‹ Les Flibustiers de la SonoreChapitre 39 sur 64 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ANGELA, puis CARMEN.

angela. Ah! mon cœur est en fête; mon bonheur déborde, je ne tremble plus, je n'ai plus froid dans mes veines, comme si j'allais mourir.

CARMEN, qui est entrée lentement. Ainsi, VOUS épousez le comte Horace? (Carmen a repris ses habits de femme, cl!e est vêtue du costume porté à. Mexico par les dames de la classe riche.)

angela. Une femme?... Qui êtes-vous? qui êtes-vous,

madame?

carmen. Regardez-moi bien. Vous ne me reconnaissez

angela. Étrange ressemblance! seriez- vous la sœur de

don Luis? .

carjien. Don Luis n'a jamais existe!

angela. Comment cela? #

carmen. Don Luis, c'était moi. Je suis dona Carmen d'Aguilar.

angela.

ment?

carmen. Pour suivre M. Horace d Armançay.

angela. Dans quel but?

carmen. t Pour veiller sur lui; pour le protéger, pour

l'aimer !

angela., Vous l'aimez?

carmen. Elle en doute 1 angela. Et que me voulez-vous, madame ?

carmen. Vous ne le devinez pas ?

angela. Je vous le demande. .,,„..,

carmen Alors, jevais vous ledire. J'ai quitte Paris,] ai quitte tout le luxe qu'une grande richesse peut donner. J'ai traversé les mers seule, inconnue, sans appui. J'ai osé, en touchant le sol duMexique, revêtir un costume qui n'est pas celui de mon sexe Je me suis jetée bravement, escortée de quelques néons à l'a recherche d'Horace, j'ai franchi, durant le jour, des prairies calcinées par le soleil, durant la nuit des foreis hantées par les bêtes l'auves et les coureurs des Lois, ] ai affronté les tempêtes du ciel, les dangers de la terre... Mm, faible j'ai bravé le typhus et la fièvre jaune, et cela lait, j ai oublie tout, fatigue, souffrances et périls, le jour ou j ai pu enfin retrouver celui que j'aime, marcher a ses cotes, visible ou invisible, et n'avoir plus qu'une pensée, protéger sa vie ou mourir de sa mort...! Vous me demandez ce que je veux? je préfère vous dire ce que je ne veux pas : Je ne veux pas que vous épousiez Horace!

angela. Et si Horace m'aime, madame?

carmen. Je ne vous conseille pas d arrêter ma pensée sur cette supposition...! Avez-vous bien compris quelle lemmeje suis, ou quelle femme je puis être ?

angela. Est-ce une menace? „

carmen, chumeani do ion. Non... C'est une prière. Ç est pour vous, c'est pour moi, c'est pour Horace queje suis ici, que je prie. Il y a deux mois que vous le connaissez, et vous 1 avez vu deux fois Et puis, vous êtes si jeune! je sais combien elles plongent peu dans le cœur, les racines du premier amour. Vous avez une fortune colossale, vous êtes belle -Ires-belle, - vous aurez leMexique à vos pieds.. Que voulez-vous la. re de cette âme inquiète de ce cœur épuise, de ce demi rebele,

amas de débris; la mienne qu'une suite de fautes , de regrets, d^crouîementô, de folies, il est à moi aussi fatalement que jVsuîs Tlui ! Vous l'aimez sans le connaître, qui vous dit que ■le connaissant vous l'aimeriez encore?... Knfin, tenez , a quoi bon ont cela? Vous m'écoutez, je vous en remercie, mais vous m'écoulez sans m'entendre, et moi, je le vois bien, je vouYdls des choses inutiles. Donc, plu >qu«- Jeauis habile... je suis forte... je suis femme, je laime, cest assez .1 — Vous ne me répondez pas/ .

angela. Horace vous a-lUl aimée? Horace vous aime-t-il

^carSn. Ah ! prenez garde! Vous voulez me forcer à me courber confuse devant vous. Vous voulez me blesseï dans

mon orgueil el triompher de mon aveu. Désirez- vous sérieusement que je vous réponde?

ANGELA. Oui.

carmen. Gela va devenir irréparable!

angela. Horace vous a-t-il aimée?

carmen. Oui, il m'a aimée!

angela. Et vous aime-t-il encore?

CARMEN, avec fureur. Non !

angela, avec douceur. Je vous plains et je vous pardonne, madame. (ïîtie sort.)

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