‹ Les floraison matutinalesChapitre 6 sur 8 · SS3K · texte numérisé non relu

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La chapelle des miracle:

Pour couvrir d'ornements divers Les nefs, les chœurs, les tabernacles, Les murs, les voûtes, les pinacles De la chapelle des miracles,

La chapelle des ml racles 87

Cherchez par l'immense univers Les plus brillantes draperies Et les moires et les soieries Radieuses de pierreries.

Avec les vases corinthiens

Tout pleins de lys et de pervenches ;

Avec les statuettes blanches

Et les chandeliers à sept branches,

Apportez les Rubens anciens, Les ivoires des basiliques, Les carrares, les pentéliques Des Buonârottis catholiques.

Apportez-nous, à pleine main, Avec les pourpres byzantines, Tout l'or des châsses florentines, Tout l'argent des cryptes latines.

88 Les Floraisons Matutinales

Qu'un Apollodore romain Forge et cisèle une couronne Digne, ô glorieuse Patronne, Du triple éclat qui t'environne.

Qu'un artiste dans les vieux ors Enchâsse la flamme profonde Des plus belles perles de l'onde Et les plus beaux saphirs du monde.

Tous ces joyaux, tous ces trésors Ne relégueront pas dans l'ombre Ces tristes ex-voto sans nombre Qui chargent la muraille sombre.

Ce naïf décor éploré, Reliques des pauvres malades, Dans le triomphe des arcades, Parmi les fleurs des colonnades,

La chapelle des miracles

Dominant le plain-ehant sacré Des Athanase et des Grégoire, Chantent l'inénarrable histoire, La grande légende de gloire

De la sainte Anne de Beaupré.

A Denis Qérln

Cher ami, le trépas est-il bien aussi sombre

Qu'un vain peuple le pense ? Et l'onde aux sombres bords,

Est-elle un ténébreux abîme, un gouffre d'ombre

Où s'efface à jamais le souvenir des morts ?

.1 Denis Gérin 91

Tu le sais, par delà l'horrible latitude, Par delà ce flot noir où l'homme est submergé, 11 est, dans l'Inconnu, un lieu dont l'altitude Promet calme et repos au pâle naufragé.

La dépouille qui gît, froide et marmoréenne, Se décompose ; mais l'esprit aux vols hardis, Libre, attiré par la splendeur élyséenne, Monte de ciel en ciel aux plus hauts paradis.

Sur le cher mort qu'on vient de clouer dans sa bière, Sur le frère qui part et qui prend les devants Pour arriver plus vite au pays de lumière, Xe pleurons pas, pleurons plutôt sur les vivants.

Pleurons sur les amis dont les espoirs s'éteignent ; Pleurons sur les trésors qu'emporte le cercueil ; Oui, pleurons sur tous ceux dont les cœurs blessés saignent Dans la nuit de l'exil et dans la nuit du deuil.

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Dans le repli d'une anse fraîche Où tremble le moelleux reflet D'un clair ciel rose et violet, Sommeille le bateau de pêche.

Mirages 93

Sur l'eau qui s'est agatisée, Dès le jour, encore endormi, Un vent léger souffle à demi Par brève et rythmique risée.

Mais la vague au large moutonne, Et dans les échos réveillés Roulent déjà les sons mouillés D'un lourd clapotis monotone.

Enlaçant la coque de chêne, Les flots aux douceurs de velours Montent, montent, montent toujours.

Le bateau tire sur sa chaîne.

Il semble que le flot attire

La barque, et qu'un doux souffle d'air

La pousse vers la belle mer

Qui soupire, chante, et soupire.

94 Les Floraisons Matutinales

On croit entendre sur les ondes Des appels pareils aux appels

Qui viennent des verts archipels Où chantent les silènes blondes.

Au large fleurissent les îles.

Là-bas. sous des ciels toujours beaux,

Bleuit le golfe où les vaisseaux

Vont sur des flots toujours tranquilles.

Dès longtemps un rêve me hante :

Je veux, au risque d'y mourir.

Au hasard des vagues courir La mer périlleuse et tentante.

Des voix qui viennent de la grève M'ont dit que les vents sont mauvais.

Je n'écoute rien. Je m'en vais.

Bercé par les rythmes, du rêve.

Mirages 95

Dussé-je faire mille lieues.

Il faut que j'atteigne ces bords Qui palpiteut aux frais accords Des chimères roses et bleues.

J'irai, suivant ma fantaisie, Boire aux ruisseaux harmonieux Où croît, aux caresses des cieux, La fleur d'or de la poésie.

J'ai pour étoile. l'Art antique, Le Beau, ce pôle dont l'aimant Nous attire éternellement.

Et j'ai l'espoir pour viatique.

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Les Clochettes

Le carillon multisonore Des clochettes au timbre clair Tinte, étincelle, tinte encore Et tintinnabule dans l'air.

Les clochettes <J7

C'est plaisir, quand la neige crie.

D'ouïr, mêlée au bruit banal Du vent, l'allègre sonnerie

Du joyeux solstice hivernal.

Aux heures de la promenade, Srtr les places, de trois à cinq.

De l'esplanade à l'esplanade, Du skating rink au skating rink.

Dans la brume aux teintes de cuivre Ou par nu radieux ciel bleu.

Volent avec les fleurs du givre Les vibrantes notes de feu.

Rapides traîneaux de Norvège, Tout capitonnés et fleuris ; Karrioles à triple siège, Aux ondoyantes peaux d'ours gris ;

98 Les Floraisons Mat u finales

Sleighs bleus, sleighs verts, dont l'acier lisse, Traçant un zigzagant sillon, Par les chemins irisés, glisse Dans un vaporeux tourbillon,

En double file, sur la neige, Secouant pompons et clinquants, Se croisent — triomphal cortège — Aux éclats des grands fouets claquants.

Au col du poney qui trottine,

Au poitrail des grands chevaux lourds.

Clochettes à voix argentine,

Gros grelots de bronze aux sous sourds

Tintent et vannent à merveille.

Par les soirs et par les matins, Vibre une gamme sans pareille De dings dings dings et de tins-tins.

Les clochettes (->(->

Il fait un froid de Sibérie.

Nargue du froid ! Vive l'hiver !

Vive l'électrique féerie

De ses kremlins de cristal vert !

Oh ! vive la belle gelée !

Oh ! le bel Hiver, c'est pour uous Qu'il pique à sa tempe étoilée Les fleurs toute rouges du houx !

O gais cortèges, faites place !

Du haut des ueigeux Labrador, Hiver descend ; son char de glace.

File au trot du renne aux fers d'or.

Salut, roi de l'Ourse, qui passes Parmi les étincellements Qu'à travers le bleu des espaces Eparpillent tes diamants.

Drapons-nous de pourpre et d'hermine!

Sonnons Tolifaut et le cor !

Que toute la ville illumine !

Que la fusée éclate encor !

•Que tout chante ! — Adossée à l'angle D'un mur, une enfant aux yeux creux, D'une voix que la bise étrangle, Demande l'aumône aux heureux.

Devant ce haillon que flagelle Le fouet des aquilons stridents, Sans voir le pauvre être qui gèle Et sanglote et claque des dents,

On passe. Le rire sonore Des clochettes de nickel clair Tinte, ironique, tinte encore Et tintinnabule dans l'air.

Les clochettes lut

Mais L'enfant que ce bruit harcèle Aimerait mieux, mille fois mieux.

Ouïr tinter dans l'escarcelle Le carillon des sous joyeux.

Hiver, que tes grelots de fête N'attristent pas les indigents ; Et vous, riches, faites la quête Pour la Noël des pauvres gens.

Dans son étable qu'enténèbre Le froid noir de la pauvreté, Que le pauvre à son tour célèbre La joyeuse Nativité.

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Beetlhovee

Est-ce l'harmonieux orchestre que l'aurore Réveille sous la verte ogive des buissons ? Que dis-je ? Les oiseaux ne chantent pas encore, Et l'avril sur les bois fait courir ses frissons.

Bfcthocen 103

Maître prestigieux, que tout artiste adore, Toi dout l'oreille entend les divines chansons, De l'ivoire enchanté du clavecin sonore C'est toi qui fais jaillir ces mélodieux sons.

Doux accords, trilles clairs, capricieuses gammes Se déroulent : ainsi se déroulent les lames Que caresse le souffle amoureux du matin.

Et pourtant, Beethoven, tes stances idéales

Ne sont qu'un vague écho des blanches cathédrales

Où vibrent les sereins alléluias sans fin.

Les corbeaiux

Les noirs corbeaux au noir plumage, Que chassa le vent automnal, Revenus de leur long voyage, Croassent dans le ciel vernal.

Les corbeaux 105

Les taillis, les buissons moroses Attendent leurs joyeux oiseaux :

Mais, au lieu des gais virtuoses, Arrivent premiers les corbeaux.

Pour charmer le bois qui s'ennuie, Ces dilettantes sans rival, Ce soir, par la neige et la pluie, Donneront un grand festival.

Les rêveurs, dont l'extase est brève, Attendent des vols d'oiseaux d'or ; Mais, au lieu des oiseaux du rêve, Arrive le sombre condor.

Mais pleure avant de nous sourire.

La grêle tombe en plein été.

L'homme, né pour les deuils, soupire Et pleure avant d'avoir chanté.

Rayons d'octobre

Octobre glorieux sourit à la nature.

Ou dirait que l'été ranime les buissons.

Un vent frais, que l'odeur des bois fanés sature,

Sur l'herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.

Rayons d'octobre 107

Le nuage a semé les horizons moroses,

De ses flocons d'argent. Sur la marge des prés,

Les derniers fruits d'automne, aux reflets verts et roses,

Reluisent à travers les rameaux diaprés.

Forêt verte qui passe aux tons chauds de l'orange ; Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ; Monts aux gradins baignés d'une lumière étrange. Quel tableau ! quel .brillant paysage automnal !

A mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée, Avec son toit pointu festonné de houblons, Paraît toute rieuse et comme émerveillée De ses éteules roux et de ses chaumes blonds.

Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie,

L'aïeul sur le perron familier vient s'asseoir :

D'un regain de chaleur sa chair est réjouie ;

Dans l'hiver du vieillard, il fait moins froid, moins noir.

10S Les Floraison* Matutinales

Calme et doux, soupirant vers un lointain automne. Il boit la vie avec l'air des champs et des bois. Et cet étincelant renouveau qui l'étonné Lui souffle au cœur l'amour des tendres autrefois.

De ses pieds délicats pressant l'escarpolette, Un jeune enfant s'enivre au bercement rythmé, Semblable en gentillesse à la fleur violette Que l'arbuste balance au tiède vent de mai.

Près d'un vieux pont de bois écroulé sur la berge, Une troupe enfantine au rire pur et clair. Guette, sur les galets qu'un flot dormant submerge, La sarcelle stridente et preste qui fend l'air.

Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle. Les lavandières vont avec les moissonneurs : Sous ce firmament pâle éclate de plus belle Le charme printanier des couples ricaneurs.

Rayons d'octobre 109

Et tandis que bruit leur babillage tendre.

On les voit, déroulant la chaîne de métal

Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre

La seille d'où ruisselle une onde de cristal.

A peine les faucheurs ont eugrangé les gerbes Que déjà les chevaux à l'araire attelés Sillonnent à travers les chardons et les herbes Là friche où juin fera rouler la mer des blés.

Fécondité des champs ! cette glèbe qui fume. Ce riche et fauve humus, recèle en ses lambeaux La sève qui nourrit et colore et parfume Les éternels trésors des futurs renouveaux.

Les labours, encadrés de pourpre et d'émeraude. Estompent le damier des prés aux cent couleurs. De sillons en sillons, les bouvreuils en maraude Disputent la becquée aux moineaux querelleurs.

110 Les Floraisons Matutinales

Et l'homme, aiguillonnant la bête, marche et marche, Pousse le coutre. Il chante, et ses refrains plaintifs Evoquent l'âge où l'on voyait le patriarche Ouvrir le sol sacré des vallons primitifs.

Ecoutez : c'est le bruit de la joyeuse airée Qui, dans le poudroîment d'une lumière d'or. Aussi vive au travail que preste à la bourrée, Bat en chantant les blés du riche messidor.

Quel gala ! pour décor, le chaume qui s'effrange Les ormes, les tilleuls, le jardin, le fruitier Dont la verdure éparse enguirlande la grange, Flotte sur les ruisseaux et jonche le sentier.

Pour musique, le souffle errant des matinées ; La chanson du cylindre égrenant les épis ; Les oiseaux et ces bruits d'abeilles mutinées Que font les gais enfants dans les meules tapis.

Rayons d'octobre 111

Eu haut, sur Le gerbier que sa pointe échevèle, La fourche enlève et tend l'ondoyant gerbillon! Eu bas, la paille roule et glisse par javelle Et vole avec la balle en léger tourbillon.

Sur l'aire, les garçons dont le torse se cambre,

Et les filles, leurs sœurs rieuses, déliant

L'orge blonde et l'avoine aux fines grappes d'ambre,

Pont un groupe à la fois pittoresque et riant.

En ce concert de franche et rustique liesse, La paysanne donne une note d'amour.

Parmi ces rudes fronts hâlés, sa joliesse Evoque la fraîcheur matinale du jour.

De la batteuse les incessantes saccades Ebranlent les massifs entraits du bâtiment. Le grain doré jaillit en superbes cascades. Tous sont fiers des surplus inouïs du froment.

112 Les Floraisons Matutinales

Déjà tous les greniers sont pleins. Les gens de peine Chancellent sous le poids des bissacs. Au milieu Des siens, le père, heureux, à mesure plus pleine, Mesure et serre à part la dîme du bon Dieu.

Il va, vient. Soupesant la précieuse charge Et tournant vers le ciel son fier visage brun, Le paysan bénit Celui dont la main large Donne au pieux semeur trente setiers pour un.

Maintenant, plus d'azur clair, plus de tiède haleine, Plus de concerts dans l'arbre aux lueurs du matin : L'œil ne découvre plus les pourpres de la plaine Ni les flocons moelleux du nuage argentin.

Les rayons ont pâli, leurs clartés fugitives S'éteignent tristement dans les cieux assombris. La campagne a A'oilé ses riches perspectives. L'orme glacé frissonne et pleure ses débris.

Rayons d'octobre

Adieu soupirs des bois, mélodieuses brises. Murmure éolien du feuillage agité.

Adieu dernières Heurs que le givre a surprises, Lambeaux épais du voile étoile de l'été.

Le jour meurt, l'eau s'éplore et la terre agonise. Les oiseaux partent. Seul, le roitelet, bravant Froidure et neige, reste, et son cri s'harmonise Avec le sifflement monotone du vent.

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