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XIII

* Les fonctions du cerveau, § 65. — Cérébral amblyopia and hemiopia. Brain, 1881, p. 456 et suiv.

7 Experimentelte Ergebnisse ueher den Verlauf der Sehnervenfasern aufihrer Bahn von den Kniehoeckern zu den Vierhuegeln. .Neur. Centrabl., 15 juin 1883. — Ueher den Emfluss der Abtragungder Grosshimhemisphaeren an Thieren ouf das GtskAt und Gehoer. (Mîtgetheilt in der Sitzung der St. Peterb. psychiatrisehen Gesellschaft, Oet. 1883.)

* Etude clinique et expérimentale sur la vision mentale. Th de Paris

» Sui centri psico-sensari corticali. Üeggio-Emilia. 1879.

Zur Physiologie des Gehim*. Berlin, 1885.

" Pie Sehstoerungen nach Verletzung der Grosshimrinde. A'ach Ver suchen am IJunde. Arehiv f. d. ges. Physiologie... Pfiuger’s, 1884. p. 67-17*2.

la connaissance, forcément incomplète, est nécessaire pour suivre en ses moindres fluctuations cette marée montante des sciences de la vie dans ce domaine de la sensibilité spéciale, le moyen d’indiquer chemin faisant tous ceux qui contiennent des observations ou des expériences de premier ordre 1 ? La plupart de ces mémoires ont été analysés et résumés par nous à l’École pratique des hautes études. Mais ces résumés et ces analyses, nous ne pouvons les publier dans ce livre : ce serait d'ailleurs une prétention peu justifiée que d’espérer faire tenir en quelques lignes de généralités les résultats de tous ces grands travaux, qui valent surtout par les détails et par les précisions. C’est d'ailleurs à la lumière de ces travaux contemporains que nous allons examiner les doctrines de Fr. Goltz sur les fonctions centrales de la vision.

Lorsque Goltz publia, en 1869, son travail sur les Fonctions des centres nerveux de la grenouille 2 , il démontra, contrairement aux doctrines de Flourens, de Longet et de Schiff, qu’après l’ablation du cerveau

! V. surtout A. Niedcn. Ein FaU von eimeiliger lemporalcr Hemiatiopêie de» rechien Auge»nach Trépanation de» linken ffinterhauptbeine ». In : Albr. v. Graefe’s Archiv f. Ophthaimologie. XXIV* vol., p. 143. Iterl., 1883. — O. Berger, Zur Localisation dér corticalen Sehsphaere heim Menschen. Breslauer aerztiiche Zeitschrift. 1885, n~ 1-5.—Seguin, A contribution to the pathologg of hemianopeia of central origin. Medical News. 14 nov. 1886 — Hichter, Veber tecundaere Atrophie der optüchen Leitung»bahncn von den Occipitalmndungen aux nach dem PtUrinar. Berl. Gesellschafl f. Psych. u. Nervenkrankh.il mai 1885. Les observations de Huguenin (1878), les expériences capitales de Vulpian (1878), etc., etc. Moriz Benedikl (de Vienne) a publié une observation magnifique d’aplasie des lobes occipitaux, partant des centres de ta vision mentale de Munk, dans un cas de cécité congénitale : KephalometrUcher Befund bei corticaler angeborener Blindheit. Neur. Centralbl,. 15 mai 1886.

* Beiiraege zur Lehre von den Functionm der Nervencentren de * Frosche». Berlin, 1869,

tout entier, une grenouille peut encore non seulement voir, niais éviter avec adresse les obstacles placés sur son chemin. Quelques années auparavant, Renzi avait soutenu que, par l’ablation du cerveau, la grenouille ne perd que la vision mentale; elle conserve, grâce au mésocéphale, les sensations brutes de la vue : elle voit sans conscience; elle sent : elle ne perçoit plus; elle est, comme le dira Munk, frappée de cécité psychique. ce qui ne l’empêche point d'éviter les obstacles, de voir, et de réagir par ses mouvements d’une façon appropriée. Or l’opinion reçue était alors que les animaux dont les hémisphères cérébraux ont été enlevés sont, ou complètement aveugles, ou, tout en voyant encore, incapables d’utiliser des mouvements appropriés à leurs impressions visuelles.

Il fallait distinguer : ce qui est vrai pour les oiseaux et les mammifères, dont l’organe central de la vision est dans le cerveau, ne l’est plus pour les amphibies, pour les grenouilles, qui voient avec leur mésocéphale, avec leurs lobes optiques. Les anciens anatomistes considéraient ces lobes comme une sorte de cerveau postér; ^r. Mais les dernières recherches d’anatomie comparée, celles de Gœtte entre autres, doivent faire envisager les lobes optiques de la grenouille comme correspondant aux tubercules quadrijumeaux des mammifères, dont ils possèdent d’ailleurs la structure histologique, très différente de celle du cerveau, du cerveau de la grenouille elle-même comme de celui des mammifères. Le cerveau de la grenouille n’est pourtant encore, dans l’évolution des êtres vivants, qu’une organe rudimentaire ; son mésocéphale est au contraire d’une structure très complexe, indice d’im-

portantes fonctions. Un disciple très distingué de Goltz, Max E.-G. Schrader, a prouvé dernièrement contre l’opinion reçue (qui, entre parenthèse, a été celle de Goltz), que, loin d’être incapable de se mouvoir « spontanément » et de s’alimenter, la grenouille dont les deux hémisphères cérébraux ont été totalement enlevés peut encore, d’elle-même, changer de place et de milieu, suivant les saisons,comme lus grenouilles normales^! se nourrir de mouches qu’elle attrape, quand les effets du traumatisme expérimental sont dissipés. Les symptômes attribués jusqu’ici à la grenouille privée de ses hémisphères cérébraux ne s’observent que lorsque, avec le cerveau, les thalami optici ont été détruits. Bref, la perte des mouvements « volontaires », comme les appelait encore Goltz, et l’incapacité de se nourrir, dérivent directement des lésions étendues du cerveau intermédiaire et du cerveau moyen de la grenouille : là sont situés, outre les centres des nerfs optiques, des éléments sensibles dont la destruction provoque des troubles graves et permanents de la motilité, des phénomènes d’arrêt et de déficit. Schrader a constaté encore que le couack réflexe n’a point son centre dans les lobes optiques (Goltz, Steiner), mais dans la moelle allongée de la grenouille; que la lésion d’aucun point de la moelle allongée n’entraîne nécessairement la perte des mouvements coordonnés, et qu’il est facile, au moyen de sections du système nerveux central, de partager une grenouille en trois animaux indépendants, en quelque sorte, en segments de la tête, du membre antérieur et du membre postérieur. Cette démonstration de l’autonomie fonctionnelle de chaque segment de la moelle épinière permet de rapprocher

ce centre nerveux d’animaux vertébrés du système nerveux central des invertébrés, dont les ganglions, d’ou sortent les nerfs, sont reliés uniquement par une commissure. La forte centralisation du système nerveux «tes vertébrés supérieurs n’a pas encore apparu chez les batraciens; elle n’existe que dans les rapports de stations relativement indépendantes

Les expériences de Bîasehko*, instituées dans le laboratoire de Munk,ont également montré l’accord de la physiologie et de l'anatomie comparées. S'il est incontestable, comme Goltz l’a soutenu, que la grenouille voit sans cerveau, et qu’elle voit avec conscience, il restait à éliminer tous les centres nerveux encéphaliques situés derrière le cerveau, pour découvrir lequel de ces centres était le siège de la vision. C’est ce qui a été fait pour le cervelet, la moelle allongée, la couche optique. Seuls les lobes optiques ont paru être la condition nécessaire et suffisante de cette fonction.

En 1871, Lussanaet Lemoigne* avaient publié de leur côté de bien curieuses expériences : un pigeon, dont l’hémisphère gauche et /mil gauche ont été crevés, sait encore fort bien éviter les obstacles, mais il ne i?o*Yplus la nourriture étendue devant lui et n’éprouve plus de crainte devant les objets menaçants. La raison en est, disaient les auteurs, que l’œil droit, demeuré indemne, n’étant en aucun rapport chez les oiseaux avec l’hémisphère cérébral droit conservé, les impressions de la vue n’arrivent plus à la conscience.

1 Max E-.(ï. Sehrader. Zur f*hyniohgie de* Frotvhgehirn*. Arehiv f. d. ges. Physiologie, XLI (1887), 75 sq.

• Dus Sehcenirum àei Froenehen Berlin, 1880.

* Fisiologia dei centri nêrvoti mcefaiîci . l'ado va, 1871.

L'animal ne peut donc plus attacher une signification quelconque aux objets qui impressionnent sa rétine. Mais les rapports de l’œil droit avec le mésocéphale et avec le cervelet sont demeurés intacts : les organes centraux de la progression, situés derrière le cerveau, perçoivent encore les impressions transmises par F œil droit: c’est là ce qui permet à l'oiseau d'éviter machinalement les obstacles: il voit sans conscience; les images rétiniennes sont utilisées d’une façon appropriée sans qu’il existe de perceptions conscientes du sens de la vue.

Cette explication, qui pouvait à cette époque paraître pleinement satisfaisante pour les oiseaux, ne pouvait l'être pour les mammifères, car Goltz soutient déjà dans son premier Mémoire (1870) que, chez le chien, chaque hémisphère du cerveau est en rapport avec les deux yeux, et par conséquent que les impressions de la rétine droite arriveraient aussi à l’hémisphère droit du cerveau, à la conscience, chez un mammifère qui aurait subi la même opération que le pigeon de Lussana et Lemoigne. Munk a prouvé depuis que, chez les oiseaux comme chez les mammifères, chaque hémisphère est en rapport avec les deux rétines 1 . Mais on persiste à soutenir, dans l’École de Strasbourg, qu’après l'ablation complète des hémisphères cérébraux, et partant du centre de la vision mentale de Munk, les oiseaux voient encore.

Max Schrader raconte* comment les pigeons qui

‘ l’ebir die mi traitn Organe /. dm Sehm t etc, Sîtzungab. der Akad. d. \V»ss. Berlin, 1883.

* Mai Schrader. Xur Phtjmahgie de* 1 ogelhirn*. Arch. f. d. ges*. PhvsMol., XMV. 1889, p. 175 ml

MtS FONCTIONS DU CSRVB4U.

avaient subi cette opération, après être sortis de cet état d’anéantissement, ressemblant à un sommeil profond, bien décrit par Holando et par Flou rens, allaient çà H là infatigablement dans le laboratoire», évitant tous les obstacles placés sur leur chemin, les cloches de verre transparentes aussi bien que les tables et les chaises.

Placés sur le bord d'une table on sur la main, ces pigeons sans cerveau se balançaient, compensant exactement tous les changements d'équilibre par des mouvements correspondants; les fausses positions imprimées aux membres étaient aussitôt corrigées; seuls, les pigeons dont les couches optiques avaient été lésées en même temps que le cerveau, laissaient paraître des troubles d'adaptation. La vivacité des mouvements n étaient [mis, chez ces oiseaux, l'effet d’une irritation due au traumatisme, car ils dormaient paisiblement la nuit p. 211). Posé sur la main, l'oiseau s’envolait quelquefois tout à coup vers un objet et s’y posait; il jugeait parfaitement des distances. ( Au contraire il ni* s’envolait presque jamais spontanément du sol.) Or on ne peut pas dire que le pigeon opéré avait reappris à voir; car, aussitôt après l'opération, certains pigeons se comportent à cet égard comme d’autres après la deuxième semaine : ils évitent tous les obstacles et témoignent assez qu’i/tf mimtt enenre p. 218). <« L'animal privé de son cerveau se meut dans un monde de corps dont la situation dam l’espace, la grandeur et la forme déterminent la nature de ses propres mouvements, mais qui lui sont tout à fait indifférents » (p. 230). Le mâle roucoule sans observer une femelle qui se trouve à proximité. La femelle n'a souci des jeunes qui crient après la nourriture. Pour le pigeon sans cer-

veau, le monde n’est qu’une niasse remplissant vaguement l’espace. La crainte et la sympathie font ««gaiement défaut. Les réactions correspondent exactement aux excitations. Schrader n’a pas observé que ses pigeons mangeassent seuls, aptitude qui lui paraît liée, chez les oiseaux comme chez les mammifères, au cerveau frontal (p. 520). Peut-être ces troubles étaient-ils dus simplement à des phénomènes d’arrêt portant sur les fonctions du mésocéphale. Le disciple de Goltz ne manque pas d’affirmer que le cerveau du pigeon n’est pas plus un centre moteur, au sens 011 sa destruction entraînerait 1’abolition des mouvements, qu’il n’est un centre sensoriel, si l’on entend par hl que sa destruction serait suivie de la perte de l’activité des sens. Toutefois, l’observation ne laisse pas de montrer que le cerveau exerce une influence considérable sur les domaines de la sensibilité et de la motilité. C’est dans les différences que présentent à cet égard les pigeons opérés d’avec les pigeons normaux, qu’il faut chercher à constater les phénomènes de déficit, plus ou moins masqués par les phénomènes d’arrêt. Toutes les actions de ces oiseaux donnent absolument l’impression des mouvements d’un automate. En dépit de leur variété et de leur complexité, elles ont un cours régulier et sont déterminables â un très haut degré. Elles présentent bien le caractère des mouvements de réponse (Goltz) et ne sont évidemment que des actions réflexes.

11 est impossible de ne pas reconnaître chez Schrader, plus encore que chez J. Loeb, dont on parlera plus loin, un disciple authentique de Goltz. C’est le même esprit, ingénieux et clair, d’nne rare pénétra*

tien dans l'observation, d’une portée philosophique 1res élevée, mais d’une dialectique vraiment trop subtile et qui rappelle les thèses et h exercices d’école. — Le cerveau n’est pas un orgar* ' de sensibilité ni de motilité, si l’on veut dire par làqu’uprès son ablation il ne saurait exister ni mouvements ni sensations, mais il est d’une importance capitale pour l’exercice de la motilité et de la sensibilité. — On retrouve partout ce balancement de la phrase et cette alternance de la pensée.

Malheureusement, et quoique Kecklinghuusen ait constaté, au moins macroscopiquement, dans deux autopsies pratiquées sur les pigeons de Schrader, que l’écorce du cerveau avait été complètement enlevée, Munk, dont on connaît les expériences sur le centre de la vision chez les pigeons *, a écrit que ces protocoles d’autopsie ne saurait servir à la thèse de Schrader. «* Il faut, dit Munk, ou que des restes de cerveau aient échappé a la vue de M. Schrader, ou que chez mes pigeons tout à fait aveugles il ait existé une lésion du cerveau dépassant les limites des hémisphères. Mais cette dernière supposition n’est pas admissible, non seulement parce que, à un examen attentif, j’ai trouvé complètement intactes toutes les parties du cerveau situées en dehors des hémisphères chez mes pigeons tout à lait aveugles, mais aussi parce que ces oiseaux ont vécu pendant quatre à sept mois dans un état de santé parfait ; or, comme on l'observe souvent, les lésions des régions profondes du cerveau, dues soit à l’opération elle-même, soit par le fait d'inftam-

* Vêberdêf functiontn des (inmhimrinde {Berlin, 1*90*. p. 191.

mations et de ramollissements précoces ou tardifs, entraînent toujours la mort des pigeons. » K este l’autre hypothèse, la première, que Munk admet comme très probable, et dont il donne de bonnes raisons. Enfin la nature de la mort et la courte survie des pigeons de Sehrader aucun n’a vécu plus de six semaines) ont été, pour .Munk. la conséquence certaine d’un ramollissement des pédoncules et di s couches optiques 1 .

L etude de la localisation des fondions du cerveau chez les oiseaux a été reprise et continuée par Max Sehrader dans un récent travail a où, au lieu de pigeons, il a choisi pour sujets d expérience des oiseaux de proie, des hiboux et des faucons. Les résultats de ces expériences sont d’un inlérèî très grand. Ainsi, après l’ablation de l'hémisphère cérébral droit, il vit un hibou boiter de la patte gauche ; 1 tri! fptaehe paraissait, arettt/fp. Les réflexes pupillaires étaient d’ailleurs égaux des deux cotés, et le vol ne semblait pas modifié dans son fonctionnement. Trois semaines après l'opération, les troubles de la motilité s’étaient un peu amendés; la serre gauche avait une attitude qui rappelait celle que présente la patte du chien opéré d'un hémisphère. Mais les troubles de la vue persistaient. La sensibilité générale était aussi lésée ; on pouvait impunément caresser l’oiseau sur la moitié gauche du corps; à droite, tout contact lui faisait tourner la tète et l’excitait à mordre. Chez le faucon, l’ablation symétrique bilatérale du lobe frontal entraîna une paraplégie complète

‘ Munk. I%-her die Functionm de* Grtmh. .Berlin, 1*90 >, p. 279-280.

* Sehrader. Z»r eerglmchendên Phy»io ogie de* Uro**hiru* (Au» déni PhytMohni. institut der (niversitael Stras hurg;. — Deutsche med.Wochenschr., 1890.

LES FONCTIONS DU CERVEAU. il

«1**8 «leux juinhté, les ail«*s t*t la <|u«‘ii«» continuant à fonctionner normalement. C«*s troubi**s disparurent plus tard enlièmnent. Les symptômes déforminés par ces lisions exporimentalos présentent dos ressemblances frappantes avec c«* que l'on observe chez les chiens «*t chez l«*s singe* dans les mêmes circonstancié, avec cette «tifforonee, remarque Schrad«*r, qu«\ chez l«*s oiseaux «b* proie, ce sont surtout l«*s «wtrémités posté- Heures qui sont atteintes, chez les mammifères les «wtremites antérieures. Les pigeons ne présenteraient aucun trouble appréciable de l'usage «lus inemluvs. (h* chez c«*s oiseaux de proie, les altérations <l«* la motilité ont précisément frappé hé organes conformés *< comme «les mains *», servant à prendre «-t à grimper.

Hevenons à Liugeni«*use et élégante «\xpéri«*n<e «le Lussanaet Lemoigue sur les oiseaux ; elle peut servir de p« t ndaut à celles <ju a pratiipiées (ioltzsur h*s chiens ’.

Comment explicpier. demandait ce physiologiste, les troubles étonnants «lu sens de la vu«* chez les chi«*ns «font un hémisphiTi» cérébral a été «létruit ? J/animal évite tous les obstacles: on n<‘ peut «lire «pfil est aveugh» : et pourtant il n«* roit pas la viande* comme telle, il a perdu la notion des dimensions de l'espace, il ne sYfîrai** plus à la vue des objets, du fouet, par exemple, qui d’ordinaire lui inspiraient «fo la crainte.

L’hypothèse <ju«* faisait tioltz alors pour expliquer ces faits, était que, chez ces animaux, le sens des couleurs ( F Itensinn', le sens de T espace et le sens des lieux i Itmtwjtiun* Ortssbm j devaient être extraordinairement affaiblis. Le chien, disait Goltz, ne reconnaît

* r Mém, % p. 2*.

hRS FONCTIONS DU CRRVEAU.

plus un morceau de viande comme tel, parce que cet objet qui. avant l'opération, lui apparaissait de couleur rouge vif, avec des contours nets et arrêtes, ne lui présente plus maintenant qu’une masse grise, lerne el vague. Il ne reconnaît plus un fouet comme lel, il ne distingue plus un individu déterminé, parce qu ■ les images qu’il perçoit sont indécises et incolores et ne ressemblent pas à celles qu'il-aconservéesdans sa mémoire visuelle. Mais il perçoit les mouvements d'un corps, d'une main, parce qu’il a conscience du déplacement de l'image rétinienne. L’activité automatique des centres nerveux inférieurs lui permet aussi d'oviler les obstacles qui l'impressionnent suffisamment. grâce aux effets d'ombre et de lumière. C'est ainsi que, par un brouillard épais, si l'on mardi-lentement, on peut avancer sans se heurter. En somme-, cône lu,lit tioltz. en I8it», apre-s une* ele-struclion consielérabb- du cerveau (un hémisphère-, les animaux sont toujours aveugles, élans les premiers temps, del'eeil opposé à la lésion : pe-u à pou la faculté ele voir se- restaure, mais certains troubles visue-ls persistent.

" Je- prouverai, elisait-il au emmmence-me-nt de ce premier Mémoire, i|u'après un.- lésion considérable du cerveau d'un côté, la faculté de voir subit toujours une- notable atteinte sur l'eiîil du cédé opposé. »

Or. à celte époe|ue, presque tous les physiologiste-s niaient i|u'une simple mutilation du cerveau pùllése-r le sens eie- la vue. Schiff déclarait e-xpresséinent quela destruction môme d’un hémisphère entier n'exerce sur ce-s fonctions aucune influence. Seul Hitzig, en 1874, dans une courte notice du Centralblatt fuel die wed. Wissemrhaften, avait écrit qu'après une lésion

du loh, occipital. lùril du cote opposé est frappé de cécité.

Ce fut la deuxieme découverte de llitzig, une des grandes découvertes de ce siècle, que doltz enregistra, mais avec des réserves, et sans en avoir compris !*immense portée.

Dans le second Mémoire, où il l’agit de destruction bilatérale du cerveau du chien, Col U reconnaît que les troubles de la vision, en particulier la perte de la taculté de comprendre la nature et la signification des images que les objets extérieurs réflètent sur la rétine, doivent être considérés comme des symptômes d’une lésion de déficit : il y a perte d une fonction qui appartenait en propre aux parties du cerveau détruites par l'opération, dette fonction, c’était celle de la vision mentale, ou, comme dit doltz. de firil intérieur. Kst-il possible de la localiser ? Il est bien remarquable qu après avoir admis, dans le troisième Mémoire, que « les lésions du lobe occipital semblent avoir pour ellet de déterminer un trouble permanent plus profond d** la vision *% doit/, insiste de nouveau, dans ce même .Mémoire, sur la possibilité de déterminer ces trouilles par la lésion des points les plus distants du cerveau, d’est même la raison, à ses yeux, de la divergence d'opinions des auteurs sur le siège île cette localisation. Munk, Ferrier, Luciani, tous auraient également raison, si le centre de la \ ision mentale était à la fois partout et nulle part.

doltz interprétait encore a cette époque comme nous l’avons dit la nature des troubles visuels de ses animaux opérés : ils devaient voir tout confondu ainsi que dans un brouillard. « Je in en tiens, disait-

il, a l'hypothèse que ce trouble visuel consisté dans un rétrécissement du sens des couleurs t du sens de l'espace. » Et il empruntait a Stilling l'observation d'un cas pathologique : une jeune tille de vingtquatre ans. dans des accès de céphalalgie, voyait de l'œil correspondant comme à travers de la fumée. En outre, Munk avant écrit que les singes auxquels il avait enlevé les sphères visuelles « se frottent les yeux avec leurs mains, comme un homme qui voudrait éclaircir sa vue »», (ioltz découvre la un nouveau fait favorable k son hypothèse. Car si l'animal continue jp voir et à bien voir, ainsi que le soutient Munk, s'il n'a perdu que ses images visuelles antérieures, de sorte que les objets qu'il voit ne sont plus pour lui que des formes sans signification, pourquoi se frottet-il les yeux ? Les singes, demande GolU, ont-ils donc l'habitude de se frotter les yeux, comme nous nous pressons le front pour rappeler nos souvenirs ? L'épigramme vaut ce qu'elle vaut. Rattache plus de prix à l'argument suivant : Pour que le singe, après l'ablation d’une sphère visuelle, se trouvât, pour l'œil opposé à la lésion, dans la situation d'un animal nouveau-né qui doit apprendre à voir, i faudrait admettre qu'il possède une double conscience et de nature hétérogène; alors on comprendrait que l'hémisphère indemne, avec son trésor intact d'images mentales, ne pût suppléer l'hémisphère lésé. Mais on sait que, chez les mammifères, chaque œil est en rapport avec les deux hémisphères.

Je répondrai à (ioltz : Qui soutient le contraire? Munk moins que personne, à coup sûr. Le phénomène de la cécité psychique dont il parle ici, phéno-

mène consécutif à l'ablation d une sphéié* visuelle, n'apparaît que sur les deux moitiés homonymes des deux rétines qui avaient leur centre dans le lobe occipital de -l'hémisphère enlevé. Les deux autres moitiés des deux rétines demeurent indemnes et fonctionnent normalement, aussi longtemps que lem* centre cortical subsiste intact dans l'hémisphère non opéré. L'hémisphère sain supplée alors l'hémisphère mutilé, sans le moindre changement dans la vie ps\ chique, dans la conscience de l'animal. Ce n’est qu'après l'ablation des deux 'sphère* visuelles, qu’il doit apprendre àjroir comme Uu animal nouveau-né qui ignore la nature et l'usage des objets qu’il regarde.

On rencontre chez fîoltz une bonne exposition des doctrines de quelques physiologistes contemporains, de Luciani, par exemple, et surtout de Munk. On peut citer à cet égard les pages ou il prétend démontrer, en s'appuyant sur ses propres expériences et sur celles de son disciple, Jacques Loeb, qu'il n'existe pas de rapport, ni anatomique ni physiologique, entre les deux rétines et les sphères visuelles de .Munk. D'après le professeur de Berlin, en effet, chaque cellule nerveuse d'une sphère visuelle serait en rapport, au moyen des fibres du nerf optique, avec un ou plusieurs éléments sensibles des parties de la rétine avec lesquelles il est ainsi relié*. En d’autres termes,

* III* Communication !*» mars !$#$% p. 28 et suiv., V* commun * juillet t*î# i, J». ‘5 et Mit*., VI* commun. :! Juin ISSU . p. 9$ et suiv., «1 VU* commun. 2 juillet p. 121 et *u»v., du recueil de ce» mé¬

moire* de Munk : t «ber J te Funetkmen der tSrwu htrnrinde. Cf. la Sédition, Ire* augmentes, de ce* mémoire*, qui vient de paraître à Berlin itSfti).

chaque élément rétinien du point de la vision distincte, ou tache jaune, se trouve coordonné à des éléments corticaux correspondants de la sphère visuelle. Enlèvet-on une partie quelconque, latérale ou médiane, d’une sphère visuelle, la partie correspondante de la rétine subit une altération fonctionnelle. Ainsi, par l’ablation de la partie latérale d’une sphère Usuelle, la partie latérale de la rétine du même coté (faisceau optique direct; devient aveugle, l’œil du coté opposé étant tout à fait normal ; si l’ablation porte sur la partie médiane de la sphère visuelle, c’est la partie médiane de la rétine du côté opposé (faisceau croisé) qui est frappé de cécité. De même pour la partie antérieure de la sphère visuelle et pour la moitié supérieure de la rétine. À l’état normal, les images visuelles, résidus des perceptions du sens de la vue, se déposent concentriquement à partir du centre de chaque sphère visuelle, reliée à la macula lutea par les faisceaux optiques. La destruction de ces centres efface donc toutes les images commémoratives des perceptions visuelles qui s’v étaient successivement déposées depuis que l’animal avait commencé à voir. Il en résulte que, si les deux sphères visuelles ont été enlevées, l’animai ne connaissant plus rien autour de lui, pas plus les autres chiens que les vases où sont ses aliments, paraît d’abord complètement aveugle.

Mais il n’en est rien : chaque sphère visuelle n’occupait en réalité qu’une partie minime des territoires corticaux affectés u la vision mentale, — une oasis au milieu d’un vaste désert, comme s’exprime Goltz. Sans doute, du fait de l’ablation des sphères visuelles qui correspondaient aux deux taches jaunes, l'animal

conservera une lacune permanente dans son champ visuel, un second punctum cæcum expérimental, lacune qu’il parviendra à combler (psychologiquement, non anatomiquement) par l’exercice, ainsi qu’il est arrivé pour la tache aveugle normale. A défaut de vision centrale, il ne verra plus désormais que ce qui viendra se peindre sur les parties latérales de sa rétine ; mais ces impressions n’en seront pas moins perçues par les régions excentriques des sphères visuelles qui peu à peu s'empliront d’images, si bien que 1 animal réapprendra à voir d’une façon consciente comme s'il entrait dans la vit*, — avec cette différence toutefois que l’état des autres sens, du toucher, de l’odorat, etc., qui n'ont subi aucune lésion, accélère cette rénovation du sens de la vue. L n aveugle-ne, auquel la faculté de voir serait tout à coup donnée par une opération, ne comprendrait que peu à peu, en s’aidant du toucher, la nature et l’usage de ce qu’il verrait. Il en est ainsi pour le chien qui a subi l’ablation des deux sphères visuelles de l’écorce cérébrale. Le fouet qu’il reconnaissait trop^bien, il le regarde d’abord sans le reconnaître, puis, dès qu’il l’a senti sur son dos, il recommence à manifester de la crainte a sa vue. L'ancienne image du fouet, associée à son cortège de souvenirs, avait été abolie par l’opération; elle a de nouveau apparu sur un autre point de la sphère visuelle, dans une région qui jusqu’alors était restée au moins virtuellement, sinon peut-être absolument stérile.

Mais la théorie de la cécité psychique de Munk veut être poussée plus loin : elle a des finesses de psychologie et des subtilités d’analyse qui nont point manqué

d’exercer la verve de Goltz et de ses élèves. S’il n’y a point de physique sans métaphysique, peut-il exister une physiologie sans métaphysiologie ? Munk suppose, on le sait, qu’au centre de chaque sphère visuelle corticale, au point désigné dans ses schémas par A *, coexistent deux sortes d’éléments anatomiques différents : 1° des éléments perceptifs ( WahrnchnMngselemente] ; et 2° des éléments servant à la représentation idéale ( Vorstelbmgseîemente) et à la conservation, sous forme de résidus, d’images ou d’idées commémoratives ( Erinnerungsbilder) des perceptions *. Or, les éléments perceptifs, terminaison centrale de l’opticus, correspondent aux éléments rétiniens de la tache jaune par l’intermédiaire des faisceaux de l’opticus et des ganglions encéphaliques intercalaires — corps genouillés externes, tubercules quadrijumeaux antérieurs, pulvinar de la couche optique, radiations optiques de Gratiolet, — de sorte que les excitations des éléments rétiniens se propagent aux éléments corticaux de la perception et,par ceux-ci, aux éléments de l’idéation.

Tandis qu’après chaque excitation, les deux premières sortes d’éléments (rétiniens et perceptifs) reviennent à leur état d’équilibre antérieur, une modification durable — qui n’est que l’exagération d’une fonction générale delà matière organisée *, la mémoire, — affecte les éléments de l’idéation : aussi toute excitation nouvelle, d’une durée et d’une intensité suffisante, de ces éléments, fait-elle ressusciter l’image

1 Munk, l'eber die Funcdonen der Grosshimrinde* p. 109.

* Cf. Ew Hering. Vêbtr das Gedaechtnis* ah eine allgemeine Func tion der organisât en Materie , 1870, p. il, et Wernicke, Der aphasischê Symptomencomplet (Brestau, 1874), p. 5.

commémorative dont ils sont le substratum organique. Un élément perceptif de Fécorce sert, comme un élément rétinien, à d'innombrables perceptions de la vue : chaque élément ou groupe d'éléments de l’idéation ne sert qu’à une seule image ou n'entre dans Fassociation que d’un groupe d'images limité, dont le siège est localisé au point A 1 d’une sphère visuelle, sphère dont Famplitude croît avec le nombre des expériences et l’étendue du sens de la vue. Le réveil fonctionnel de 1 image visuelle, sous l’influence d’une excitation d’origine périphérique ou centrale, est la reconnaissance : l’animal connaît ce qu’il voit parce qu’il le reconnaît. Mais enlève-t-on ou détruit-on le point A 1 d’une sphère visuelle, du même coup l’animal perd les images commémoratives qu’il avait perçues par l’œil du coté opposé pour la plus grande partie, et par l’œil du côté correspondant pour la plus petite partie. Il voit encore avec l’œil du côté opposé au moyen des régions latérales de la rétine et des territoires corticaux de la sphère visuelle qui entouraient le point A 1 . Seulement comme les images des perceptions visuelles antérieures sont perdues, il ne reconnaît plus ce qu’il voit; il ne connaît donc plus rien de ce qui l’entoure, ni les choses ni les êtres; il est psychiquement aveugle (, welenblinâ) : il le deviendrait absolument et pour toujours, si les deux sphères visuelles, c’est-à-dire les deux lobes occipitaux, étaient radicalement extirpées.

Cette théorie de Munk, Goltz a commencé parla nier. Comme toujours, il affirme qu’il n’existe aucun territoire spécial, aucun centre circonscrit de Fécorce cérébrale qui serve exclusivement à la vision, ou à quel-

que autre fonction psychique que ce soit 1 . Il parle d’observations insuffisantes ou erronées, ce qui ne laisse pas de faire sourire le lecteur attentif, qui sait que la plus éclatante confirmation de la doctrine de Munk sur le siège de la vision mentale viendra précisément de Goltz. En attendant il commence par établir que les lésions de n’importe quel point du lobe frontal, du lobe pariétal, du lobe temporal, voire du lobe occipital (en dehors du point A 1 de Munk), peuvent produire d’irrécusables troubles de la vision, ce qui n’a pas lieu de surprendre, à coup sûr, ceux qui connaissent les procédés opératoires de Goltz. Après une destruction symétrique des lobes pariétaux, les animaux, dit-il, paraissent aveugles; bientôt on constate qu’ils voient les objets placés devant eux, les mouvements menaçants de la main ; ils ne voient pourtant pas un doigt qui s’approche lentement de leurs yeux; ils ne ferment les paupières que lorsqu’on touche les cils.

Quant au lobe frontal *, Goltz est ici tout fier de rencontrer un allié dans Hitzig; ce physiologiste a admis, en elle!, qu’après des lésions du cerveau antérieur, on observe des troubles de la vision \ Un chien dont le lobe frontal gauche a été enlevé, peut, au moins pour un certain temps, dit-il, devenir aveugle de l'œil droit. Goltz a aussi observé un trouble de la vue unilatéral temporaire, consécutif à la lésion du centre moteur cortical d’un membre ; l’animal voit plus mal du côté opposé à cette lésion : il ne voit pas un morceau de viande qu’on lui présente de ce côté; de l’autre

1 IV e Mêm Conclus, et passim ,

* V* Mém., j>. 48'* et suiv., p. 493.

* Zur Physiologie des (jrosshims. Arcliiv f, Psych XV.

côté, il le happe aussitôt. Au congrès des neurologistes et des aliénistes de Baden-Baden (mai 1886), Goltz a présenté deux chiens qui prouveraient encore, selon lui, quant aux impressions de la vue, qu’après des lésions étendues et profondes du cerveau antérieur, un chien peut devenir aveugle, alors qu’un animal dont les deux lobes occipitaux ont été enlevés, et partant les deux sphères visuelles, ne serait pas nécessairement frappé de cécité! Voilà de prétendues démonstrations, en particulier la dernière, qu’on n’a plus guère aujourd’hui le loisir de discuter et nous allons dire tout de suite pourquoi.

Comment, d’après Goltz *iui-mème, se comporte un animal qui, après avoir subi l'ablation des deux lobes occipitaux, a pu être observé de longs mois? A la vérité, avant d'entendre sa réponse, il faudrait commencer par constater que l’ablation de ces lobes a été complète et qu’aucun fragment des deux sphères de la vision mentale n’est resté en place. Or c'est là une opération des plus difficiles, et l’on sait que Goltz ne s’est jamais piqué d'une grande précision dans ses extirpations « symétriques » ou unilatérales des lobes cérébraux. Au troisième congrès de médecine interne (Berlin, avril 1884), Fritseh a montré sur les coupes mêmes du cerveau d’un chien présenté par Goltz, qu’à peine les parties enlevées correspondaient au tiers de la masse cérébrale que le professeur de Strasbourg annonçait avoir extirpée ; que l’ablation n’était pas égale sur les deux hémisphères; que le territoire d’innervation des extrémités postérieures était intact; qu’à gauche il restait une partie du territoire d’innervation des extrémités antérieures. M. Mendel prit alors la

parole pour rappeler que les mômes faits s’étaient déjà produits au congrès international de Londres : là aussi il avait été constaté que les régions corticales des parties qui autrement auraient dû être paralysées, n’avaient pas été complètement enlevées sur les chiens présentés par Goltz. Que conclure de pareilles expériences, s’écriait Mendel, et en quoi la doctrine des localisations cérébrales peut-elle en souffrir?

Combien de fois Hitzig, Ferrier, Munk, n’ont-ils pas tenu à Goltz le langage de Mendel? Combien de fois ne lui ont-ils pas reproché d’employer des méthodes tout à fait incapables de nous renseigner sur les fonctions des différentes régions de l’écorce? A quoi Goltz répondait, avec une bonhomie charmante, que s’il négligeait souvent, en effet, d’indiquer exactement l’étendue et la profondeur des lésions cérébrales, « c’est qu’il n’avait pu encore se persuader que les phénomènes eussent été essentiellement différents, si telle ou telle circonvolution eût été épargnée dans un cas, détruite dans un autre... » Tout ce qu’il concède, c’est que « les troubles étaient d’autant plus considérables que les lésions étaient plus étendues ». D’ailleurs ces dévastations portaient aussi bien sur la zone excitable des auteurs que sur la zone inexcitable ; elles n’étaient pas toujours limitées à la couche superficielle du cerveau; les corps striés et les couches optiques, nous le répétons, étaient maintes fois intéressés *.

Depuis, Goltz a souvent déclaré qu’il apporterait désormais la même précision que ses adversaires dans les opérations ; il a réformé ses méthodes et changé

1 II* Mém., p. 439.

plusieurs fois ses procédés de vivisection. Ce qui lui est arrivé au troisième congrès allemand de médecine interne, montre pourtant qu’en lui le vieil homme n’est pas tout à fait mort, et qu’il lui reste encore beaucoup à faire pour devenir un vivisecteur de la force de Flou rens. Quant aux difficultés toutes spéciales cjue présente l’ablation radicale des deux sphères visuelles des lobes occipitaux, — condition d’une cécité corticale durable et définitive, — il nous suffira de dire que Munk, qui a répété naguère ses anciennes expériences d’extirpation totale de ces deux organes, n’a, sur quatre-vingt-cinq chiens, réussi complètement que quatre fois \ Quatre chiens ont seuls survécu et pu être conservés, dans un bon état de santé, de trois à quatorze mois durant.

Ces réserves, qu'il ne faut jamais perdre de vue, devaient être rappelées avant d’exposer les résultats des expériences de Goltz. Nous venons de dire pourquoi ces résultats ne sauraient être tout à fait conformes à ceux de Munk ou de Monakow. Le premier fait qui frappe l’observateur, c’est que les animaux auxquels Goltz a enlevé les deux lobes occipitaux sont d’abord tout à fait aveugles, au moins pendant les premiers jours qui suivent l’opération. Puis Goltz note qu’ils ne sont plus insensibles aux impressions de la lumière; la faculté de voir revient peu à peu chez ses chiens. Pourtant, quelques mois après l’opération, il s’aperçoit qu’un reste de trouble visuel persiste qui ne disparaît plus. Quelques exemples feront comprendre en quoi consiste « ce reste de trouble du

1 Ueber die centraien Organe, etc. Sitzungsb. d. Ak&d. cl. Wiss. 4 et H févr. 1886,

sens de la vue », admis par Goltz lui-même, et qui ne peut correspondre, dans sa manière de voir, qu’à une lésion de déficit, non à un phénomène d’arrêt transitoire.

Dans une chambre remplie de meubles, le chien évite très bien les obstacles qui se trouvent sur son chemin; il ne se heurte jamais; il ne court point d’ailleurs ; il marche lentement. Mais si on lui bande les yeux, il refuse de marcher; il fait effort pour se débarrasser de l’emplâtre qu’on lui a mis. Il se servait donc de ses yeux; il n’était donc plus aveugle, conclut Goltz. Il ne se détourne pas seulement des obstacles réels ; il évite de même les obstacles imaginaires : une raie de lumière solaire sur le sol, par exemple. Goltz place par terre des feuilles de papier blanc de manière à faire une bande blanche. Quand, dans sa lente démarche, le chien s’en approche, il baisse la tête comme s’il la considérait et se détourne, longeant le bord de la bande en évitant de passer dessus, scrupule que ne montrent guère les chiens indemnes l . Si l’on place à quelque distance du chien opéré, sur le sol, le vase en porcelaine blanche dans lequel il mange chaque jour sa nourriture, l'animal ne paraît pas le voir, car ce n’est que s’il approche par hasard de ce vase que son odorat lui en révèle le contenu ; il s’arrête et il mange. Mais ce qui fait croire qu’il voit cette tasse de porcelaine qu’il ne reconnaît pas , c’est que si l’on place à la file une série de vases blancs semblables et vides, le chien les évite comme il a évité la raie de lumière ou la bande de papier blanc.

1 V. dans le Mémoire de Munk indiqué dans la note précédente la réfutation des conséquences que Goltz a tirées de ces expériences, p. 128-129.

Et pourtant ce chien n'a pas la moindre notion du fouet ou du bâton dont on le menace ; on peut approcher subitement de ses yeux une bougie allumée, voire la lumière aveuglante d’une lampe de magnésium, sans attirer son attention. La vue de l’homme ou des autres animaux ne lait pas plus d’effet sur lui. Les pupilles d’ailleurs se contractent bien à la lumière. Présente-t-on à ce chien, à quelque distance, un gros morceau de viande, il regarde en l’air sans fixer cette proie ; il voudrait la happer, mais va cherchant sans rien trouver. Pour qu’il l’aperçoive et la prenne, il faut la lui approcher du nez. Ce chien n’est pas aveugle; il voit sans ses lobes occipitaux, dit Goltz, « peutêtre même voit-il tout à fait bien » : il est seulement hors d’état de reconnaître ce qu’il voit. Il a encore des perceptions visuelles : ce qui lui fait défaut, absolument ou relativement, c’est une élaboration consciente des impressions de la vue pour une action appropriée à quelque fin.

Avec quelle partie de son cerveau ce chien continuet-il à voir? Ce qui lui reste de cet organe n’est certainement pas, selon Goltz,sans prendre part àla fonction centrale de la vue, puisque les lésions des différents lobes cérébraux et du lobe frontal en particulier, affecteraient ce sens. Mais Goltz croit 1 que même le mésocéphale et la moelle allongée peuvent, indépendamment du cerveau, réagir et déterminer des actions réflexes sous l’influence des excitations transmises par le nerf optique. Stilling a indiqué, en effet, les voies que suivraient, jusque dans ces régions, les excitations

‘ Ve Mém., p. 494.

centripètes de l’cpticus, lequel ne posséderait pas moins de dix racines cérébrales et spinales 1 .

Goltz paraît abonder pleinement dans le senr de cet anatomiste, dont les doctrines à cet égard n ont guère trouvé d’écho jusqu’ici. Il conclut donc qu’un mammifère sans écorce cérébrale peut encore, comme une grenouille qui a subi la même perte de substance, donner des preuves de la persistance du sens de la vue. Quant aux expériences et observations contraires de Munk, qui établissent que les mammifères et les oiseaux voient avec leur cerveau postérieur, si bien qu’ils deviennent fatalement aveugles après l’ablation complète des lobes occioitaux, Goltz déclare n’y pas attacher la moindre importance, — pour cette raison, qu’un cas positif a plus de valeur que tous les cas négatifs. Malheureusement, leprofesseur de Strasbourg est à peu près le seul à voir des cas positifs dans ceux qu’il cite, tandis que presque tous les physiologistes contemporains, et avec eux la plupart des cliniciens, sont convaincus de la vérité des cas négatifs de Munk.

Voici pourtant un point où Goltz se trouve d’accord

1 V. Archiv f. Psych. XI, 274 sq., et Vtber die centrale Endigung des N. opitniSi in Arch. f. mikroskop. Anatomie y on La Vailette St-George etWaldeyer, 1880, p. 468. Outre le pulvinar, les corps genouillés externes et les tubercules quadrijumeaux (les deux paires !), noyaux des trois premières branches de l’opticus, Stilling parle d’une quatrième branche des nerfs optiques, la racine descendante de ce nerf, qui irait directement au pont de Varole et se terminerait dans la moelle épinière; une cinquième branche se terminerait dans le corpus Luysii (Forel), etc. De tous ces centres nerveux ou terminaisons centrales de l’opticus, le corpus Luysii est peut-être le plus étranger au nerf optique, car Monakow l’a trouvé intact, dans toutes ses expériences sur les animaux et dans les cas pathologiques, au cours de sa vaste enquête sur les rapports des centres corticaux de la vision avec les centres infra*corticaux du nerf optique et le nerf optique lui-même»

avec Munk : il s’agit de la nature propre du trouble visuel qui suit l’ablation d’un lobe occipital. Longtemps Goltz n’avait observé qu’une ambiyopie complète de l'œil du côté opposé à la lésion cérébrale : il a reconnu plus tard que le trouble fonctionnel consécutif était bilatéral. G’est Munk, dit-il, qui a trouvé le premier qu’après la lésion d’un lobe occipital, il se produit une hémianopsie homonyme bilatérale. Si l’on bouche l’œil gauche d’un chien dont le lobe occipital gauche a été enlevé, l’animal ne remarque rien de ce qui se projette dans la partie gauche du champ visuel de l’œil droit. Quand l’animal est au repos, on peut déterminer, en faisant avancer un morceau de viande, la limite ou a lieu la perception de l’impression rétinienne ; cette limite correspond, suivant Goitz et Loeb, à une ligne qui passerait verticalement par la tache jaune. L’animal est donc frappé d’un trouble visuel hémilatéral ; il ne perçoit plus, au cas où un lobe occipital a été enlevé, les objets qui se peignent sur les moitiés homonymes de ses deux rétines. Seulement, le trouble produit sur l’œil du même côté (faisceau direct) est si peu intense, qu’il peut passer inaperçu chez le chien (à cause de la divergence des yeux, plus grande chez le chien que chez l’homme) ; Fhomme frappé d’hémianopsie latérale homonyme n’a pas non plus toujours conscience, d’ailleurs, du trouble qui existe sur l’œil du même côté que la lésion*. Goltz conteste seulement qu’il s’agisse chez le chien d’une véritable hémianopsie ; les suites de l’ablation des deux lobes occipitaux prouvent assez, à l’en croire, que les

1 Cf. Mauthner, Gehirn und Auge , Wiesb., 1881, p. 369.

animaux qui ont perdu un lobe occipital ne peuvent avoir une cécité unilatérale (halhseitige Hllmlheit ), mais seulement un affaiblissement hémilatéral de la vision (A. Sehschwaeche ), bref, une hémiambiyopie des deux yeux.

De bonne heure, Goltz n’a vu dans les troubles de la vue qui persistent après une destruction des lobes occipitaux, qu’un des symptômes d’une obtusion générale de la sensibilité spéciale, laquelle est toujours liée à une obtusion de l’intelligence 1 . Aussi a-t-il abandonné, il y a longtemps, l’hypothèse dont nous avons parlé (lésion du sens des couleurs et du sens de l’espace, vision trouble comme à travers un brouillard), qui lui avait d’abord paru suflisante pour expliquer chez les animaux opérés la nature des troubles de la vision. L’animal qui voit un fouet sans que cette idée éveille en lui l’association d’idées ordinaires, — qui voit sans la reconnaître la nourriture qu’on lui présente, — qui reste indifférent à la vue de-l'homme et des animaux, cet animal se comporte tout de meme à l’égard des autres modes de la sensibilité : aucun bruit ne l’effraye ; il ne répond pas à l’appel de son nom; il respire sans déplaisir la fumée du tabac ; il dévore sans aversion la viande de chien, etc.

Cet état d’hébétude des sens et de rinteliigence en général, et du sens de la vue en particulier, Goltz avait proposé de l’appeler du nom de « cécité cérébrale » {Hirnblindheit), au lieu de « cécité psychique » (Munk), mot qui ne s’applique d’ailleurs qu’à une lésion spéciale du sens de la vue. Mais, comme il n’a

1 IV Mém. t p. 42.

jamais observé de cécité complète durable après des lésions de l’écorce cérébrale (ce qui ne prouve rien, naturellement, contre la réalité de cette cécité, quand l’opération en a réalisé les conditions nécessaires), (ioltz préfère» l’expression de faiblesse ou à'affaiblissement cérébral de la vision (Hirnsehsrkwuerhe). Les animaux qui présentent cet affaiblissement cérébral n’ont pas seulement perdu, comme le veut Munk, les images commémoratives de leurs perceptions antérieures, ils ont perdu pour toujours la possibilité d’en acquérir de nouvelles ; du moins cette faculté est-elle très abaissée, et d’une manière permanente ; ils ne savent plus utiliser les impressions nouvelles de leur vue ni réapprendre* à voir : comme les déments, ils souffrent d’un affaiblissement de la perception des plus accusés. « Dans le livre de leur mémoire, a écrit (ioltz, ce n’est pas seulement l’écriture qui est effacée ; le livre lui-mème est détruit; il n’en reste plus que quelques feuillets. » Rabaissés en quelque sorte à l’intelligence rudimentaire d’animaux très inférieurs à leur espèce, ces chiens ne tirent plus parti des impressions de leurs sens que dans des limites très bornées.

On observerait donc simultanément un affaiblissement cérébral, une véritable parésie diffuse, sinon une paralysie complète, des sens de la vue ( Hirnsehsch waeche), de l’ouïe ( Hirnhœrschivaeche ), de l’odorat {Hirnriechschwaeche) , du goût (Uirnsch/neciscluvaecbe), de la sensibilité générale ( Himftiehlschwaeche) K En somme, chez le chien opéré des lobes occipitaux, il

‘IV Jfàn., p. 43.

s’agirait d’un affaiblissement général de la perception sensorielle leine allgemeine Wahrnehmungsschwaeche), et non, comme l’enseigne Munk, du seul sens de la vue.

Il est constant pour Goltz, aujourd’hui encore, que les chiens opérés bilatéralement du cerveau occipital présentent toujours à la fois des troubles de la vision et des autres sens, de l’ouïe en particulier, de l’odorat et du toucher (Tastempfîndung). « Lorsque je r'isais, dans mon dernier mémoire, écrit Goltz, que le chien opéré des régions postérieures du cerveau ne présente point de troubles de la sensibilité générale, je m’avançais beaucoup trop'. » Les expériences qu’il a faites depuis l'ont mieux instruit à cet égard. Pour explorer la sensibilité générale, Goltz se sert d’une poire en caoutchouc, munie d’une fine canule, dont la pression, détermine, au moyen du courant d’air, des sensations de contact et de froid sur la peau de l’animal. Toutefois, ajoute Goltz, la sensibilité générale est peu affaiblie chez les animaux ainsi opérés, si on la compare à l’état d’altération beaucoup plus accusée qu’elle présente chez les animaux opérés du cerveau antérieur.

Pour prouver que les chiens dont les lobes occipitaux ont été enlevés ne sont pas aveugles, que le sens de la vue est seulement affaibli et comme frappé, en môme temps que tous les autres sens, de parésie fonctionnelle, Goltz les a comparés à un chieu véritablement aveugle, mais dont le cerveau est intact (ou du moins n’a pas subi de traumatisme expérimental).

VI* Mém., 1888, p. 461-2.

Ce chien marche lentement, lui aussi, avec précaution, mais il s’oriente admirablement au moyen de Touie, de Fodorat et du toucher. Il vient en droiture vers celui qui l’appelle. Si l’on frappe sur la tasse de porcelaine qui contient sa nourriture, il accourt et la trouve aussitôt. La lui retire-t-on pendant qu’il mange, il en suit, en flairant, le mouvement 1 .

Tout ce qu’a écrit Goltz à l’occasion de ce trouble visuel, qu’il a le premier exactement décrit chez le chien et désigné par le mot « d’affaiblissement de la vision cérébrale ou mentale », nous paraît très remarquable. Le tableau des symptômes psychiques des traumatismes étendus et profonds du cerveau postérieur, avec les atrophies consécutives, est tracé de main de maître. L'obtusion des sens et de l'intelligence, la débilité mentale, l’affaiblissement des perceptions sensibles, qui ne laissent plus de traces persistantes dans le substratum organique de la conscience, parce que la condition de cet épiphénomène, la substance grise corticale, est détruite dans de vastes régions, et que le reste de l’organe subit à distance l’involution régressive, la dénutrition, la mortification, — tout ce cortège des dégénérescences qui amènent à leur suite la démence, est fort bien décrit. Sans doute, la doctrine des localisations cérébrales ne peut guère utiliser les résultats de ces expériences : ce n'est pas une raison pour en méconnaître la valeur à un point de vue général. L’anatomie, la physiologie expérimentale et l’observation clinique ont trop solidement établi la localisation de la vision men-

1 V* Mém ., p. m.

laie dans le lobe occipital pour que le sentiment général varie désormais à cet égard. Goltz a erré toto cwlo; il ne peut plus guère remonter le courant de I âge, qui nous entraîne tous; il mourra dans l'impénitence finale. Il n’en a pas moins le droit de répéter ces fières paroles, qu’il écrivait déjà en 1879 : * Quoi que l'avenir décide touchant les questions que nous avons examinées, j’espère que l'on reconnaîtra que mes Mémoires renferment un riche matériel de faits nouveaux. J’ai consacré à ces études presque quatre ans de travail ininterrompu (1879). On ne men voudra pas si j’exprime le désir que les résultats de mes observations demeurent attachés à mon nom 1 . » C’est, on peut le dire, pour n’avoir pas tiré luimême toutes les conséquences qui découlaient de ses belles expériences sur « l’affaiblissement cérébral » des sens et de l’intelligence, par le fait de lésions destructives très étendues de l’écorce des lobes occipitaux, que Goltz, croyant produire des arguments décisifs contre les physiologistes qui localisent le centre mental de la vision dans le lobe occipital, a énuméré ainsi ses conclusions négatives, malheureusement erronées : « a) Un animal auquel on a enlevé entièrement lécoree du lobe occipital ne demeure point aveugle d’une manière permanente ; b) un animal qui, outre l'écorce du lobe occipital, a perdu aussi celle du lobe pariétal, présente des troubles visuels plus accusés; c) un chien qui n’a perdu qu'un lobe pariétal présente longtemps, peut-être toujours, des troubles de la vision sur l’œil opposé à la lésion \ »

• If Uém., p. b\.

* IV M:m. % p. 41.

Bref, il n’existu aucun territoire de 1 ecorce cérébrale qui serve exclusivement à la vision.

Il est certain quaprès une lésion étendue du cerveau antérieur, outre les troubles de la motilité et de la sensibilité générale, Gollz a observé, comme flilzig des troubles de la vision 1 ! le chien opéré à gauche n’observe guère les objets qui affectent la moitié droite de son champ visuel; il heurte quelquefois de la moitié droite de la tète et du corps; pour qu’il ferme les paupières, il faut que le doigt effleure les cils du son œil droit; l’mil gauche, au contraire, se ferme dès que le doigt s’approche à une certaine distance. il y a là certes, non pas comme lavait cru Goltz jusqu’aux expériences de Loeb, une amblyopie complète de l*ieil du côté opposé à la lésion cérébrale, mais une hémianopsie, ou. ainsi que s’expriment le maître et le disciple, une hémiamblyopie des deux yeux. Or, l’explication de ces troubles de la vision dans les lésions du cerveau antérieur se présenté d’elle-mème, et dans les termes mêmes du physiologiste qui a peut-être le mieux fait ressortir l’iinpor-

‘ Aujourd’hui, dan» le VI' Mémoire (188S>, cher, un chien qui depuis plu» d'un an avait subi l'ablation d une moitié entière du cerveau, de Vhémùphère gauche, tioll/ note ce qui suit : * U patte antérieure droite est moins habile que la gauche dans la préhension tlun os; elle esi moins forte. U chien se tourne plus facilement et plus vivement à gauche qu’à droite. Il doit déployer un plus grand effort pour mettre en activité les muscles des membres, de la face et du tronc du côté droit. La sensibilité est diminuée surtout le côté droit du corps, sans qu’aucun point de la peau ne soit d'ailleurs insensible. Si l'on explore la sensibilité générale (au moyen de la poire en caoutchouc», à droite, le chien ne sent rien; c'est le contraire à gauche; il laisse pendre se patte droite dans l’eau froide, il la retirai gauche. Il existe en outre des troubles de l’audition et de la vue ; l’œil droit eut bémiambiyupique. » Goltz ne doute plus aujourd’hui que l’ablation de l’hémisphère gauche n’ait provoqué eea troubles durable» du mouvement et de la sensibilité du côté droit du corps.

tance d«*s actions à distance, des phénomènes d'arrêt ou d'inhibition, dans les lésions dn cerveau et de la moelle épinière, actions dues surtout à I irritation inflammatoire de voisinage, et aux modifications inévitables de la circulation dans les parties de l'organe cltMiifUrtVî* imlemiiPR.

I„-i meilleure critique des doctrines «le (ioltz, critique ibVisive. est certainement «elle qu'on tin- directemenl «le ses paroles, des protocoles de ses propr«*s e.\périenc*'s. des variations «le ses opinions. C. est ce qui - nous nous sommes souvent born«*s à fair« - dans (,(.) l'xatnen i c « - st c«* qui* Munk «*t llitzig ont fait a propos «les idées «i«* ( iollz sur les organes centraux de la vu**. Mais il nous faut parl«*r. avant, d'autres critiques. plu* s«*nsil>les peut-être au professeur de Stras- Imun:. car ell«*s viennent d’un de s«*sélèv«*s. de Jacques Lo«*l>. A la vérité, l/ieb n’a pas plus conscience des coups qu'il porte a son maitri*. que celui-ci n'a eu conscience «les larges blessun*s qu'il s'est Taites en avant'anl dans son n*uvn*.

J, l^ieh a surtout insisté sur c«* point qu'il a fait adopter par Iioltz . que les troubles d«< la vision, à la #uit«? «l«* la lésion d'nn hémisphère cérébral, intéressant toujours les deux yeux, constituent, sinon uni* hémianopsie, au moins, chez le chien, une Iwmiamhlyopii* latérale homonyme. Quant A cette ambiyopie elle-même, est-elle nn phénomène d'arrêt ou nn phénomène «le déficit ? I-oeb incline nettement à admettre qu’elle dépend surtout de l’inflammation consécutive au traumatisme et du processus cicatriciel de la blessure. Ainsi, la restitution de la vue dans l’amblyopie ne résulterait pas de ce fait, admis par Munk, que

T.ES ï ACTIONS DU CERVEAU.

Fanimal parvient eu à peu, par l’exercice, à combler les lacunes de son champ visuel, comme il fait la lacune normale de la tache aveugle. Il n’existeraitpas de lacunes nouvelles dans le champ visuel, donc pas de lésions de déficit : les troubles transitoires de la vision s’amenderaient en môme temps que les phénomènes d’arrêt qui les avaient déterminés. L irritation inflammatoire qui suit l’opération pourrait amener, d’ailleurs, suivant Loeb, des troubles fonctionnels durables des centres sous-corticaux de la vision. 11 va même jusqu’à se demander « si l’écorce grise cérébrale joue un rôle dans les fonctions de la vision 1 »

Naturellement, J. Loeb a trouvé, lui aussi, que ces troubles de la vision apparaissaient aussi bien après des lésions des lobes pariétal, temporal et frontal, qu’avec des lésions du lobe occipital.

Suivant Loeb, après lablation du lobe frontal gauche, le chien se tourne de préférence à gauche et ne voit pas ce qui frappe la moitié droite de son champ visuel : c’est une hémiamblyopie typique. Avec de petites extirpations superficielles du gyrus sigmoïde, l’hémiamblyopie peut manquer, mais elle apparaît avec des lésions plus profondes. D’autre part, il n’a point trouvé trace, sur le lobe pariétal, de la « sphère sensitive de l’œil », qu’y a localisée Munk. La destruction du lobe occipital détermine bien l’amblyopie, mais il ne sauraitexisterdeprojectiondesimpressions rétiniennes sur la prétendue « sphère visuelle » que Munk y situe, puisque des troubles graves de la vision peuvent être également provoqués par des lésions des centres dits moteurs du cerveau antérieur (Hit&ig, Goltz, Luciani).

Enfin les lésions du lobe occipital déterminent, comme

celtes d‘autres parties du cerveau^ des trouWCS TBQ~

leurs, tels que mouvements de manège, etc. Munk ne saurait concéder, affirmait J. Loeb, que des lésions de la « sphère visuelle » causent des troubles de la motilité; s’il le faisait, c’en serait fait du principe des localisations fonctionnelles 1 . Eh bien, cette concession, Munk l’a faite naguère, lorsque de nouvelles expériences lui ont démontré la nature mixte, c’est-àdire sensorielle et motrice, des centres du lobe occipital, pour les yeux, il est vrai, et l’on ne voit pas que le principe des localisations cérébrales en ait beaucoup souffert. Mais, lorsqu’il s’agit de Munk, les « remarques critiques » de ce disciple de Gollz seraient plus justement appelées hypercritiques. Ajoutez les procédés dialectiques chers à cette école de Strasbourg : l’expérimentation physiologique établit, nous dit-on, que les lésions de la zone « motrice » peuvent produire des troubles de la vision, et celles de la « sphère visuelle » de Munk, de vrais troubles moteurs. Bref, l’amblyopiepeutrésulter de lésions intéressant presque tous les points des hémisphères cérébraux, et quoiqu’ils dépendent le plus souvent d’altérations de la « zone motrice », des troubles du mouvement peuvent résulter de lésions du lobe occipital. Mais, ajoute aussitôt Loeb, l’expérimentation physiologique constate également qu’il existe une différence essentielle dans les effets des lésions des parties antérieures et des parties postérieures du cerveau : celles-là déterminent

1 J. Loeb. Beitmege zur Physiologie des Grmskirm (Aus dera thierphysioL Institut der landwirthschaftlichen Hochschule zu Berlin). — Àrch. f. d. ges. Physiologie, 1886, p. 323.

ioa

surtout des altérations de la motilité, celles-ci des troubles de la vision 1 .

J. Loeb finit donc par reconnaître à son tour, qu’après les lésions du lobe occipital, les troubles de la vision remportent en intensité sur ceux des autres fonctions; en d’autres termes, que la vision est la fonction qui a le plus à souffrir des mutilations localisées aux lobes postérieurs du cerveau. C’est ainsi qu’il n’a pu observer de trouble notable de la sensibilité générale ni même de l’ouïe, dans ces lésions, encore moins cet état général d’obtusion profonde dont parle son maître. Ses observations ne s’accordent donc pas de tous points avec celles de Goltz; Loeb en fait lui-même la remarque*.

En voici l’explication ingénue : les destructions que Goltz a pratiquées sur le cerveau de ses chiens étaient à la fois plus vastes en surface et en profondeur que les siennes; Goltz ne s’est pas borné à détruire l'écorce grise comme il Fa fait; Goltz a désorganisé la substance blanche* et atteint quelquefois les ganglions de la base. En outre. Goltz n’a observé les phénomènes d’affaiblissement général de la sensibilité et de l’intelligence que chez des animaux qui, ou avaient

1 Alex. v. Koranyi. Zur Physiologie der hinterm Telle des Grm&Mms. (Centrai blatt f. d. med. Wissensch., 1890, 513 et 529) : « Ce trouble d’innervation (la tendance du chien opéré à regarder toujours du côté de la lésion) de l’appareil moteur oculaire est beaucoup plu» net et persistant quand ce sont les parties postérieures du cerveau qui ont été lésées que lorsque la mutilation porte sur les régions antérieures; dans ce cas, le phénomène peut même manquer entièrement. *

* Die Sehstoerungen nach Verletzung der Grosshirnrinde (1884), p. 112.

* La nature et la portée des lésions de la substance blanche sousjacente à l’écorce a préoccupé de plus en plus Fr. Goltz, comme presque tous les adversaires, d’ailleurs, des localisations cérébrales. Nous ne savons, dit Goltz, après une vivisection, quels troubles doiventétre attri-

été opérés plusieurs fois, ou avaient subi de grandes pertes de substance sur les deux hémisphères, et dont les hémianopsies étaient devenues persistantes sur les deux yeux. Mais, si l’on ne lèse qu’une moitié du cerveau, l’œil du côté correspondant n est jamais affecté d affaiblissement de la vision mentale. Les trois quarts du champ visuel sont atteints sur l’œil du côté opposé, un quart seulement sur l’autre œil. Aussi le chien qui n’a subi qu’une seule opération peut-il compenser, par les mouvements de sa tête, lés défauts transitoires de son champ visuel. Il ne le peut si, comme dans les expériences de Goîtz, où les chiens subissent des pertes de substance considérables, il est devenu dément. S’il évite machinalement les obstacles placés sur son chemin, il n’est plus attentif à la forme et à la nature des excitations de sa rétine. Dément, il l’est, et à un très haut degré.

C’est donc bien de la démence ( Bloedsinn , demenüa) qu’il s’agit, en réalité, dans cet affaiblissement de la vision mentale et de toutes les autres perceptions et images sensorielles signalées par Goltz 1 .

S’il en est ainsi, et c’est là ce que nous avons laissé entrevoir dans tout le cours de cette étude, il est clair que les expériences de Goltz n’ont aucune valeur pour

bués aux lésions de la substance blanche, toujours intéressée, quels aux lésions de la substance grise. Si les lésions des régions postérieures du cerveau déterminent surtout des troubles graves de la vision, la raison en serait, non dans la fonction physiologique de l’écorce des lobes occipitaux, mais dans la présence des faisceaux de l’opticus qui s’irradient en cette région, et qui s’y rencontrent naturellement en beaucoup plus grand nombre que dans les lobes antérieurs du cerveau. A l’appui de cette hypothèse, Goltz cite une expérience de J. Loeb qui prouve, selon lui, qu’une lésion de ces faisceaux peut provoquer à elle seule des troubles fonctionnels delà vision comme les lésions de la substance grise.

* J. Loeb. DieSehstoerungen, etc., p. 161,163; 166-167.

IÆS FONCTIONS DU CERVBAU.

ou contre la doctrine moderne des localisations cérébrales. Une critique aussi radicale ne pouvait être formulée que par un disciple du maître. Elle nous parait fondée.

On va voir maintenant que Hitzig et Munk ont su découvrir, dans l'œuvre de Goltz, des résultats positifs, d’autant plus précieux qu’ils venaient d’un adversaire, en faveur de la doctrine qu’ils professent.

Dès 1876, Hitzig écrivait que la voie dans laquelle Goltz s’engageait ne le conduirait pas au but en droiture, qu’il avait pris un chemin détourné. Et en effet, si Gollz est arrivé si tard, sans le savoir lui-même, et par la force des choses, au point d’où Hitzigest parti en 1870, où Munk et tant d’autres l’ont précédé, c’est aux innombrables détours de sa route» lente et sinueuse, qu’il le faut attribuer. Goltz avait commencé par soutenir que, quel que soit le point de l’écorce sur lequel porte la lésion expérimentale, sur les lobes antérieurs ou survies lobes postérieurs du cerveau, le caractère des troubles consécutifs demeure le même. « Les animaux dont la lésion, comme on le constate à l’autopsie, a été limitée aux lobes occipitaux, partant à la zone inexcitable, ont présenté absolument les mêmes phénomènes que ceux chez lesquels la lésion avait porté sur le territoire antérieur de la zone excitable K » Dès le quatrième Mémoire (Conclusion V), il admettait que « les lésions des régions antérieures du cerveau déterminent des phénomènes de déficit qui, à certains égards, se distinguent de ceux qui se montrent après la destruction des régions postérieures. «

Dans le cinquième Mémoire (1884 ,Benmn/ues finales ), il déclare très haut qu’il n’a jamais dit ni écrit que la substance cérébrale est partout fonctionnellement homogène. Il ne répugne pas du tout à l’idée de l’héterogénéité fonctionnelle de cette substance. Et il laisse entrevoir comment on pourra arriver à déterminer les fonctions cérébrales d’un territoire cortical : il suffira de distinguer avec soin ce qu’il a appelé les phénomènes de déficit permanents des phénomènes d’arrêt transitoires.

Il insiste plus qu’il ne l’avait fait sur la diversité absolue des symptômes, selon que les animaux ont ubi une destruction du cerveau antérieur ou du cerveau postérieur : les premiers présentent des phénomènes de paralysie motrice et d’anesthésie sensitive (lourdeur et embarras des mouvements, émoussement de la sensibilité générale), mais aucun trouble prononcé des sens spéciaux; les seconds, au contraire, des troubles de perception sensrriolle, un affaiblissement extraordinaire de tous les sens spéciaux, surtout de la vue, sans altération de la motilité ni de la sensibilité générale. Il en conclut qu’à cet égard aucun doute n’est possible : un chien privé des lobes occipitaux diffère d’une façon permanente, et par des caractères essentiels, d’un chien dont les lobes antérieurs du cerveau ont été enlevés. Bref, « les lobes du cerveau n’ont point la même fonction ». Il y a des territoires corticaux dont les lésions sont toujours suivies de paralysies transitoires chez les chiens, de paralysies durables chez l’homme, avec altérations de la sensibilité générale ; il y en a d’autres, tels tjue ceux du lobe frontal ou du lobe occipital, dont les lésions

ne sont pas suivies de troubles de la motilité ni de la sensibilité gé n éra 1 e.

En un mot, et c est là un fait d’expérience qui a fini par s imposer à Goltz lui-même, les troubles de la vue, de 1 ouïe, de 1 odorat et du goût n’accompagnent pas nécessairement les lésions du cerveau antérieur, dont les troubles de la motilité et de la sensibilité générale demeurent les symptômes essentiels, tandis que les altérations fonctionnelles des sens spéciaux, et en particulier du sens de la vue, apparaissent d’ordinaire avec les lésions destructives des lobes occipitaux.

Je repète que ces thèses, quoi qu’en puisse penser Fr. Goltz, sont, au fond, d’accord avec tout ce qu’enseigne la doctrine moderne des localisations cérébrales.

Munk ne s’v est pas trompé, non plus que Hitzig 1 . En 1881,(ioltz déclarait qu’il n’avait pu découvrir un atome de vérité dans les doctrines de Munk sur les tondions du cerveau. Mais depuis, nous venons de le montrer, il a reconnu qu’un « chien qui a perdu les lobes occipitaux diffère d’une façon permanente, et par des caractères essentiels, d’un chien dont une portion considérable du cerveau antérieur a été enlevée* » ; que le « cerveau postérieur a des rapports plus étroits

* plu* récent article dans lequel llitzig, rappelant les variations de Goltz, esquisse en quelque sorte l'histoire de ce converti sans le savoir, a paru dans le Sntroloyische* Centralblatt du t* r avril 1886. Quelques jours après, en mai, au congrès des neurologistes et aliénistes allemands de Baden-Baden (22 et 23 mai 1886), Goltz, impénitent, retombait dans ses anciennes erreurs. Il est bien inutile désormais de les réfuter, surtout après Goltz lui-méme, qui est et demeure le meilleur critique de ses doctrines physiologiques.

V* Mem., p. 503.

avec les sens spéciaux que le cerveau antérieur 1 »; qu’ « apres une lésion du lobe occipital, on observe de l’hémiamblyopie », etc. En 1881, Goltz avait soutenu que toute la sphère visuelle de Munk peut être extirpée sans que l’animal devienne nyeugle; mais les figures qui aceompr gnaient le texte laissaient assez paraître que la sphère visuelle n’avait pas été complètement enlevée, et que si les chiens opérés, en dépit de troubles considérables de la vision, n étaient pas aveugles, on devait y voir une confirmation plutôt qu’une réfutation des expériences de Munk.

Les chiens opérés par Goltz voyaient encore, par l’excellente raison que les centres corticaux de la vision n’avaient pas été radicalement extirpés ! Inutile d’insister; nous avons déjà rapporté les témoignages de Fritsch et de Mendel sur le même sujet, dans les divers congrès scientifiques où Goltz a coutume de présenter ses chiens. Les quatre chiens que Munk a seuls pu conserver vivants et en bon état, sur quatre-vingtcinq, après l’extirpation totale des sphères visuelles, sont tout à fait aveugles, mais ils ne présentent aucun afïaiblissement de la sensibilité générale ou spéciale, en dehors du sens de là vue. Ni l’ouïe,ni l’odorat, ni le goût, ni la sensibilité générale ne sont altérés.

Si, au lieu de dévastations considérables de lobes et d’hémisphères cérébraux, Goltz avait limité ses lésions à des régions définies de l’écorce, il se serait rencontré plus tôt avec les résultats généralement acquis et acceptés ; il a pu s’en apercevoir du jour où il a commencé une étude méthodique des fonctions du cerveau

• V* Ment ., p. 480, 488.

antérieur et du cerveau postérieur, qu'il a déclarés 1 u i -m enie ton c t i o n nel lement h é t érogen es.

l’ouïe.

Des ses premières expériences sur le cerveau des chiens (I87M, Goltz nota, après des destructions étendues de l'écorce, des troubles de l’audition. Longtemps, avec ironie, il demanda qu’on lui indiquât « ou trônait le centre de l’audition mentale » (1877). De profondes destructions latérales du cerveau turent pourtant accompagnées d’altérations de l’ouïe. Maistioltz lie fut frappé des troubles de cette fonction, d ailleurs difficiles à constater chez les animaux (D. Ferriert.que lorsqu’il entreprit ses ablations méthodiques du cerveau antérieur et des lobes occipitaux. Il parle toujours, on le sait, d’un affaiblissement général des perceptions sensorielles, et. par conséquent, de l'audition, dans les lésions destructives du cerveau postérieur, observation tout à fait d’accord avec ce qu’on sait (Ferrier, Wernieke, Kussmaul, Munk) de la localisation du s!è » central de l’ouïe dans le « cerveau temporooccipital, » comme s’exprimait Wernieke, dans la « zone sphéno-tcmporo-occipitale », comme écrit Flechsig 1 .

Dans l’un de ses derniers articles, critiquant à son ordinaire toute tentative de circonscrire une sphère de l’ouïe ( Hoersphære ), Goîtz convient pourtant qu’on ne peut nier qu’une lésion du lobe temporal n’altère l’audition mentale, c’est-à-dire le souvenir et la conscience

» C. Wernieke. Der aphasischeSymplomencomplex. Einepst/chologische Studie auf anatomischer Hasis. Breslau, 1874. • Das Hinterhaupts- Schlaefeiiirn, » p. 9 et passim. — P. Flechsig. Plan des mentchlichen lüehims. Leip., 1883, p. 37,

que nous avons des images auditives nées des perceptions de l’ouïe. Mais il a toujours vu alors — après une large destruction du lobe temporal — ce phénomène morbide escorte d’autres altérations des sens, par exemple de troubles de la vision mentale. D’autre part, il a observe des troubles de l'audition consécutivement à des lésions étendues du lobe occipital, le lobe temporal étant indemne. Le chien parait avoir perdu 1 intelligence des perceptions auditives, comme il a d ailleurs perdu en partie celle des perceptions des autres sens. Stupide et indifférent, il entend sans comprendre. Goltz rappelle à ce propos des faits semblables observés chez l'homme atteint de surdité verbale : le sujet entend le son des paroles ; il n’en comprend plus le sens. « Cela est exact, ajoute-t-il, mais je wis roni üincu que, chez 1 homme comme chez les animaux, la surdité peut être observée sans lésion du lobe temporal, » Enfin, après une destruction bilatérale du lobe pariétal, Goltz a encore observé des troubles transitoires du sens de l’ouïe : un bruit menaçant, le claquement d’un fouel, ne fait plus prendre la fuite à l’animal, mais la surprise et 1 inquiétude qu’il éprouvé feraient assez connaître qu’il comprend encore la signification du bruit entendu. A un appel amical, il accourt en remuant la queue de contentement.

\ oilà tout ce qui, d<ms 1 œuvre de Goltz, a trait à l'audition mentale. On voit combien le professeur de Strasbourg est à cet égard demeuré en arrière de ses émules de Londres et de Berlin. Les pages de Ferrier et surtout celles de Munk sur ce sujet, quoique peu nombreuses, sont les meilleures qu’il y ait pour la psychologie physiologique des fonctions*centrales de

CES FONCTIONS I>U CERVEAU, fît

ï ouïe K Delà surdité psychique et de la surdité corticale, qui reposent aujourd’hui sur des données anatomiques bien établis, pas un mol chez (îoltz si ce n est quelques paroles sur la surdité verbale), fl va sans dire qu’il a dédaigné les pathologistes, Wernïcke, Kussmaul, Kalheret Pick , etc. : il semble n'avoir accorde qu'une médiocre al lent ion, .s il en a accordé quelqu'une, aux admirables expériences de Monakow 3 ; naturellement il n a pu connaître le travail d’Onufrowicx*. inspiré par Ford. ni tout le beau mouvement actuel des éludes des anatomistes, de Daginsky 1 * notamment, sur l'origine et le parcours iniracéplmlique du nerf acoustique : ces études, en montrant la terminaisuri ultime du nerf auditif proprement dit dans le lobe temporal sont une nouvelle et éclatante confirmation dos doctrines de Ferrier, de Wernieke et de Munk sur la localisation des fonctions de l’audition mentale dans ce lobe. Elles permettent déjà d'instituer un parallèle frappant entre l’origine centrale, le parcours inlra-céréhral

1 II. Ferrier. Les fonctions du cerveau, iv, section i'«. — Munk, ( cher die Funclumen der ijràssJlirnrindc, p. 12, 13, 22, 40, etc.

* Beitraeye zur Palholoyie und patholoyischen Anatomie des Centralnervensystems . Leîp/., lk70. V. Ibid. : Beiirag zur Lettre ton der Localisation der Ifirnfuncti mm, oh le» auteurs continuent lu localisation, admise par Wernieke, des images acoustiques dans le |qj>e temporal, B in Fait von WovitauhkeU, p. 24. — i'asuistische XaciUroeye : b. Zur Localisation der l VorUdultheit. 182. Cf. Sehaefer, Ein Fall von Uerdenkrankuny im Fchlafenlappen (Centralbiatt f. Nervenheilkunde, 1881).

3 V. plus haut l’indication des Mémoires de Monakow sur la vision et l'audition centrales, et, dans les Archives de psychiatrie, 1882: Émeriment. Beitray zur Kenntnf** des Corp. restif. des aeusseren Akusticuskern , etc.

* E.rperimenteUer Bedray zur Kenntniss des Frsprunys des Xervtts acmticus des Kamnchens. Areh. f. l'syeh., XVI vol., p. 711 et suiv.

* Feber den Frspruny und dm cemrulen 1 erlauf des Xervus aeustiens des Kaninchens. In : Sitzunysberichfe der Koen. preuss. Akademie der Wksenseh, su Berlin, 25 février 1886, etc.

LES FÜNCI.uNS DU CERVEAU.

et les rapports avec les corps genouillés et les tubercules quadrij umeaux des nerfs optiques et acoustiques.

l’odorat ET LE GOUT.

C’est un fait d'expérience bien connu, et queGoltza constaté comme tout le monde, que les animaux atteints de cécité psychique ou de cécité corticale par lésions destructives du cerveau postérieur, trouvent au moyen de l'odorat les aliments qu’ils ne voient plus, et discernent au moyen de ce sens l'homme et les divers animaux. Gollz, qui n’admet théoriquement l'existence dans l’écorce cérébrale d’aucun centre spécial des divers modes de la sensibilité, n’a pas même essayé de renverser les doctrines reçues sur la localisation cérébrale des fonctions de 1 odorat dans la région du subiculum cornu Ammonis (Ferrier) ou dans la circonvolution de 1 hippocampe (Munk) 1 , localisations bien antérieures aux doctrines actuelles, et qui datent du jour où les anatomistes ont constaté les rapports de développement existant entre le lobe olfactif, si développé chez les mammifères inférieurs dont l’odorat est puissant, et la terminaison unciforme du lobe temporal ou la circonvolution de l’hippocampe. Cette localisation, qui n a pas encore, il est vrai, été 1 objedde nombreuses expériences et d’études bien approfondies, paraît à Goltz au-dessous de sa critique. Il a pourtant noté, nous n’avons garde de l’oublier, qu’après une lésion destructive des lobes postérieurs du cerveau, l’olfaction et le goût sont altérés avec les autres sens spéciaux.

1 l/eber die F ami. der Grosshimrinde , p. 73, 128 et suiv. — Riech*phaere et Schmecktphaere .

CHAPITHË V.

Ce chapitre, qui sera peut-être un jour le plus étendu de la science, n’est encore qu'un simple titre, — titre d’un grand livre dont les feuillets sont vierges, sorte d’en-tèle magnifique bien fait pour éveiller les longs espoirs, mais gros d'illusions, et, sans doute, de déceplions finales.

Toutes les théories actuelles de ^intelligence son! prématurées; elles sont nées avant que Ton connût les faits d’anatomie et de physiologie qui doivent servir de fondement à ces constructions idéales de l'esprit. Ce qu’un physiologiste français, des plus célèbres, répète volontiers à propos de presque toutes les questions de sa science : — Qu’il nous faut « rejeter comme absolument faux tout ce que nous avons appris 1 , » et recommencer notre instruction, — me parait vrai surtout de l’intelligence considérée dans ses organes et dans ses fonctions. Ce n’est pas que l’immense labeur accumulé en cette province de la con-

‘ Brown-Séquard. Doctrines relatives aux principales centres nerveux. Paris, 4879, p. 6.

actions

des

naissance soit perdu; les bonnes observations, les expériences exactes conservent toute leur valeur: elles entreront, comme des matériaux, dans la future construction. Mais celle-ci ne ressemblera guère à toutes celles qui Font précédée. Savoir oublier est d’aiileur.> une qualité presque aussi précieuse pour le savant que savoir apprendre.

« Je considère comme le résultat le plus important de mes recherches, a écrit Goltz, la démonstration que l’écorce du cerveau est, dans toutes ses parties, l’organe des fonctiorspsychiquessupérieures,de celles en particulier qui, pour nous, constituent l’intelligence... Par intelligence, j’entends la faculté d’élaborer avec réflexion les perceptions des sens en vue d’actions appropriées à une fin. Je ne sais si les philosophes seront satisfaits de cette définition ; elle suffit au physiologiste. » Dès ses premières recherches expérimentales, Goltz a été frappé du changement considérable que présentent, dans leur aspect et dans leurs actions, les animaux dont les hémisphères cérébraux ont subi des pertes de substance étendues (à partir de 4 grammes et au-dessus) : ils lui faisaient l’effet d’imbéciles, d’idiots ou de déments. « Tout chien dont les deux hémisphères cérébraux ont été détruits en grande partie, dit Goltz, a une lésion permanente de l’intelligence 2 . » Au contraire, après l’ablation de la plus grande partie de l’écorce grise d’un seul hémisphère, l’intelligence demeure à peu près normale. Ce fait, Goltz l’explique comme Flourens : l’hémisphère cérébral conservé supplée les fonctions de l’hémisphère

1 III* Mém. Remarques finales.

* III* Mém., p. 39. Cf I). iv.

LES FONCTIONS DU CERVEAU. î 15

enlevé. L unique symptôme est une sorte de fatigue plus rapide de l’organe.

On sait que Goltz voit dans l’état d’affaiblissement intellectuel où tombe un animal dont les deux hémisph ères sont en grande partie détruits, l’explication des perturbations du mouvement volontaire et des altérations de la sensibilité générale et spéciale. Il a bien décrit ces symptômes; mais il a mal raisonné : de laits admirablement décrits, il a tiré des conclusions erronées. La lourdeur et l’adaptation défectueuse des mouvements allaient nécessairement de compagnie avec l’expression stupide des yeux et la perte des instincts*. Dans la lutte pour l’existence, de pareils animaux sont vaincus d’avance. Goltz a vu les instincts maternels subsister, ainsi que les instincts sexuels, quoique 1 animal n ait plus la force de satisfaire ces derniers. La haine que certains chiens se portent persiste aussi, de même que leur attachement pour l’homme, surtout pour celui qui les nourrit. Il va de soi qu’ils ne peuvent plus rien apprendre; ils ne sont plus de garde non plus. C’est que les impressions des sens ne sont plus perçues, associées, conservées à l'état d’images sensitives, sensorielles ou motrices, de symboles mentaux des phénomènes du monde extérieur. Ce qu’on nomme la mémoire, l’attention, le jugement, diminuent naturellement en raison directe des pertes de substance cérébrale. Un des chiens de Goltz avait souvent reçu de la nourriture dans la maison du garçon de laboratoire; lorsqu’il se trouvait sur le chemin de cette habitation, il y courait avec empressement. Après

1 H" Mém., § IV. Iles instincts des animaux après la destruction des deux, hémisphères du cerveau.

la destruction de ses deux hémisphères cérébraux, on eut beau le mettre sur la même route; il ne retourna plus gratter à la porte de l’employé : il avait oublié jusqu’à ses sensations agréables d’antan.

Est-ce à dire que l’on puisse léser directement l’intelligence par la destruction d’une région déterminée de l'écorce? 11 faudrait pour cela qu’elle y occupât un siège spécial, une aire délimitée, uûe sphère, un centre, comme la vision ou l’audition mentale, comme les mouvements volontaires, etc., dans la doctrine moderne des localisateurs. Mais c’est ce que ceux-ci ou n’ont jamais soutenu ou ne soutiennent plus guère.

Parler d’un « centre intellectuel », comme on parle d’un centre» sensoriel ou d’un centre moteur, me semble une survivance fâcheuse des traditions psychologiques de l’Ecole. En France, les médecins parlent encore couramment de « l’intelligence 1 » comme on parlait de la mémoire avant Gall, car c’est ce grand anatomiste qui a le premier posé, comme un postulat physiologique, la pluralité des mémoires. 11 n’existe donc pas plus de « centre de l’intelligence » que de centre de la mémoire en général.

Gomme la mémoire, l’intelligence, à ses divers degrés, est une propriété générale de la matière organisée, vivante, en voie de rénovation moléculaire.

L’intelligence ne nous apparaît comme liée à certains organes que parce qu’elle s’y manifeste avec une intensité particulière. Mais l’amphioxus, pour n’avoir point de cerveau, n’en possède pas moins une vie psy-

1 Voyez, par exemple, dans la thèse d’agrégation de médecine (mars 1886) de M. G Ballet, sur le Langage intérieur et les diverses fot'mes de l'aphasie, le chapitre xi en particulier.

LES FONCTIONS 1>U CERVEAU. i 17

chique consciente (Meynert). Le système nerveux n’étant qu’un appareil de perfectionnement, l'effet d’une différenciation histologique, indéfiniment progressive, le résultat séculaire d’une division du travail biologique poussée très loin, il n’y a rien dans ses fonctions, môme les plus élevées, dans le génie, par exemple, qui ne soit réductible par l’analyse aux propriétés élémentaires de tout protoplasma.

Il en est donc de l'intelligence comme de la mémoire, de la volonté, de la conscience : en soi, ce sont des abstractions; par conséquent elles ne sauraient être localisées dans une région quelconque de l’encéphale.

A cette question : « Ou est le siège de l’intelligence ? » Munk a répondu : « L’intelligence a son siège partout dans l’écorce cérébrale et nulle part en particulier ; elle est la somme, en effet, et la résultante de toutes les images ou représentations issues des perceptions des sens. Toüte lésion de l'écorce du cerveau altère Fintelligence d’autant plus profondément que la lésion est plus étendue, et cela toujours par la perte de ces groupes d’images ou représentations simples et complexes qui avaient pour fondement les perceptions du territoire cortical lésé. Le trouble intellectuel sera définitif : 1° si les éléments perceptifs sont détruits; 2° s’il ne reste plus de substance qui puisse redevenir le siège des notions perdues. La cécité, la surdité, la paralysie psychique, complète ou incomplète, d’une partie du corps ou d’une autre, entraînent, chacune pour son compte, un rétrécissement du champ de l’intelligence; et plus elles s’ajoutent les unes aux autres, plus elles diminuent l’étendue de l’intelligence, et plus elles resserrent, la perception étant conservée, le cercle des

notions persistantes, en mettant obstacle à la formation de nouvelles idées, si bien que, tôt ou tard, l’animal nous paraît frappé d’imbécillité, dément 1 ... » Pour réaliser expérimentalement ces troubles dépressifs de 1 intelligence, Munk témoigne ne pas connaître de méthode meilleure que celle de Goltz.

Il importe de rapprocher de cette page de Munk une autre page de Ilitzig, d’une portée également considérable, car, dirigée contre Munk, elle peut être considérée à la fois comme une sorte de testament de 1 ancienne psychologie et comme l’annonce d’une ère nouvelle en ces études. On y distingue très nettement la transition des idées anciennes aux idées nouvelles. Hitzig a été vraiment le précurseur de Munk.

« J'admets encore aujourd’hui (1884), dit Hitzig, ce que j admettais déjà en 1870, lorsque je disais, sous forme hypothétique, que les centres corticaux parmoi découverts ne sont que des centres (Sammel/tlaetze) ; j etends aujourd hui cette théorie aux autres centres découverts depuis. Je représente en outre l’opinion, souvent exprimée, que des lésions profondes ou très étendues intéressant le mécanisme central, rompent nécessairement une multitude de faisceaux reliant les f différentes régions particulières du cerveau, et doivent par conséquent produire des symptômes susceptibles d’un amendement relativement rapide. C’est à cette catégorie qu’appartiennent les troubles transitoires de la vision que l’on voit apparaître après des lésions profondes intéressant différentes régions des hémisphères.

« Mais je fais front contre l’opinion de Munk tou-

d ' e d '‘ r ('l'osshitiiriiiili', p. ;>!» C‘l suiv.. 2' édit.

chant la nature des fonctions intellectuelles supérieures et celle de leur rapport avec le substratum matériel. D’après Munk, en effet, il n existe pas d’organes spéciaux pour ces fonctions, et ils ne sont pas nécessaires. Je crois avec lui que l'intelligence, disons mieux, le trésor des idées {der Schatz der Vorstellungen) doit être cherché dans toutes les parties de l’écorce, ou plutôt dans toutes les parties du cerveau. Mais je soutiens que la pensée abstraite exige nécessairement des organes particuliers, et ces organes, je les cherche dans le cerveau frontal ( Stirnàim ).

« A priori, il serait au plus haut point invraisemblable que l’énorme masse de substance cérébrale qui constitue les lobes frontaux de l’homme, dut servira des fonctions presque entièrement aussi simples que les mouvements de la colonne vertébrale, et les recherches accomplies jusqu’ici n'ont fait que donner plus de force à mes doutes à ce sujet*. »

(îoltz partage en partie ces idées, surtout celles de Munk, mais seulement en partie, je le répète : il croit que chaque territoire de la substance corticale du cerveau participe à la fois aux fonctions que nous désignons parles mots d'instinct, d’intelligence, de pensée, de sentiment, de passion, de volonté 2 ; ces manifestations élevées de la vie psychique sont des fonctions d’ensemble du cerveau : elles ne sauraient être localisées dans des centres circonscrits de l'écorce du cerveau; elles ne dépendent pas de régions anatomiquement ni physiologiquement distinctes.

(îoltz s’élève surtout contre l'antique préjugé, « in-

’ Arr/tïr für Pvjvhintrip, XV, 1884, p. *274.

* II! 4 Mém,. HrsnlUts; IV 4 Mém ., Conclusions.

déracinable », qui a fait du lobe frontal le siège de Fintelligence. Prisonniers de ce préjugé, dit-il, Hitzig et Ferrier soutiennent que‘le lobe frontal est 1 organe de l'intelligence; or il n’existe pas plus de rapport entre Fintelligence et le lobe frontal qu avec n’importe quelle autre région du cerveau 1 . Dans le Mémoire que nous avons cité sur la Physiologie du cerveau , ou il signale des troubles de la vision consécutifs à des lésions du cerveau antérieur, Hitzig a surtout insisté sur la déchéance de Fintelligence qui suit Fablation des deux lobes frontaux. Goltz ne nie point cette déchéance : il conteste qu’elle soit plus profonde qu après une destruction du lobe occipital ou du lobe pariétal. Au contraire, les troubles de Fintelligence seraient incomparablement plus graves après des lésions étendues des deux lobes occipitaux qu’après Fablation des deux lobes frontaux.

Ainsi, écrivait Goltz en 1884, les chiens opérés des lobes occipitaux ont à ce point perdu toute intelligence qu’ils n’apprendront plus jamais à présenter la patte; on réussirait plutôt à refaire cette éducation sur des chiens opérés des lobes antérieurs du cerveau, Fintelligence étant moins altérée chez ces derniers. La raison de ce fait, suivant Goltz 6 , c’est que la quantité de substance grise corticale enlevée par une ablation des lobes postérieurs du cerveau est, chez le chien, beaucoup plus considérable que dans une ablation du cerveau antérieur.

Quoi qu’il en soit de cette explication, quatre ans plus tard, dans son dernier Mémoire (1888), Goltz dit

• V* Mém., 499-500 sq. ; D . /?,, 2* art.

au contraire que les chiens auxquels on a enlevé les deux lobes occipitaux exécutent encore avec adresse certains mouvements, quils savent manger et, de leurs deux pattes antérieures, maintenir un os, contrairement à ce que l'on observe chez les animaux qui ont subi la meme opération sur le cerveau antérieur. En d autres termes, Goltz vient de constater une fois de plus que des troubles durables et persistants de la motilité, de véritables phénomènes de déficit, dérivent de lésions destructives du cerveau antérieur, ou, comme il s’exprime aujourd'hui, de la zone motrice des deux hémisphères. Ges troubles de la motilité, qu'il avait attribués au cerveau postérieur n’existaient point du fait des lésions de cette partie du cerveau. Mais je veux traduire tout entière cette page, qui ne fait pas seulement le plus grand honneur à la conscience scientifique de Frédéric Goltz : elle est, de plus, capitale pour l’histoire critique de la doctrine des localisations cérébrales :

« Les chiens qui ont subi de grandes et profondes mutilations bilatérales du cerveau antérieur se montrent dans tous leurs mouvements singulièrement lourds et fnaladroits. Ainsi ils ne peuvent maintenir un os avec leurs pattes. Au contraire, les animaux opérés bilatéralement du cerveau postérieur exécutent des mouvements habiles, savent bien manger et maintiennent très bien un os avec leurs deux pattes. La lourdeur et la maladresse de tous les mouvements observés chez les chiens opérés du cerveau antérieur, est en rapport avec ce fait qu’ils ont pour toujours désappris à tendre la patte sur invitation. D après mes premières expériences, j’avais admis que tes ani-

maux ;ui ont subi une ablation bilatérale du cerveau postérieur avaient aussi perdu pour toujours la faculté deprésenterles pattes ('V e Mémoire, 499). Jepuisaujourd’hui rectifier ce que j’ai dit à cet égard et, en même temps, augmenter d’un le nombre des caractères distinctifs entre les animaux opérés du cerveau antérieur ou du cerveau postérieur. Je n’ai encore observé jusqu ici un seul chien, et par là je confirme ce que j’ai dit plus haut, qui, après de grandes et profondes mutilations de la zone motrice des deux hémisphères , ait récupéré la faculté de présenter les pattes antérieures sur invitation. Depuis la publication de mon dernier Mémoire, j’ai vu au contraire plusieurs chiens, opérés des lobes occipitaux, qui avaient conservé cette faculté. Quand je tenais alors pour une chose tout à tait improbable que l’on pût apprendre à des animaux si profondément déments à présenter la patte, je n’avais pas pris garde qu’il ne s’agit pas du tout de dresser à nouveau les animaux à cet exercice. Les chiens qui ont été dressés, pendant des années, à présenter la patte à l’appel acquièrent un mouvement réflexe, qui leur est devenu aussi commode et facile à exécuter que d’autres mouvements qui n’ont pas été appris, tels que l’élévation du membre postérieur dans l’émission de l’urine ou l’usage qu’ils font de leurs membres antérieurs pour ronger un os. Si, après la mutilation du cerveau postérieur, l’animal est devenu dément, il n’a pas perdu nécessairement pour cela ce réflexe acquis ; il a seulement perdu la faculté d’exécuter ce réflexe avec intelligence \ »

VI* Mcm.< 461-2.

Mais le même savant qui, d’accord en ceci avec Munk, repousse toute localisation de l’intelligence et considère les fonctions que résume ce mot comme une sorte de résultante de l’activité de toutes les régions du cerveau, refuse d’admettre que des animaux qui ont perdu une partie de leurs images sensorielles, telles que celles de la vue ou de l’ouïe, subissent une déchéance partielle de l’intelligence et s’acheminent ainsi vers la démence. L’intelligence, écrit Goltz contre Munk, peut exister et persister sans trouble alors meme que les représentations d’un sens sont perdues ou n’ont jamais existé. Un vieux chien aveugle et sourd, par exemple, peut donner des preuves d’une intelligence remarquable, parce qu’il élabore avec réflexion les impressions des sens qui lui restent, celles de l’odorat et du toucher, — tandis qu’un jeune chien, doué des sens les plus pénétrants, peut ne tirer aucun parti raisonnable de ses vives et nombreuses percepiions sensibles. Puis Goltz retombe dans ses intempérances de polémique : il soutient sérieusement que, si l’on en .croyait Munk, les pensionnaires d’un institut d’aveugles ou de sourds-muets devraient tous être ou devenir déments! Et il ne manque "pas de rappeler le cas de Laura Brîdgmann, si intelligente, quoique aveugle et sourde-muette.

Que de paralogismes ! Gomment, en effet, comparer le cerveau sain d’un aveugle ou d’un sourd-muet ordinaire, à l’encéphale d’un animal qui, à plusieurs reprises, a subi des lésions profondes, étendues de l’écorce cérébrale, des ganglions de la base quelquefois, ainsi que des faisceaux blancs de la capsule interne, avec tout le cortège ordinaire des atrophies

iU

secondaires et des dégénérescences progressives? Certes, des atrophies secondaires existent ou doivent exister dans les cerveaux de sourds-muets ou d’aveugles ; il suffirait de les chercher pour les trouver toujours ; l’absence congénitale ou la perte d'un organe périphérique des sens entraîne nécessairement, par le défaut d’usage, i atrophie des voies nerveuses et des centres corticaux de ces organes. Le sourd-muet, l’aveugle, livré à lui-même, sans éducation, subirait fatalement la déchéance intellectuelle qui accompagne tout processus régressif du cerveau. Mais qui ne sait que, chez les sourds-muets qui apprennent à parler, les images optiques et tactiles suppléent les images acoustiques, si bien que des rapports anatomiques s’établissent, plus étroits que chez les autres hommes, entre les territoires corticaux de la vision et du loucher et ceux de l’articulation des mots ? Frappé d’aphasie sensorielle, un tel sourd-muet perdra, non les images acoustiques des mots, mais les images tactiles et optiques de son langage ; atteint d’aphasie motrice, ce seront, comme chez les autres hommes, les images motrices des mots articulés qui s’effaceront L

Maiâ c’est assez défendre Munk contre des objections aussi paradoxales. L’aveugle et le sourd-muet, comme le pied bot congénital, sont frappés d’un arrêt de développement dans leurs centres psychosensoriels ou psycho-moteurs. Mais, ainsi que l’ont vu Panizza, Gudden, Monakow, l’atrophie d’une région cérébrale est souvent compensée par l’hypertrophie d’une autre région ; une sorte de balancement orga-

Wernieke. Der aphasische Symptôme ne ample?, p. 34.

LES FONCTIONS DU CERVEAU. Mo

nique s’établit; l'intelligence, qui n’est que la somme des résidus de toutes les perceptions sensibles, est plus ou moins étendue chez l'aveugle ou le sourdmuet de naissance : elle est saine, sinon normale, et peut fournir sa carrière. On n’en peut dire autant de celle des chiens que Goltz a rendus déments, en détruisant précisément tous les centres psycho-sensoriels et psycho-moteurs.

Des préoccupations du même genre, c’est-à-dire inspirées surtout par des raisons de polémique, ont conduit Goltz dans un autre nid de paralogismes, véritable guêpier. Goltz avait admirablement vu et établi, grâce aux traumatismes presque toujours considérables du cerveau de ses chiens, que 1 animal qui a subi de grandes pertes de substance cérébrale peut être appelé une « machine réflexe mangeant et buvant 1 ». Mais, s’étant aperçu que les partisans des localisations cérébrales s’empareraient de cette remarque pour expliquer par des mouvements purement réflexes, et non plus volontaires, tous les mouvements qu’accomplit un animal après la destruction complète de ses centres psycho-moteurs, c est-à-dire des centres des mouvements volontaires ou conscients, il se hâte de fermer cette porte à 1 invasion de la doctrine ennemie. Un chien mutilé du cerveau, qui éprouve encore le désir de satisfaire sa faim et sa soif est, dit-il, plus qu’un mécanisme réflexe. Les grenouilles et les oiseaux dont le cerveau tout entier a été enlevé ne manifestent plus par aucun signe qu’ils souffrent de la faim ou de la soif.

IV* Mem.., p. 31.

Faut-il donc conclure de ces paroles de Goltz que, chez ces chiens mutilés, les mouvements sont volontaires, non réflexes ? Il le paraît bien : mais quel sera, à cet égard, le critérium ? De son aveu, il n’en existe aucun. « Je tiens, dit-il, pour incapable d’aboutir tout essai de distinction tranchée entre les purs mouvements réflexes et les mouvements volontaires conscients. » Dans la plupart des cas, tout indice fait défaut pour reconnaître avec certitude si tel mouvement d un organisme vivant est accompli avec ou sans conscience.

Ici encore nous trouvons des faits bien observés, mais un raisonnement défectueux. Puisqu’il est impossible de distinguer rigoureusement les mouvements réflexes des mouvements volontaires, pourquoi essayer de les distinguer? Des mouvements volontaires supposent d’ailleurs l’existence d’une volonté, c'est-àdire d’une faculté qui, comme la mémoire et l’intelligence, n'est qu’une abstraction, une vaine entité d'école. La volonté, a très bien dit Max Schrader, doit être bannie de la physiologie comme un deus e,i machina. Il faut, avec Schiff, faire du réflexe la cause unique de tous les mouvements des animaux 1 .

Tout mouvement d’un organisme est nécessairement réflexe, qu’il s’agisse d'une simple contraction musculaire ou d’une réaction aussi complexe que celle de tout notre être en présence d’un danger à éviter, qu’il s’agisse des mouvements externes par lesquels nous manifestons nos besoins, notre humeur, notre caractère, ou des mouvements internes des réactions

* Schrader. Zur Physiologie des Vogelhirns. Arch. f. d. ces. Phys 4889, p, 205. ”

mutuelles de nos éléments nerveux. Dans les organismes comme dans le reste du monde, il n y a qu actions et réactions; et, naturellement, les mêmes lois du mouvement, les mêmes lois mécaniques, qui régissent les corps célestes des plus lointains systèmes comme les mouvements de la sève chez les végétaux, gouvernent également le chœur des atomes de nos molécules cérébrales et spinales. Le mécanisme des représentations mentales, des images sensorielles ou des images motrices, est donc aussi fatalement déterminé que celui de la cristallisation d un sel ou du flux et reflux des marées. Point d autre différence que la complexité croissante ou décroissante des phénomènes.

La seule distinction spécieuse qu'on pourrait taire entre les mouvements de 1 organisme serait celle de conscients et d inconscients, distinction d ailleurs admise et maintenue par (loltx. Mais la conscience *i est qu’un état, un épiphénomène : ce n est pas plus un être que la volonté. Ainsi que la mémoire, la conscience, à quelque degré que ce soit, est une propriété universelle de la matière organisée tout au moins. Si elle ne nous est généralement connue que sous certains modes, auxquels nous donnons le nom d activité psychique, de fonctions psychiques de la vie, elle n’en existe pas moins pour soi , sinon pour nous, dans les ganglions du grand sympathique et de la moelle épinière, bref dans tout groupe de cellules nerveuses associées.

La conscience varie en intensité et en étendue avec la nature et le nombre des éléments cellulaires d’un ganglion, que celui-ci soit constitué par deux éléments,

voire par un seul élément aux fonctions encore indifférenciées f cellules neuro-musculaires de l’hydre d’eau douce . ou par des milliards de cellules nerveuses indéfiniment différenciées, telles que celles des circonvolutions cérébrales. Peut-être n existe-t-il point, a proprement parler, de mouvements organiques inconscients en xoi.

Kn tout cas, les mouvements devenus tels en apparence. pour nous, par l'accoutumance, l'adaptation et l'instinct, sont tout au plus subconscients dans le cours ordinaire de la vie : ils peuvent toujours redevenir conscients, et ils le redeviennent en effet sous rinlîuenee d’un grand nombre de causes.

Mais il y a, chez Goltz, pour la science de l'intelligence, quelques pages bien curieuses, quoique étranges, qu'on devra méditer. Il s’agit de l’action profonde, et absolument opposée, que peut exercer sur le caractère i (ïeninet/isnrh des animaux l’ablation des parties antérieures ou postérieures du cerveau. « Quand] ai commencé ces recherches, « dit Goltz en parlant de ces expériences, j’étais bien éloigné de penser que les différentes régions du cerveau pussent avoir une action différente sur le caractère. On peut bien croire que j’ai observé sans parti pris 1 . >»

Après l'ablation des lobes antérieurs du cerveau i Vorderhirn) , Goltz a observé, outre les altérations du mouvement et de la sensibilité générale que nous avons signalées, trois ordres de phénomènes, d’ailleurs tout à fait connexes, qui different diamétralement de ceux qui suivent l’ablation du cerveau postérieur

* Mem ., p. 502.

(,Hinterhir »abstraction faite également des diverses altérations de la sensibilité spéciale.

Les phénomènes observés chez le chien apres Tablation bilatérale du cerveau antérieur sont : 1° des phénomènes d’excitation générale exagérée ; 2° l’absence de contrôle ou de domination sur soi-même ; 3" l’exagération de certains mouvements réflexes incoercibles, par défaut des fonctions d arrêt ou d’inhibition. — Laissés libres dans la chambre, ces chiens courent en faisant de grands cercles jusqu’à épuisement : « Ils obéissant, dit (ioltz, à une impulsion interne, toute mécanique, qu’ils ne peuvent maîtriser. » « Ces chiens sont fous, » répètent les gens qui les voient. « lis ont perdu la faculté d’arrêter volontairement les réflexes qui ont leurs centres dans la moelle allongée et dans la moelle épinière *. »

Cette façon de parler est tout à fait inexacte poulies physiologistes, encore plus peut-être que pour les psychologues, mais ce qui suit l’expliquera sans autre commentaire.

L'hyperesthésie de la peau et Thypcrexcitabilité rtflexe, la violence et l'irrésistibilité des mouvements et des actes, tous phénomènes connexes, doivent dériver <ie la lésion expérimentale des fibres qui relient le cerveau antérieur à la moelle allongée et à la moelle épinière. Tandis qu’un cerveau normal peut tempérer, modérer, régler, arrêter les réflexes spinaux, le ceiveau de ces chiens en est incapable, en partie parce que la puissance d’inhibition de cet organe est affaiblie ou abolie, en partie parce que les solutions te

1 V* Mem., p. 477.

continuité des faisceaux lésés s’opposent à ce que le reste clu cerveau puisse encore agir inhibitivement sur le bulbe et sur la moelle épinière.

Voilal'hypothèse de Goltz, hypothèse des plus séduisantes lorsqu on se rappelle les relations anatomiques du lobe frontal avec le pont de Varole et les hémisphères du cervelet entre autres, c’est-à-dire avec des parties plus particulièrement en rapport avec la moelle épinière. Flechsig 1 fait meme la remarque que, dans la série animale, le développement de la zone frontale est en rapport avec celui du pont de \ arole et des hémisphères cérébelleux.

Au point de vue psychologique, les phénomènes d hyperexcitabilité réflexe et d’irrésistibilité motrice après l’ablation du cerveau antérieur, se traduisent par ce que Goltz appelle le caractère irritable, agressif, violent jusqu’à la fureur. De bons animaux, les chiens les plus pacifiques du monde, peuvent devenir, après cette opération, méchants, hargneux, batailleurs. Emportés par une sorte d’aveuglement furieux, ils se précipitent, dès qu’ils les aperçoivent, sur des chiens qui ne leur ont jamais L t aucun mal, qu’ils traitaient même autrefois en amis : ils les mordent, les déchirent avec rage. Ce « changement de caractère », qui a été observé par Goltz dans vingt-deux cas, nous parait de tous points explicable par l’hypothèse dont nous venons de parler.

Aussi bien, chez l’homme aussi on a signalé les mêmes phénomènes d’excitation, d’agitation inquiète, de violence, dans les lésions du lobe frontal. Le cas

* Flechsig. Plan de» mentchlichen Gehirns , p. 37.

du mineur américain, relaté tout au long par D. Ferrier, est célèbre \ Phinéas P. Gage, âgé de vingtcinq ans, bourrait un trou de mine au moyen d’une barre de fer pointue ; la charge éclate ; la barre de fer, la pointe en avant, traversa net le sommet du crâne, dans la région frontale, près de la suture sagittale. Ni paralysie, ni anesthésie, dit-on, mais changement profond du caractère. Or, d’après la relation de fîarlow, ce mineur, jusqu'alors considéré par ses chefs comme un des meilleurs conducteurs de travaux, fut jugé incapable de continuer ses anciennes fonctions. « L’équilibre, la balance pour ainsi dire entre ses facultés intellectuelles et ses penchants instinctifs semblent détruits. » Nerveux, irrespectueux, il jure maintenant de la façon la plus grossière; il supporte impatiemment la contrariété et n’écoute plus les conseils des autres ; à certains moments il est d’une obstination excessive, bien qu'indécis et capricieux. « C’est un enfant pour F intelligence, un homme pour les passions et les instincts. » Chacun dit : « Ce n’est plus là Gage. »

Le caractère irritable et violent dans les lésions du lobe frontal a encore été noté dans des observations de Gongreve-Selwyn, Lépine, Davidson, etc., ainsi que la nature automatique, purement réflexe, des mouvements. Dans le cas de Baraduc, un vieillard, dont les trois circonvolutions frontales des deux hémisphères furent trouvées atrophiées, se promenait constamment en rond , ramassait ce qu’il rencontrait, ne parlait plus, et était tombé d’ailleurs dans un étatde démence complète. Depuis assez longtemps mon atten-

1 De la localisation des maladies cérébrales, trad. par H.-C. de Vangoy (Paria, 1880}, p. 40 et auiv.

tion ayant été attirée sur ce point, j’ai pu réunir moimeme un certain nombre d'observations qui s’accordent à montrer l’existence du caractère irritable et violent dans les lésions des lobes frontaux.

Après l’ablation du cerveau postérieur, les symptômes psychiques offrent le plus frappant contraste. Les chiens les plus mauvais, les plus violents et les plus agressifs, deviennent bons, doux et inoffensifs 1 . Dans douze cas, Goltz a observé ce « changement de caractère *. C’est en vain que les autres chiens les attaquent, les mordent, les volent, leur enlèvent l’os qu’ils rongent, ils n’entrent plus en colère. Leur démarche est lente, circonspecte (ce qui s’explique d’ailleurs par l'état du sens de la vue). Veulent-ils sortir de leur cage, ils ne manifestent leur désir que par des plaintes, non plus par des aboiements.

11 est remarquable que ces chiens, en effet, n’aboient plus. Goltz déclare ironiquement qu'il renonce à la tentation de situer le centre de l’aboiement (Bell-Centrum dans le lobe occipital. « Cela suffit, ajoute-t-il, pour apprécier ce que je pense du travail de H. Krause. » La vérité est pourtant que ce travail, inspiré par les doctrines et les expériences de Munk, est un modèle de solidité scientifique et d’élégante précision 2 .

Krause met à nu le gyrus préfrontal d’un chien nar-

* V* .Ww., î)00 ëfj. U y a pourtant des exceptions qui, sans doute, « onfirment la règle. Goltz parle d’un chien opéré des parties posté-

, Heures du cerveau qui conserva sa nature sauvage. VI* Mém., 464.

* i'eberdie Beûehungen der Grotihimrinde zu Kehlkopf und Rachen , iComptes rendus des séances de PAcad. des sciences de Berlin, 8 nov. 1883.) Munk avait supposé que les centres corticaux des mouvements du larynx devaient se trouver dans les parties latérales de la région de ta nuque (Sackenregion 11.). Cf. F. Setnon et V, Horslev. beber diecentra(ê motoriecke Innervation de» kehlkopfe».

cotisé, entre le sillon crucial et le lobe frontal : en excitant cette circonvolution avec un courant d'induction, il obtient entre autres des mouvements de déglutition, l’élévation du voile du palais, de la partie postérieure du dos de la langue et du glosso-palatin, la contraction du constricteur supérieur du pharynx, l’occlusion partielle» ou totale de la glotte et de lorifict* supérieur du larynx. Il extirpe ensuite le gyrus préfrontal des deux cotés : comme les chiens dont nous parle tîoliz, ces chiens ainsi opérés ou n’aboient plus du tout ou ne poussent qu’un léger gémissement. A l'autopsie /huit à onze semaines après l'opération . les chiens dont l'ablation du gyrus préfrontal avait été unilatérale, présentent des dégénérations secondaires dans le pédoncule cérébral et dans le corps mamillaire du même coté, ce qui impliquerait que les corps mamillaires, placés sur le parcours des fibres du gyrus p réfrontal,sont en rapport anatomique et physiologique 1 avec l’écorce de cette région cérébrale. Quoi qu'il en soit, car de nouvelles recherches sont encore nécessaires pour bien établir les relations de l’écorce avec le larynx et le pharynx, il semble qu’il y avait mieux à faire qu’à railler et à défier la science : elle no fait guère attendre ses réponses aujourd’hui, et Goltz devrait se rappeler comment elle a toujours répondu à ses défis.

Chez les chiens dont les lobes occipitaux ont été enlevés, et qui présentent un « caractère » si différent des chiens opérés du cerveau antérieur, Goltz a noté que, contrairement à ce qui arrive chez ces derniers, il n’v a point trace d’hyperexcitabilité réflexe. Ces chiens ne savent plus s’orienter dans l’espace : à

l appel de leur nom, ils ne vont jamais directement vers le point d'où est parti le son. Goltz parle bien à ce sujet d’une lésion du « sens de l’orientation >» Rirhtimgsit'mn} , mais il ne donne pas la seule explication plausible peut-être de ce trouble. Je la trouve dans Munk 1 : après l’ablation du cerveau postérieur, le chien, sans sphères visuelles, outre les représentations de la vision mentale, perd aussi celles de l’espace Rfninnnrsiplhttiffpn (\\\\ sont dérivées des perceptions de la vue. Il doit lui rester encore les idées de l'espace tpi’il a acquises par l'exercice du sens musculaire et tle la sensibilité générale. En tout cas, il y a dans ces modes tle la sensibilité une source de notions d'espace qui, avec le temps, pourraient suppléer celles qui manquent, mais seulement dans la mesure où un aveugle intelligent, par le toucher, et aussi par l’ouïe et par l'odorat, peut suppléer le sens de la lumière et d »s couleurs. La vision ne fait très probablement connaître que des surfaces colorées à deux dimensions, dette sorte de suppléance est donc tout à fait sui get,ens : en réalité, elle ne peut plus remplacer que par des équivalents d'un tout autre ordre des sensations absolument hétérogènes, et dont rien ne peut donner l’idée à celui qui ne les a jamais connues ou qui, comme les chiens opérés des lobes occipitaux, ne peut plus se les représenter.

Goltz a noté chez ces chiens une tendance à engraisser, tandis que ceux dont les lobes antérieurs du cerveau ont été enlevés ont de la tendance à maigrir. En outre, il a observé chez ceux-ci une maladie de la

* f thrr tiit‘ ctutralfh 1 h>jinn\ rtc*. cl. dr Berlin, 3 et

I! tHK«,.

peau de nature inflammatoire, un eczema plus étendu et moins curable que chez ceux-là. Ces troubles de nutrition étaient importants à signaler 1 .

Rappelons encore qu’on ne surprend pas, chez les chiens privés du cerveau postérieur, ce defaut d’adaptation musculaire, cette maladresse dans la préhension et la fixation entre leurs pattes des os à ronger,qu’on observe chez eux qui ont subi l’operation contraire. Ce toucher et le sens musculaire n avaient pas d abord paru altéré. Mais si la motilité et la sensibilité générale sont peu ou ne sont pas lésées, on sait que tous les autres m us ont paru à Coltz frappes de cet affaiblissement diffus de la perception, de cet effacement des images ou représentations visuelles, auditives, olfactives, etc., qui correspond ri bien à ce qu’on nomme la démence*.

Jacques Loeb, qui, à plusieurs reprises, s’est occupé de Finterpïétation de ces phénomènes, insiste particuliérement sur la doctrine qui considère le cerveau tout entier comme un organe d’arrêt (Hnmnungsorgan ), doctrine dont les principaux représentants sont lioltz

* r.e* trouble* vaso-moteurs, dont le siège est bien en effet dans le cerveau anterieur, n'auraient pas etc observés, à une exception prés, rher le* animaux ««peré* du cerveau postérieur. J. bue b, Heitmey*' zur Physiologie àe$ tirotnhim** t. L, 34b.

* On trouvera «hui* les Leçon* clinique» sur les wattulie* mentale* el sur k$ inat'ulv * nwruses 1*83. de M. Auguste Voisin, de eurieux rapprochements <ju il serait peut-être permis de faire entre cet état d’affaiblissement générât de la perception *cnso: selle, observe chez les ani* maux ampute* du cerveau postérieur, et les troubles de la sensibilité spéciale ** t» on. odorat* goût. ouïe et de la sensibilité generale signales parle médecin «h- ta Salpêtrière dan* la mélancolie prodromique de la perienceptmlite diffuse tp. 508-MI). Cest aux cliniquesde maladies mentales de II. Auguste Voisin, à la Salpêtrière, et dans ses démonstrations d’anatomie pathologique du système nerveux, que j’ai entrevu pour ta première fois $ ihisu,—- qu’on me pardonne ce souvenir, —1 immense portée de ces etmies pour ie renoiiveltement delascience de l’intelligence.

et Brown-Sequard ! . Les animaux dont le cerveau antérieur a été détruit présentent les troubles moteurs décrits par Goltz, parce qu’ils ont perdu le pouvoir d’inhiber les courants nerveux d’innervation des muscles : de là l’hyperexcitabilité musculaire, l'agi talion désordonnée, l’excitabilité du caractère, le déchaînement des instincts violents, les excès de coït, etc.

Chez les animaux opérés du cerveau postérieur,toute activité musculaire, telle que quête de la nourriture, attaque et défense de la propriété, coït, etc., est, au contraire, réduite au minimum, parce que les impressions sensibles qui sont encore perçues exercent une action d’arrêt sur le courant des excitations musculaires \

Du reste, qu’il détermine un arrêt ou une exagération de l’activité musculaire, le système nerveux central accomplirait la même somme de travail, le stimulus restant le même ; seule, la forme du travail effectué différerait . L’énergie employée chez le mélancolique à l’inhibition des réflexes ne serait pas nécessairement inférieure à celle qui se dépense en activité musculaire chez le maniaque. L’homme normal, dit Loeb, présente les deux formes de travail : un travail musculaire moins grand que celui du maniaque, plus grand que celui du mélancolique. Entre l’activité des muscles et celle de l'intelligence, il y a un antagonisme

* JL Loeb. Beitmege zur Physiologie des Grosshirns. Àrch, f. d. ges. Physiologie, 1886, p. 265 sq.

* Pour JL Loeb, en effet, les fonctions des sens peuvent exister sans cerveau, non seulement chez la grenouille, mais chez le lapin (Christiani, von Gudden), et sans doute chez le chien (Goltz). Il ne nie pas toutefois que la destruction des parties postérieures: du cerveau ne détermine surtout des troubles de la vue ou ce que Goltz appelle un affaiblissement général de la perception.

L s FONCTIONS OU CERVEAU.

que Loeb a démontré expérimentalement 1 . Mais ce n’est pas le lieu d’insister sur les travaux de psychophysique qu’a publiés Loeb, qui, s’il est en physiologie le disciple de Goltz.de Gudden, de LucianL voire de Hitzig, se rattache surtout à Fechner et à Mac h dans cet autre domaine des sciences biologiques 2 .

Si l’animai opéré du cerveau postérieur paraît d’une intelligence bien plus affaiblie que le chien dont les lobes antérieurs ont été détruits, c’est donc que chez lui toute excitation de la sensibilité générale et spéciale inhibe l’activité musculaire. Delà son inleriorité radicale dans la lutte pour l’existence, surtout en face d’animaux dont toute l’énergie disponible du système nerveux central se trouve, par l'effet d une opération contraire, employée sous forme d’activité musculaire, et avec une intensité telle qu’aucune excitation sensible n’est plus perçue.

Voilà l’interprétation des « changements de caractère )> observés Chez les chiens de Goltz. A un point de vue plus général, il convient de considérer que le cerveau antérieur est considéré par Loeb comme étant dans un rapport anatomique plus étroit avec les appareils moteurs, le cerveau postérieur avec les organes des sens. Tant que ces deux régions cérébrales sont intactes, les courants centrifuges de l’innervation mus-

1 J. Loeb. Muskellhætigkeit ats Maass psychücher Thætigkeü. Arch . f, d. ges. Physiologie, 1886, 59*2.

* V. J. Loeb. Untermchungen üher den Fühlraam der H and. Arch. f. <1. ges. Physiologie, XLI, 107 et s. J’ai parlé ailleurs de son travail, considérable à tous égards, et conçu dans un véritable esprit scientifique, sur l'héliotropisme des animaux et des plantes J)er JIeliotropi*musder Thiere und seine Uebereinstim mung mit dem Heliotrophmm der P flanzen» Wurzburg, 1890), où se trouvent, pour ce qui nous occupe ici, quelques remarques originales (p. 105-106) sur les sensations de l’espace et les troubles d’orientation chez les animaux.

eulaire peuvent subir un arrêt aussi bien que les courants centripètes venus des organes des sens. Les réflexes cérébraux entrent en lutte, et la réaction finale, positive ou négative, résulte toujours du conflit des forces psychiques. Mais chez l'animal dont le cerveau antérieur a été détruit, rien ne s'oppose plus aux courants déchaînés de l'énergie motrice. Il donnera de la tête sur les obstacles qu’il voit plutôt que d’arrêter sa course. De même, si le cerveau postérieur a été mutilé, l’impossibilité d’inhiber l’excitation centripète et de déterminer des mouvements musculaires coordonnés en vue d’une fin utile, donnera à l’animal l’aspect d’un être tombé en démence. L’activité musculaire. dit Loeb, peut bien encore être excitée; seulement, chaque nouvelle excitation des sens, en faisant irruption dans le système nerveux central, interrompt la contraction musculaire commencée c’est ainsi qu’un homme occupé d'exercices de gymnastique s’arrête tout à coup s’il entend à proximité une explosion.

Ce qui distingue un animal prive de ses hémisphères cérébraux d’un animal qui a son cerveau, c’est donc uniquement la perte de ces processus d’arrêt, qu’on appelle « volonté », quand l’arrêt s’étend surtout aux processus psychiques d’origine centripète; « attention », lorsqu’il a trait surtout aux processus psychiques de nature centrifuge. Or ce son tlà, précisément, les éléments essentiels de ce complexus, l’intelligence. Dans toute la série des vertébrés, l’importance des actions d’arrêt croît avec le degré d’évolution des êtres. Seuls, les processus d’arrêt ou d’inhibition cérébrale permettent à l’animal de lutter avec avantage pour la

conservation et le bien de son existence. L’intégrité des fonctions du cerveau est la condition de cette lutte.

On n’est pas peu surpris d’entendre Goltznous dire que, peut-être, le principal symptôme de déficit mental des animaux qui ont subi une ablation bilatérale du cerveau antérieur ou du cerveau postérieur, la vraie cause de l’obtusion de leurs sens, c’est 1 v dé faut d'attention' ! Quand nous sommes distraits, dit-il, les choses passent sans laisser de traces dans notre conscience, bien que nos organes des sens aient pu être et aient été souvent excités; cependant, nous ne voyons ni n’entendon^. — Certes, mais nous pourrions voir ou entendre, tandis qu’un chien dont les deux hémisphères cérébraux sont profondément mutilés manque précisément des organes de la perception consciente. Goltz veut-il faire de P « attention » une faculté de l'esprit? Cet adversaire acharné des plirénologistes anciens et modernes veut-il ressusciter de vaines entités spirituelles? 11 n’aurait que trop de tendance, s’il ne s’observait, à revenir à Galî, comme il est revenu à Flourens. Sans doute, il existe “bien un état d’esprit qu'on appelle attention, état dont nous sommes loin de connaître toutes les conditions anatomiques et physiologiques. Mais, comme tous les états de l’esprit, comme toutes les fonctions de l’organisme, l’attention est un effet tout autant qu’une cause ; elle accompagne certains processus du cerveau avec lesquels elle apparaît et disparaît; elle est l’aspect interne, psychique, conscient, d’un phénomène biologique dont les condi-

1 IV® IMém 14.

lions physico-chimiques sont pour nous Implication ultime. Ce n’est pas « la perte de l'attention » qui empêche des chiens opérés des deux hémisphères cérébraux de percevoir et d’élaborer les impressions de leurs sens; ils ne sont plus attentifs, parce que leurs perceptions sont très affaiblies 1 ; les deux symptômes relèvent d’une même cause : ta destruction étendue de l’organe de l'intelligence.

C’est à cette profonde déchéance psychique généralisée, consécutive aux traumatismes cérébraux, qu’il convient certainement d’attribuer ce que GoLz persiste à appeler un « changement de caractère ». Des animaux violents, hargneux, vindicatifs, sont devenus sous ses yeux, après l’extirpation du cerveau postérieur, bons et dociles : voilà ce qu’il redit sans cesse, toujours étonné et perplexe. N'a-t-il pas été jusqu’à écrire : « On dirait que l’organe de la défiance et de la colère leur a été enlevé î » Il ne manquerait plus, je le répète, à ce contempteur de la doctrine moderne des localisations, à ce continuateur de Klourens, de finir par devenir disciple de Gall ! Les extrêmes ont quelquefois de ces rencontres. Mais ce n’est point tout à fait le cas ici, quoique Goltz parle de caractères « bons » et « méchants » comme un phrénologiste de l’ancienne école. « Je suis bien éloigné, dit-il, de songer à suivre les traces de Gall. » Il nous prévient donc qu’il ne cherchera pas dans le cerveau postérieur un

! Un disciple de Goltz, Alex. v. Koranvi, attribue à un trouble de U attention le trouble de la vision que Loeh appelle hémiamblyopie ; il attribue encore à l 'attention les mouvements de l’œil provoqués (Schaefer, Munk) par l’excitation électrique du lobe occipital. Zar Physiologie der hinteren Toile des Grosshtms. — Centralisait, f. d. medic. Wissenseh., b3t.

organe de la circonspection et de l'empire sur soîmèrne, dans le cerveau antérieur un organe delà violence et de la colère. Nous voilà avertis. Mais, quant à expliquer les modifications ntmires du caractère après l’ablation de certains lobes cérébraux, c’esi une entreprise devant laquelle il recule décidément, Loltz demeure plus surpris qu'il ne le voudrait paraître de ces résultats inattendus de ses propres expériences.

Ur. cet étonnement defiolfz es! du encore a un paralogisme. 11 considère le « caractère » comme il lait la « volonté » : il réalise, il crée mn* entité purement imaginaire. Le caractère n est pas un être, c est la manière dont un organisme réagit aux excitations du milieu, c’est un mode de la matière vivante, un état qui diffère avec chaque être organisé parce que les conditions internes et externes d évolution n ont jamais été, ne sont et ne seront jamais les mêmes, ni phylogéniquement ni ontogéniquement, pour deux organismes. Le caractère de chaque homme <*st ce qu’il y d’elémentaire en quelque sorte dans sa structure organique, dans son protoplasma cellulaire, dans ta matière et dans les fonctions de cette colonie d'organites qu’on nomme un individu. La conscience n'éclaire presque jamais ces profondeurs inconnues de nous-mêmes, où plongent cependant les racines de notre existence psychique.

Après quoi, il y a quelque simplicité de la part de (ioltzà parler du c» caractère » comme on parle de la mémoire ou de la contractilité musculaire. 11 y a encore plus de naïveté à parler d’une localisation du caractère, soit dans « les régions de la base du cerveau », soit ailleurs, comme l'a fait M. Azam. Autant

vaudrait localiser « les idées de tristesse » dans « les régions temporales et sphénoïdales, » ainsi qu’a tenté de le faire M. Mairetdaus un livre entier (1883). Tout effort de bonne foi pour établir ce qu’on croit être le vrai ou le vraisemblable est certes respectable. Mais il est clair qu’en cherchant à réaliser de simples résultantes, comme le caractère, la tristesse ou la gaîté, etc., on ne paraît point avoir une idée bien juste de ce qu’on appelle aujourd'hui, en Europe, la doctrine moderne des localisations cérébrales. En tous cas, ces essais malheureux sont absolument contraires à l’esprit de cette doctrine.

concu sio\\

Arrivé au ternit* de cet examen critique des doctrines de Fr. Goltz sur les fonctions du cerveau, il nous reste à jeter un dernier regard sur le chemin parcouru.

Apres avoir HK*»qii** n* *.?*.«,*. ci xi « cî »»'ale * nuu^ avons successivement exposé, en les rapprochant des doctrines contemporaines sur les memes sujets et eu les discutant à la lumière de ces écrits, les résultats des expériences de Goltz sur les fonctions motrices du cerveau, ainsi que sur les fonctions de la sensibilité générale, de la sensibilité spéciale* de PinteUigence. Très hostile en fait à toute localisation cérébrale, sans en nier eu principe la possibilité, Goltz a été l’adversaire le plus redoutable, le mieux armé aussi, de la doctrine contraire. C’est pourquoi nous Pavions choisi pour inaugurer cette histoire des doctrines de psychologie physiologique contemporaines. Quoiqu'il se défende d’ètre homme de parti, Goltz a été le chef d'une Ecole, il a des disciples d'un rare mérite, tels que J. Loeb et Max Sclirader, et lui seul vaut toute une armée. Nous avons rendu justice à sa science, a son grand talent, a sa loyauté, à ses

longues, patientes et délicates observations, continuées durant tant d’années.

Si les résultats des expériences et des observations de ce physiologiste éminent avaient prévalu, surtout s’ils avaient le sens et la portée que Goltz, par un vice de raisonnement, a presque toujours été le seul à leur attribuer, la doctrine de l'hétérogénéité fonctionnelle du cerveau,ladoctrine de Fritseh et Hitzig,de Ferrier, deMunk. deLuciani, d’Exner, de Charcot, auraient reçu, au moins pour un temps, une atteinte sensible.

Mais, non seulement les faits et les doctrines de Fr. Goltz n’ont point prévalu : ils ont fourni contre Goltz lui-même des preuves et des arguments décisifs en faveur de la doctrine des localisations cérébrales. Nous nous sommes appliqué à mettre en pleine lumière l'accord profond qui résulte des recherches de Goltz et de celles des physiologistes et des cliniciens contemporains, sur les fonctions de la zone frontopariétale et sur celles de la zone oceipito-temporale du cerveau.

Qu’importe que Goltz ait pris les chemins les plus détournés dans l’obscure forêt de la science, s’il a fini, lui aussi, par arriver à cette clairière où tant d’autres l’avaient précédé, s’il a fini par reconnaître que les troubles de la motilité et de la sensibilité générale se montrent surtout dans les lésions du cerveau antérieur, les altérations de la sensibilité spéciale, surtout dans les lésions du cerveau postérieur?

- Le jour où Goltz a écrit que « les lobes du cerveau n’ont point la même fonction », que les lobes antérieurs et les lobes postérieurs sont fonctionnellement hétérogènes, il a rendu hommage, quoi qu’il ait dit

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depuis et quoi qu’il puisse dire dans l’avenir, à tout un ordre de vérités supérieures qui tendent aujourd’hui a se dégager des faits d’observation et d’expérience, et qui seront demain le plus solide fondement de la science nouvelle, de la psychologie physiologique et expérimentale.

DOCTRINES DE l/ÈCOLE ITALIENNE.

La part de l’Italie dans l’étude scientifique des localisations cérébrales peut être dés maintenant indiquée et caractérisée avec une assez grande sûreté. La critique, qui ne recule pas devant les dernières précisions, reconnaît bientôt, sous l’ampleur de la phrase et l’exubérance du langage, le goût des faits bien observés, la paèsion de l’ordre, l'aversion des solutions extrêmes, l’instinct même de la méthode expérimentale, bref, la solidité et la sobriété du génie italien. Peu de peuples étaient aussi bien préparés à comprendre toute la portée de la grande découverte de Hitzig et de Fritseh. Des cliniciens et des physiologistes comme Tamburini, Luciani, Seppilli, Biauchi, Àibertoni, Morselli, Vizioli, Maragliano, Riva, etc., sans parler de«f,olgi, de Lombroso, de Giacomini, de Mosso, de Marchi, et sans oublier des morts tels que R. Panizzti et Ruceola, ont étendu ou assuré les conquêtes récentes de l'anatomie, de la physiologie et de la pathologie du système nerveux. Les temps sont revenue oî, pour ne parler que des sciences biolo-

giques, il n’est pas plus loisible d’ignorer les travaux des Italiens que ceux des Allemands ou des Anglais. Pour reprendre son rang dans la science contemporaine, l’Italie n’a eu qu'à continuer les traditions de ses savants des trois derniers siècles, de Galilée, de Léonard de Vinci, de Borelli, de Malpighi, de Spallanzani, de Galvani.

Ce chapitre de l’histoire des doctrines contemporaines des fonctions du cerveau n’embrassera que l’étude des faits et des idées qui, dans l’école italienne,-et en particulier dans celle de Florence, ont trait d’une façon spéciale à la théorie scientifique des localisations cérébrales. Cette théorie repose, on l’a vu, sur le solide fondement de 1 anatomie, de lâ physiologie expérimentale et de 1 observation clinique. Quoique la pathologie cérébrale ait devancé l’expérimentation physiologique en ce domaine de la connaissance, il est certain qu'une bonne anatomie lopographique du cerveau a été la première condition de la science nouvelle. Sans cette anatomie, la connaissance des fonctions du cerveau, à l’état normal ou pathologique, serait encore plongée dans cette confusion et cette obscurité où l’ont trouvée les médecins et les psychologues il y a seulement vingt ans. Sur la foi de Flourens, de ses précurseurs et de ses successeurs, on considérait la surfade du cerveau comme douée, dans toutes ses parties,des mêmes propriétés, si bien qu’un éminent psychologue compare encore le cerveau à une sorte de polypier, dont les- éléments ont mêmes fonctions 1 .

1 II. Taine. De l'intelligence, I, 27i (3' édit.) : * C'est (le cerveau)

Précisément à ce sujet, M. Charcot écrivait, en 18T6 : « En présence des expériences et des observations qui démontrent la réalité des localisations corticales, il faut renoncer à cette théorie 1 . » La théorie qui la remplace, la théorie des localisations cérébrales, n'a été définie par personne en meilleurs termes, et avec plus d’autorité : « Le principe des localisations cérébrales est fondé sur la proposition suivante, dit M. Charcot : l’encéphale ne représente pas un organe homogène, unitaire, mais bien une association, une fédération constituée par un certain nombre d’organes divers. A chacun de ces organes se rattacheraient physiologiquement des propriétés, des fonctions, des facultés distinctes. Or les propriétés physiologiques de chacune de ces parties étant connues, il deviendrait possible d’en déduire les conditions de l’état pathologique, celui-ci ne pouvant être qu’une modification plus ou moins prononcée de l’état normal, sans l’intervention de lois nouvelles 8 . »

Luciani, Tamburini et Seppilli sont aujourd’hui les principaux représentants, en Italie, de la théorie qui vient d’être définie. L’œuvre qui la résume, et qui sert de lien en quelque sorte au faisceau de doctrines nées ou élaborées à ce sujet en Italie, depuis les

un organe répétiteur et multiplicateur dans lequel les divers départements de l’éeorce grise remplissent tous les mêmes fonctions , » p. 270.

1 C. li, de la Soc, de biologie , 1870, 254 suiv. Cf. 1875, 425, ce qu’il faut penser des observations tirees d’observations anciennes et en particulier de celles que mettait alors en avant M. le professeur Brown- Séquard, dans les mémorables discussions de la Société de biologie sur les localisations cérébrales.

* Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la épinière, recueillies par Bournevitle et Brissaud, 1870-80, p. 8.

recherches de Fritsch et Hitzig, de David Ferrier, de Charcot, de Goltz,de Munk et d’Exner, est intitulée : Le localïzzazioni funzionali del cerrello (Napoli, 1885). Une traduction allemande de ce livre, contenant un chapitre nouveau sur l’épilepsie corticale, peut en être considérée comme une seconde édition h

Un physiologiste, Luciani, professeur et directeur de l’Institut physiologique de Florence, et un clinicien, Seppilli, médecin du manicome d’Imola, sont les auteurs de cet ouvrage. Mais ces savants ne pourront que se trouver honorés si nous continuons d’associer à leurs noms celui de Tamburini, l’illustre professeur de psychiatrie et directeur de l’asile d’aliénés de Reggio d’Emilie, le premier collaborateur de Luciani, avec Maragliano et Riva. Il y a je ne sais quoi de grave et de touchant dans ces collaborations désintéressées de savants, dont l’influence secrète, j’entends la méthode et le tour des pensées, survit aux jeunes années et aux anciennes études. C’est ainsi que dans les Leçons sur les fonctions motrices du cerceau , de François-Frank, revivent tant d’admirables recherches du professeur Pitres, comme en témoigne si souvent l’auteur de ce beau livre. Si l'œuvre de François-Frank a surtout mérité les éloges de Charcot, par l’heureuse alliance des recherches de laboratoire et des données de la clinique, et cela grâce à la collaboration d’un physiologiste et d’un médecin, il faut reconnaître le même mérite à l’ouvrage de Luciani, qui s est associé, après Tamburini, avec un clinicien et un anatomo-pathologiste tel que Seppilli. Ici

* Die Funcfiom-Lm alimlion auf der Grosihimrinde. Deutsche und vermehrte Ausgabe von D* M.-o. Fraenkel. — Leipzig, 188*5.

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aussi l'expérimentation sur les animaux et la clinique de l'homme marchent du meme pas.

Mais, comme il arrive lorsque l'on considère une œuvre de synthèse scientifique si laborieusement édifiée, le livre des Localisations fonctionnelles du cerveau ne serait guère intelligible en toutes ses parties sans une connaissance particulière de ses éléments constituants, je veux dire sans l'étude préalable des Mémoires publiés par Luciani et Tamburini Sur les centres corticaux psycho-moteurs (1878-1879 h, Sur les centres corticaux psycho-sensoriels (1879*), suivis de leurs Etudes cliniques sur les centres corticaux sensoriels (1879)*. Dès 1878, Luciani avait publié Sur la pathogénèse de f épilepsie k un travail magistral de physiologie expérimentale, dont le point de départ avait été le premier des mémoires cités ici, et dont il faut citer les termes lorsqu'on aborde l'analyse des récents travaux de Seppilli sur l'épilepsie corticale. Enfin, il convient de tenir grand compte des idées vraiment géniales de Tamburini Sur la genèse des hallucinations \ Si Ton ignore toute cette littérature un peu touffue, si Ton n’a point présentes à l’esprit les formes

1 Luigi Luciani e Augusto Tamburini, Ricerchexperimentali suite funzioni del eervello. Sut ventri pxico-motori corticali. In Rivista sperim. di freniatria ... IV-V, 1878-79.— Et, à part, Keggio-Eniiiia, tipogr. di Stefano L'alderini, 1878.

* Suirentripsico-sensori corticali. In Rivista tperim. di fren 1879. *Studi clinici sut cent ri sensorj corticali. Cornmunicazione preven-

tiva. — Annali univerxati di medicina e ehimrgia t vol. 247, Fasc. 742, aprile 1879.

* Sut la patogenesi délia epilessia , Studio critico sperimentaie de! prof. Luciani. In Rivista sperim. di freniatria, 1877-8. — Communicazione , al terzo congresso freniatrico in Reggio-Emilia, 4880. Dûcussiane fra i prof. Luciani, Vizioii et Morselli. In Areh?>io Italianoper le malalie net'vose , 4881.

* Su lia geneti delle allucinaztoni . Rw. di fren., 4880, p. 126, sq.

diverses qu’ont traversées les doctrines de ces auteurs, depuis leur origine rudimentaire jusqu’à leur épanouissement, on risque "fort de se trouver devant le livre de Luciani et de Seppilli comme devant un organe dont on ne connaît pas la lente évolution progressive.

Nous voudrions donc, sans toutefois sacrifier, s’il est possible, ce que nous avons pu apprendre, après une assez longue enquête, touchant les faits et les idées des autres auteurs italiens, nous attacher surtout à faire connaître les travaux de Tamburini, de Luciani et de Seppilli sur les localisations des fonctions du cerveau. Pour qu’un pareil travail soit utile, il doit avant tout reproduire l’ordre des faits et des pensées des auteurs italiens, en s’écartant aussi peu que possible des textes originaux. Si, dans l’exposition et la discussion de ces faits et de ces doctrines, nous signalons d’autres faits et d’autres doctrines, empruntés à d’autres auteurs italiens, à Golgi, par exemple, dont nous avons fait une étude particulière, et dont les travaux considérables, renommés dans le monde savant, mériteraient une étude entière, ce ne peut être, à moins de briser l’unité de notre sujet, qu’à titre d’illustrations, de corrections, d’additions.

Fixer, à un moment de son développement, la théorie des localisations cérébrales en Italie, et en particulier dans l’Ecole de Florence, comme nous l’avons fait pour l’Ecole de Strasbourg, comme nous espérons le faire pour l’Ecole de Berlin, et pour celles de Vienne et de Paris, voilà l’unique fin que nous poursuivons, œuvre d’histoire et de critique, non de dogmatisme.

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