I. — VARIÉTÉ PRÉCOCE
Cette variété comprend les cas où le délire débute approximativement vers l’âge de 20 ans, mais s’accompagne d’interprétations rétrospectives qui feraient reporter son origine j usqu’à la puberté ou à l’enfance (8 ans, 13 ans). Cependant, chez certains sujets, il semble que le début de la psychose soit réellement précoce. Ce sont généralement des déséquilibrés dont l’instinct sexuel s’éveille de bonne heure et se manifeste d’une façon anormale. Vaniteux et susceptibles, soupçonneux et rêveurs, la moindre réprimande leur est insupportable, la plus petite flatterie les impressionne. Leurs tendances, se développant rapidement,
1. On pourrait encore, suivant la prédominance de telle ou telle particularité, distinguer des variétés rétrospective, métabolique (avec transformation de tous les événements; objets et personnes dans le sens d une adaptation aux idées délirantes), palin^nosLique, etc.
VARIÉTÉS
aboutissent d’ordinaire à l’éclosion d’idées de grandeur : haute origine, richesses considérables, mission glorieuse. Nombre de ces sujets, interprétant l’attitude de leur entourage, renient leurs parents : ils se disent fils d’un prince, d’un évêque ou d’un grand personnage ; quelques-uns construisent tout un roman de supposition d’enfant, de captation d’héritage, de tortures infligées par le prétendu père adoptif. Des idées de persécution, parfois très actives, s’ajoutent ainsi aux idées ambitieuses et. les poussent même à des agressions contre leurs parents véritables ou supposés. Il en est qui se bornent à des réclamations anodines.: tel ce malade de Ballet qui se croit fils naturel de Jules Grévy. Ces sujets on été décrits en France sous le nom de persécuteurs familiaux h
Dans l’observation suivante, prise par l’un de nous-, le délire paraît avoir débuté vers l’âge de dix ans. La malade* se croit fille de l’évêque d’Amiens : elle a remarqué qu’un jour ce dernier est resté « comme pétrifié « à sa vue ; divers gestes ou paroles de son entourage ont confirmé sa présomption. De nombreuses interprétations, sans intervention d’hallucinations, la poussent à accuser ses parents d’avoir fait assassiner l’évêque et dérobé son héritage. Après de fréquentes menaces elle tire sur son père deux coups de revolver. Vingt ans après, sa conviction reste aussi inébranlable : son véritable père est un prince de l’Église qui lui a légué plusieurs millions.
Observation XV. — B... Marie, internée à Sainte-Anne, à l’age de 3o ans (mars 1888), après une prévention de deux