‹ Les Folies raisonnantes, le délire d'interprétationChapitre 16 sur 78 · VI. — DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE · texte numérisé non relu

VI. — DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE

Parmi les différentes formes nosographiques qui se sont partagé l’ancienne hypocondrie, aujourd’hui démembrée, doit prendre rang le délire d’interprétation. On tend d’ailleurs de plus en plus à admettre que l’idée hypocondriaque est l’interprétation fausse de sensations réelles ; des observations récentes prouvent que ces plaintes exagérées, ces divagations fantaisistes, tenues pour des hallucinations cénesthésiques, ont en réalité pour origine les douleurs ou les paresthésies provoquées par des troubles viscéraux.

Le plus souvent, dans le délire d’interprétation, l’idée hypocondriaque s’associe à d’autres conceptions délirantes, surtout aux idées de persécution. Nombre de malades, à propos de la moindre souffrance, manifestent une appréhension exagérée et détaillent leurs plus légers malaises, criant à la torture, au martyre pour une courte céphalée ou quelques troubles dyspeptiques : « On traite leurs terribles maux par le dédain et ils courent au cancer ou à la paralysie générale. » Tantôt ces préoccupations hypocondriaques restent en dehors du s^^stème délirant, tantôt au contraire elles s’agrègent à lui, et deviennent alors une nouvelle preuve des persécutions subies.

Dans quelques cas 1 idée hypocondriaque prépondérante

1. Ce malade a été successivement étudié par Bail (Société méd psych. 1887, II p^413) et par Magnan {Leçons su. les Délires syst. dans les pychoses. Obs. XIV, p. 123.) "

dirige les interprétations, oriente la systématisation {hypocondrie délirante, Gilbert Ballet). Les malades disent avoir la colonne vertébrale cassée, la mâchoire démolie, -le cœur prêt à se détacher...

Les hypocondriaques passent leur temps à s’analyser, à écrire leurs impressions, à consulter nombre de médecins. Souvent ils accusent ces derniers d’une erreur de diagnostic, leur reprochent l’ordonnance d’un médicament nocif, les persécutent et deviennent dangereux. Quelques-uns se suicident.

Les idées de possession, extrêmement rares, ne s’observent guère que chez les débiles. Ces derniers croient quelquefois à la pénétration d’un animal dans leur corps (délire hypocondriaque de zoopathie interne‘). Les idées de négation, d’énormité, d’immortalité, de transformation corporelle ne paraissent pas compatibles avec l’intégrité mentale de l’interprétateur; nous ne les avons jamais observées, même d’une manière transitoire.

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