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III. — Épreuve du Bieu de Méthyiène

Nous avons déjà dit qu'à côté de la perméabilité rénale vraie nous avons voulu étudier la perméabilité expérimentale ; et que, dans ce but, nous avons choisi, parmi les procédés indiqués par M. Achard et par M. Lépine, celui qui est le mieux connu actuellement, et que nous avions eu déjà l’occasion d'étudier nousmême, Le procédé du bleu de méthylène. | consiste dans la technique suivante, que nous avons toujours exactement employée :

On injecte profondément, dans la cuisse ou dans la fesse du malade, un centimètre cube d'une solution au vingtième de bleu de méthylène, stérilisée à l'autoclave : l'injection est faite après évacuation préalable de la vessie. Une demi-heure après, on recueille de l'urine dans un verre et on répète cette prise d’urine toutes les demi-heures jusqu’à ce que l'urine rendue soit bleue. À partir de ce moment, on ne recueille de l'urine que toutes les deux heures, jusqu’à la cessation de l'élimination ; et l’on re-. cherche ensuite dans ces verres d’urine les modalités de cette élimination.

Le bleu de méthylène s'élimine sous deux formes différentes : soit sous forme de bleu, qui colore l'urine, selon la teinte propre de celle-ci, en bleu ou en vert ; soit sous forme d'un leuco-dérivé du bleu de méthylène, désigné par Voisin et Hauser, qui en ont reconnu l'existence, sous le nom de chromogène, et qui ne colore pas l’urine. Pour en déceler la présence dans une urine incolore, il faut chauffer celle-ci jusqu'à l’ébuilition, après addition d’acide acétique. Lorsque du chromogène s'élimine en même temps que du bleu, il faut, pour vérifier cette concomitance, extraire d’abord le bleu de l'urine par le chloroforme, qui le dissout ; puis, sur l’urine ainsi décolorée, faire la réaction du chromogène indiquée,

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Lorsque les urines sont très chargées de bleu, cette extraction ne peut guëre être faite complètement, et la recherche du chromogène est malaisée.

Nous ne ferons pas ici l'historique de ce procédé ; nous exposerons seulement l’état de nos connaissances sur la signification actuellement admise des renseignements qu'il fournit.

[Il convient dans les observations de noter plusieurs éléments de la courbe d'élimination du bleu :

1° LE DÉBUT. — Chez un sujet normal, le bleu s’élimine 3/4 d'heure ou 1 heure après l'injection. Ce début peut être précoce ou retardé. Le début précoce a été observé par le professeur Bard (de Lyon), qui en a fait un signe de perméabilité exagérée au bleu. Nous-même l'avons observé avec notre maître le D" Albarran dans des circonstances où le rein setrouvait en hypertrophie compensatrice.Le début retardé a d’abord paru à Achard et Castaigne comme le signe le plus sûr de l’imperméabilité rénale ; cette donnée reste toujours vraie dans la généralité des cas; toutefois, elle ne doit pas être considérée comme absolue, car nous avons vu {avec M. Albarran) des faits où l'élimination du bleu était notablement retardée par des reins ne présentant pas de lésions accusées.

2° L’INTENSITÉ DE L'ÉLIMINATION. — Nous répéterons ici ce que nous avons dit ailleurs avec M. Albarran : « L’intensité de l’élimination nous paraît un indice bien plus sûr que le mode de début de la perméabilité plus ou moins bien conservée au bleu. » On ne peut l’apprécier avec une rigueur toute mathématique, les essais de dosage du bleu n'ayant donné aucun résultat précis ; mais il est facile de noter quelques degrés d'intensité colorante, ces notations faites par le même observateur restant comparables entre elles. Nous considérons conventionnellement comme élimination minime la présence du bleu en quantité telle qu'il est incapable de colorer l'urine ; sa présence ne peut être reconnue que par l'extraction chloroformique. L’élimination est dite faible,

lorsque l'urine est à peine colorée en bleu ; elle est forte lorsque l'urine est bleu-foncé ; entre ces deux extrêmes, nous notons l'élimination comme moyenne.

3° DURÉE DE L'ÉLIMINATION. — Normalement l'élimination du bleu est terminée en 36 à 48 heures. Elle peut être plus rapide ; nous verrons plus tard l'interprétation qu'il convient de donner à quelques-uns de ces cas; elle peut être prolongée. D’après Achard et Castaigne, l'élimination prolongée est signe d'imperméabilité rénale. M. Albarran et moi pensons avoir démontré dans un autre travail que cette interprétation n’est pas toujours exacte ; nous avons observé ce phénomène dans les cas d’hypertrophie compensatrice du rein ; etnous verrons que les faits étudiés dans ce mémoire viennent confirmer cette constatation. Mais de même que tous les autreséléments de la courbe d'élimination du bleu, la durée ne peut, dans ses différentes modalités, être susceptible d'une interprétation unique.

4° MARCHE DE L’ÉLIMINATION. — Normalement le bleu s’élimine d'une manière régulière, avec une intensité croissante d’abord, progressivement décroissante ensuite ; cette élimination a été dite cyclique par M. Chauffard qui a montré que l'élimination pouvait se faire en plusieurs temps. Cette élimination polycyclique, M. Chauffard l’a observée dans les cas d'insuffisance hépatique ; Roques de Fursac et Dufour dans les affections du système nerveux; Albarran et Léon Bernard, dans les reins en hypertrophie compensatrice ; Leredde dans un cas de dermatite herpétiforme, Nous pensons donc que l'élimination polycyclique indique soit des troubles fonctionnels de l’innervation, soit l'effort du rein pour accomplir unetâche d’excrétion plus lourde qu’à l’état normal \l’annihilation du rôle antitoxique du foie, la suppression d’un département rénal entraînant l’hypertrophie des autres, la suppres- Sion des fonctions de la peau organe vicariant d'émonction, toutes ces conditions conduisent au même résultat : surproduction

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de poisons à éliminer par le rein ; et c'est dans ces conditions que l’on observe l'élimination intermittente. Nous verrons par la suite que les observations de ce travail viennent encore vérifier cette interprétation.

5° LE CHROMOGÈNE. — Actuellement on connaît deux chromogènes du bleu de méthylène (Voisin et Hauser ; Linossier et Barjon ; Achard et Castaigne ; Albarran et Léon Bernard) :

a) Le chromogène de fermentation. — Wse produit spontanément dans les urines contenant du bleu, qui subissent la fermentation ammoniacale. Il est très instable, et régénère le bleu par la simple agitation à l’air des urines décolorées.

b) Le chromogène d'élimination, dont la présence dans les urines est sans rapport avec leur réaction, et dont les conditions de production, et par conséquent la signification, sont très mal connues actuellement. Achard et Castaigne ont soutenu que les cas d'élimination dissociée, où le passage du chromogène s'établit normal, avant celui du bleu, retardé, correspondent à des reins dont la perméabilité est légèrement diminuée, moins que lorsque le retard existe pour les deux substances. Il est possible, à notre sens, que le délai d'apparition du chromogène doive être tenu pour celui qui indique le début de l'élimination dans l’interprétation de l'épreuve ; et que sa présence à la place du bleu, indique tout autre chose que des modifications de la perméabilité, peutêtre des modifications chimiques relevant de troubles fonctionnels des reins ou d’autres organes. Mais nous ne savons rien à ce sujet.

Tels sont les éléments de l'élimination du bleu, que nous avons notés dans nos observations ; nous avons tenu à dire au préalable le sens qu'on leur accorde actuellement. Nous ne parlérons de la valeur générale du procédé, qu'après avoir exposé les résultats qu'il nous a donnés ; car ceux-ci seront d'un grand

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