AV£C LA CENDRE I
air boudeur dans un long peignoir de soie écrue où transparaissenr çà et là les blancheurs rosées d'une batiste plus intime. Élevant la jambe droite, elle appuie au velours de la cheminée, eotre une coupe d'émail et un vase japonais, la pointe d'une mule de satin noir, d'où se dégage un talon nu, tout rose. Parfois elle remue lentement dans le fauteuil profond avec un joli bruit de soie et de chair froissées, et, bâillant encore, elle détend hors des étoffes ses deux bras las et pâles que les manches, en glissant, laissent voir jusqu'à la naissance grasse de l'épaule. Puis sa tète se pose de nouveau sur le dossier bas du fauteuil, parmi les cheveux dénoués, et Valentine rêve encore.
A son mari ? Quelquefois, en passant, comme une abeille ne s'arrête qu'un instant sur une fleur qui donne peu de miel. A son amant? Elle n'en a point et n'en veut point avoir. Ce qui l'occupe c'est le passé. Il n'y a de charmant que ce qui n'est plus. Avant de s'appeler Valentine de Terneuse, elle s'appelait Valentine tout court; elle a été comédienne avant d'être comtesse. C'est une bien vieille histoire, qui fit du bruit autrefois, oubliée aujourd'hui. Elle seule y songe par instants. Elle se souvient comme d'un rêve des coulisses noires, des salles éclatantes, des rôles conquis par un sourire, des journalistes qui étaient
des imbéciles et de la claque qui avait raison. Elle n'avait jamais eu beaucoup de talent. Elle était demeurée honnête ou à peu près, de cette honnêteté relative qui suffit pour éttblir la bonne renommée d'une femme de théâtre. Puis M. de Tcrneuse était venu et l'avait épousée. Dans tout cela rien de brillant ni d'excessif, Qji'est-ce donc qui peut attirer et retenir Valenrine parmi les choses du passé? Un amour qu'elle a en. Nous gardons tous, au fond de notre mémoire, un recoin triste et cher, sorte de refuge, qui nous accueille aux heures d'indifférence et d'ennui. Tonte Ame, si attristée, si déflorée qu'elle soit, est la vestale, inconsciente souvent, d'une flamme sacrée qui ne s'éteindra pas. Donc Valentine a aimé. Il y a longtempsdecela, bien longtemps, dix ans, douze ans, vingt ans peut-^tre. Toute jeune alors et peu célèbre, elle jouait les ingénues au théâtre des Batignolles, et les amoureuses dans la vie réelle. Lut, Aurélien, était employé dans une mûrie. Il g^;n3it cent francs par mois et faillit être destitué parce qu'il écrivait des vaudevilles sur le papier de la municipalité. Aujourd'hui, il est illustre. Il a en des succès de théâtre et des succès de boudoir. Pour l'amour de lui, une dame polonaise a brûlé la cervelle à son mari, doat il était jaloux, et il a fait de cette aventure une comédie qui lui ouvrira avantpeu les portesdel' Académie française.
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