I. — CONCEPTIONS PATHOGÉNIQUES
On ne connaît pas actuellement la lésion anatomique, l’altération fonctionnelle ou la cause spécifique susceptibles d’engendrer le délire d’interprétation; l’étiologie et la pathogénie de cette psychose restent donc en grande partie hypothétiques et sujettes à controverse. Les divergences des auteurs sur ce point s’expliquent d’autant mieux
que leurs essais pathogéniques s’appliquaient indistinctement, pour la plupart, au groupe hétérogène des délires systématisés, de la paranoïa (Griesinger, Schüle, Krafft- Ebing, Ducasse et Vigoureux, Bresler). Nous limitant exclusivement à l’étude des conditions d’apparition du délire d’interprétation, nous n’examinerons que les théories, qui concernent les délires systématisés non hallucinatoires (paranoïa de Kraepelin). Celles-ci sont de trois sortes : l’une, qui a longtemps régné sans conteste, considère la paranoïa comme une création primaire du cerveau, d’origine intellectuelle, dépourvue de toute base émotive ; l’autre au contraire fait jouer à l’élément affectif un rôle primordial et exclusif ; la troisième reconnaît à la maladie une origine à la fois intellectuelle et affective.,
Hitzig défend la première opinion dans un travail important sur la folie quérulante^, groupement qui correspond à peu près au délire d’interprétation et au délire de revendication. Le Qudrulantenioahnsinn est un état d’affaiblissement psychique, consistant principalement en une pauvreté des représentations et des associations, qui empêche le sujet d’opposer à une représentation de contenu absurde, des représentations antagonistes. Cette inhibition résulte, a-t-on prétendu, de la prédominance d’une représentation intense ; mais ce n’est là qu’une hypothèse. En réalité, pour Hitzig, cette faiblesse psychique doit être attribuée à des modifications cérébrales morbides. A l’état normal, l’excitation d’un groupe déterminé de cellules et de libres — condition d’une représentation — s’irradie à travers un grand nombre de systèmes : la pénsée normale, conséquence de cette irradiation, nécessite donc le fonctionnement simultané des centres. Chez le malade, certains groupes cellulaires continuent à fonctionner suivant le mode ordinaire, mais, les fonctions de certains neurones d’association ne s’exerçant pas, l’ex-