CE
+“ L'Anglais!” A ce cri l'équipage Bondit. Calme, air fier, front serein, D'Iberville, au fort du tapage,
De sa stridente voix d’airain
Commande : ‘“ Braule-bas ! Aux barres!” Garez-vous, messieurs les Saxons !
Sur les voiles de vos gabares
Courent de sinistres frissons.
L'air s'emplit d'un grand tintamarre :
Bugle et cors, porte-voix, tambours, Longs ahans des haleurs d'amarre, Bruissements, claquements sourds Des pesantes vergues de chêne,
Choc des caronades de fer,
Sonore carillon de chaîne,
Vacarme et brouhaha d'enfer.
D'Iberville 167
Eho! de la proue à la poupe,
Des bancs de quart aux cacatois, On se hèle, on siffle, on se houpe.
L'ancien parle un fier beau patois.
Boulines et voiles sont lourdes De flocons blancs et de glaçons :
Les pieds glissent ; les mains sont gourdes :
Largue à plein cœur! Hardi! garçons!
Bourrant leurs gros canons de cuivre Où le vent s'engouffre en hurlant, Les cheveux pointillés de givre, L'œil magnétique, étincelant,
Les canonniers sont à leurs postes.
Nos lurons ont le verbe haut ;
Dans l'air éclatent leurs rispostes.
La poudre parlera tantôt.
168 Les Floraison: Matutinales
“Feu!” Vingt gueules de bronze grondent. Aux formidables roulements
Les antres sauvages répondent
Par de rauques mugissements.
Et sur l’'embâcle où bat la lame,
Des bords où grondent les ours gris Jusqu'aux bords où l’albatros clame,
Court une tempête de cris.
Rangés en ligne de bataille,
A pleins sabords, les trois Anglais Crachent la flamme et la mitraille.
Au loin ricochent les boulets.
Droit sur le Français, le Hampshire S'élance. Sans perdre un instant,
Le Pélican l'évite, et vire
Et le mitraille à bout ‘portant.
D'Iberville 169
D'un pont à l’autre, on se fusille.
Un feu vif, incessant, rageur, Projette, sur l’eau qui brasille, Une volcanique rougeur.
La bataille, par intervalles, Semble redoubler de fureur.
Entendez-vous siffler les balles ?
La noce est splendide d'horreur.
Beau comme un héros d'épopée, D'Iberville n'arrête pas.
Faisant sonner sa longue épée Au branle nerveux de ses pas, Au poing la hache d'abordage, Il court à l'avant, et, d'un bond,
Escalade le bastingage :
‘“ Allons, mes cœurs! Hourra! Tiens bon !
Fe
Dans une trombe de fumée
Que des éclairs intermittents
Font paraître tout enflammée, S'entre-choquent les combattants.
Longtemps, dans la nuit qui les couvre, Flambent les sabords furieux.
Enfin, le noir nuage s'ouvre:
D'Iberville est victorieux.
D'affreux jurons se font entendre, Le Hampshire au large a sombré,
Et l'Hudson Bay vient de se rendre ; Le fier Dehring a démarré,
On n’en eût fait qu'une bouchée.
Sur les eaux où flotte la mort,
La coque sanglante et hachée,
Le petit Français tire encor.
D'Iberville 171
Le tambour bat.-En haut le monde !
—Enfants, on est content de vous !
—Attrape, l'Anglais !A la ronde !
-Ho! le rigodon de chez nous !
Des vivats de réjouissance Se mêlent aux chansons de bord, Vive Québec! Vive la France !
France ! redit l'écho du Nord.
Le soir vient. Une blanche aurore Au-dessus de la mer d'Hudson Arrondit son arc de phosphore.
Le suroît chante sa chanson.
Le trois-mâts presque à sec de voiles, Bouline sans bruit, sans fanal,
Aux clartés des belles étoiles
Qui criblent le ciel hivernal.
Chers marins, chers Français de France, D'Iberville est votre parent.
Par mainte fière remembrance,
Le cœur des fils du Saint-Laurent, Malgré la cruelle secousse,
A la France tient ferme encor.
Ce nœud n'est pas un nœud de mousse,
C'est un bon nœud france, dur et fort.
NE ROSE #5 O) IT ve QE OK
(ce)
‘Sur les flancs calcinés des roches les plus dures Que l’eau des fleuves baigne et lave de ses pleurs, Parmi la mousse glauque et les grêles verdures,
On voit s'ouvrir, parfois, en plein vent, quelques fleurs.
Le rocher, le granit caleiné, c'est le monde À vant le Christ, c'est l'Homme avant le fils de Dieu. Jésus, ce fut la mer douce, la mer féconde
Qui fit fleurir le roc nu sous un ciel de feu.
Jésus, ce fut la pure onde qui fait éclore, Sous le ruissellement de la rédemption, La lave se couvrit d'une immortelle flore,
Et l'on vit reverdir la fauve alluvion.
Avant Jésus, c'était le sombre âze de pierre, L'âge glacé de Fombre et de Faridité :
Jésus vint, et le ciel fit sa gerbe première,
La première moisson de la stérilité,
Sur la terre à jamais par FId'al conquise, Dans le sang quinoya la haine, dès ce jour, Germent, comme une chaste apothéose exquise,
! Les lis de la candeur, les roses de l'amour,
Symboles 175
La foudre, sillonnant l'implacable étendue, Secouait vainement l'univers impuni :
Et la miséricorde en Dieu s'était perdue
Comme une goutte au fond d'un abîme infini.
Jésus vint, et l'azur fit pleuvoir sa rosée, Et la vigne mystique, aux blanches fleurs de miel.
Par les pleurs de l'aurore éternelle arrosée,
Magnifique, donna des grappes pour le ciel,
Sphinx
Dans un flot d'aurore, l'Année, A plein vol, de la nuit du temps, S'élance et monte couronnée
D'étoiles aux feux éclatants.
Splhiin.r I
“1 at |
A l'heure où l'éclair de son aile Sillonna le monde endormi.
Au fond de la voûte éternelle
Les sphères de flamme ont frémi.
Mélant son hymne d'espérance Aux concerts du ciel étonné.
La terre sur son axe immense
Comme une harpe à résonne.
Et. bercé d'un rêve impossible, L'homme interpelle, à deux genoux.
Le Dieu dont le cœur impassible
Est infiniment tendre et doux,
D'où viens-tu done, belle inconnue ?
Viens-tu de l'averne ou des cieux ?
Dois-je sourire à ta venue ?
Dois-je en pleurant baisser mes Veux ?
Le< jours d'antan vont-ils renaître ?
Sur ton zodiaque vermeil, O bel An, va-t-il apparaître
Le disque d'un nouveau soleil ?
Hélas! dès l'instant où les cimes Te chantent leur aubade en chœur, Par-dessus tes ailes sublimes
On voit rire un spectre moqueur.
Quel est ce spectre, ce squelette, Cette ombre, qui n'arrête pas ?
Sa gorge sifflante haléte.
Fuvez, mortels! C'est le Trépas.
Et toi, blonde aurore craintive, Qui sors de lorient flambant
Et viens, semant la nuit plaintive
De fleurs qui meurent en tombant,
Sphinr 179
Dis-nous si les tristes journées Que nous réserve le destin, Comme ces fleurs si tôt fanées,
Ne touchent pas à leur déclin ?
Que dis-je ? Tais-toi, sphinx morose !
Ah! laisse-nous chanter encor
Les jours d'azur, les soirs de rose,
Et les matins d'opale et d'or,
Le dernier gite
Je te reviens, Ô paroisse natale, Patrie intime où mon cœur est resté :
Avant d'entrer dans la nuit glaciale.
à ton seuil enchante.
Je viens frapper
Le dernier gite 181
Pays d'amour, en vain j'ai fait la route Pour saluer encore ton ciel bleu, Mon œil se mouille et ma chair tremble toute,
Je viens te dire un éternel adieu.
Oh! couchez-moi dans la tombe bénite, Dans un recoin discret du vieil enclos.
Lei, je viens chercher mon dernier gîte,
Je viens ici chercher calme et repos.
O terre sainte !
ouvre-moi ton asile, Pres des miens, jusqu'au jour du grand réveil,
Je dormirai, comme en un lit tranquille,
Mon dernier rêve et mon dernier sommeil.
Le yacht
Le lac Saint-Pierre, calme et libre, Etale au soleil son flot vert :
Le yacht, dont le clair sifflet vibre.
S'élance de son nid d'hiver,
Le yacht 183.
Au gré de sa rapide hélice, Sur la cristalline fraîcheur Des eaux, il court, il vole, il glisse,
Preste comme un martin-pécheur,
De loin, loiseau, dans l'air sonore, Redit son bonjour matinal Au petit steam multicolore
Qui passe au vol en plein chenal.
Tout l'été, qu'il vente, qu'il pleuve, Par le nordet, par le sûroit, L'alerte marcheur court le fleuve
Et file ferme et vite et droit.
Vienne une belle matince, Le lac miroite, irradiant
Comme une méditerranée
Où brasille un ciel d'Orient.
C’est alors qu'il fait bon sur l'onde.
Le yacht part. Vous embarquez-vous ?
Le temps est clair. En haut le monde !
Allons humer l'air frais et doux.
Le capitaine est un vrai type De bohème et de bon garçon ; Sur son bord, en fumant la pipe,
On rit, on cause sans façon.
Un fusil, une carabine, Des cannes à pêche, un carnier, Ornent l'élégante cabine
Du chasseur et du marinier,
On chante : la brise et la lame Mêlent leur roulis régulier
Aux berceuses chansons de rame
Que scande le gai batelier,
Le yacht 155
On vire de bord à six lieues Du village. Toujours nouveaux, Les rivages verts, les eaux bleues
Déroulent leurs calmes tableaux.
Ici, c'est un vapeur à roue, Au long balancier lourd et lent, Qui traîne un voilier dont la proue
Creuse un large sillage blanc :
Là, c'est un dragueur qui halète, De houille et de vase tout noir :
Plus loin, vole une goslette,
Blanche, svelte, charmante à voir.
Dans un souffle de brise, au large, Tout un vol de bateaux descend :
Un brick, des chalands, une barge :
Le yacht les salue en passant,
Un nuage, noir comme l'encre, Monte en plein azur, c'est un grain !
Le yacht ne jettera point l'ancre,
Et son commodore est serein.
Déjà le vent souffle en tempête.
N'ayez pas frayeur, j'en réponds.
Au vent, aux flots, le yacht tient tête,
Solide et sûr comme un trois-ponts.
Eho! la vague et la bourrasque Redoublent de rage. En avant !
Le petit coq, crâne et fantasque,
Coupe la vague et fend le vent,
La houle tombe, l'air s'irise, Le ciel brille, c'est le beau temps.
La nef reprend son vol et frise
L'écume des flots clapotants.
Le yacht 187
Du nord clair au sud bleu de perle, Blanc de moutons éparpillés, ù Le lac d'émeraude déferle
Et brise en jets ensoleillés.
“ Stoppe !" C’est la dernière escale, La brise fraîchit. Au lointain.
Tinte la note musicale
D'une cloche au timbre argentin.
C’est l'heure où le soleil se couche Dans son large lit d'or vermeil :
Ce soir, l'alerte bateau-mouche
Se couche à l'heure du soleil.
Lente et belle, la lune émerge, Brodant de lis d'argent et d'or
Les noirs méandres de la berge :
Le yacht au mouillage s'endort.
SAN À AÀ PA PA PA PA PA PA PA PA PA CA LA CS CIS LES LIEN LE) Lie) Lilo) lobe) ele) ie) it) ie a 29 VOS V2 2 C9 O2 CE CES CA CES Qi Dig Did Lis ve fe fe 0/8 we Re de 0/0 fe fe fe fe he Le 2/1 2/0 16 1 ol ve vu afro fe fe fe fu fe fe we fe be ie #7) 2 V9 2 LA © CES
Nocturne
Ce n'est pas pour nous qu'elle à fait silence, Ce n'est pas pour nous qu'elle est lourde et dense,
La calme nuit claire où tremble ta VOIX.
I est transparent l'azur qui te voile,
O cher mort, parmi des elartés d'étoile
Ton sourire Hotte et je te revois.
Nocturne 189
Oh! non, ce n'est pas pour nous qu'elle est close, La chapelle blanche où l'ami repose :
Ce n'est pas pour nous, ce n'est pas pour nous.
La porte d'ivoire est ouverte encore :
La voûte muette est toujours sonore :
La Prière encore y veille à genoux.
L'Automne en sourdine au loin psalmodie, La chapelle où va mon rêve irradie :
La lampe votive y brûle toujours.
D'où vient ce soupir de musique tendre ?
D'où viennent ces pas qui semblent descendre
Par quelque escalier léger de velours ?
Dans ombre, une main pieuse balance
L'encensoir d'argent, et, dans le silence,
J'entends une voix répondre à ma voix.
oo
La chapelle d'or que l'hysope asperge,
S'emplit de clartés tremblantes de cierge,
Ton sourire flotte et je te revois.
Misère
Les gueux souffrent : l'argent est rare, Le terme échoit, le pain est cher.
On manque de tout chez Lazare.
Et voici venir l'âpre hiver,
Déjà souffle la bise, Il gèle,
I faut du bois, il faut du feu.
Lazare nous tend l’escarcelle :
Un sou, pour l'amour du bon Dieu.
Derrière les vitres cassées
De ces taudis au noir pignon,
Dans l'horreur des maisons glacées, Se cachent des douleurs sans non Par les fentes du toit qui croule, Par les fissures du mur gris, Montent, avec un bruit de houle,
Des pleurs, des râles et des cris.
Que n'ai-je la palette ardente
Des Velasquez et des Dürer ?
Que n'ai-je la plume de Dante ?
Misère, Ô douloureux enfer |
Que dis-je ? nul ne pourrait peindre La navrante réalité
Des gouffres où lon entend geindre
Tes doux martyrs, Ô Pauvrete,
Misère 193
oo,
Regardez : près d'un grand lit vide, Immobiles, comme abôtis,
Les yeux hagards, le teint livide, Se pressent encor les petits :
Du regard ils cherchent la mère :; Mais la mère est sous le linceul ; Aux pleurs des orphelins, le père
Vient de comprendre qu'il est seul.
Là, c'est une veuve qui peine Seule pour nourrir cinq marmots.
O riches, donnez à main pleine, Pour la mère et pour les petiots.
Donnez les miettes de vos tables, Vous qui faites vos trois repas,
Aux pauvres femmes lamentables
Dont les enfants ne mangent pas.
A travers les foules bourrues Cheminent les pauvres honteux.
Le vice guette au coin des rues Les filles des nécessiteux : Misère engendre crime et vice.
Que l'or pur de la Charité Fonde et dote hôpital, hospice,
‘Crèches et monts-de-piété.
Les gueux souffrent : l'argent est rare, Le terme échoit, le pain est cher,
On manque de tout chez Lazare,
Et voici venir l’âpre hiver.
Déjà souffle la bise. Il gèle,.
Il faut du bois, il faut du feu.
Lazare nous tend l’escarcelle.
Riches ! pour l’amour du bon Dieu !
FX SEC
Perce-neige
Radieuses apothéoses Du soleil d’or et du ciel bleu,
Fraîche gloire des printemps roses,
Pourquoi donc durez-vous si peu ?
Pourquoi donc êtes-vous si brèves, Aubes de l'enfance ? Beaux jours, Si pleins d’aromes et de sèves,
Pourquoi donc êtes-vous si courts ?
Jeunesse, où sont-elles allées Les hirondelles de jadis ?
Où sont les ailes envolées
De tes merveilleux paradis ?
Et vous, poétiques chimeres, Que dore un rayon d'idéal, Blondes idvlles éphémères,
N'auriez-vous qu'un seul floréal ?
O fleurs, vous n'êtes pas finies !
Les plus tristes de nos saisons
Auront encor des harmonies
Et des regains de floraisons,
Perce-neige
cameras rene
La mortelle saison du givre N'a pas tué toutes nos fleurs :
Nous pourrons encore revivre
Le passé, dans des jours meilleurs.
pare
Cantique
Sous les voûtes votives, Attentives,
S'élèvent à la fois,
Vers l’azur où sainte Anne Si haut plane,
Mille pieuses voix.
La foule réunie Communie
Avec les séraphins,
Dans l’âme fraternelle,
Immortelle,
Des vierges et des saints.
Cantique 199%
O grand jour triomphal !
Saluons la Patronne
Dont la gloire environne
L’autel national.
Que ta main nous les rende, Toi si grande, Les biens que nous perdons ; Que ton cœur nous les donne, Toi si bonne, Les éternels pardons.
Sur toutes les blessures, Les morsures, Dont le mal nous meurtrit, Verse à flot le cinname, Le dictame
Qui calme et qui guérit.
La vie est la vallée
Désolée,
L’exil au ciel d’airain, Le désert de famine Où chemine L'homme, ce pèlerin :
Guide la caravane,
O sainte Anne, Vers la cité de Dieu ; Vers l’oasis de calme
Où la palme
Fleurit dans l’éther bleu.
+330! ENT (o£<».
Loge»