‹ Les floraisons matutinales [microforme]Chapitre 2 sur 19 · TT · texte numérisé non relu

TT

Du beffroi la grave harmonie

S'éteint, triste comme un adieu.

Ange gardien de l'agonie,

Soutiens les pas du porte-Dieu.

L’avril boréal

Est-ce l'avril? Sur la colline Rossignole une voix câline,

De l'aube au soir, Est-ce le chant de la linotte ?

Est-ce une flûte ? est-ce la note

Du merle noir ?

26 Les Floraisons M. atutinales

Po rot nn

Malgré la bruine et la grêle,

Le virtuose à la voix frêle Chante toujours ;

Sur mille tons il recommence

La mélancolique romance

De ses amours.

Le chanteur, retour des Florides,

Du clair azur des ciels torrides

Se souvenant, Dans les bras des hôtres en larmes Dit ses regrets et ses alarmes

A tout venant.

Surpris dans son vol par la neige, [1 redoute encor le cortège Des noirs autans ; Ft sa vocalise touchante Soupire et jase, pleure et chante

En même temps.

L'avril boréal 27

Fuyez, nuages, giboulées,

Grêle, brouillards, âpres gelées, Vent boréal !

Fuyez! La nature t'implore,

Tardive et languissante aurore

De floréal.

Avec un ciel bleu d'améthyste,

Avec le charme vague et triste Des bois déserts,

Un rythme nouveau s'harmonise.

Doux rossignol, ta plainte exquise

Charme les airs !

Parfois, de sa voix la plus claire,

L'oiseau, dont le chant s'accélère, Egrène un tril :

Dans ce vif éclat d'allégresse,

C'est vous qu'il rappelle et qu'il presse,

Beaux jours d'avril,

Déjà collines et vallées

Ont vu se fondre aux soleillées Neige et glaçons ;

Et, quand midi flambe, il s'élève

Des senteurs de gomme et de sève,

Dans les buissons.

Quel souffle a mis ces teintes douces

Aux pointes des frileuses pousses ?

Quel sylphe peint

De ce charmant vert véronèse

Les jeunes bourgeons du mélèze

Et du sapin ?

Sous les haleines réchauffées

Qui nous apportent ces bouffées D'air moite et doux,

11 nous semble que tout renaisse.

On sent comme un flot de jeunesse

Couler en nous.

L'avril boréal 29

Tout était mort dans les futaies ;

Voici, tout à coup, plein les haies, Plein les sillons,

Du soleil, des oiseaux, des brises,

Plein le ciel, plein les forêts grises,

Plein les vallons.

Ce n'est plus une voix timide

Qui prélude dans l'air humide, Sous les taillis ;

C'est une aubade universelle ;

On dirait que l'azur ruisselle

De gazouillis.

Devant ce renouveau des choses, Je rêve des idylles roses ; Je vous revois, Prime saison, belles années, De fleurs de rêve couronnées,

Comme autrefois,

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Et, tandis que dans les clairières

Chuchotent les voix printanières, En moi j'entends

Rossignoler l’âme meurtrie,

La tant douce voix atiendrie

De mes printemps.

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À la claire fontaine

Pierre, mon ami Pierre, A la guerre est allé, Pour un bouton de rose Que je ‘ni refusai.

(BERCEUSE ANCIENN

Il est une claire fontaine

Où, dans un chêne, nuit et jour

Le rossignol, à gorge pleine, Redit sa peine

Et son amour.

82 Les Floraisons M atutinales

Si belle et si douce est son onde,

Si transparente, si profonde,

Qu'on vient de bien loin à la ronde S'y promener es

Et s'y baigner. |

Son flot où la menthe et la prêle Poussent, à fleur d’eau, pêle-mêle, Filtre son cristal à travers

Le filtre frêle

Des cressons verts.

Les jeunes filles, le dimanche,

Y vont, nu-tête, fleurs au front,

En mai, sous le chêne qui penche, En jupe blanche,

Danser en rond.

A la claire fontaine ———

Il en est une—une promise

Qui fuit et la danse et le bruit,

Et qui, dans son deuil de payse, Martyre exquise,

Se meurt d’'ennui.

Un soir que la blonde amoureuse

Se mirait dans la source ombreuse,

Un pâtre à la voix langoureuse

Lui fit l’aveu

D'un premier feu.

“ Oh! donne-moi cette églantine

Dit-il, très-bôte et tout confus.

La belle dit : Non, et s'obstine, Apre et mutine,

Dans son refus.

Les Floraisons Matul inales ë rs

HT rs me Fou de dépit, fou de coicre, Sans voir celle qui fut si chère, Le bon ami, le pauvre enfant, Pour la frontière Part en pleurant. ï Aux jeunes la guerre est bien dure : ; $ Le mal du pays les torture : ; On pleure. Oh ! que le temps nous dure | Loin de ce doux | Pays: Chez nous. É Vers une rive plus clémente, ; Le rossignol à pris l'essor. À Seule, au bord de l'onde dormante, .

La pauvre amante - Soupire encor. ;

A la claire fontaine

En vain de ses pleurs elle arrose

Le bouquet qui fit son malheur :

“ Reviendra-t-i] » Rosier morose,

Rends-moi ta rose,

Rends-moi ta fleur !”

Trois ans après, un militaire, Sac au dos, couvert de poussicre, De la fontaine solitaire,

Bâton en main,

Prit le chemin.

C'est lui !__C'est elle! Sans rien dire, Le soldat aux yeux attendris,

Et la chore âme qui soupire, Dans un sourire

Se sont compris,

Les Floraisons Matutinales ee ————

La dernière fleur de l'année, Des pleurs de l'automne baignée,

S'effeuille au vent. La belle offrit

La fleur fanée

Au fier conscrit.

it ce bouquet, que la hantise

De l'amour naïf poétise,

Répand, dans l'air doux qui les grise,

Comme un relent

De lilas blanc

Ohé! danseurs, à la fontaine,

Dansez en rond, chantez en chœur !

Le plus beau garçon de la plaine,

A Magdeleine

Donne son cœur,

À celle que j’aime

Dans ta mémoire imortelle, Comme dans le reposoir D'une divine chapelle,

Pour celui qui t'est fidéle,

Garde l'amour et l'espoir.

Les Floraisons Matult inales

Garde l'amour qui m'enivre, L'amour qui nous fait rêver ; Garde l'espoir qui fait vivre; Garde la foi qui délivre,

La foi qui nous doit sauver.

L'espoir, c'est de la lumière, L'amour, c'est une liqueur,

Et la foi, c'est la prière.

Mets ces trésors, ma très chère,

Au plus profond de ton cœur,

France

Oui, mon pays est encor France :

La fougue, lu verve, l'accent, L'âme, l'esprit, le cœur, le sang, Tout nous en donne l'assurance :

La France reste toujours France,

40 Les Floraisons Matutina Les

Aujourd'hui, tout comme naguères, Ne sommes-nous pas, trait pour trait, Le vrai profil, le vif portrait

Du Normand, père de nos pères ?

Français, vous êtes nos grands frères.

Il est toujours vert et vivace, Le rameau du vieil arbre franc :

De sève chaude exubérant, Superbe et fort comme la race,

IL est toujours vert et vivace.

Vienne 1. magnifique aurore Des fêtes d'hiver, Montréal, Narguant l'âpre vent boréal,

Pour ln danse revêt encore

Son domino multicolore,

France 41

Pittoresque palais féerique,

Sur tes murs de glace et de feu, Le drapeau rouge, blanc et bleu Arbore au soleil d'Amérique

La chaude gaîté d'Armorique.

Avec la fusée écarlate,

Qui crépite et crible d'éclairs

Le cristal de tes dômes clairs,

Dans l'air qu'elle échauffe et dilate

L'allégresse de France éclate,

Mais au lointain si notre oreille Entend le clairon du combat, C'est alors que le cœur nous bat, C'est alors que le sang s'éveille,

Au son qui frappe notre oreille.

re

Sonnez, chantez, clairons sonores !

Allons, étendards, en avant !

Dans le feu, l'éclair et le vent, Déployez vos plis tricolores !

Sonnez, chantez, clairons sonores !

L'envahissement est immense.

Pour chasser ces grands reîtres roux, Que ne sommes-nous avec vous, Jeunes soldats de la défense !

Oh ! notre douleur est immense.

France, Ô maternelle patrie,

Nos cœurs, qui ne font qu'un pour toi, Encore palpitants d'émoi,

Saignent des coups qui t'ont meurtrie,

France, à matornelle patrie !

France

lei comme là-bas on pleure, Dévorant le sanglant affront, Baissant les yeux, courbant le front, Silencieux, on attend l'heure,

Lei comme là-bas on pleure,

Quand finira l'horrible transe ?

Oh ! quand de Versaille à Strasbourg,

Cloche, canon, clairon, tambour Proclameront la délivrance

De la grande terre de France ?

La mer

Loin des grands rochers noirs que baise la marée, La mer calme, la mer au murmure endormeur, Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,

Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

Lu mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage, Au profond de son lit de nacre inviolé Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,

Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé,

La mer 45

La mer aime le ciel: c’est pour mieux lui redire, A l'écart, en secret, son immense tourment, Que la fauve amoureuse. au large se retire,

Dans son lit de corail, d’ambre et de diamant.

Et la brise n'apporte à la terre jalouse, Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :

L'âme des océans frémit comme une épouse

Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

Comme un factionnaire immobile au port d'arme, Dans ces murs où l'on croit ouir se prolonger

Le grave écho lointain d'un qui vive d'alarme,

A ses gloires Québec semble encore songer.

L'humble paix pastorale a replié son aile

Sur l'âpre terre où gît le sombre camps des Morts:

Du bugle ensanglanté, la plaine solennelle

N'entend plus retentir les tragiques accords,

Québec 47

Au flanc de la redoute, aux poternes ouvertes, Aux créneaux de la tour, aux brèches des remparts, La mousse dont Favril a teint les franges vertes,

Suspend ses verts pavois et ses verts étendards,

Au port ne viendront plus mouiller les caravelles, Qu'importe? contre toute espérance, on attend, On attend qu'on nous fasse assavoir des nouvelles

Des bourgs d'où sont venus les purs Français d'antan.

Hanté du souvenir qui le tient en tristesse, De par delà les mers, du lointain, de Ta-bas, L'ancien logis qu'enchante une immortelle hôtesse,

De jours en jours attend quelqu'un qui ne vient pas.

Souventes fois, la nuit, comme aux jours des grands sièges, Vibrent d'étranges sons de cors et de tambours : Et, souvent, l'on a cru voir de pompeux corteges

Défiler, radieux, sous Fombre des faubourgs,

EEE AE

Une garde fantôme, une ronde macabre, Passe, marchant à pas sonore et régulier, Et l’on entend tinter des eliquetis de sabre

Sur les marches de bois du gothique escalier.

O Québec, reste fier, reste haut sur la rampe Que dore le passé. Pour nous hausser le cœur, Pour brandir fièrement les couleurs de ta hampe,

Sois-tu toujours debout, sois-tu toujours vainqueur !

Tant que les doux rivaux du divin Crémazie, Inclinés sous le vol d’un lyrisme idéal, Invoquant à genoux la sainte poésie,

Chanteront à plein cœur l'hymne national ;:

Tant que le pur accent d'une lan Aortelle Vibrera dans l’ancien parler pur de chez nous ; Tant qu'un rayon d'amour luira dans la prunelle

De la Canadienne aux clairs jolis yeux doux |!

Québec 49

A plein ciel, sur les toits, sur les places publiques, Les hivers succédant aux hivers, neigeront.

Les châsses où la France a serti ses reliques

Sous leur rouille de gloire oncques ne périront,

Aujourd'hui le cœur s'ouvre, et tout revit. Sur l'onde Dansent les rayons d'or du clair soleil pascal. Le roc s'ouvre. Qui vive ?..11 faut que l’on réponde,

Sans peur, à haute voix : Frontenac et Laval,

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DA TA Ci

Missive

A M. et Mme LOUIS FRÉCHETTE

Le poète, À la grâce comme au talent, Souhaite

Un long cycle de jours de lan.

Le ciel veuille Que nul âpre souffle inhumain N'effeuille

Les fleurs qui sément leur chemin,

PPT

Missive

Que la lyre Toujours unisse au clair accord

Du rire

Le rythme des sept cordes d'or.

Be thy grave ever green!

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