Les folies-marigny; prologue
Bon voyagé, bonhomme Hiver! ne reviens pas! Le manceau de brouillard dont tu m'enveloppas Se déchire aux rayons du soleil ; la verdure Va poindre, le bourgeon sort de l'écorce dure. C'est un printemps encor qui se met en chemin, Et le plus beau de tous, le printemps de demain. Celui qui verse aux cœurs l'espoir à pleine tasse ! Mais, d'abord, il siérait que je me présentasse.
Mesdames et Messieurs, Théophile Gautier,
Ce parfileur de mots si docte en son métier,
Raconte, en une fraîche et riante odelette.
Comment le mois de Mars prépare la toilette
Nouvelle du printemps, et dans chaque buisson
Serine au chœur ailé des oiseaux leur chanson !
Or c'est moi qui suis Mars ! et, précurseur des roses,
J'efface nuitamment les empreintes moroses
Dont le pied de l'hiver souilla le vert sentier.
Je ravive les tons pâlis de l'églantier
Et je repeins à neuf la coupole céleste !
Lutin joyeux, je vais à droite, à gauche, leste,
Dérobant un rayon, ranimant une fleur ,
Faisant courir sur tout un souffle de chaleur.
O larmes des jets d'eau, sources cristallisées,
O gais bosquets, orgueil de mes Champs-Elysées,
Réveillez-vous! je veux entendre le clic-clac
Des cochers mordorés qui reviennent du lac!
Que la foule circule et que les harmonies
Des concerts, de la brise et des toits réunies,
Des théâtres forains et des massifs fleuris,
Célèbrent à la fois le Printemps de Paris !
CHANSON
Sur les toits bleus où s'accroche Un gai rayon de soleil,
Le moineau franc, ce gavroche, Se pavane, aux dieux pareil!
Dans la lumière tremblante Court sa chanson insolente.
Mansarde et trou de souris S'ouvrent à l'aube galante :
C'est le Printemps de Paris !
Sur le pont des bateaux-mouches On verra Mimi-Pinson Et les belles peu farouches Qui ne font point de façon , En plein midi, sans mystère, Se diriger vers Cythére.
Tous nos chagrins sont guéris; J'aime, je ne puis le taire :
C'est le Printemps de Paris!
Ah! que Lycoris s'en aille Avec Gallus dans les bois Chercher la tleur qui tressaille Au contact des petits doigts; Le seul printemps qui m'entlamme Le cœur et me grise l'àme, L'Avril a qui je souris, Celui-là seul que j'acclame, C'est le Printemps de Paris!
LES FOLIES-MARIGN Y.