‹ Les floraison matutinalesChapitre 8 sur 8 · A/WO^A · texte numérisé non relu

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L'hirondelle plein,

Un soir, je vis une hirondelle Descendre du haut du ciel bleu Et s'élancer à tire-d"aile Sous les absides du saint lieu.

126 Les Floraisons Matutinales

Et depuis, dans les vapeurs blanches De l'encens, à vol doux, léger, On voit, par l'église, aux dimanches, Le pieux oiseau voltiger.

Au plein air, à la brise jfraîche, Le large seuil est grand ouvert :

Pauvre oisillon, qui donc t'empêche De retourner au vallon vert ?

N'entends-tu pas, dans les campagnes, La nuit, quand les cieux sont déserts, Les cris perdus de tes compagnes, Que chasse le froid des hivers ?

Par k's coupoles ajourées.

Ne vois-tu pas, parfois, le soir, Aux demi-lueurs des vêprées, Zigzaguer un petit vol noir.

L'hirondelle pieuse 127

'•Vieil*! dit une voix gazouillante :

Là -haut, sur la tour, on t'attend :

Avant qu'il neige, avant qu'il vente, Hâte-toi. mon amour, viens-t'en î "

Et, sur la tour, les camarades

Entre elles parlent de partir, Et leurs brèves monosyllabes Emissent à n'en plus finir-.

•'Viens, reprend la voix, viens, mignonne. Entends-tu crier les lialbrans ?

Plaintifs, colonne par colonne, S'en vont les derniers émigrants.

Tes sœurs poussent des cris d'alarme-:

Fuyons le froid ! fuyons la mort !

Réponds-moi. cruelle ! Quel charme A res voûtes t'enchaîne encor ?

12S Les Fleurs Matutinales.

Aurais-tu l'idée enfantine De vivre ici, dorénavant.

Et de te faire sacristine.

Comme mie fille du couvent ?

On ne vit point qne de prière :

Pour les folâtres oisillons, In grain de mil vaut mieux, ma chère.

Que toutes les dévotions.

Préfèrerais-tu, pauvre folle,

Pour réciter tes oraisons,

Le ciel étroit d'une coupole.

Au plein ciel des grands horizons ?

Je n'ai jamais vu les corniches Où tu semblés te plaire tant.

Valent-elles les vieilles niches De nos bons vieux logis d'autan ?

Uhirondelle "pieuse 129

Viens ! nous passerons par Venise, Et nous referons, si tu veux, De Messine jusqu'à Trévise, Le tour des jolis pays bleus.

Des cathédrales florentines Nous reverrons le fin décor, Ec de leurs cloches argentines Xous entendrons les gammes d'or.

A Rome, à Ferrare. à Sienne, De mille temples sans pareils, Dans notre course aérienne, Xous verrons les clochers vermeils

Viens ! nous irons tout droit à Nice.

Oh ! viens, je suivrai, nuits et jours, Toute aile et tout cœur, le caprice D'une voyageuse au long cours.

130 Les Floraisons Matutinales

Narguant le mistral et les pluies.

Nous nous cacherons dans les fleurs Et puis, ma foi, si tu t'ennuies, Nous irons nous aimer ailleurs.

Au son des claires mandolines, Nous irons, par un beau matin, Nous marier sur les collines Du vert pays napolitain.

Nous choisirons ce coin tranquille, Ce creux de ruine discret.

Où, le soir, une jeune tille Vient s'agenouiller, en secret.

Sous le manteau de la madone, Qu'un amandier toujours fleuri De ses fleurs de neige couronne, Nous trouverons un sûr abri.

L'hirondelle pieuse 131

Quand les petits seront en âge, A vol silencieux et lent, Nous irons en pèlerinage A Notre-Dame de Milan.

Puis, par les routes nuageuses, Que suivent, dans le temps pascal, Les graves cloches voyageuses, Nous reviendrons au nid natal."

Et, dans la tour, les camarades Entre elles parlent de partir, Et leur brèves monosyllabes Bruissent à n'en plus finir.

" Oh ! viens, redit la voix pleurante ; Viens donc, tout là-haut, on t'attend ; Avant qu'il neige, avant qu'il vente, Oh ! viens-t'en, cher amour, viens-t'en ! "

132 Les Floraisons Matutinales

Au vitrail clos de la chapelle, On entend heurter à grand bruit.

Longtemps, bien longtemps, on appelle, Longtemps, bien longtemps, dans la nuit.

Hier, près des auges de pierre Qui soutiennent les bénitiers, Je vis la pauvre prisonnière Tomber, l'aile close, à mes pieds.

Je pris dans ma main la pauvrette.

Je crus voir, comme un fin brillant, Miroiter une gouttelette Sur les plumes de son col blanc.

Etait-ce une larme ? une goutte D'eau bénite ? Je n'en sais rien.

Le cœur des bons oiseaux, sans doute.

Vaut bien celui d'un faux chrétien.

L'hirondelle pieuse 133

O pieuse hirondelle aimée, C'est bien à bon droit qu'en tout lieu Le bon peuple aimant t'a nommée :

Le petit oiseau du bon Dieu.

En redisant ta simple histoire, Je songe à ees auges voilés, Qui, dans l'ombre de l'oratoire.

Pour nous se sont agenouillés.

Je songe à ces vierges ferventes Qui vivent de saintes amours, Et s'ensevelissent vivantes, Dans la prière, pour toujours.

La cloche de Louisbour

Cette vieille cloche d'église Qu'une gloire eu larmes encor Blasonne, brode et fleurdelisé, 1» utile à nos yeux comme l'or.

La choche de Louisbourg 135

Ou lit le nom de la marraine, En traits fleuronnés, sur l'airain,

Un noiii de sainte, un nom de reine, Et puis le prénom du parrain.

C'est une pieuse relique :

On peut la baiser à genoux :

Elle est française et catholique Comme les cloches de chez nous.

Jadis, ses pures sonneries Ont mené les processions, Les cortèges, les théories Des premières communions.

Bien des fois, pendant la nuitée, Par les grands coups de vent d'avril, Elle a signalé la jetée Aux pauvres pécheurs en péril.

130 Les Floraisons Matutinales

A présent, le soir, sur les vagues, Quelque marin qui rôde là, Croit ouïr des carillons vagues Tinter l'Ave maris Stella.

Elle fut bénite. Elle est ointe.

Souvent, dans l'antique beffroi, Aux Fêtes-Dieu, sa voix s'est jointe Au canon des vaisseaux du Roy.

Les boulets l'ont égratignée, Mais ces balafres et ces chocs L'ont à jamais damasquinée Comme l'acier des vieux estocs.

Oh ! c'était le cœur de la France Qui battait, à grands coups, alors, Dans la triomphale cadence Du grave bronze aux longs accords.

La cloche de Louisbourg

O cloche ! c'est l'écho sonore Des sombres âges glorieux, Qui soupire et sanglote encore Dans ton silence harmonieux.

En nos cœurs, tes branles magiques, Dolents et rêveurs, font vibrer Des souvenances nostalgiques.

D®uces à nous faire pleurer.

Le merle

Une murmurante nichée De merles aux trilles divers, Dans les feuilles là-haut cachée, Réjouit mes peupliers verts.

Le merle 139

De bonne heure, pour faire fête A leurs chers hôtes revenus, Mes arbres, de la base au faîte, Enguirlandent leurs rameaux nus.

Sitôt que l'aurore vermeille Empourpre les brumes lilas, Le nid, qu'un trait de flamme éveille, Vibre de sonores éclats.

De sa maraude matineuse, La mère arrive au point du jour.

Dans l'atmosphère lumineuse Le père s'élance à sou tour.

Il part, et sous la riche arcade Des ramures toutes en fleur Ruissellent comme une cascade Les notes de l'oiseau siffleur.

140 Les Floraisons Matutinales

Il ne va pas à l'aventure, Il sait mainte place et maint lieu Où s'offre à foison la pâture Que lui réserve le bon Dieu.

Au printemps, il siffle, il fredonne.

Tandis que son œil vif, chercheur, Guette la mouehe qui bourdonne Dans la lumière et la fraîcheur.

L'été le régale de mûres,

De cerises et de raisins :

Vers l'automne, les ronces mûres

L'attirent dans les bois voisins.

Quand le vent d'octobre éparpille Les feuilles rouges du buisson, L'oiseau dans les chaume- grappille Les miettes d'or de la moisson.

Le merle 141

Au-dessus d'une eau cristalline, Qui coule au creux d'uu val dormant, Sur un glaïeul qu'un souffle incline Il suspend son vol un moment.

C'est là qu'il se baigne et vient boire. On le voit, au sortir du bain, Lustrer sa gorge orange et noire ; Mais un sifflet vibre soudain.

Secouant sou aile mouillée, Entre les herbes du ruisseau Il glisse : il a pris sa volée Vers son mélodieux berceau.

1 1 se dépêche. Vif et tendre, Il égrène en son vol des sons Radieux, dès qu'il croit entendre Le gazouillis des nourrissons.

Son arrivée est une fête :

Les petits, tremblants et surpris, Se dressent, serrés tête à tête, Et percent l'air de mille cris.

Dans la gloire du ciel qui brille, Deux voix éclatent tour à tour :

Le trille alterne avec le trille ; L'amour roucoule avec l'amour.

Les yeux brillants comme des perles, Mère amoureuse et père aimant Jasent. Heureux logis de merles, Que ton voisinage est charmant.

La M ose

Bluet aux regards d'améthyste, Bluet aux yeux de ciel, dis-nous Ce qui te fait être si triste ?

-J'ai vu ses yeux, j'en suis jaloux.

144 Les Floraisons Matutinales

Et toi, simple églantine rose, Payse aux lèvres de carmin, Pourquoi sembles-tu si morose?

— Je suis jalouse de sou teint.

Toi, beau lys, qu'eu dis-tu? — Que n'ai-je Le nu velouté, la blancheur, • Le fraîcheur d'aurore et de neige De sa diaphane blondeur !

Je comprends votre jalousie,

O fleurs, c'est qu'hier, en ces lieux,

Dans sa robe de fantaisie

La Muse a passe sous vos yeux.

Plus de mirage. Plus d'ombre. Plus de mystère. Le chemin de FOphir fabuleux est ouvert. Dans l'espace sans borne où son rêve se perd, Sublime et glorieux, Colomb a crié : Terre !

146 Les Floraisons Matutinales.

Terre, terre ! — O genèse, ô triomphe, ô conquête ! Le voyant a ravi le secret du destin : La barre et la boussole ont franchi la tempête : L'aube du continent rêvé brille au lointain.

Terre ! — Des profondeurs d'une mer sans rivage. Sous l'azur radieux d'un ciel illimité, Dans l'éclat virginal de sa prime beauté, Fraîche et verte, surgit l'Amérique sauvage.

L'astre qu'Herschell découvre au fond de la nuit morne,. Xe répand jusqu'à nous qu'une morte clarté. Qu"est-il près du vivant hémisphère sans borne? Le monde de Colomb est un monde habité.

Terre! Terre ! Sortant des bois et <lrs savanes,

L'homme rouge se dresse effarouché, béant.

Place aux mystérieux rôdeurs de l'Océan !

Place aux Peaux-Blanches ! Place aux blondes caravanes !

Colomb UT

Le cri du Découvreur a remué les Mondes. Place aux. héros de la civilisation !

Place à tous les semeurs des vérités fécondes ! Place aux conquistadors de la religion I

En avant ! Que la croix s'avance la première l La croix est un levier plus puissant que l'argent. Que l'Occident païen, des ombres émergeant. Réfléchisse l'éclat de la pure lumière.

Place au rapide essor des gigantesques villes !

Debout, Xew-York ! Debout, Saint-Paul ! debout, Boston i

A l'œuvre, créateurs des libertés civiles !

Gloire aux hardis rivaux de George Washington !

Progrès immense ! Ouvrant sa grande aile étoilée Au tourbillonnement d'un souffle sans pareil, L'aigle de 1* Amérique, aveuglé de soleil, Monte et monte, ivre et fier de sa large envolée.

11^ Les Floraisons Matutinales

Terre ! terre ! — Au-dessus «les bruits du Centenaire. De l'est à l'occideut, au fond du ciel serein, Cent fois répercute, comme un lointain tonnerre. Vibre encore le cii de l'immortel marin.

O colosse ! voici la fête grandiose, Voici les jubilés de ta gloire d'airain ! Peuples du globe, il faut que l'homme souverain Aujourd'hui rentre enfin dans son apothéose !

A lui les diamants des fleuves de l'aurore, La guirlande des champs lointains cpi'il aborda, La couronne des verts îlots qu'il fit éclore. A lui l'humble laurier du jeune Canada !

A lui la palme d'or que Jéhova décerne, La palme du témoin qu'on n'a pu démentir, La palme du voyant, la palme du martyr! A lui l'ovation de l'univers moderne !

Colomb 141)

Au front des pics, neigeux, sur la crête des côtes. Sur les détroits du Sud et du Septentrion,

Sur les rocs surplombants, des pointes les plus hautes, Qu'on tasse flamboyer l'illumination!

Sur tous les océans qu'ont sillonnes ses voiles,

Sur les havres profonds où sa flotte a mouillé, Sur le eap le plus haut que sa barque a doublé, Que la fusée éclate en mille et mille étoiles !

Que Chicago, sonnant carillons et fanfares. Sur ses frontons altiers hisse tous les drapeaux ! Que New- York aux éclairs fulgurants «le ses phares Unisse le- éclairs de cent mille flambeaux !

Que l'escadre, accourant sous la brise nouvelle. Banderoles aux mats, toutes voile- dehors. Défile, triomphale, et. par tous ses sabords, Flambe et tonne en l'honneur de l'humble caravelle !

Les Floraisons Matutinales

Hosamia ! Couronné d'un arc-en-ciel de gloire, Sur les flots apparaît Colomb ressuscité : Terre ! Terre ! ! — Au grand cri du géant de l'histoire, Des millions de voix répondent : Liberté !

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La petite suce sou pouce, Et, pour rendormir, la maman Chante d'une voix lente et douce ■Quelque chose de bien charmant.

Le lied parle d'une princesse Qui dort, depuis bientôt cent ans, Dans un bois où chante sans cesse Un bel oiseau couleur du temps.

Pour ne rien perdre des merveilles Que dit ce tant joli vieil air.

Mademoiselle est tout oreilles, Et. très grand, s'ouvre son œil clair.

La voix de moins en moins sonore Scande un chant de plus en plus doux Mais la bambine ne veut clore Ses yeux pleins de clairs rires tous.

Pourtant, c'est l'heure ou la sorcière Rôde, et s'en vient, à petits pas.

Jeter du sable à la paupière Des bébés qui ne dorment pas.

Anne-Marie 153

De temps en temps, l'enfant clignote ; Et petits pieds et petits bras.

Fin oi-teil et fine menotte.

Frétillent roses sur les drap-.

C'est le dernier jour de Tannée :

Vers les minuit, quittant son clair Recoin de crèche illuminée.

Bon Jésus glissera dans l'air.

C'est lui que la petite épie.

C'est lui qu'elle guette en son coin :

L'enfant, un moment assoupie,

A cru le voir venir au loin.

Tout doux, mère tout doux chantonne.

Par le sommeil rapetiss

L'orbe de la prunelle atone

N'est plus qu'un point presque effacé.

154 Les Floraisons Matutinales

Les pavots capiteux du somme Distillent leur philtre eudormeur :

Les cils mi-clos palpitent comme L'aile d'un oiseau qui se meurt.

Aux vitres, que la neige frange, Le givre brode un fin rideau.

Sur les yeux ensommeillés, l'ange Du soir vient poser son bandeau.

On entend, sous l'auvent qui crie.

La berceuse aux notes de fer, Aux sons d'orgue de Barbarie, Que chante le grand vent d'hiver.

Le riche dort : les pauvres pleurent.

Qu'il chante haut, qu'il chante bas.

Janvier n'endort pas ceux qui meurent Sur la paille des noirs grabats.

Anne-Marie 155

Dors, enfant, dors, cher petit être !

Toi, que n'éveillent point les bruits Que fait à la sombre fenêtre Des loqueteux, le chœur des nuits.

Tu ue sais pas que dans la vie Rôdent de sinistres passants, Des Hérodes, monstres d'envie, Qui massacrent les innocents.

Pourquoi te dirais- je ces choses ? Pourquoi rompre le charme pur De ces doux rêves blancs et roses Qni hantent ton sommeil d'azur ?

Rêve encore longtemps, mignonue.

De ce charmant petit Jésus Qui, bon an mal au, toujours donne.

A mains pleines, comme un Crésus.

Les Floraisons Matutinales

Garde tes saintes rêveries, Enfant, le doute est si troublant :

Crois longtemps encore aux féeries Des Noëls et des jours de l'An.

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Ue homnie

Je ne viens pas. ami, sur le bord de ta fosse, D'ixne plainte banale outrager ton cercueil ; Je ne viens pas mêler une éloquence fausse Aux pleurs silencieux de tes frères en deuil.

158 Les Floraisons Matutinales

Je hais les longs soupirs des froids panégyristes ; L'accent de l'amitié fervente est plus discret. L'éloge des défunts n'est pas dans les chants tristes Des poètes ; il est dans un pieux regret.

Sur ce grand douloureux qui fut un patriote, Sur ce lutteur tué dans ses nobles transports, Il messied qu'une lyre importune sanglote Et scande avec éclat de funèbres accords.

Pleurer? je ne veux pas ; mais il faut que je dise, A ces porte-drapeau qu'il n'a jamais trahis, Aux ministres du peuple, aux princes de l'Eglise, Que ce jeune homme fit honneur à son pays.

A la noble, à la fière, à la belle jeunesse,

Je veux montrer la route où le droit l'a poussé,

Pour qu'elle y marche en chœur, pour qu'elle y reconnaisse

La voie où nos plus grands citoyens ont passé.

Cn homme 159

A peine est-il tombé sous la faux implacable, Qu'on entend retentir mille plaintives voix : Hélas ! pourquoi la Mort aveugle, inexorable, Fait-elle dans nos rangs ces mystérieux choix ?

Hélas ! pourquoi faut-il que la jeunesse meure ? Le talent est-il donc marqué d'un sceau fatal ? Hélas ! pourquoi faut-il qu'il s'en aille avant l'heure, Le viril ouvrier du champ national ?

Il aurait tant aimé finir sa noble tâche. Il était si cruel pour lui, ce dénoûnient. Le loyal serviteur, qui ne fut .jamais lâche, Peut-il se résoudre au suprême effacement ?

Etait-ce à lui d'entrer dans l'éternel silence? Ce courageux, ce fier paladin de la loi, Ce robuste parleur qui dit haut ce qu'il pense. Ce preux dont la parole est parole de roi.

100 Les Floraisons Mah(ti>i<ilts

Intrépide soldat d'une armée aguerrie, Le soleil dans les yeux, et la vaillance au cœur, Il s'en allait chantant l'hymne de la patrie, Quand la mort l'arrêta dans son élan vainqueur.

Bédard, florin, Cartier, Dorion, Lafontaine, De nos droits assaillis tenaces défenseurs, Vertueux citoyens dont la gloire lointaine Eclaire et guide encor vos dignes successeurs !

Il est de votre sang, il est de votre race, Ce grave enfant, trop tôt moissonné par le sort ! Ombres dont le sourire illumine la face, Saluez le manteau blanc de ce jeune mort !

Comme vous, devant l'or des viles coteries Il n'a jamais courbé ni le front, ni les reins ; Et son brutal dédain des basses flatteries Knseigiie la franchise à ses contemporains.

Un homme 161

On peut me ruiner, disait-il, mais nul homme Ne m'ôtera le legs que j'ai reçu des miens : La riche honnêteté du nom dont je me nomme; Nul ne peut me ravir à moi, ce bien des biens.

Des grands Canadiens tel fut le caractère ; Tel fut leur mâle orgueil, leur courage hardi. De ces ancêtres forts le souffle héréditaire Au cœur de leurs neveux ne s'est pas refroidi.

Houde mourut debout. Le Maître, qui dispense A son gré le pouvoir physique et la santé, Anima d'un rayon de flamme trop intense La débile vigueur de ce corps indompté.

Le phtisique, malgré la fièvre qui le brise, Mourant, s'acharne encore au labeur, au devoir, Et son âme, on ne sait par quel miracle, puise Courage et force au fond de son morbide espoir.

Les Floraisons Matutinales

C'est en vain qu'il se dresse : il s'affaisse, il succombe. Ses courts printemps ont fui comme l'ombre et le vent. Houde, le fier, le franc, l'honnête, est dans la tombe : Mais son nom restera populaire et vivant.

Dlbervllle

Aux marins de " L'ARETHCSE" et du " HUSSARD

Flamme à la drisse, vent arrière.

A demi couché sur bâbord, Le Pélican cingle en croisière.

A travers les glaces du nord, Malgré la neige et la rafale, Il file grand'erre. A l'avant, Tout à coup un gabier s'affale Criant : "Trois voiles sous le vent.'*

J64 Les Floraisons Matutinales

Sournoisement, parmi les ombres D'un ciel bas. au loin, sur les eaux, Balançant leurs antennes sombres, Montent les mâts des trois vaisseaux On dirait ces oiseaux du pôle Qui s'enlèvent avec efforts, Et dont le vol lourd et lent frôle La nuit de ces mers aux flots morts.

Un contre trois ! Parbleu, qu'importe ! Le Pélican n'eut jamais peur.

Il vole, et le nordet l'emporte Dans un large souffle vainqueur.

Ls pavillon de la victoire, C'est celui des marins français ; Son profond sillage de gloire Sur nos fleuves brille à jamais.

D'Ibercille 105

Rythmés par le choc monotone

Des vagues sourdes, on entend

Les airs de matelot, qu'entonne

D'une voix au timbre éclatant

Le plus fier chanteur de la terre :

" J'étions trois matelots de Groix,

" Qu'ons tenu tête à l'Angleterre,

" J'étions trois, pour sûr, rien que trois !

Le tapabor jusqu'aux oreilles, Botté, guêtre comme un moujickr Le manœuvrier fait merveilles.

Trimant de la gaffe et du pic, Sur le pont qui tangue et qui roule, Il faut les voir, nos Québécois :

L'enfant se comporte à la houle, Crâne comme un vieux Dunkerquois.

166 Les Floraisons Matutinales

•4 L'Anglais ! *' A ce cri l'équipage Bondit. Calme, air fier, front serein, D'Iberville, au fort du tapage, De sa stridente voix d'airain Commande : " Branle-bas ! Aux barres ! Garez-vous, messieurs les Saxons !

Sur les voiles de vos gabares Courent de sinistres frissons.

L'air s'emplit d'un grand tintamarre :

Bugle et cors, porte-voix, tambours, Longs alians des lialeurs d'amarre, Bruissements, claquements sourds Des pesantes vergues de chêne, Choc des caronades de fer, Sonore carillon de chaîne, Vacarme et brouhaha d'enfer.

D'Iberville 107

Eho ! de la i^roue à la poupe,

Des bancs de quart aux cacatois.

On se hèle, on siffle, on se houpe.

L'ancien parle un fier beau patois.

Boulines et voiles sont lourdes

De flocons blancs et de glaçons ;

Les pieds glissent : les mains sont gourdes

Largue à plein cœur ! Hardi ! garçons !

Bourrant leurs gros canons de cuivre Où le vent s'engouffre en hurlant, Les cheveux pointillés de givre, L'œil magnétique, étincelant, Les canonniers sont à leurs postes.

Xos lurons ont le verbe haut ; Dans l'air éclatent leurs rispostes.

La poudre parlera tantôt.

168 Les Floraisons Matutinales

" Feu ! " Vingt gueules de bronze grondent. Aux formidables roulements Les antres sauvages répondent Par de rauques mugissements.

Et sur l'embâcle où bat la lame, Des bords où grondent les ours gris Jusqu'aux bords où l'albatros clame, Court une tempête de cris.

Rangés en ligne de bataille,

A pleins sabords, les trois Anglais

Crachent la flamme et la mitraille.

Au loin ricochent les boulets.

Droit sur le Français, le Hampshire

S'élance. Sans perdre un instant.

Le Pélican l'évite, et vire

Et le mitraille à bout portant.

niberville 160

D'un pont à l'autre, ou se fusille.

Un feu vif, incessant, rageur, Projette, sur l'eau qui brasille, Une volcanique rougeur.

La bataille, par intervalles, Semble redoubler de fureur.

Entendez- vous siffler les balles ?

La noce est splendide d'horreur.

Beau comme un héros d'épopée,

D'Iberville n'arrête pas.

Faisant sonner sa longue épée

Au branle nerveux de ses pas,

Au poing la hache d'abordage,

Il court à l'avant, et, d'un bond.

Escalade le bastingage :

" Allons, mes cœurs ! Hourra ! Tiens bon !

170 Les Floraisons Matutinales

Dans une trombe de fumée Que des éclairs intermittents Font paraître tout enflammée, S'entre-choquent l^s combattants.

Longtemps, dans la nuit qui les couvre, Flambent les sabords furieux.

Enfin, le noir nuage s'ouvre :

D'Iberville est victorieux.

D'affreux jurons se font entendre.

Le Hampshire au large a sombré, Et l'Hudson Bay vient de se rendre ; Le fier Dehring a démarré.

On n'en eût fait qu'une bouchée.

Sur les eaux où flotte la mort, La coque sanglante et hachée, Le petit Français tire encor.

UlbervUle 171

Le tambour bat. — En haut le monde !

— Enfants, on est content de vous !

— Attrape, l'Anglais ! — A la ronde !

— Ho ! le rigodon de chez nous !

Des vivats de réjouissance Se mêlent aux chansons de bord.

—Vive Québec ! Vive la France !

France ! redit l'écho du Nord.

Le soir vient. Une blanche aurore Au-dessus de la mer d'Hudsou Arrondit son arc de phosphore.

Le suroît chante sa chanson.

Le trois-mâts presque à sec de voiles.

Bouline sans bruit, sans fanal, Aux clartés des belles étoiles Qui criblent le ciel hivernal.

172 Les Floraisons Matxitincdes

Chers marins, chers Français de France,

D'Iberville est votre parent.

Par mainte fière remembra née,

Le cœur des fils du Saint-Laurent,

Malgré la cruelle secousse,

A la France tient ferme encor.

Ce nœud n'est pas un nœud de mousse,

C'est un bon nœud franc, dur et fort.

Sur les flancs calcinés des roches les plus dures

Que l'eau des fleuves baigne et lave de ses pleurs,

Parmi la mousse glauque et les grêles verdures,

On voit s'ouvrir, parfois, en plein vent, quelques fleurs.

174 Les Floraisons Matutinales

Lie rocher, le granit calciné, c'est le monde Avant le Christ, c'est l'Homme avant le fils de Dieu. Jésns, ce fut la mer douce, la mer féconde Qui fit fleurir le roc nu sons un ciel de feu.

Jésus, ce fut la pure onde qui fait éclore. Sous le ruissellement de la rédemption, La lave se couvrit d'une immortelle flore, Et l'on vit reverdir la fauve alluvion.

Avant Jésus, c'était le sombre âge de pierre, L'âge glacé de l'ombre et de l'aridité ; Jésus vint, et le ciel fit sa gerbe première, La première moisson de la stérilité.

Sur la terre à jamais par l'Idéal conquise, Dans le sang qui noya la haiue, dès ce jour, Germent, comme une chaste apothéose exquise, Les lis de la candeur, les roses de l'amour.

Symboles

La foudre, sillonnant l'implacable étendue, Secouait vainement l'univers impuni ; Et la miséricorde en Dieu s'était perdue Comme une goutte au fond d'un abîme infini.

Jésus rint, et l'azur fit pleuvoir sa rosée, Et la vigne mystique, aux blanches fleurs de miel, Par les pleurs de l'aurore éternelle arrosée, Magnifique, donna des grappes pour le ciel.

'phiox

Dans un flot d'aurore, l'Année, A plein vol, de la nuit du temps, S'élance et monte couronnée D'étoiles aux feux éclatants.

Sphinx 177

A l'heure où l'éclair de son aile Sillonna le monde endormi.

Au fond de la voûte éternelle Les sphères de flamme ont frénii.

Mêlant son hymne d'espérance Aux concerts du ciel étonne.

La terre sur son axe immense Comme tuie harpe a résonne.

Et. bercé d'un rêve impossible, L'homme interpelle, à deux genoux, Le Dieu dont le cœur impassible Est infiniment tendre et doux.

D'où viens-tu doue, belle inconnue ?

Viens-tu de l'averhe ou i]^> cieux ?

Dois-je sourire à ta venue?

Dois-je en pleurant baisse] mes yeux?

J.7S Les Floraisons Matutinales

Les jours d'autan vont-ils renaître ?

Sur ton zodiaque vermeil, O bel An, va-t-il apparaître Le disque d'un nouveau soleil ?

Hélas ! dès l'instant où les cimes Te chantent leur aubade en chœur, Par-dessus tes ailes sublimes On voit rire un spectre moqueur.

Quel est ce spectre, ce squelette, Cette ombre, qui n'arrête pas ?

Sa gorge sifflante halète.

Fuyez, mortels ! C'est le Trépas.-

Et toi, blonde aurore craintive, Qui sors de l'orient flambant Et viens, semant la nuit plaintive De Heurs qui meurent en tombant,

Sphinx

Dis-nous si les tristes journées Que nous réserve le destin, Comme ces fleurs si tôt fanées, Ne touchent pas à leur déclin ?

Que dis- je ? Tais-toi, sphinx morose ! Ah ! laisse-nous chanter encor Les jours d'azur, les soirs de rose, Et les matins d'opale et d'or.

Le dereler site

Je te. reviens, ô paroisse natale.

Patrie intime où mon cœur est resté; Avant d'entrer dans la nuit glaciale, Je viens frapper a ton seuil enchanté.

Li dernier gîte 181

Pays d'amour, en vain j'ai fait la route Pour saluer encore ton ciel bien, Mon œil se mouille et ma chair tremble toute, Je viens te dire un éternel adieu.

Oh ! couchez-moi dans la tombe bénite, Dans un recoiu discret du vieil enclos. Ici, je viens chercher mon dernier gîte, Je viens ici chercher calme et repos.

O terre sainte ! ouvre-moi ton asile.

Près des miens, jusqu'au jour du grand réveil, Je dormirai, comme en un lit tranquille, Mon dernier rêve et mon dernier sommeil.

Le yacht

Le lac Saint-Pierre, calme et libre, Etale au soleil son flot vert ; Le yacht, dont le clair sifflet vibre, S'élance de son nid d'hiver.

Le yacht 183K

Ati gré de sa rapide hélice,

Sur la cristalline fraîcheur

Des eaux, il court, il vole, il glisse,

Preste connue un martin-pêcheur.

De loin, l'oiseau, dans l'air sonore, Redit son bonjour matinal Au petit steani multicolore Qui passe au vol en plein chenal.

Tout l'été, qu'il vente, qu'il pleuve, Par le nordet, par le suroît, L'alerte marcheur court le fleuve Et file ferme et vite et droit.

Vienne une belle matinée, Le lac miroite, irradiant Comme une méditerrauée Où brasille un ciel d'Orient.

184 Les Floraisons MatutinaZes

C'est alors qu'il fait bon sur l'onde.

Le yacht part. Vous embarquez-vous ? Le temps est clair. En haut le monde ! Allons humer l'air frais et doux.

Le capitaine est un vrai type De bohème et de bon garçon ; Sur son bord, en fumant la pipe, On rit, on cause sans façon.

Un fusil, une carabine,

Des cannes à pêche, un carnier,

Ornent l'élégante cabine

Du chasseur et du marinier.

On cliante : la brise et la lame Mêlent leur roulis régulier Aux berceuses chansons de rame Que scande le gai batelier.

Le yacht 185

On vire de bord à six lieues Du village. Toujours nouveaux.

Les rivages verts, les eaux bleues Déroulent leurs calmes tableaux.

Ici. c'est un vapeur à roue, Au long balancier lourd et lent, Qui traîne un voilier dont la proue Creuse un large sillage blanc ;

Là. c'est un dragueur qui halète, De houille et de vase tout noir ; Plus loin, vole une goélette, Blanche, svelte. charmante à voir.

Dans un souffle de brise, au large, Tout un vol de bateaux descend : Lu brick, des chalands, une barge ; Le yacht les salue en passant.

186 Les Floraisons Matutinales

Un nuage, noir comme l'encre, Monte en plein azur, c'est un grain !

Le yacht ne jettera point l'ancre, Et sou commodore est serein.

Déjà le vent souffle en tempête.

N'ayez pas frayeur, j'en réponds.

Au vent, aux flots, le yacht tient tête, Solide et sûr comme un trois-ponts.

Eho ! la vague et la bourrasque Redoublent de rage. En avant !

Le petit coq, crâne et fantasque, Coupe la vague et fend le vent.

La houle tombe, l'air s'irise, Le ciel brille, c'est le beau temps.

La nef reprend son vol et frise L'écume des flots clapotants.

Le >/<iclif 187

Du nord clair au sud bleu de perk'.

Blanc de moutons éparpillés, Le lac d'émeraude déferle Et brise en jets ensoleillés.

" Stoppe ! " C'est la dernière escale. La brise fraîchit. Au lointain, Tinte la note musicale D'une cloche au timbre argentin.

C'est l'heure où le soleil se couche Dans son large lit d'or vermeil ; Ce soir, l'alerte bateau-mouche Se couche à l'heure du soleil.

Lente et belle, la lune émerge.

Brodant de lis d'argent et d'or Les noirs méandres de la berge :

Le yacht au mouillage s'endort.

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Nocturne

•Ce n'est pas pour nous qu'elle a fait silence,

■Ce n'est pas pour nous qu'elle est lourde et «lense.

La calme nuit claire où tremble ta voix.

Il est transparent l'azur qui te voile. O cher mort, parmi des clartés d'étoile Ton sourire flotte et je te revois.

Nocturne 189

Oh ! non. ce n'esl pas pour nous qu'elle est close,

La chapelle blanche où l'ami repose :

Ce n'est pas pour nous, ce n'est pas pour nous.

La porte d'ivoire est ouverte encore :

La voûte muette est toujours sonore :

La Prière encore y veille à genoux.

L'Automne en sourdine au loin psalmodie. La chapelle où va mon rêve irradie :

La lampe votive y brûle toujours.

D*où vient ce soupir de musique tendre? D'où viennent ces pas qui semblent descendre Par quelque escalier léger de velours ?

Dans l'ombre, une main pieuse balance L'encensoir d'argent, et. dans le silence, J'entends une voix répondit' à ma voix.

Les Floraisons Matutinales

La chapelle d'or que l'hysope asperge.

S'emplit de clartés tremblantes de cierge, Ton sourire flotte et je te revois.

Misère

Les gueux souffrent : l'argent est raie.

Le ternie échoit, le pain est cher.

On manque de tout chez Lazare,

Et voici venir l'âpre hiver.

Déjà souffle la bise. Il gèle.

11 faut du bois, il faut du feu.

Lazare nous tend l'escarcelle :

Un sou, pour l'amour du bon Dieu.

192 Les Floraisons Matutinales

Derrière les vitres cassées

De ces taudis au noir pignon.

Dans l'horreur des maisons glacées, Se cachent des douleurs sans nom.

Par les fentes du toit qui croule.

Par les tissures du mur gris.

Montent, avec un bruit de houle.

Dès pleurs, des râles et (\lj< cris.

Que n'ai-je la palette ardente

Des Velasquez et des Diirer ?

Que n'ai-je la plume de Dante ?

Misère, ô douloureux enfer!

Que dis-je? nul ne pourrait peindre

La navrante realite

Des gouffres où l'on entend geindre

Tes doux martyrs, ô Pauvreté.

Misère 193

Regardez : près d'un grand lit vide,

Immobiles, comme abêtis,

Les yeux hagards, le teint livide,

Se pressent encor les petits :

Du regard ils cherchent la mère ;

Mais la mère est sous le linceul ;

Aux pleurs des orphelins, le père

Vient de comprendre qu'il est seul.

Là, c'est une veuve qui peine Seule pour nourrir cinq marmots.

O riches, donnez à main pleine, Pour la mère et pour les petiots.

Donnez les miettes de vos tables,.

Vous qui faites vos trois repas, Aux pauvres femmes lamentables Dont les enfants ne mangent pas-

104 Les Floraisons Matatinales

A travers les foules bourrues Cheminent les pauvres honteux.

Le vice guette au coin des rues Les filles des nécessiteux :

Misère engendre crime et vice.

Que l'or pur de la Charité Fonde et dote hôpital, hospice, Crèches et monts-de-piété.

Les gueux souffrent : l'argent est rare, Le terme échoit, le pain est cher.

On manque de tout chez Lazare, Et voici venir l'âpre hiver.

Déjà souffle la bise. Il gèle.

Il faut du bois, il faut du feu.

Lazare nous tend l'escarcelle.

Riches ! pour l'amour du bon Dieu !

Perce-mengre

Radieuses apothéoses Du soleil d'or et du ciel bleu, Fraîche gloire des printemps roses, Pourquoi donc durez-vous si peu ?

196 Les Floraisons Matutinales

Pourquoi doue êtes-vous si brèves, Aubes de l'enfance ? Beaux jours, Si pleins d'arômes et de sèves, Pourquoi donc êtes-vous si courts ?

Jeunesse, où sout-elles allées Les hirondelles de jadis ?

Où sont les ailes envolées De tes merveilleux paradis ?

Et vous, poétiques chimères, Que dore un rayon d'idéal, Blondes idylles éphémères, Nauriez-vous qu'un seul floréal ?

O fleurs, vous n'êtes pas finies !

Les plus tristes de nos saisons Auront encor des harmonies Et des regains de floraisons.

Perce-neige

La mortelle saison du givre N'a pas tué toutes uos fleurs :

Nous pourrons encore revivre Le passé, dans des jours meilleurs.

CaetSqMe

Sous les voûtes votives,

Attentives.

S'élèvent à la fois.

Vers l'azur où sainte Aune

Si haut plaue, Mille pieuses voix.

La foule réunie

Communie Avec les séraphins.

Dans l'âme fraternelle,

Immortelle, Des vierges et des saints.

Cantiqxie 10i>

O grand jour triomphal !

Saluons la Patronne Dont la gloire environne L'autel national.

Que ta main nous les rende,

Toi si grande, Les biens que nous perdons ; Que ton cœur nous les donne,

Toi si bonne, Les éternels pardons.

Sur toutes les blessures,

Les morsures, Dont le mal nous meurtrit.

Verse à flot le einnanie,

Le dictame Qui calme et qui guérit.

200 Les Floraisons Matutinales

La vie est la vallée

Désolée, L'exil au ciel d'airain, Le désert de famine

Où chemine L'homme, ce pèlerin :

Guide la caravane,

O sainte Anne, Vers la cité de Dieu ; Vers l'oasis de calme

Où la palme Fleurit dans l'éther bleu.

Liberté

.".Liberté ! liberté ! nos solides ancêtres, •Corps à corps, front à front, avec leurs âpres maîtres, Au club, au parlement, au meeting, au forum, ..Bien longtemps ont lutté pour ton blanc labarum.

202 Les Floraisons Matutinales

Sans halte, obstinément, l'éloquence virile

Redoublait les assauts d'une lutte stérile :

La Chambre flagellait le pouvoir exécré,

Et toujours le pouvoir gouvernait à son gré.

Très beau, très fier, très grand, dominant la tempête-

Qu'un despote haineux déchaîne sur sa tête,

Papineau, noble aïeul du tribun souverain,

Fait vibrer les éclats de son verbe d'airain.

Loyal au Roi. mais fier devant l'absolutisme,

Magnifique d'orgueil et de patriotisme,

Canadien que nul Anglais n'a fait plier,

Irréductible, franc et fort comme l'acier,

Il parle, et dans sa brève et robuste harangue

Eclate la vigueur d'une invincible langue.

Liberté 203

Brillante élite, autour du jouteur saus égal, Se groupent les soldats du droit national. Aux rostres où la haine a déclamé sans honte, Drapé dans sa fierté, grave, Taschereau monte. Bédard se dresse. Il faut enchaîner ce raillant Qui crible de ses traits les Craig et les Ryland. Mais la prison ne peut étouffer la parole : C'est le flot qui bondit, c'est l'orage qui vole. Nos rivages encore entendent retentir La parole et les fers glorieux du martyr.

C'est en vain que le fouet sanglant de l'ironie Accule au pied du mur l'hyène tyrannie, Le monstre terrassé, bave aux dents, sang aux yeuxr Hurle encor sous les coups du fouet victorieux.

204 Les Floraisons Matutinales

Des vieillards décrépits, malfaisants, sacrilèges,

Violent sans pudeur et lois et privilèges.

C'était un règne affreux qu'eût cinglé Juvénal :

Le ministre volait, et le juge vénal

Trafiquait du statut pour une vile somme ;

On graciait un riche, on pendait un pauvre homme ;

Partout la violence et l'illégalité,

L'arbitraire, l'astuce et la duplicité.

Au bon peuple qui peine et qui, très humble, prie, On répond par l'insulte et par la moquerie, Et l'on jette au panier, au mépris des vieux droits, Les plis où les manants ont fait leurs grandes croix.

Libert, 205

Le bon peuple se tut. Mais un homme, un génie, Se lève et. défiant l'injure et l'avanie. Au milieu d'un profond silence solennel, Fait ouïr les accents d'un nouvel O'Connell. Ce n'est pas ce rhéteur élégant qui débute Sur le ton musical que lui donne la flûte ; C'est un rude parleur, un franc logicien, Qui dédaigne les vains apprêts de l'art ancien. Sa parole n'est pas une lyre qui chante, C'est un clairon qui jette à travers la tourmente Les farouches accords du dernier rallîment. Nul orateur n'est plus fort, ni plus véhément. Il parle, et le pays à sa voix pathétique Tressaille, et du lointain, par delà l'Atlantique. Aux appels ehaleureux du jeune Washington. Répond, comme un écho, le cœur des Warburton.

"20(5 Les Floraisons Matutinales

Nos tyranneaux jaloux, sourds à toute éloquence,

Redoublent de fureur, de morgue, d'arrogance.

On vole ; ou pille ; on pousse à bout ces braves gens,

Ces paisibles et doux ruraux intransigeants ;

Et l'on jette la fange et l'on crache l'insulte

A la race, à la langue, à la bannière, au culte.

On s'arroge les droits de la majorité,

Et les belligérants de la légalité

Protestent vainement. Pour appuyer le vote,

Il faut que le fusil du pauvre Patriote

Se mêle au grave et vaste orage des débats.

Le vieux mousquet français fit si bien, que là-bas

On l'entendit. Ce fut bref, mais hardi. La poudre,

Aux oreilles du maître, à l'égal de la foudre,

Retentit, et le maître en fut tout étonné.

Il comprit. Le rappel des tyrans fut signé.

Des parchemins scellés du grand sceau britannique

Annulèrent bientôt l'ukase tyranuique.

Albion révoqua le révoltant édit.

Voilà pourquoi le trône anglais n'est plus maudit.

Liberté 207

■Qu'ai-je dit? N'éveillons pas la haine endormie. Nous jouissons en paix de notre autonomie ; Xotre race n'est plus la race paria ; Le peuple est maître, c'est assez. Victoria, Aux esprits assagis que son sceptre nivelle, Impose le respect d'une charte nouvelle, Et fait planer sur tous l'égale autorité De sa très douce et très sereine majesté.

L'heure est à nous. L'érable, exubérant de sève, Au terroir fortement enraciné, s'élève, Déployant en plein ciel, entre deux océans, L'éclatante vigueur de ses rameaux géants. L'heure est à nous. Québec, la province féconde, Voit déborder sur tous les points du nouveau monde. Comme une mer, les flots calmes et triomphants De ses laborieux et robustes enfants.

Le bon peuple respire, et sa poitrine vibre Au souffle frais cpii court dans l'air joyeux et libre : Le sang monte plus calme au front du travailleur. Dans le ciel éclairci brille un soleil meilleur.

208 Les Floraisons Matutinales

Le grand combat est clos, la bataille est finie, Et les lutteurs d'hier vivent en harmonie. Honte à ceux dont les cris de rage osent encor Troubler ce sympathique et généreux accord.

C'est la trêve. C'est l'ordre. Aux angles de la poutre Nous avons accroché le mousquet. Et le coutre, Au pas égal et lent des chevaux et des bœufs, Sillonne en paix la friche et les guérets herbeux. Et tandis que, là-bas, les moissonneurs superbes, Dans leurs grands chars criant sous la charge des gerbes, S'en vont, rieurs et beaux, par groupes rassemblés, Serrer les blonds trésors des seigles et des blés ; Dans nos ports, sur nos quais bordés de nos flottilles, Le steamer de Glasgow, le voilier des Antilles, Le lourd transatlantique et l'énorme trois-mâts Déchargent les produits des plus lointains climats.

Liberté 20»

Une autre France règne aux rives de nos neuves. Dans tout ce beau pays de vertes terres neuves, Où le fer et la flamme et la foudre ont passé, Des lacs jusqu'aux confins du Labrador glace Tout se transforme, tout grandit, tout évolue. Divinité toujours bonne, je te salue.

Et vous, libérateurs des peuples prisonniers» Frères de nos tribuns et de nos pionniers, O prêtres dont le verbe éclaire et civilise, Patriotes divins de la divine Eglise, Vous par qui nous serons à tout jamais unis.. Soyez loués, soyez aimés, soyez bénis.

Et vous, Taché, Moriu, Duvernay, Lafontaine,

Parent, Baldwin, Cartier, dont la pensée hautaine

Consolida la paix et scella l'union !

Sublimes artisans, cpii fîtes nation

Le jeune petit peuple orgueilleux que nous sommes,

A jamais vénérés soyez- vous tous, grands hommes !

Votre légende est simple et vos titres sont brefs.

Vous fûtes, avant tout, des conducteurs, des chefs ;

Les bons, les dévoués, les lutteurs, les apôtres

Qui prodiguent leur âme et leur cœur pour les autres.

Que votre souvenir dure éternellement !

Pour les âges futurs, dressant un monument,

O généreux amis du Canada ! l'histoire

Vous groupe dans l'airain d'une commune gloire.

Vers la colline où dort ce grand peuple d'aïeux, , Dans l'amour et l'espoir sont tournés tous les yeux. Largement déployé par la brise qui passe, Là-haut, dans la lumière et dans l'immense espace, Par ces illustres morts tour à tour défendu, Ondule, ô Liberté, ton saint drapeau perdu.

Liberté 211

Salut, immortels fils d'une immortelle époque ! Ancêtres, la jeunesse à plein cœur vous invoque ! Que nos chefs d'aujourd'hui marchent orientés "Par le rayonnement de vos blanches clartés ! Que nos historiens inscrivent dans nos fastes, A côté des martyrs obscurs des jours néfastes, En majuscules d'or, près des grands précurseurs, Les noms, non moins brillants, de leurs fiers successeurs!

Salut, ô nobles temps anciens, cycle profond, Inoubliables jours d'hier, âge fécond, Vaste passé fertile et riche d'où découle L'avenir qui déjà sous nos yeux se déroule : Tel, gonflé de cent cours, ce fleuve au flot géant Déroule son immense et tranquille océan.

Table

Lumière 5

L'idylle dorée 9

Le Viatique 19

L'Avril boréal 25

A la claire Fontaine 31

A CELLE QUE j'AIME 37

France 39

La mer 14

Québec 46

Missive 50

Be thy grave ever green ! 52

A Coquelin 57

Le Lac 60

Fleurs d' aurore 64

Chrysanthèmes 68

Giboulée 73

Fleurs d'hiver 78

Hantise 83

La chapelle des miracles 86

A Denis Gérin 90>

214 Table

Mirages 92

Les Clochettes 96

Beethoven 102

Les corbeaux 104

Rayons d'octobre 106

Primeroses 1 14

Epithalame 110

Graxd deuil 119

L'hirondelle pieuse , 125

La cloche de Louisbourg 1 34

Le merle 138

La Muse 143

Colomb 145

Anne-Marie 151

Un homme 157

D'Iber ville 163

Symboles 173

Sphixx 176

Le derxier gîte 180

Le yacht 182

Nocturxe 188

3Iisère 191

4jerce-xeige 195

Cantique 198

JL.A Liberté 201

Date Due

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