‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 1 sur 19 · M CVII XCVII · texte numérisé non relu

M CVII XCVII

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Lumière

Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute, Le monde, dans un noir tournoîment emporté, S'effarait, quand soudain retentit sur la route

La voix de l’immanente infaillibilité.

Et l’on vit, aveuglant les fils de Zoroastre, Perçant l'ombre où la haine occulte écume encor, Brillante des clartés que verse un lever d’astre,

Resplendir la tiare aux trois couronnes d'or.

Triple soleil d'espoir éclatant dans la brume Du sombre gouffre humain. Triple feu du flambeau Que Rome aux chandeliers à sept branches allume.

Triple splendeur de Paul s’élançant du tombeau.

Hosanna ! Béni soit Léon, l’homme-lumière, L'être divinisé, l'être immatériel, L'âme, l'élu, le saint, l'ange intermédiaire

Entre Job et Jésus, entre l'homme et le ciel.

Il n'a plus qu'un lambeau de pourpre et de couronne, Mais cet humble martyr qui pleure et qui sourit, Ce divin qui bénit, ce clément qui pardonne,

A jamais reste roi par le verbe et l'esprit.

Lumière

Ce souverain qui n’a que son titre de père ; Qui, pour sceptre, n'a plus qu’un roseau de pasteur, Ce prince de douleur, d'angoisse et de misère,

Apparaît à nos yenx comme un triomphateur.

Au-dessus de ces fronts royaux que l'anarchie Menace, beau de calme et de sérénité, Il se dresse, et l’on voit sur sa tête blanchie

Flotter comme une vague aube d'éternité,

Il parle, et l'Occident se prosterne en prière ; 11 appelle, et, là-bas, l'Orient, solennel, Dans la chape d'argent de sa gloire premicre,

Exulte au cri du pape et vibre à son appel.

Les profondeurs de l’autre azur frémissent toutes, Et la Miséricorde en pleurs, sur l'univers Epandant les trésors des suprômes absoutes,

Rouvre les cieux fermés et ferme les enfers,

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rie.

De l'aurore au couchant, l’encyclique féconde, Dans le déclin du grand siècle qui va finir, Sous le souffle de Dieu, s'en va de par le monde

Répandre amour et paix, consoler et bénir.

Gloire au nouveau Jean! gloire à l'aigle des symboles ! Gloire au révélateur des secrets de Sion !

Au voyant dont le front constellé d’auréoles

S'incline sous le vent de l'inspiration !

Béni soit-il, celui dont le vaste génie, Sur l’abîme du dogme ancien toujours nouveau, Ouvrant une nouvelle échappée infinie,

Voit plus large, descend plus profond, va plus haut.

Gloire au Buonarotti de la foi catholique, Qui bâtit, sur le roc de Pierre, un monument Taillé dans le carrare et dans le pentélique,

Eblouissant d'azur, d'or et de diamant,

L’idylle dorée

Au vent joyeux de la bonne nouvelle L'étable s'ouvre ; et sa merveille est telle

Que les naïfs bergers en sont troublés,

Hluminant la crèche sombre encore, L'Enfant paraît, en un orbe d'aurore,

Plus blond que l'or des méteils et des blés,

Tout reluit sous l’humble chaume en ruine ; Tout y rutile. O nuits de Palestine,

De vos ciels d’aube pâle, est-ce un reflet?

Lune magique, est-ce ton sortilège ?

Est-ce l'éclat de ta blancheur de neige ?

Est-ce ton charme, à bel enfantelet ?

Un homme est là, grave comme en un temple ; Hiératique, il admire, il contemple,

Ne sachant plus que bénir à genoux.

Dans son long voile et dans sa blanche robe, Pudique et belle, aux regards se dérobe

Une humble femme au profil triste et doux.

Couple candide, ils restent sans parole, Le front ceint d'une opaline auréole,

Navrés d'amour et de ravissement,

L'idylle dorée 11

Le père exulte, et la mère soupire ; Tendre, elle fait effort pour lui sourire,

Mais son sourire expire tristement.

Elle, la Sainte, elle, l’'Immaculée, Oh! comme elle est confuse, émerveillée,

Toute à son rêve et toute à son affront,.

Elle se voit dans une bergerie, Et, pour son Christ, non pour elle, Marie

Pleure, le glaive au cœur, l’'épine au front,

Le nouveau-né, demi-nu, que l'haleine Du bœuf et de l'âne réchauffe à peine, Tout frôle et tout mignon, tremble et vagit,.

La plus modeste entre toutes les mères Se meurt de honte, et le sang de ses pères

Comme une pourpre à sa tempe rougit,

Dans ce réduit de misère, les anges, Venus du ciel, modulent les louanges

Du gracieux petit roi de Sion.

L'oreille entend la harpe qui console, La tendre lyre et la tendre viole,

Et le théorbe et le psaltérion ;

Mais, ni le luth qui berce et qui caresse, Ni la viole exquise de tendresse,

Rien n'a charmé le souci maternel.

Pensive, au bord de la crèche accoudée, Elle pressent, crucifiante idée,

Quelque chagrin qui lui semble éternel,

Les séraphins suspendent leur cantique Et l'âpre son du hautbois bucolique

Se mêle au frais gazouillis des pipeaux.

L'idylle dorée 13 EEE EE

Le corne a pris sa voix la plusicâline, Et le roseau langoureux, en sourdine,

Chante à ravir l’âme des bleus oiseaux.

On croit ouiïr les endormeuses plaintes De l’air parmi les légers térébinthes,

Du soir parmi les pâles oliviers.

En la blancheur de la lumière astrale Monte et descend la fraîche pastorale

Que dit le chœur rustique des bouviers.

Cette musique élyséenne coule Et, vrai miracle, ondule et se déroule,

S'achève et file en sanglots inouis,

Des femmes vont à l'adorable Juive Offrir, avec la myrtille et l'olive,

Roses et lis tout frais épanouis,

Silencieux, dévalant les collines, Orientés par les clartés divines,

Déjà, voici les chameliers du Nil.

Ils ont offert l’ambre et le cinnamome Et ces lotus d'oasis dont l’arome

Calme et guérit le mal le plus subtil.

Ni les soupirs des pipeaux et des flûtes, Ni le noël des chevriers hirsutes,

Rien n'a charmé le maternel souci ;

Ni les lotus, ni les lis de Judée, Ni l'oliban des rois de la Chaldée,

Rien ne l'allège et rien ne l'adoucit,

Dans son berceau que la mousse encourtine, L'enfant s'éveille, et sa lèvre enfantine

S'ouvre et sourit d'un sourire de ciel,

L'idylle dorée 15

Sur cette bouche idéalement rose, La Mère, moins songeuse, moins morose,

Pose un baiser mouillé de pleurs de miel.

O tendres pleurs, délicieuses larmes, Est-il quelqu'un qui résiste À vos charmes ?

Femme, tes pleurs font pleurer tous les yeux !

Dès son réveil, calme, à celle dont l'âme D’inquiétude et d'angoisse se pâme,

Le Fils envoie un regard radieux.

Nul pavillon d'impérator n'égale Ce gîte où luit la gloire filiale,

Ce lit de paille aux rideaux de soleil,

Le pâtre adore et Joseph s'extasie :

Certes, jamais les huchiers de l'Asie

Ni les bouviers n'ont vu tableau pareil.

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Vision rose, exquise épiphanie, Divine idylle à jamais non finie,

Charmante encore après dix-huit cents ans!

Aux Bethléem mystiques, des deux Mondes Peuples et rois, caravanes profondes,

A pleines nefs apportent des présents.

Bercail d'azur, asile de mystère, Où le noël amoureux de la terre

Alterne avec le cantique des cieux !

Crèche où naquit l'agneau des paraboles, Agreste autel des célestes symboles,

Je vois s'ouvrir ton chaume harmonieux.

Tout ébloui, sur le seuil je m'arrête, Je me prosterne et je courbe la tête,

Dans la pénombre, en silence, à l'écart.

L'idylle dorée 17

Pour te louer, divin berceau, j’aspire L'harmonieux lyrisme qu’on respire

Dans les motifs des aèdes de l’art.

O Mère pure, à Vierge maternelle, Vase de nard qui déborde et ruisselle,

Inonde-moi des flots de ton amour !

Je veux bercer ta peine et ta hantise, Adoucir le mal qui te martyrise,

Je veux aimer ton Jésus sans retour.

Suivant les pas des bergers et des Mages, Je viens offrir l’encens de mes hommages.

Que n'ai-je l'or des antiques Crésus !

Oh ! laisse-moi, Vierge, Mère divine, Prendre en mes bras, presser sur ma poitrine,

Ton bien-aimé, ton trésor, ton Jésus !

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Je veux que ma lèvre à sa lèvre touche.

Combien heureux je serais, si ma bouche

Pouvait chanter un chant digne de toi !

Mais c'est en vain que mon hymne s'élance.

Suspends ton rythme, ô mon cœur, le silence

Exprime seul mon extatique émoi.

Le Viatique

La cloche, lente, à voix éteinte, Tinte au clocher paroissial, Et l'écho tremblant de sa plainte

Tinte et meurt dans l'air glacial.

20 Les Floraisons Matu tinales

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L'airain sonne en branle. On écoute.

Pour qui le glas a-t-il tinté ?

Et le son grave, avec le doute,

Tombe sur le cœur attristé.

C'est dans un hamean solitaire, Où l'homme, encore rude et sain, Pauvre sur une inaigre terre,

Vit obscur et meurt comme un saint.

Aux premiers branles de la cloche, Les humbles seuils se sont ouverts.

Un bruit de pas drus, qui s'approche,

Frappe l'air lourd des champs déserts.

Par les sentiers que l'ombre voile Défile un cortège : en avant, On voit filer comme une étoile

Un cierge qui vacille au vent.

Le Viatique

Mi-voilé d’un lambeau de moire, Sur le blanc d'un fin lin bénit. Aux mains du prêtre le ciboire

Comme un soleil d'argent reluit.

A genoux ! c’est le Viatique, C'est le dictame des souffrants, Le pain de l'au-delà mystique,

Le divin chrême des mourants.

L'or pâle et la pourpre amortie Du crépuscule occidental

Au-dessus de la sainte hostie

Forment comme un dais triomphal.

Toi qui vois l’invisible gloire De cet invisible passant, Humble fils de la glèbe noire,

Incline-toi, comme un enfant.

nn ———

C'est Lui: cette pompe céleste Proclame sa divinité, Et ce tant naïf culte agreste

Nous dit sa pauvre humanité

Quelques paysans en prière Suivent, leur rosaire à la main ; Les clous des souliers de misère

Sonnent aux cailloux du chemin.

L'humble suite rustique passe Au refrain machinal des mots Que traînent à voix lente et basse

Les dévotes et les dévots.

Oh! bienheureux ce pauvre monde Qui devine, et croit sans les voir, Les choses qu'une ombre profonde

Cache aux maîtres du haut savoir,

Le Viatique

Heureuses ces âmes crédules Qui gardent confiance et foi Aux mystérieuses formules

De l’ancienne et nouvelle loi.

On n'entend sur la route sombre Que la clochette du sonneur.

C'est l'heure où la mort vient dans l'ombre.

Hâtez-vous, courrier du Seigneur.

Hâtez-vous ! Tout est morne et triste.

Hâtez-vous ! D'un seul vol, sans bruit, La mort s'abat à l'improviste,

Comme un sinistre oiseau de nuit.

Là-bas, dans la chambre blafarde, Un malade souffre à mourir, Oh! comme il est lent, comme il tarde,

L'ami qui s'en vient le guérir !

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