‹ Les folies amoureusesChapitre 3 sur 50 · AVEC LA CENDRE IJ · texte numérisé non relu

AVEC LA CENDRE IJ

Autrefois, il avait pour souci principal de se faire onvrir, la nnit, h porte de l'hâtel garni qui avait rhonnenr de Ic^er sa gloire future, encore insolvable, et n'y réussissait pat toujours.

Mais qu'ils étaient heureux, en ce temps de misère 1 Ils s'étaient rencontrés dans une petiie crémerie, à Montmartre. Ils allaient U, le matin. Elle mangeait une flûte dans une tasse de chocolat, et lui, économie notable due à l'amour, ne mangeait pas, tant il était occupé à considéier la grâce avec laquelle Valentine préparait les mouillettes de pain dur ou soufflait, d'un air trës-'grave, sur le Uquide trop chaud. Le soir, claqueur unique, il allait au théâtre des Batignolles applaudir avec rage celle que. Scribe de l'avenir, il consi* défait comme une Rachel fumre. Oh I tes belles promenades, après les représentations, sur les boulevards extérieurs, dans la boue, sous les étcùles 1 Comme ils s'aimaient I comme ils étaient jeunes 1 La pauvreté même, tenace et cruelle, servît i leur amour. Ils avaient souri ensemble, ils pleurèrent ensemble. La chaîne en devenant plus lourde devint plus solide. Le malheur rendit sérieux ces cœurs frivoles. Le caprice se fît passion. Une reconnaissance mutuelle des privations subies en commun les attacha profondément l'un à l'autre. Ils étaient tristes, découragés, malades, et déli* deusement satisfaits. Ils furent, lui pour elle, elle

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pour lui, ce débris de mât auquel le marin se cramponne dans le naufr^e. Puis l'espoir les soutenait : il ferait un drame pour le Théâtre-Français, elle serait engagée à la Pone-Saint-Martin. Tout allait au plus mal, tout irait pour le mieux. Qjie de joies, d'ailleurs, au milieu des tristessesl Le dimanche, quand ils étaient riches, ils allaient au Vésinet. D y avait alors, au Vésinet, de jeunes bois touffus, et çà et là des ravins où des chèvres paissaient. Ils dînaient dans une petite auberge, au bord d'un champ. Avez-vous remarqué que bien souvent tous les souvenirs de plusieurs années de bonheur ou de soufiran^e se résument en un seul souvenir heureux ou malheureux? Ouest comme un homme qui, après avoir vécu longtemps dans une forêt, ne se rappellerait qu'un seul arbre, qui serait pour.Iui la forêt tout entière. ' Une petite chambre, au premier étage de l'auberge, — l'auberge existe encore, mais les amoureux n'y viennent plus, — était pour Valentine le point unique et précis où confluaient tous ses souvenirs. Pourquoi? qu'avait cette chambre de si particulièrement charmant? N'avaient-ils été heureux que là? Elle ne savait, mais elle ne pouvait penser à Aurélien, — et elle pensait souvent à lui, —-sans penser à cette chambre d'abord. Au tableau quelle évoquait U Mait ce cadre. Elle re\'Oyait la porte de bois blanc, sans verrou, chose grave !

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