‹ Les fonctions du cerveauChapitre 4 sur 41 · I.8H FONCTIONS |H; CRRVKAU · texte numérisé non relu

I.8H FONCTIONS |H; CRRVKAU

avec: limitation exact»* des lésions expérimental»*s l . >

Dès I»* quatrième Mémoire IH8I , I loltz abandonne cette niétho»!»* opératoire qui a f dit-il, été » taxée de grossière »> ; il produit »l»*s lésions cérébrales, toujours sans hémorrhagie véritable, au moyen d»* piqdivs d aiguilles à coudre soudées à uni* plaque d»* cuivre, placée dans un tube muni d’un ressort à spiral»*. L usage de cet ingénieux instrument d’acupuncture, do son invention, lui parut d'abord plus favorable qm* c»*lui de la cuivlte ou du rouleau \

Pourtant dans le cinquième Mémoire IHSV , il annonce «pi il ne s’est servi qu*?d instrum»*nts tranchants pour réaliser des lésions stricteiu<*nt limit«*es. Après les paroles de Ferrier, que nous avons <*itees, il est inutile de rappehn* les objections tout à fait décisives, semble-t-il, que llitzig «*t Munk n’ont pas manqué d»; faire, de leur coté, aux diverses méthodes opératoir»*s de Frédéric Goltz, dans une étude oit il s’agit précisément d'essayer de déterminer le siège des fonctions particulières d'un organe aussi complexe que le cerveau. Nous verrous que ce ne sont pas seulement des lobes entiers qu’il détruit ou enlève, mais un hémisphère entier ou des régions considérables des deux hémisphères cérébraux ; déjà nous avons pu constater que, de son propre aveu, il ne pouvait connaître exactement, surtout avec sa première méthode, l'étendue des pertes subies par l’encéphale.

En entreprenant ces recherches sur les fonctions du

5 De la localisation des maladies cérébrales (1880), par David Ferrier, p. 185, de la traduction de H. H.-C. de Varigny.

* Goltz, et après lui son disciple Jacques Loeb, se sont aussi beaucoup servi de la machine à forer de White, instrument surtout employé par les dentistes.

cerveau, Goltz a naturellement suivi la pente qui entraîne vers ces grandes études les meilleurs esprits de notre temps. 11 s'était proposé, dit-il, au commencement de ses études, de soumettre une fois de plus à l’examen les doctrines de Flourens touchant l’homogénéité fonctionnelle du cerveau. Flourens avait soutenu que le cerveau peut subir des pertes considérables de substance sans trouble durable, ce qui reste de l’organe suffisant à accomplir les fonctions des masses nerveuses détruites, et cela parce que toutes les facultés de l’âme occupent la même place dans le cerveau. « Dès qu’une d’elles disparaît, par la lésion d’un point donné du cerveau proprement dit, toutes disparaissent; dès qu’une revient par la guérison de ce point, toutes reviennent \ » Un premier coup décisif avait été porté à cette doctrine par la découverte du centre moteur du langage dans le pied de la troisième circonvolution frontale gauche. Car, encore que Goltz ne puisse se résigner à admettre même cette localisation cérébrale, quoiqu’il s’efforce de montrer qu’une lésion cérébrale très éloignée de la circonvolution de Broca peut la paralyser en exerçant sur elle une action inhibitoire et déterminer par conséquent une aphasie motrice, sans lésion de la troisième frontale gauche, on peut toujours se demander, avoue Goltz, pourquoi une lésion de cette région limitée du cerveau a si souvent pour effet un trouble du langage, alors que cette affection apparaît si rarement quand les lésions intéressent d’autres parties du cerveau. « Le fait que les troubles du langage semblent intime-

' Flourens, Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux » 2* éd. t p. 244.

ment liés à la lésion de la circonvolution de Broca et de ses entours subsiste. » Mais, s’il en est ainsi, le cerveau n’est point fonctionnellement homogène dans toutes ses parties, et la théorie de Flourens est convaincue d’erreur.

De même l’épilepsie partielle ou corticale, bien observée cliniquement par Bravais, à laquelle le médecin anglais Hughlings Jackson a donné son nom, dérive avec certitude de lésions irritatives convulsivantes, telles que néoplasmes, encéphalites, méningites, qui peuvent bien être situées en dehors de la zone motrice, mais qui, lorsqu’elles n’y siègent pas, déterminent à distance sur cette zone l’explosion des convulsions épileptiformes de l’épilepsie jacksonienne. Par exemple, « il se peut très bien que les cellules contenues dans le tiers moyen des circonvolutions ascendantes, soient irritées par une lésion siégeant dans le tiers supérieur ou dans le tiers inférieur de ces circonvolutions (zone motrice), — ou encore par une lésion siégeant sur le pied de la deuxième circonvolution frontale ou même sur un point plus éloigné du lobe préfrontal ou des lobules pariétaux (zone non motrice) 1 . » Goltz veut bien reconnaître qu’il y a « un fond de vérité » dans cette pathogénie de l’épilepsie corticale, «fcque les observations d’Hughlings Jackson ont, une seconde fois, convaincu d’erreur la doctrine de Flourens.

Mais, ce sont surtout les découvertes de Fritsch et Hitzig qui semblaient destinées à achever la ruine

* Etude critique et clinique de la doctrine des localisations motrices dans Vécorce des hémisphères cérébraux de l'homme, par MM* J.-M. Char* cot ci A Pitres. Paris, 1883, p. 70.

complète de ces idées touchant l’homogénéité et l’équivalence fonctionnelles de toutes les parties du cerveau. Ces auteurs affirmaient, en effet, non seulement que le cerveau était excitable par l’électricité dans une certaine zone déterminée, mais que l’écorce cérébrale se compose de « centres circonscrits », qui possèdent des fonctions différentes, et cela « vraisemblablement pour toutes les fonctions psychiques 1 », Quant au premier point, Goltzn’a eu garde d’oublier qu’il v est nullement prouvé que l’écorce grise elleoit excitable, les phénomènes observés s’expiiq dut aussi bien, selon lui, par le fait de l’excitation, d ailleurs inévitable, des fibres blanches sous-jacentes. Pourquoi, si l’écorce grise est excitable par l’électricité, de si grands territoires corticaux, — tous ceux qui sont situes en dehors de la zone excitable, — ne répondent-ils point fonctionnellement aux courants galvaniques ou faradiques ? Lorsque, dans l’excitation mécanique, on détruit avec soin la substance grise des circonvolutions frontale et pariétale ascendantes, on ne détermine de contractions dans les muscles du cote oppose du corps, que lorsque l’instrument atteint la substance blanche i nouvelle preuve que 1 électricité n agit qu’en se diffusant dans les parties profondes du cerveau proprement dit et de l’encéphale.

Je n’insiste pas; ces objections, qui reparaissent toujours et partout, ont été aussi sérieusement réfutées qu’elles peuvent 1 être, et cela bien des fois.

1 E. Hitzig. Untersuchungen iXher da* Gehim (Berlin, i874), p. 41 cf. p. 56 où iiitzig rappelle cette conclusion comme « la plus précieuse conquête de ses investigations ».

Putnam n'a-l-il pas montré qu’après l'ablation de la substance grise d'un territoire cortical, il faut un courant plus fort pour déterminer la même contraction par l’excitation directe de la substance blanche? Le retard bien connu que cause à là propagation des courants nerveux la substance grise des centres interposés, n*a-l~il pas été évalué, pour l’écorce cérébrale, à ^ de seconde par MM, Pitres et Franck ? M. Kouget, en apportant la preuve expérimentale qu’en excitant deux points séparés de l’écorce, distants de 1 à - millimètres au plus, on pouvait obtenir certains effets prévus et déterminés, n'a-t-il pas réduit à leur juste valeur toutes les déclamations sur la dilfusion physique de l’électricité, au moins sur la dilfusion latérale ? Et même pour la dilfusion en profondeur, pourquoi, quand l’excitabilité de la substance grise corticale est entièrement abolie par l’anesthésie, l’électrisation des centres moteurs de l’écorce ne provoque-t-elle plus de mouvements, bien que les corps striés et les pédoncules cérébraux soient moins atteints par la narcose 1 ? Tout semble donc prouver que la substance grise ganglionnaire des centres nerveux est excitable et directement excitée, bien qu’une démonstration absolue de ce fait ne puisse jamais, selon nous, être fournie, puisque l’écorce n’est pas seulement constituée par des cellules nerveuses, mais, entre autres éléments, par les fibres nerveuses elles-mêmes, qui à l’état de filaments gris sortent des cellules. Les objec-

1 Cf. Frank et Pitres. Suppression des accès épileptiformes d'origine corticale par la réfrigération de la zone motrice du cerveau chez le chien. Société de biologie, séance du 31 mars 1883. — Vcber die Kraempfe in Fûlge ekklrischer Heizung derGrosshimrinde, von Th. Ziehen. Berlin,

lions de Goltz contre le premier point de doctrine postulé par les expériences de Fristch et de Hitzig, contenaient donc peut-être une âme de vérité.

Aussi Goltz n’aecorde-t-il presque aucune confiance aux expériences d’excitation des parties du cerveau 1 ; il pratique toujours des lésions destructives de l'organe. Quant à l’existence de centres circonscrits de l’écorce destinés à des fonctions spéciales, telles que celles du mouvement volontaire, de la sensibilité générale, «le la vue, de l’ouïe, du goût et de l’odorat, toute l’iruvre de Frédéric Goltz sur ce sujet est précisément destinée à la nier. Goltz admet pourtant, contre Flourens, qu’apres des lésions étendues du cerveau, des troubles considérables des sens et de 1 intelligence persistent pour toujours. « J’ai montré dans une série de recherches, dit-il (t. VllletXIV des An/iirrs dp PfUîgei •), que Flourens s’était trompé. Apres une destruction étendue de la substance corticale des deux hémisphères du cerveau, des troubles très graves persistent pour toujours. » (XX, 1879, p. 7 ; XLI1, .W2-3.) I ne autre erreur de Flourens que Goltz se vante d avoir refutée est celle-ci : lorsque la mutilation du cerveau a été poussée assez loin, les animaux perdent à la fois et également l’usage de tous leurs sens. Or, Goltz a trouvé que c’était surtout le sens de la vue qui souffrait de ces mutilations. Dans ses expériences, en effet, c’est toujours le sens de la vue qui a été le plus atteint, non le sens de l’ouïe,

* Au congrès des naturalistes et médecins allemands de Strasbourg (septembre Uoilz a pourtant reconnu la valeur des faits présentés par fcxncr sur la topographie des territoires moteurs corticaux, quoique ces faits aient été obtenus au moyen de l'excitation électrique de Técorce; il a d’ailleurs maintenu ses objections anciennes.

par exemple. N’est-ce pas parce que, dans ces memes expériences, le territoire de substance grise des perceptions visuelles, et non celui de l’audition mentale, se trouvait compris dans les lésions destructives de l’écorce? On peut le supposer, et Goltz a prévu l’objection. Mais oii « trône » le centre» cortical de l’ouïe, demande-t-il ironiquement ?

En général, Goltz est toujours amené par les faits qu’il observe ou provoque expérimentalement à ces idées de localisation cérébrale qu’il repousse de toutes ses forces des qu’elles lui apparaissent avec quelque netteté. 11 n’a pas assez de railleries pour ceux qui considèrent le cerveau comme constitué par une mosaïque de petits cerveaux ou qui, avec Kosentlial, le comparent à une carte politique de l'Allemagne à la fin du dix-septième siècle. Mais il finira par reconnaître, nous le verrons, que les fonctions du cerveau antérieur du chien ne sont pas les mêmes que celles du cerveau postérieur ou occipital, et que les troubles de la motilité et de la sensibilité générale sont, dans la règle, liés aux lésions destructives des lobes antérieurs, comme les troubles sensoriels le sont à celles des lobes occipitaux. Ces résultats sont en parfait accord, non seulement avec les données de l’anatomie, mais avec les résultats de la physiologie expérimentale du cerveau, telle que Font constituée les travaux de Hitzig, de Ferrrîer, de Munk,de Luciarii, d’Exner.

Souvent Goltz a senti qu’il descendait une pente qu’il s’était proposé de remonter. Souvent, après avoir constaté que les troubles de telle ou telle fonction des centres nerveux, de la vision mentale, par exemple, sont liés plus particulièrement à la lésion de

telle région du cerveau, il s’arrête, il se demande :

Les résultats de mes recherches sont-ils propres à servir d’appui aux hypothèses d'après lesquelles chaque territoire spécial de l’écorce grise cérébrale serait affecté à certaines fonctions? Jusqu’ici je n’ai pu me persuader que les suites des lésions effectuées pai moi sur les animaux aient présenté des différences essentielles en rapport avec le siège topographique de la perte de substance '.

Il parlait ainsi dans son second Mémoire : il parle autrement dans le cinquième. Mais il faut rendre à Golt/. la justice de n’avoir jamais nié à priori la possibilité de l’existence de territoires distincts de l'écorce affectés à des fonctions diverses, encore qu’il refuse de reconnaître, avec Munk, que la localisation des tondions du cerveau soit un postulat physiologique. Il proteste qu'il n'est pas « homme de parti ». « Si, comme je crois l'avoir prouvé, a-t-il écrit \ les hypothèses de localisations qui s appuient exclusivement ou principalement sur 1 observation de phénomènes <jui sui\enf iriHiîudiutcniiîiit lus lusions uxpurimuntHlcs du cerveau sont insoutenables, il n'est point dit par là. naturellement, qu'il n’existe aucune localisation des fonction-, du cerveau. » Les fonctions les plus importantes du ce'veau, les fonctions qui sont pour nous le signe de l'intelligence, des émotions, des passions. des instincts, ne dépendent point, affirme-t-il plus tard J , de territoires circonscrits du cerveau ; à cet égard il se rallie aux idées de Flourens, ce « héros

‘ II* p. 439* U0.

* III" Ment ., p. 30,

* IV* Mem ., j», 35.

de la physiologie », comme il l’appelle, et pour qui il éprouve de profondes et vivaces sympathies : mais Goltz ajoute, dans un esprit vraiment scientifique, qu’il reste toujours possible que l’écorce du cerveau ne soit pas partout fonctionnellement homogène.

Quoique la division du cerveau «ni petits centres circonscrits, doués de fonctions spéciales, lui paraisse de plus en plus inadmissible, telle ou telle partie du cerveau pourrait cependant servir à une foi: dion déterminée; ainsi il pourrait exister des centres aux frontières indécises, empiétant les uns sur les autre3 (rertcachseHe Centre//}. Goltz examine à plusi» urs reprises cette hypothèse, qui est celle de Luciani (de Florence), d’Exner (de Vienne), et il estime qu'elle peut, dans une certaine mesure, se concilier avec les faits. Ainsi la sphère visuelle de Luciani, qui s’étend sur une grande partie de toute la surface do l’écorce cérébrale, se confond en certains points avec les sphères de l'audition, de l'olfaction, de la sensibilité générale et du mouvement; en outre, une région existerait oii toutes ces sphères se rencontrent et se pénètrent en quelque sorte, si bien que toutes les fonctions du cerveau s’y trouveraient représentées : dernier vestige, - ainsi que l’a noté Goltz, des idées de* Flou relis.

Malgré tout, je le répète, Goltz témoigne qu’ « il n’a jamais nié la possibilité d’une localisation des fonctions du cerveau ». Il s’étonne, dès le début de son cinquième Mémoire, qu’on lui ait fait dire que, selon lui, la substance cérébrale est partout fonctionnellement homogène : il n’a jamais rien dit de semblable; tous ses travanx en font foi. Et il désa-

voue de nouveau, comme dans ses articles de la Deutsche Rundschau , le principe fondamental de la doctrine de Flourens. Les textes rassemblés ici témoignent en effet de la justesse de cette protestation. Mais tant d’hommes, dit-il, semblent condamnés à ne pouvoir penser que « schématiquement » ! Tout ce qu'ils lisent ou entendent doit pouvoir rentrer dans quelques formules apprises. Malheur à qui les critique, ces formules; il passe aussitôt pour les nier. C’est ce qui est arrivé à Goltz, et il s’en plaint un peu. Car, en un sens, déclarait-il, il admet bien que les fonctions du cerveau ont des sièges distincts dans l’écorce. Il ajoutait avec une naïveté qui n’est pas sans charme : « Si Flourens avait connu mes expériences, en ami de la vérité il s’en serait réjoui avec moi. »

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