‹ Les fonctions du cerveauChapitre 3 sur 41 · DOCTRINES DE L’ÉCOLE DE STRASCOCRG · texte numérisé non relu

DOCTRINES DE L’ÉCOLE DE STRASCOCRG

Toute la fin de ce siècle et te siècle futur n’auront vraisemblablement pas de problème plus élevé à étudier, sinon à résoudre, que celui des fonctions du système nerveux m général, et du cerveau en particulier. Depuis Wiiiis et Vieussens, les grandes lignes iprincipales du système nerveux centrai ont été esquissées; mais que de territoires encore, que de vastes ^espaces sur la carte du monde cérébral où Y on pourrait écrire terra inrognlta! Quant à la physiologie cérébrale, quant à l’étude expérimentale des fonctions du cerveau, jusqu en 1870 Flourensest resté le maître de Tempire qu’il avait conquis. Mais, depuis la grande découverte de Fritsch et de Hitzig, depuis les travaux le Ferrier, de Carvilleet Duret, de Gudden, de (îoltz, le Munk surtout, de Luciani et d’Exner, on peut dire |ue la physiologie du système nerveux a été renouvelée, et que, par la doctrine expérimentale des localisations cérébral* la psychologie physiologique, la

LKS FONCTIONS I)C CERVEAU

science des fonctions de l'innervation, a pour la première fois trouvé un solide fondement.

L’ardente passion qui enflammait ce? investigateurs et qui s’est propagée aux pathologistes, comme en témoignent les travaux de Charcot et de son École en France, est loin detre refroidie. Le temps paraît venu cependant, pour la critique et pour l’histoire, de recueillir les faits et de comparer les doctrines des Uverses écoles dont nous venons de nommer les maîtres. C'est le propre de toute étude vivante, en voie d’élaboration, de produire des hypothèses et des théories, non seulement discordantes, mais en apparence contraires et inconciliables. Ces divergences d’opinion ne paraissent peut-être nulle part avec plus d’éclat que dans l’étude des fonctions du cerveau, ce qui s'explique tout naturellement par l'étendue et la complexité immenses du sujet. Or ces difficultés, loin de nous détourner de la voie ardue, sont à la fois une promesse et un gage de hautes jouissances pour qui sait s'élever au-dessus d'elles, pour qui peut se flatter d'arriver à les dominer par un travail patient et d'en voir s'évanouir, dans une synthèse supérieure, les contradi c t i o n s ap pa re n te s.

Nous voudrions, en nous plaçant uniquement au point de vue de l'histoire critique des doctrines de psychologie physiologique contemporaines, exposer les faits et les idées du professeur Frédéric (ioltz, de Strasbourg, et de son École, sur les fonctions du cerveau.

Si nous inaugurons précisément cette série d'études par l'examen des doctrines de l’adversaire le plus décidé des idées actuelles sur les localisations cérébrales,

c’est d'abord parce que le premier devoir de la critique est de rendre hommage à lu science, à la longue patience* et à la sim rite d'un dissident. Quoi qu’on puisse penser de la valeur démonstrative «les expériences physiologiques de Goltz dans la question qui nous occupe, on doit reconnaître que ces expérience» ont été continuées plus longtemps, el a\ec plus de sollicitude peut-être, par cet éminent physiologiste, que par personne. Au cours «le ses investigations, fioltza d’ailleurs trouvé et établi un ou th*ux principes d’une rare fécondité en physiologie et <*n pathologie, et qui ont bientôt été en partit* adoptes par tout h* monde : je veux parler des phénomènes permanents de déficit et des phénomèims transitoires «J arret ou d’inhibition. Enfin, il importe «b* no point paraître ignorer les objections des adversaires d une doctrine, ou, si Ton veut, d une hypothèse, qui, connut* ht transformisme, s’imposera fatalement delle-mènie si elle est vraie, c’est-à-dire si elle explique le plus grand nombre de faits connus et n’est en contradiction avec aucun.

Nous assistons, dans l*aneien comme dans le nouveau monde, au triomphe rapide et sur des idées iocalisatrîcesen anatomie, en physiologie et en pathologie cérébrales. Ce triomphe, il n’appartient pas plus à Goîtz qu’à qui que ce soit de l’empèrlier ou même dt» le retarder. La lutte a même à peu près cessé sur le terrain des localisations psycho-motrices. Aux yeux de la plupart des cliniciens, des aliénistes. «l«*s chirurgiens, ce ne sont plus là des théories, mais des faits, des faits mille fois vérifiés et toujours vérifiables, et qui, comme tels, ont déjà droit de cité dans l’ensei-

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gl)üiTu?fit. U nVn va pu* i'iicoiv ainni pour lt*t îocalinaliotH fêtvbraU^ p»ycl»o*w*n*ilivin H psycho-wnaonriîr* ♦ itotiH in*i*b*n»ti* donc plu** partiniliit^nienl surfit «l»*ücat »«jueî'M‘jnÿ* duat* port»*** conmdmdik», puis<|u il *'agit dt*i* *rii!*iition*, c t*st-à*dirt* d<*# t*l**iHt , nti* ron4ituunt* d»*** fonctions p#>cli»f|ut*s qu on tlétignt* ho u h U* iioiii ir*uU*lligt*i»ct* ou d'entendement.

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[U* !87*i A 1888, Frédéric <»oltz a publié six me moires considérables, dans 1rs Arrhires ih* Pli figer 1 , sur les fonctions du cerveau. G* son! ces documents, remplis de faits, d'expériences et d’observations originales, que nous analyserons. Nous avons aussi sous les yeux les deux articles fort piquants que ce savant, qui est homme dv beaucoup desprit et excellent écrivain, a fait paraître sur le même sujet dans les numéros de novembre et de décembre 1885 de la Ile rue des Deux-Mondes de 1*Allemagne, la Deutsche Jlutul* schmt.

Disons d’abord quelques mots des principales méthodes qui ont servi à l’auteur pour atteindre ses résultats. Le manuel opératoire auquel il est resté le plus longtemps fidèle consistait, on le sait, à déterminer, au moyen d f un violent jet d'eau continu, injecté à travers un trou pratiqué dans la région tem-

1 Arthip fût dit geeammte Phytiologie* !** Mémoire (1876), XIII T Mémoire (1876), XIV ; T Mémoire (1879), XX; V Mémoire (1881), XXVI; 5* Mémoire (1884), XXXIV; 6* Mémoire (1888, XLII. — \\ Uêber die Yerrichtungen éet (irot$himt y Bonn, 188!,

porale, de vastes lésionsdestructives delà substance grise corticale f Ihirrhspiilunf/smpthoilr , Loin d être limitées à la couche superficielle du cerveau, ces lésions atteignaient fréquemment non seulement la substance blanche sous-jacente, mais s’étendaient parfois jusqu'aux corps striés et aux couches optiques, ainsi que Goltz lui-même ne fait pas difficulté de le reconnaître*. Seuls, les tubercules quadrijumeaux, les pédoncules cérébraux, le pont de Yarole et le cervelet seraient toujours demeurés pleinement indemnes. La meilleure critique de ce procédé opératoire a été faite par David Ferrier, de Londres, qui s'exprime ainsi : « Goltz emploie cette méthode afin d'éviter les risques d’hémorrhagie et de méningite consécutives et de conserver laminai en vie le plus longtemps possible. Nous pouvons admettre qu’il atteint ce dernier but plus ou moins, mais il est évidemment impossible de savoir quelle* étendue* de substance cérébrale e st ainsi mise hors d’état, de fonctionner... Goltz lui-même admet qu’il est impossible de savoir combien de substance grise est détruite ou réduite à l’impuissance fonctionnelle, et nulle part il ne l’essaie dans le récit qu'il donne de ses expériences. Ce sont là des objections fatales aux théories de Goltz sur la question des localisations cérébrales... L’endroit que choisit Goltz pour y appliquer le trépan et y injecter de l’eau est tel, qu’il est presque impossible de ne pas léser à tout coup les fibres sensitives de la capsule interne; il a, en opérant grossièrement, atteint en fait les résultats obtenus par Veyssière dans ses expériences délicates

* II* Mém p. 439.

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