TOUS
L'Opérette !
GUIGNOL
Oh ! la fâcheuse brise Qui nous l'amène !
l'operette.
C'est ici mon frais berceau, C'est là que je naquis, humble et frêle arbrisseau Dont la racine plonge aujourd'hui sous la terre. .T'étais l'enfant terrible, enragé, volontaire, Que l'on aimait d'abord sans trop savoir pourquoi. C'était charmant et je me laissais vivre, moi. Indolente et sans rien demander. Ma paresse Acceptait cette vie ainsi qu'une caresse. Les yeux clos, je laissais la bride sur le cou A mes destins, courant gaîment je ne sais où. Il paraît que j'étais fort criminelle.
i6 LES FOL I ES-MARI G N Y.
GUIGNOL
Certes Vous l'étiez, et très-fort.
l'oP HRETTt.
Oui, des plumes disertes Ont fait de moi le bouc émissaire. Je suis L'auteur de tous les maux et de tous les ennuis. Parce que l'on riait à mes folles cascades Et que mes grecs boufifons, mes doges, mes alcades Amusaient le public.
GUIGNOL
Le public avait tort.
l'opérette.
C'est possible, pourtant je ne sens nul remord!
CHANSON
O censeurs moroses Dont I é.lat des rose* Offense les yeux, Sous votre anatliéme, Je dis mon pi)éme De muse bohème Cher aux libres cieux!
Faiseurs de morale A voix gutturale, Sous les verts arceaux Que le soleil dore, Ma chanson sonore Bat de l'aile e.icore Avec les oiseaux.
Par-dessus les buttes , Ivres de culbutes, Au mois ou renaît L'espoir, où la sève Trouble le cœur d'Eve, J'ai, comme en urt rêve, Jeté mon bonnet!
Mais la Muse antique Aux bourgs de l'Attique , Pieds nus et bravant L'ardente poussière En pleine lumière, . Courait libre et tiére , Les cheveux au vent !
Et, si vous le voulez, me voici toute prête A reparaître encore ici.
i8 LES FOLIES-MARIGNY.
Chère Opérette Volontiers, mais venez simple comme autrefois. Sans cuivres et sans chœurs étouffant votre voix. Rendez-nous les beaux jours de votre adolescence, Alors qu'on vous aimait en parfaite innocence ; Rendez-nous ces bijoux délicats : les Pantins De Violette ; ayez l'éclat de vos matins, Et nous applaudirons sans arriére-pensée.
GUIGNOL
Eh bien, c'est entendu. Mais l'heure est avancée. A l'action! laissons là tout vain compliment, Et que chacun de nous agisse bravement
CHANSON
t'oPÉRETTE.
Voici le mois où l'hirondelle Joyeuse revient d'Orient, Comme elle, au rendez-vous fidèle, Notre Muse vient en riant.
Voici le temps des primevères, Voici le temps où tous les cœurs Sont embrasés, où tous les verres Sont pleins de brûlantes liqueurs.
LES FOLIES-MARIGNY. ip
Nous arrivons, hardis fantoches, Scapins, Agnes, groupe vermeil.
Le vide sonne en nos sacoches, Mais nos jeux sont fous de soleil.
Malgré la saison inconstante, Malgré les orages anciens, Nous allons planter notre tente; Dieu garde les Bohémiens !
LA FANTAISIE
Sois-nous indulgent, encourage, O Public, nos pauvres efforts; Ne fais pas enfuir le mirage Où nous entrevoyons des ports; Laisse-nous cacher sous la feuille Nos ailes vierges de barreaux.
Et reçois-nous comme on accueille Une bande de passereaux!