AU POËTE QUI M'A PPLAUDIT
Ton applaudissement, divin poëte, inspire L'humble songeur dont l'âme impétueuse aspire
Au lyrisme infini des cieux,
I m'exalte déjà, ce sravo qui m'honore,
Ma strophe bat de l'aile et s'élance, sonore
Son vol est plus harmonieux.
Fleurs d'hiver 79
Avais-je quelque droit à ta brillante estime ? Que t'offrir, en retour de cet accueil intime,
Rival des immortels chanteurs ?
Des roses? Les frimas les ont ensevelies ; Je chercherais en vain leurs corolles pâlies
Et leurs embaumantes senteurs,
Que dis-je? j'oubliais cue la neige étincelle, Et que ce ciel, taché de nuages, recèle
La grêle et le givre argentin,
Le ciel est gris, la terre est froide, Les rafales Pour longtemps ont éteint les flammes triomphales,
Les pourpres elartés du matin,
Plus de fleurs à cueillir dans l'herbe des prairies ! Plus de vers à glaner au jardin de féeries
Où lu rime éclôt à foison,
80 Les Floraisons Matadinales
Pareils à ces oiseaux frileux qu'octobre chasse, Nos rôves ont quitté ce triste azur de glace
Pour le bleu d'un autre horizon.
Grelottant, dans Pair gris, le soleil de décembre Se couche, et déjà vient la brune, et, dans ma chambre,
Comme dans un bois, il fait noir,
Salut, petit soleil des hâtives veillées, Qui brilles, vague, pâle, aux vitres étoilées,
Poétique lampe du soir !
A petit bruit, la neige, au dehors, tombe lente, En légers Hocons fins, sous lu Tune tremblante, Comme une poudre de cristal, Oh! quelle floconneuse avalanche argentée !
Oh! parmi ces blancheurs d'aube diumantée
Comme il est benu, le toit natal!
leurs d'hiver
Te redirai-je à toi le pocte, l'artiste, L'exquise impression, à la fois douce et triste,
Que nous donne le coin du feu ?
Te dirai-je les doux pensers que nous suggère Le logis où les fleurs de la verte étagere
Evoquent l'été frais et bleu !
Oh! que la chambre est bonne, et qu'ilest bon d'y Maduré le froid, malgre le vent, malgré le givre,
Dans le calme ot lapaisement!
Le piano frémits une voix veloutée S'eléve et sa douceur, dans mon âme hantée,
A réveillé l'amour dormant,
La-bhaut, dans la mansarde, on se meurt de miscre ; lei, dans les salons, comme dans une serre,
Le bonheur embaume et fleurit,
vivre,
La volupté blasphème au fond du bouge infâme, Au foyer, Dieu descend: Ta mére en pleurs se pâme
Aux lèvres de l'ange qui rit:
Le chapelet aux doigts, l'aiïeule s'agenouille, Et moi, je joins les mains, et mon regard se mouille,
Et je te bénis, à Dieu bon !
Par ton charme, à foyer natal, par ta magie, L'hiver est sans frissons, sans deuil, sans nostalgie.
Douce maison, douce maison !
Poète, en attendant que le printemps renaisse, n e À A 1 Et redonne aux forêts leur robe de jeunesse
Et leur éclatant voile vert :
Eu attendant qu'Avril ensoleille et colore Ces chaudes Horaisons qu'un souffle fait éclore,
Recois ces pâles fleurs d'hiver,