LE CORSET DE DORIMÈNE
quise m'a iait sortir avant le jour pour que personne ne me vît.
Lorsay avait bondi sur Joseph et le secouait rudement par le collet du manteau couleur de muraille en alant : o Gredin, canaille, [infâme ! » pendant que les dames présentes entr'ouvtaieot des yeux vagues où ne s'éveillait aucune compréhension, et que les autres convives mordaient désespérément leurs serviettes pour ne point éclater de rire.
Cependant Lorsay, craignant une aggravation d; ridicule, lâclia son domestique, et lui dit: « Allez-vous-en, je vous chasse. Q.ueje n'entende plus parler de vous. » Le pauvre garçon fit quelques pas en arrière d'un air penaud et un peu sournois aussi, mais près de la porte il s'arrêta.
— C'est, dit-il que j'ai quelque chose à remettre à monsieur le vicomte.
— A moi ?
— Qjielque chose que madame la marquise m'a donné en croyant le donner à monsieur.
— Donnez vite et sortez.
— Un peu avant le jour, pendant que je me disposais à me retirer, j'ai entendu comme un bruit de ciseaux dans des cheveux, et voici ce que m'a remis madame la marquise,
Joseph tendit a son mattre une longue boucle de cheveux blonds. Lorsay, la prit, la regarda, et
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LE CORSET DE DORUnàNE I37
ses amis alors purent croire qu'il était devenu fou de ri^e, car il se renversa sur le divan en riant jusqu'aux larmes.
— Va, va, mon garçon, va te coucher. Mais va-t-en donc, je te dis que je ne t'en veux plus.
Le domestique sorti, I-orsay reprit laparole :
— Messieurs, personne n'a trouvé encore le défaut du Corset de Dorimène. La marquise, qui avait sans doute découvert mon petit stratagème nocturne, m'a rendu la pareille, et Joseph a été l'heureux possesseur d'une soubrette, très blonde à la vérité, mais dont je ne saurais lui envier outre mesure la conquête. Je reconnais par&itement les cheveux; c'est la quatrième boucle que j'obtiens.
Ceite explication donnée, on jugea bon de ne pas insister, et, pendant que les dames jetaient leurs manteaux sur leurs épaules vaguement défardées, Gaspard dit k Fabrice :
— Eh bien! que penses-tu de ceci?
— Je pense, dit Fabrice à voix basse, que Lorsay nous a fort adroitement donné te change. Mais quel malheur que la chambre n'ait pas été éclairée I Joseph nous aurait dit si le Corset de Dorimène est de satin rose ou bleu.
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Les Lilas Noirs
Gaspard, — ce Gaïptrd,;iistement, qui sou- ^
paît, il y a quinze jours, avec FabriceèFT amant nialheureuxde la marquise Dorimène, — Gaspard s'était accoudé par une claire nuit d'automne sur le rebord de son étroite fenêtre,
Gaspard, poète lyrique, continuait la tradition un peu démodée de la mansarde.
L'aube parut, toute grise. Une à nne, il vit les étoiles se clore, un à un les réverbères s'obscurcir, et tandis que ses yeux descendaient des astres éteints au gaz mourant, sa pensée retombait du del sur la terre.
Toai à coup, il se pencha en avant, et parut considérer quelque chose avec la plus vive attention. Qu'était-ce? Un rien, mais un de ces riens adorables d'imprévu et charmants de contraste qui vous emplissent l'âme de rêves, le regard de
lueurs, et devant lesquels André Chénier ne pouvait passer sans dire ; « J'en ferai un petit quadro. »
E)e l'autre côté de la rue, sur le trottoir, les pieds dans le ruisseau, une entant, une jeune 61!e peut-être, — car à cause du crépuscule et de la distance, Gaspard ne distinguait les objets qu'avec assez de peine, — arrachait d'un bouquet de lilas fanés, tombé d'une fenêtre, quelques touffes moins flétries et s*en faisait une couronne.
Cette enfant était vêiue le plus misérablement du monde; elle portait une robe de mousseline blanche, sale et déchiquetée, rapiécée de chiffons noirs, maculée de boue, trop courte et décolletée, — une vieille robe d'enfant riche, ramassée dans la rue, cette marchande à la toilette des plus pauvres. Un bonnet de tulle noir, qui au temps de sa fraîcheur avait dû parer la tête blanchie de quelque douairière, lui descendait jusqu'aux sourcils, si bien que les franges d'un vieux ruban qui bordait la sombre coiffure semblaient des ailes de papillon noir posées aux coins de ses yeux. On était au mois de novembre. Paris, ce matin-là, avait pris son urùtorme d'hiver, tait de boue et de brume. H neigeait siu: les toits et il pleuvait dans la rue. Les épaules nues de la pauvre petite frissonnaient, verdies par le froid. L'eau du ciel, glaciale, séjournait
dans les creux que ta misère avait faits sur sa peau maigre, autour de ses os sans chair. Ses pieds nus étaient enfermés, l'un dans un soulier de cuir jaune, l'autre dans une vieille pantouâe, et la fange liquide du ruisseau faisait de petits bouillons noirs autour des chevilles rouges et bleues, La pensée grelottait rien qu'à songer combien la pauvre fille devait avoir froid.
Du froid et de la pluie, elle ne paraissait pourtant pas s'occuper. Tout entière, œil et âme, elle était à la couronne qu'elle taisait. Il fallait voir comme SCS mains fouillent les détritus humides pour en retirer les petites fleurs flétries, avec quel amour elle relevait les touff'es penchées et nouait les tiges sèches autour d'une ramille tordue en cercle, — et comme elle était fière de voir la couronne s'arrondir sous ses doigts. De temps en temps, elle la portait h ses lèvres, et les tristes lilas, blancs naguère, noirs de boue aujourd'hui, devaient se purifier et renaître sous ces baisers d'enfant. Il y avait là tout un poème de mélancolie, toute une série d'antithèses douces et navrantes. Cet amour de fleurs, — le premier et le plus chaste des instincts du cœur, qui ressemble à l'amour d'une sœur pour sa sœur, de Ninon pour Ninette, — révélait chez cette fille des rues une vague, une pro fonde nostalgie des c hamps.
n trçn-fettaïtpas davantage pour fournir un
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prétexte de rêverie à un homme te! que Gaspard.
Qui pouvait être cette enfant ?
A force de considérer la petite chifionnière, -^ c'était une chifionnière sans doute, — et le brouilard s' étant éclairci, il était parvenu à deviner plutôt qu'à distinguer ses traits sans pouvoir encore préciser son âge. Elle était blonde comme un rayon de soleil d'automne, et sa pâleur avait une transparence telle, qu'à voir son profil indécis se dessiner au milieu d'une nimbe de brume, on eût dit une tête de vignette anglaise tracée sur une de ces porcelaine) opaques que l'on adapte aux angles des vitres, et vue devant le jour.
Gaspard fît ce que tout poète eût fait en pareil cas : un sonnet. ^ Rassurez-vous, nous ne le citerons point. — L'ayant trouvé charmant, il se mit en quête d'une feuille vierge où l'écrire. Un exploit d'huissier qui lui avait été signifié la veille se rencontra sous ses doigts ; il le retourna, et sur le dos du rugueux papier traça quatorze lignes. Celafait, il revint à la fenêtre, lafeuille àla main- La petite fille était toujours occupée à faire sa couronne de lilas noirs. Gaspard la regarda quelques instants encore, puis il sentit sa tête s'alourdir, ses yeux se fermer, et je ne sais quel songe enleva sa pensée dans le bleu, tandis que le vent du matin emportait son sonnet dais la rue.
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Le sonnet, tournoyant dans l'air comme un oiseau blessé, alla s'abittre dans Is ruisseau ; et le poète crut continuer un rêve quand, un insant après, brusquement éveillé, il vit entrer dans sa chambre l'enfant à la couronne.
Elle rapportait la feuille envolée ; le timbre et l'épaisseur du papier lui ayant fait supposer qu'il pouvait être de quelque valeur, elle avait voulu le rapporter ell&-même.
Gaspard la remercia, surpris, et la considéra longuement.
La petite chïfionnière n'était plus ude enfant; elle avait seize ans, bien que frèle et mièvre, inachevée pour ainsi dire, elle n'en parût pas quatorze au premier abord. Imaginez un bouton mi-clos qui, en avril, mois de printemps pour les autres, mois d'hiver pour lui, attendrait encore sa part de sève épanouissante. Et cependant, s peu temme qu'elle fût, c'était une adorable femme. Ses cheveux blonds d'une impalpable finesse, faisaient songer à ces âls de la vierge qui volètcnt dans f air, teints de soleil, et sous ces cheverat d'or pâle, son visage, d'un ovale correct quoique amaigri, avait de douces pâleurs bleues et de doux regards bleus.
Gaspard r^ardaii toujours la pauvre fille, qui rougissait, honteuse d'être examinée ainsi.
Sans doute, à Paris, où tes choses d'amour
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sont un carnaval perpétuel, où tant de boue salît les femmes qui passent, où tant de femmes salissent la boue en passant; sans doute plus d'unesait masquer son cœur comme elle masque son visage, et teindre son âme comme elle teint ses cheveux. Mais cette pensée ne vint pas im seul instant à Gaspard que l'enfant qui était devant lui fût de ces femmes-là, La pureté d'une vierge, c'est comme une étoile; dans quelque ombre qu'elles soient plongées, toutes deux on les devine : elles rayonnent.
— Comme vous me regardez! dit enfin lajeune fille avec un son de voix doux et clair.
Gaspard avait reconnu coquettement placée sur le vilain bonnet noir, la couronne qu'elle avait faite.
— Vous aimez donc bien les âeuis? demandat-U.
— Oh ouil je les aime bien. Du temps que j'étais petite, je me levais de grand matin, et quand tout le monde dormait encore, j'allais seule en cueillir dans les champs. A Paris, il n'y a 'pas de prairies comme chez nous, et les fleurs coûtent trop cher pour que j'en achète... on les prend où on les trouve, ajouta-t-elle en indiquant la rue.
Elle voulut se retirer, mais depuis un instant le ciel était devenu plus sombre et la pluie tombait plus dru. En voyant ces pauvres petites épaules
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nues, ce corps chétif à peine couvert, Gaspard eut pitié et la pria d'attendre pour sortir que la piuie eût cessé.
— Je veux bien, dit-elle ; du reste, ce n'est qu'un nuage, et je ne vous gênerai pas longtemps.
En parlant ainsi, elle s'assît sur une chaise dans un coin de la chambre. Elle se faisait petite et ne soufflait mot, comme pour tenir le moins de place et faire le moins de bruit possible.
La veille, Gaspard avait soupe avant de s'accouder à sa fenêtre. Les restes du pauvre repas étaient encore sur la table, et la petite fille les regardait en tapinois d'un air d'envie.
— Voulez-vous déjeuner avec moi? demanda Gaspard qui s'aperçut de ce nianège.
— Oh ! monsieur, je n'oserais pas.
— Osez. Voulez-vous?
Il lui prit la main, la Ht asseoir devant la table, et s'assit à côté d'elle.
— Comment vous appelez-vous, mon enfant?
Madehne, monsieur,
— £h bien, Madeline, mangez et buvez sans façon. Vous m'avez rendu un grand service en me rapportant ce papier qui s'était envolé. C'est bien le moins que vous acceptiez en échange quelque chose de moi.
14^ LES LILAS NOlltS
perdre un coup de dent. Mais, quand elle eut fini de déieuner, il rinterrogea, lui demandant. qui elle était, si elle avait des parents, ce qu'ils faisaient, ce qu'elle disait elle-même. Madeline hésitait à répondre. Gaspard apprit seulement qn'elle était malheureuset manquant îouvent de pain et de gîte, et qu'il y avait longtemps qu'elle était h Paris,— et qu'elle s'y ennuyait bien, parce qu'elle n'y voyait pas de fieufs.
Ces choses dites, Madeline voulut de nouveau se retirer. U pleuvait toujours ; son hôte insista pour qu'elle deoteurât encore.
— A moins qu'on ne vous attende ? ajouta-
— Oh I personne ne m'attend.
— ' Eh bien, restex.
— Comme vous êtes bon, monsieur 1 Elle le regardait d'un air triste et doux.
— Pauvre fille ! se dit Gaspard.
Ce jour-là était le quinze du mois. Il étût onze heures du matin. Gaspard se souvint qu'à pareil jour età pareille heure, douze fois par an, il avait coutume d'aller toucher une somme assez ronde au bureau d'une Revue. U considérait même celte course mensuelle comme une excellente habitude, que pour rien au monde il n'eût voulu perdre. En conséquence, il endoisa son paletot et prit son chapeau. Sa toilette .ichevée, il vit, en se retour
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mm, Madeline endormie, la tè.e di..s les miins, sur le rebord de la cheminée.
— Elle ne s'est peut être pas couchée de la nuit ! songea Gaspard.
H la prit dans ses bras, et, l'ayant transportée sur son lit, il tira du fond de son armoire une vieille vareuse pour l'envelopper ; le tout si doucement que l'enfant ne rouvrît pas les yeux.
— Ma foi, qu'elle dorme tant qu'elle voudra ! Elle s'en ira quand elle sera éveillée.
Il était tard, — minuit environ, — lorsque Gaspard rentra chez lui.
Gaspard avait dîaé avec notre ami Fabrice.
Gaspard était gris.
Il ûa stupéfait de retrouver Madeline dans sa chambre.
La petite chijfoiïnière le salua d'un éclat de rire sonore et vibrant comme un bruit de cristal.
Toutes les femmes ne savent pjs rire. Rire Cit encore plus difficile que pleurer, et Gaspard avait été pendant onze mois l'amaotd'une temme parce qu'elle pleurait bien.
Donc, Madeline était restée chez lui. Etait-ce
quelle avait voulu le revoir, étaii-cc qu'elle n'avait pas su où aller ?
Qjioi qu'il en fût, Gaspard, le tavel aidant, trouva Madeline encore plus jolie à la clané de la lampe qu'aux rais de l'aurore ; il attira l'enfant sur ses genoux.
— Veux-tu m' aimer ? lui dit-il à l'oreille.
— Oh ! je vous aime déjà, rèpo-idit Madeline. Gaspard la baisa au front ; mais, comme si le
contact de cette peau fraîche et unie lui eût brûlé les lèvres, il se leva brusquement, repoussi la jeune hUe, et s'élança hors de sa chambre ea s'écriant : « Gredin ! »
Lorsque Gaspard entra dajis l'atelier de Fabrice, celui-ci était en train de faire ses malles.
— Hein ? tu pars ?
— Oui, demain. C'est une faiiiaisiequi m'apris il y a cinq minutes.
— Où vas-tu ?
— En Suisse.
— En Hiver ?
— Raison de plus. La Suisse, en hiver, doit être splendide. Au prochain Salon, mes neiges
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et mes gladers feront fureur. Partons ensemble ■veux-tu ?
— J'y songeais. Mais, Fabrice, continua Gaspard, un conseil.
— Soît.
— Si tu avais une femme dans ta chambre que ferais-tu ?
— C'est selon. Jolie ?
— Jeune, jolie, et'blanche comme une nymphe dePAlbanc.
— Mon ami, je suis coloriste, et j'adore Rubens ; néanmoins, pour une fois, je renoncerais à mes opinions artistiques et à mon humeur voyageuse, — je resterais chez moi.
— Mais si cette femme avait seize ans, si c'était une jeune allé ?
— Une vraie jeune fîlle ?
— Oui.
— Je la prierais de s'en aller.
— Maiî si elle était misérable au point d'aller demander l'hospitalité à un ruisseau ou un lit à la Seine ?
— En ce cas, si j'avais de l'argent, je paierais un terme d'avance à mon propriétaire, j'oublierais sur ma cheminée le plus de petites choses rondes que je pourrais, et je partirais demain pour la Suisse — en hiver ! — avec mon bon ami Fabrice.
Cinq mois plus tard, vers la fin d'avril, à dix heures du soir, Fabiice et Gaspard revenaient de Genève.
Ils se séparèrent en se promettant de se revoir . le lendemain.
Arrivé au coin de la rue Saint-Hyacinthe Saint- Michel, Gaspard cracha un remarquable juron.
La maison qu'il avait habitée avait été démolie pendant son absence, et fore : lui iut de songer k trouver un gîte pour la nuit.
Comme il longeait d'un air ri fléchi le mur d'une ruelle, il entendit au-dessus de sa tète comme un petit cri de surprise, et presque en même temps, il sentit quelque chose d'assez lourd lui tomber sur le front et gliss:r il ses pieds après lui avoir, au vol, égratigné le nez. La nuit ét^it claire et bleue; Gaspard eut à peine besoin de se baisser pour reconnaître la nature de l'objet.
C'était une couronne de fleurs artificielles, de lilas blancs. Ils étaient blancs, ceux-là. Ayant ramassé le bouquet, Gaspard raisonna de la sorte :
— Dieu sous sou soleil, les femmes sous leurs doigts, ont seuls ce charmant privilège de f^ire naître des fleurs. Il était naturel que le créateur
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tES I.1LAS HOIRS IJI
partageât avec sa plus jolie créature le secret de sa sa plus gracieuse création. Or, une foule de raisons démontrent jusqu'à l'évidence que Dieu n'est pour rien dans l'èclosion des lilas que voici. Béni soit le ciel I les fleuristes sont hospitalières : je ne coucherai pas à la belle étoile.
Un éc'at de rire tombé du deuxième étage dans les oreilles du poète mit un point d'exclamation à la fin de sa phrase.
Quelques secondes après, il frappait discrètement à une porte sur laquelle il avait lu :
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— Entrez ! fit une petiie voix.
Gaspard entra.
N'ayant vu personne dans la première pièce, il s'avança résolument vers une porte à gauche.
Mais au moment de heurter, il s'arrÉte, stupéfait. Dans un coin de la chambre, il vient de reconnaître sa bibliothèque. Dans sa bibliothèque, il devine ses livres; sur une table, il pressent ses manuscrits. En face de la bibliothèque, il y a un piano, c'est le sien!
— Où suis-je donc? se demande-t-il à luimême.
— Chez vous, répond Madeline.
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IS2 l-KS LII-AS NOIRS
— Madeline! s'écrie Gaspard ,
C'était Madeline. en effet, matsMadelîae embellie de quatre mois de bien-être et de paix, Madeline femme !
— Vous êtes chez vous. Ah ! monsieur Gaspard vous en irez-vous encore ? ajouta-t-elle un peu ptus baî.
— Chez moi, dit Gaspard; non, chez toi !
Et il la serra doucement dans ses bras.
Une heure après, ils étaient chez eux.
Femme de Tabarîn ,
La place DaupUne en 1629.
C'est alors que ftorissait h poêle CUdamanl, qui, mal nourri par les Muses, s'était misaux gages d'un arracheur de dents; le dentiste arrachait, chaque jour une à une, les dents du poète, et le poète proclamait devant les badauds extasiés que l'opération n'avait pas laissé d'avoir quelque chose d'agréahle : le trente-troisième jour, n'ayant plus de dents, il se pendit.
Aux volets des maisons sont accrochés des tableaux que des amateurs observent avec minutie. Origine de nos Salons annuels.
Mais la singularité principale de la place Dauphine, c'est la baraque de Tabarin. Pour les besoins du drame qui va être représenté devant vous, elle est distosée comme suit : le tréteau sur lequel l'illustre farceur débite les drogues au profit du sieur Mondor se prolonge de biais, à sept ou huit coudées du pavé de la
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plcue. Un éclatant rideau, rouge et vert, agrémenté de figures tahariniques, sert de toile de fond à ce théâtre en plein vent; à droite, plus bas, au niveau du sol, l'intérieur même de la baraque est visible. Des loques multicolores pendent du plafond, te long de la porte basse, recouverte d'une toile peinte, qui est comme l'entrée des artistes. Des pots de fard et des brosses sur la planchette d'un dressoir garni de vaisselles ébréchées. Le lieu ressemble à la fois à une cuisine et à une loge de comédien. Un escalier en bois vermoulu, de quelques marches, conduit de cette coulisse au tréteau extérieur. Il y a sur un fourneau une marmite pleine de soupe, dont la fumée monte comme un encens vers un chapeau de feutre accroché au mur : c'est le chapeau de Fortunatus. Au dehors, devant le tréteau, des bancs sont disposés pour les élégants de la cour. Car ni les précieux ni les précieuses ne se font faute d'assister parfois aux parades du grand Tabarin, que Molière, selon Boileau, n'a pas dédaigné d'allier à Térence; et, dès . le matin, les fenêtres sont chèrement louées.
Les machinistes sont priés d'imiter, par tous les moyens dont Us disposent, la fraîcheur lumineuse d' une jeune journée de printemps .
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LA FEMME DE TABARIN