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CHAPITRE PREMIER

Modes d'élimination des poisons de l'organisme.

Toxicité du sérum sanguin et des urines dans les néphrites chroniques.

Pour pouvoir apprécier la valeur des chiffres que nous avons trouvés dans nos recherches, il nous faut d'abord être fixé sur les coefficients de toxicité normale du sérum sanguin et de l'urine.

J. — TOxICITÉ DE L'URINE NORMALE. — D'après M. Bouchard, la toxicité de l'urine normale est de 45 ; il faut 45 centimètres cubes d’urine normale d’individu adulte pour tuer 1 kilogramme de lapin; et comme on sait que cet individu émet en 24 heures, 1250 centimètres cubes en moyenne d'urine, on en conclut donc que dans ce laps de temps, cet individu rend en moyenne 33 urotoxies.

D’après M. Guinard (de Lyon) la toxicité de l’urine normale serait de 132 centimètres cubes.

D'après Mairet et Bosc elle est de 67 centimètres cubes. Notre technique se rapprochant plutôt de celle de Bouchard et de Mairet et Bosc, il était à supposer que nos chiffres se rapprocheraient des leurs ; nous avons fait trois expériences pour vérifier cette hypothèse.

Exp. I. — Urine normale. Homme de 27 ans, de santé parfaite. Régime alimentaire pendant 24 heures : 2 litres 1/2 de lait et 300 gr. de pain, Urine de ces 24 heures (pendant le mois d'août, très chaud) quantité : 800 cmc.

Densité : 1021, Réaction : acide.

Lapin de 2470 gr. Injection de 5 eme. à la minute : miction peu abondante, gêne respiratoire qui va s’accentuant, myosis, torpeur et crampe, dyspnée progressive, secousses convulsives, mort à 104 cmc.

Autopsie : pas de caillots.

Toxicité : 42 et Urotoxies en 24 h. : 19.

Exp. II. — Même individu. Urine émise pendant l'hiver. Urines des 24 h. Quantité : 1000 eme. Densité : 1027. Réaction : acide.

Lapin de 2490 gr., miction, défécations, quelques convulsions. Mort à IIO CMC.

Toxicité : 44 et Urotoxies en 24 h. : 22.

Exp. IT. -- Urine normale. Homme de 26 ans de bonne santé, Régime alimentaire habituel. Urine de 24 h. Quantité : 1050 emc. Densité : 1025. Réaction : acide.

Lapin de 1950 gr. Myosis, dyspnée, agitation jusqu’à la mort à 60 cmcC.

Autopsie : pas de caillots.

Toxicité : 30 et Urotoxies en 24 h. : 85.

On voit que les chiffres présentent entre eux des écarts sensibles. Cela tient à la différence des techniques employées par chacun des observateurs, et nullement à l'insuffisance de la méthode, ainsi que nous pensons l'avoir démontré dans le travail critique, que nous avons déjà mentionné à plusieurs reprises. Chaque auteur obtient avec une technique déterminée des résultats très voisins pour une même urine, et comparables entre eux pour des urines différentes ; ces chiffres ne sont cependant que voisins, et non identiques. Cela n'irait pas sans inconvénients, si nous exigions pour ces coefficients une valeur numérique rigoureusement mathématique. Mais cette prétention nous semble tout à fait incompatible avec la variabilité des phénomènes biologiques, et au surplus elle n’est rien moins qu'indispensable aux études que nous poursuivons. Nous n'avons à étudier ici que des rapports ; la toxicité est-elle normale, augmentée ou diminuée, dans tel cas donné ? Telle est la seule question, nous l’avons

déjà dit, que nous devons résoudre. Et nous avons vu que la mé- BERNARD : 4

thode de Bouchard est parfaitement susceptible de le faire avec une exactitude, qui, pour n'être pas mathématique, n’en est pas moins scientifique. Il convient, pour cela, de ne tenir compte que des écarts notables pour l’état pathologique, et il suffit de déterminer un coefficient moyen pour l’état normal ; or c'est là tâche aisée : nous considérons comme représentant une toxicité normale les chiffres qui varieront entre les limites de 30 à 50 comme toxicité brute: entre 20 et 35 comme élimination urotoxique. Ce ne sont que des différences sensibles avec ces chiffres que nous utiliserons pour nos conclusions ; celles-ci pourront encore s'établir malgré ces restrictions, que nous croyons nécessaires, et elles n’en seront que plus légitimes. C’est aussi en raison de ces réserves que nous avons cru tout à fait inutile de pousser nos calculs jusqu'aux fractions d'unité de toxicité.

Il. TOXICITÉ DU SÉRUM SANGUIN NORMAL. — Les chiffres, trouvés pour le sérum sanguin, varient encore plus, selon les auteurs, que ceux de la toxicité des urines. C’est ce qu'on verra par le

tableau suivant :

RUMIMO EL DOAONI Se ne el ErC MASSION EST NL A MERS NE Aa EC RE Leclainche etRemond eee Cr CHATINE ET EE EN Mairel et BOSC RER EC RENE ENE TE Castellinio 402 2 RAR EAU Se RAS ANOL ne OS EE DUMATESE VAR RE RSS RC RTE ROUMANIE Ne RC AIÏDU: PEAU TRE RS TO SS

Les grandes différences constatées sont immédiatement explicables par des différences de technique. C’est ainsi que les chiffres de toxicité considérable (10 et moins de 10) se rapportent, pour

la plupart des auteurs, à la toxicité vraie, et les chiffres de toxicité relativement faible (15 à 30), à la toxicité expérimentale, C’est

uniquement à cette dernière que nous nous sommes adressé dans ce travail.

La technique que nous avons suivie se rapproche surtout de celle de Leclainche et Rémond, Charrin et Rouma ; il y avait donc lieu de penser que les chiffres que nous trouverions pour la toxicité du sérum seraient comparables aux leurs.

Nous n'avons pas eu l’occasion d'étudier un sérum d’individu normal ; mais, étant donné les réflexions précédentes et la gamme de chiffres, que nous avons trouvés chez les individus atteints de néphrites, nous pensons être en droit de considérer comme toxicité normale, avec notre technique, celle dont la valeur varie entre 20 et 30. Au-dessous de 20, nous dirons que la toxicité est augmentée ; au-dessus de 30, qu'elle est diminuée. Mais, là encore, nous ne baserons de conclusions que sur des écarts assez larges, pour qu'ils suffisent à les légitimer aux yeux de tous.

Ce préambule étant posé ,abordons maintenant notre vrai sujet, qui est la recherche de la toxicité du sérum et des urines au cours des néphrites. Nous savons que notre but est de déceler le mode d'élimination des substances toxiques, et que nous n’avons étudié parallèlement la toxicité du sérum que pour pouvoir contrôler la part exacte qui revient à la fonction rénale dans la quantité de poisons éliminés; et déterminer les conséquences qu'exercent sur la toxicité du sérum les variations de l'élimination toxique. Le résultat le plus frappant de nos recherches est le suivant, comme on peut s’en rendre compte par les observations précédentes : l'élimination des substances toxiques n’est pas diminuée d'une manière constante au cours des népbrites chroniques. W est des cas où cette élimination est entravée ; il en est d’autres, au contraire, où elle est normale et même exagérée. Si nous ex-

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trayons des observations précédentes ce qui concerne cette part d'élimination, et que nous réunissions les coefficients toxiques trouvés, nous sommes amené à les classer sous ces deux chefs ; élimination entravée ; élimination respectée.

A. — Cas où l'élimination des poisons est entravée.

Ces cas sont rapportés dans le tableau suivant, par ordre de diminution décroissante de l'élimination.

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