie... des spectres sanglanlsont peuplé ma nuit... J'ai frissonné d'horreur dans ce palais... du meurtre et de la trahison... Oh! non ! non !jc ne peux pas vivre ainsi... je ne veux plus jamais reposer ma tète sous ce toit maudit... Je veux... pardonnez moi, mais je suis une orpheline, je suis seule au inonde, je suis une enfant sans expérience... et sans soutien... j'ai pense... à vous, monsieur Horace, à vous, le seul qui m'ayez secourue, protégée, parlé avec celle voix amie, souri avec un sourire loyal et doux, et je suis venu pour vous dire ; Cette œuvre bienfaisante que vous avez commencée, au nom du ciel, continuez-la, je n'ai foi qu'en vous, je... (picorant.) Ah! non, je ne puis achever... voici mes larmes qui recommencent... el je... je ne puis plus... je ne puis plus parler!

iioitACE. Angola!... Ah!... mais... moi... aussi... je suis fou...! Vous ne saviez donc pas...? El comment auriez- vous pu le savoir... Dona Ang< la, depuis que... je vous ai vue... si c'est votre pensée qui m'a guidée... soutenu... donne la foi...

le courage... la résolution... Angela, c'est parce que... depuis ce jour-là... je vous aime!...

angela. Ah! (Bas.) Je le savais!

horace. Quoi, vous le saviez?

angëla. Sans cela... aurais-je osé... venir ainsi vous demander votre protection ?

iiorace. Ah ! sur Dieu qui punit les cœurs assez lâches pour mentir... Je vous le jure, senorila... je ferai mon amour si profond... si fier... si grandi...' que je veux vous donner à la fois tous les bonheurs qui vous étaient dûs... et que la fa La ti Lé viu* a rn'evés.-

angela. Vous serez ma famille* Horace... mais...

iiorace. Dites... mon Angela!

angela. Il faut partir... partir bien vite... partir bien loin de ce pays où le poison dort dans le calice des plus belles fleurs, où la trahison vous guette à chaque pas, comme le serpent sous les lianes, où mes yeux retrouvent sans cesse l'assassin de mon père et de ma mère!... Horace, fuyons, fuyons, je vous en supplie.

iiorace. Vous avez raison... Angela; mais avant de partir... il faut... que j'emporte le droit... de vous protéger... hautement... fièrement... devant tous... il faut... que vous soyez... devenue ma femme.

angela, simplement. C'est la plus douce espérance de mon cœur.

horace, avec élan. Angela, à vous... à vousLolljours!,..(s'arrè1ant.)Mais...mais non... c'est impossible!

angela. Qu'avez-vous ?

iiorace. C'était un rêve !

angela. Que dites-vous?

iiorace. Hélas! ce n'est que de loin que je pourrai veiller sur vous 1

angela. Je ne vous comprends pasl

iiorace, secouant la tète. Vous allez me comprendre, Angela, vous êtes riche, puissamment riche!

ANGELA, naïvement. Oui.

iiorace. El lorsque je serai votre époux, on dira dans tout le Mexique: « Le comte Horace d'Armançay, ruiné à Paris, a engagé une troupe d'hommes braves, pour venir ici accomplir des prodiges... Il a promise ces hommes de la gloire et de l'or, et savez-vous ce qu'il est résulté de ces projets grandioses?... Le comte Horace d'Armançay, habile chasseur de dos, a rencontré sur son chemin les immenses richesses de dona Angela de Torrès, il s'est jeté sur cet or et se l'est approprié, le héros promis des grandes aventures n'est devenu qu'un spéculateur heureux I angela. Oh I Horace!

iiorace. Ali! cela ne peut pas être; n'est-ce pas, dona Angela?

angela. Oh! vous voilà bien comme je vous rêvais!... Cependant... est-ce ma faute, à moi, si je suis riche?

horace. Est-ce ma faute, si je ne puis accepter votre forlune?

angela. Cependant, Horace, je ne sais pas, moi qui ne suis encore qu'une enfant... mais il me semble que ce doit être facile de détruire une fortune, car enfin, Horace, il ne s'agit que de trouver des mères qui implorent le pain de leurs enfants... ce pays est si malheureux! — Tenez, quand j'y songe, maintenant, c'est une autre peur qui me prend; vous allez voir que tout à l'heure, malgré nos affreux millions... nous serons trop pauvres!

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