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CHAPITRE V

LE FOIE BILIAIRE (Sécrétion externe du foie).

La sécrétion intestinale ou biliaire du foie a, nous l'avons vu, progressivement diminué d’importance, dans la série animale, par l’individualisation du pancréas, primitivement confondu avec le foie, et aussi par le développement prédominant de la sécrétion interne. Pourtant elle est loin d’être devenue négligeable, puisqu’elle se traduit, quotidiennement, par la production d’un litre environ de bile, cpii se déverse au commencement de l’intestin.

Ce liquide a un double rôle : il représente, d’une part, l’élimination, hors de l’organisme, de produits nocifs, ainsi que l’indique la grande toxicité de la bile; d’autre part, il est utilisé, par surcroît, comme adjuvant de la digestion intestinale.

Le premier de ces deux rôles est, de beaucoup, le plus Important: un chien, dont la bile est détournée au dehors par une fistule cutanée,

reste longtemps clans un étal de santé à peu près normal, et ses digestions même, grâce aux autres glandes digestives, ne souffrent pas trop de l’absence de bile ; au contraire, un animal, dont le canal cholédocjue reste obstrué complètement, éprouve rapidement différents troubles nerveux, cardiacjues (bradycardie), rénaux (albumine) en rajiporl avec la rétention biliaire, et, ultérieurement, présente des lésions secondaires des principaux viscères : certains animaux même, le lapin par exemple, succombent rapidement à l’absence d’élimination biliaire.

Si donc l’animal doit, sous peine d’accidents graves, éliminer au dehors les principes toxicjues contenus dans la bile, il peut se passer beaucoup plus facilement de bile dans l’intestin au cours du travail digestif. L’abouchement du canal cholédoc|ue, à la première partie de l’intestin, démontrant l’utilité digestive de la bile, indicpie peut-être moins un but téléologique c]ue l’origine ancestrale, ontogénicpe et phylogénicjue du foie aux dépens de l’intestin moyen.

Quelle cjue soit l’importance relative des fonctions biliaires, nous les étudierons successivement. Nous décrirons, tout d’abord, le mécanisme hydraulique de l’excrétion biliaire, et son système de chasse automatique. Puis nous étudierons, d’une part la nature, l’origine et la toxicité de chacun des produits excrétés ; et d’autre part, le rôle possible et l’utilité de la sécrétion biliaire totale.

LE FOIE BILIAIRE

Mécanisme hydraulique de l’excrétion biliaire.

L’appai'cil biliaire esl conslilué par un système de canaux excréteurs qui se réunissenl les uns aux autres, et finissent, par constituer un canal unique, venant s’ouvrir dans le duodénum.

ce système peut être adjoint un système accessoire, qui représente un réservoir de chasse, la vésicule biliaire.

L’absence du vésicule constitue le type le plus simple : il se rencontre, presque uniquement, chez certains animaux à digestion continue (fig. •ifi. G) chez des Herbivores (cheval, cerf, chameauj, chez beaucoup d’Oiseaux (perroquet, pigeon, autruche), chez des Pachydermes (éléphant, rhinocéros). Chez l’éléphant, la partie inférieure du cholédoque se dilate simplement et constitue une ébauche de vésicule (fig. 26, 5).

Lorsque laA'ésicule existe, ce qui esl le cas le plus fréquent, elle peut être située sur un branchement du canal principal, nommé canal cyslique, dont elle représente l’extrémité dilatée (homme et la plupart des mammifères, amphihiens, quelques oiseaux et quelques poissons) (fig. 26, i): ou bien elle peut, en outre, communiquer directement avec le foie (canal hépato-cystique), comme chez le bœuf, le mouton, le chien (fig. 26, 2) ; ou bien, enfin, elle peut conimuni- «[uer directement avec le foie d’nne part (canal

Gimjert et Cahnot.

178 FO.\CTIONS HÉPATIQUES EN PARTICUUEIi

liépato-cysli(|ne)etavec rinleslin de l’aiilrc (canal cystico-eatérique) : tel est le cas chez la loutre, la presque totalité des oiseaux, le crocodile, etc. (fig. 2Ü,4).

La bile s’écoule dans le système biliaire, poussée par son accumulation même, c’est-à-dire

Fig, 26. — Divers types de voies biliaires dans la série animale. Dispositions: i, chez l'homme; 2, chez le chien; 3, chez le phoque: 4, chez la loutre; 5, chez l'éléphant ; C, chez le cheval.

[lar la sécrétion continue de nouveau liquide en arrière d’elle, jusqu’à l’établissement d’une certaine pression : au delà de cette pression, s’il n’y a pas écoulement, la sécrétion cesse du côté du canalicule, et les produits de la bile sont alors déversés à l’autre pôle de la cellule, dans le ca|)illaire sanguin, peut-être dans le lymphatique : d’où l’aitparition d’ictère.

LE FOIE BILIAIRE

D’autre part, la progression du liquide est aidée par les contractions musculaires des canaux : leurs mouvements péristaltiques existent, mais faibles, chez les mammifères : chez le pigeon, au contraire, on voit, très nettement, se produire d’énergiques mouvements péristaltiques, rythmés, analogues à ceux de l’intestin . Doyon a fait une minutieuse étude de la contraction musculaire des voies biliaires au moyen du rhéomètre à huile de Morat.

Le hranchement qui aboutit à la vésicule se remplit, à son tour, grâce à un système d’aiguillage constitué par un sphincter important (sphincter d’Oddi), situé sur le cholédoque, au-dessous de la réunion des canaux hépatique et cys tique . Lorsqu’il y a contraction de ce sphincter et relâchement de la vésicule, lahile pénètre du canal hépatique dans lecanalcystique et emplit la vésicule. Inversement, au moment de la chasse biliaire, la vésicule se contractant, le sphincter d’Oddi se relâchant, tout le contenu du réservoir est projeté dans l’intestin.

La réunion de ces diverses causes de progression de la hile aboutit à l’établissement d’une [)ression moyenne, qui, chez le chat, varie de i5 à 27 centimètres d’eau ; chez le chien elle est de 27 centimètres environ; chez le cobaye, elle varie de 18 a2i centimètres (Heidenhain, Friedlander, Barisch.)

Le rôle du sysLème nerveux dans la contraction musculaire des voies biliaires est, actuellement, bien déterminé. L’excitation des nerl’s

i8o FO.XCTIONS HÉPATIQUES EN PAimCULIE/t

f,Tands splanclinicfiic.s provoque la conlraclioi» lie tout l’appareil: le relâchement ne peut, an contraire, èire obtenu que ])ar voie réflexe: l’excilation du bout central du grand splancbnitpie détermine le relâchement de la vésicule: l’exci tation du bout central du vague provoque le relâchement du s[)bincter duodénal, en même temps que la contraction de la vésicule. Quant au sphincter d’Oddi, il a un centre spinal au

l'iG. 27. — Sphincler inférieur du cholédoque (d’après Heiidrickson).

A, Fibres musculaires longitudinales du cholédoque : B, Spliinc- (er du cholédoque; G. Sphincter du canal de Wirsung.

niveau de la jtremière paire lombaire : l'excitalion électrique de la racine antérieure de cette paire ])rovoque la contraction spasmodique du sphincter. Enlin le tonus des . sphincters sérail maintenu par des ganglions sympathiques situés entre les fibres musculaires de l’intestin et celles du sphincter (Oddi et Kosciano.)

Le plus souvent, la contractilité des voies biliaires est [trovoquée par des excitations mécaniques et chimiques, qui déterminent un réflexif d’origine intestinale : on connaît, d’autre part, l’influence chimique de l’asphyxie, de la |ûlocarpine, qui font contracter les voies biliaires, du

LE FOIE BILIAIIIE

curare, de l’alropinc qui eu délcrminent le relàc'henieiiL

luverseuient la vésicule biliaire et les canau.x sont le point de départ de [)liénomènes nerveux, dont le trajet a été déterminé par iVJnron, Laborde, Senianowsky : le cœur est ralenti et alfaibli, la respiration troublée, etc.

Cette excitation nerveuse centripète, très douloureuse, détermine la colique hépatique, et aussi une inhibition générale du l'oie telle que (Gilbert et Castaigue), pendant la colique hépatique, le l'oie devient brusquement insullisant, laisse passer le sucre, l’indican, etc.

D’autres réflexes, à 2)oint de dé]:>art vésiculaire, déterminent une vaso-constriction pulmonaire (Arloing et Morel, Fr. Franck), si serrée qu’elle peut aboutir à l’insuffisance Iricuspidienne aiguë (Potain, Barié).

Les phénomènes doidoureux, extrêmement intenses, qui ont leur point de départ dans les voies biliaires, sont bien connus des cliniciens avec leurs points d’élection, leurs irradiations vers l’épaule droite, etc. Chez le chien, nous avons, plusieurs fois, constaté combien la ligature de la vésicule à sa base était douloureuse pendant quelques heures: puis, après ce laps de temps, et sans que la ligature soit levée, tous les phénomènes paraissent s’amender spontanément.

Mécanisme de la sécrétion biliaire.

Quantité de bile sécrétée. — Ces diflérents

i8a FONCriOys HÉPATIQUES EN PAIiTIGULIER

n'îlloxes qui rendent la vésicule biliaire, comme la vessie, très sensible aux moindres excitations, modilient, naturellement, récoulcrnentde Labile : aussi la quantité sécrétée varie-t-elle beaucoup, suivant les inlluences excrétrices que nous venons de voir, et surtout suivant les Influences sécrétrices que nous allons examiner maintenant.

La quantité de bile totale est exprimée par des cbillVes très variables, d’une importance toute relative : chez l’iiomme, Copeman et Winston donnent les chifTres de 779 centimètres cubes par a/| heures, Ranke 65a, Yeo et Ilersonn 875, \Vittich 33a. Ces chillVes parai.ssent, généralement, trop faibles, eton peut évaluer la quantitéde bile totale par a 4 heures à un peu moins d’un litre.

Ihdder et Schmidt donnent les chillies de i3 à a 9 centimètres cubes par kilogramme chez le chien, de i4,5 chez le chat, de a5 chez le mouton, de i36 chez le lapin. Dastre s’en tient au chiffre de 10 centimètres cubes par kdogramme chez le chien, avec un résidu sec de o,443-

Variations quantitatives de la bile. — Ces quantités sont influencées par un grand nombre de facteurs, et en première ligne par les phénomènes digestifs auxquels doit collaborer la sécrétion biliaire.

Rôle du jeûne et de l’alimentation. — D’après Imkjanow, le jeune augmente légèrement tout d’abord, puis diminue la quantité de bile sécrétée. Quand l’amaigrissement atteint 34 pour

LE EOIE BILlAIliE

loo du poids du corps, la quanlilé de bile diminue de moitié. Mais, l'ail remarquable, rabaissement porte presque uniquement sur la quantité d’eau : la bile se concentre et devient plus épaisse et plus colorée. Kunkel dit même qu’elle peut alors obstruer les canaux.

Le rôle de l’alimentation sur la sécrétion biliaire paraît être, également, ])eu important. Jlidder et Schmidt fixent les maxima de sécrétion à i3 beures après les repas : Kolliker et Muller de 3 à 8 beures, Ileidenbain de 3 à 5 heures et de i3 à i5. Mais Dastre a nionlré que la sécrétion biliaire est sensiblement régulière : si elle présente bien deux maxima, le malin à 9 heures, le soir de 9 heures à 1 1 heures, et deux minima, le malin à 1 1 heures et demie, le soir à 6 heures et demie, ces périodes ne correspondent que très vaguement aux périodes digestives. Rosenberg a observé une augmentation périodi- (|ue de la sécrétion aux mêmes beures pour les animaux à jeun et pour les animaux nourris. Spiro et Kunkel ont montré que la production d’acides biliaires est assez indépendante des phénomènes de désassimilation des albuminoïdes : lorsque la proportion d’albumine ingérée est j)orlée de i à 8, les quantités d’azote et de soufre éliminées par la bile varient, à peine, du simple au double : dans les urines, au contraire, la quanlilé d’Az et de S s’adapte, très rapidement, aux variations alimentaires (i).

(i) Itc-ccmrnent Gilbert cl Lercboiillel ont vn que, dans

i8i FONCTIONS IIÉPATIQUES EN PÀRTICULIEH

De inènie le ifenre d’alimentation ne paraîl influer f|ne très Icgèrenicnl snr la quantité de bile secrétée ; ces résultats ne se constatent, du reste, (|u’a|)rès deux ou trois jours de régime. Les albuminoïdes semblent augmenter la bile plus que les bydrocarbonés. Les animaux nourris avec d<‘ la graisse ne sécrètent pas plus de bile que les animaux à jeun. Bidder et Schmidt, Prévost el Binet, Woltl' trouvent même que ralimentation ])ar les graisses fournit le minimum de bile : les expériences de Rosenberg, qui justiliait remploi de riiuile dans la lithiase par une augmentation consécutive de sécrétion biliaire, ont été contredites par celles de Mendelstamm et de Thomas.

Mais ces diflérentes recherches faites avec les anciens procédés de fistule biliaire (vésicule abouchée à la peau) indiquent presque uniquement les variations de la sécrétion biliaire qui dépend peu de l’alimentation. Or il est également intéressant de connaître l’influence des aliments sur la chasse vésiculaire et sur V excrétion intestinale de la bile.

C’est à quoi est arrivé, tout récemment, Bruno, sous la direction de Pawlow, en abouchant à la peau le segment duodénal qui contient l’ampoule de Yater et en conservant ainsi l’intégrité absolue des voies biliaires inférieures.

l’ictère, les urines émises après les repas sont les plus riches en pigments biliaires. Ce fait semble prouver indirectement qu’il y a hypersécrétion biliaire pendant la digestion.

Bruno a aui que l’écoulenienl de l)ile dans l’inloslin csl disconlinu : il ne se produit pas pendant le jeune, lorsque l’esloniac est vide, et Bien cpie la vésicule contienne alors de la hile. En présentant à ranimai des aliments ou en les lui faisant ■sentir, on ne provoque non plus aucun écoulement biliaire, meme après un jeune prolongé.

La bile s’écoule, au contraire, pendant les heures qui suivent le repas. L’écoulement commence de dix minutes à une heure après le lepas (quinze minutes après un repas de lait, 45 minutes après un repas de viande et de pain) ; il dure pendant tout le temps que l’estomac est rempli et cesse de cinq à dix minutes après l’éva- •cuation du chyme gastrique dans le duodénum.

Celte excrétion n’est pas déterminée par un réflexe hucco-pharyngé : car si l’on fait à un animal une fistule œsophagienne, un repas fictif <lont les aliments tombent au dehors ne détermine pas d’écoulement biliaire. On peut, d’autre part, introduire dans l’estomac, par fistule, diverses substances ne provocjuant pas la sécrétion gastrique (ovalbumine, etc.) sans que leur contact mécanique avec la muqueuse provoque l’excrétion de bile.

En tenant compte de ces difiérenls faits, de la production d’écoulement biliaire après le repas, de sa cessation quelques minutes après l’évacuation finale du chyme dans le duodénum ou après son évacuation par une fistule' gaslri- <jue, on est amené à conclure que l’excrétion liiliaire eslproduile par l’action, sur la muqueuse

iSO FOIVCTIONS IIliPAriQUES E,\ PAHTlCULIEIi

(luodénale, do coi lains jn’odnils do la digeslion fiaslriquo (^subslaiiccs all)uniinoïdes, subslancos {^rassos, substancos oxlraclivos) ; on démon li e, on elVcl, sur un animal porlem- do la fistnlc do Hruno, qno ringcsüon do pioléosos popliqnes, d’huile d’olivoH on d’exlrail Liebig augmente la sécrétion biliaire.

Mais les sécrétions gastrique, pancréatique cl biliah’e sont ])rovoquécs par des facteurs, en ]>arlie indépendants les uns des autres: par exemple, ringeslion de graisse provoque seulement ia sécrétion ])ancréalique et l’excrétion biliaire, et non pas la sécrétion gastrique; inversement l’acide chlorbydriqtie provoque la sécrétion pancréatique, mais non l’excrétion biliaire.

Si donc la sécrétion de la hile est continue, son excrétion hors du réservoir vésiculaire est, par contre, intermittente : elle est provocjuée par les substances à la diaestion intestinale des-

(juelles elle contribue, soit seule, soit associée à la sécrétion pancréatique qu’elle favorise.

Rôle de la circulation. — Le rôle de la circulation dans larpianlilé de bile sécrétée est dilTicile à estimer. SchilT avait trouvé ce rôle nul; de même, Dominicis. La ligature de l’artère bépati(]ue a donné des résultats variables, probablement parce qu’elle était, généralement, incomplètement faite : car, si l’on supprime toutes les anastomoses, comme l’a fait Doyon, cette ligature multiple, assez difficile, du reste, il pratiquer, amène la nécrose du foie : son l’ôle

LE FOIE BlLIAIIiE 187

sur la sécrétion biliaire seule est, par là même, impossible à apprécier.

La ligature lente de toutes les veines supprime toute sécrétion biliaire (Schill, Asp, Sebmulewistcb, Rôhrig).

Quand on comprime la veine porte, la sécrétion biliaire diminue : elle diminue de même, après compression de la veine cave au-dessus des veines sus-hépatiques, à la suite de l’intense congestion du foie occasionnée par cette opération. Elle ne diminue pas, quand on comprime momentanément l’artère. C’est donc le système veineux porte qui joue le grand rôle dans la sécrétion de la bile.

Bâle du système nerveux. — Le système nerveux joue également un rôle considérable dans les variations quantitatives de la bile.

Bochefontaine a vu diminuer la sécrétion biliaire après excitation faradique du gyrus sygmoïde. Fr. Franck pense que l’excitation d’un grand nombre de centres agit sur la sécrétion biliaire, ainsi cpie celle des nerfs et de toute surface sensible (moelle cervicale, nerf mixte crural ou sciatique).

L’excitation du pneumo-gastrique détermine une augmentation momentanée de la sécrétion biliaire, que l’on agisse sur le tronc ou sur le bout central (Artbaud et Butte) : cet effet est passager (Rodriguez). L’excitation du bout périphérique détermine, au contraire, une diminution de la sécrétion.

1 1 en est de même de l’excitation des nerfs splan-

i88 FONCTIONS IIÉPATIQUES EN PARTICULIEH

cliniques. Les nerfs (|iii enlonreiil rarlère liépalique, excites, cléterniincnl d’aliord une aiiginentation, puis une diuiimilion.

Un grand nombre de réllexes agissent sur la sécrétion biliaire. L’excitation de la muqueuse intestinale augmente la sécrétion, les lavements froids également (liiit contesté par l^révost cl Binet). C’est jiar voie réllcxe que la sécrétion de la bile est troublée dans beaucoup d’interventions chirurgicales, portant principalement sur le foie et les voies biliaires, etc., et ce n’est pas un des moindres obstacles à l’élude de la sécrétion bi liaire, apres fistulisation, que la répercussion, sur elle, de toute excitation sensitive. L’anesthé sie, même légère, supprime souvent le cours de la bile, comme nous avons pu le noter plusieurs fois.

C/iolaÿogiies. — Enfin un très grand nombre de substances chimiques agissent sur la sécrétion biliaire. Mais pour les raisons que nous venons d’indiquer, la constatation de leur action est si délicate que beaucoup de travaux, sur ce sujet, doivent être soumis à la critique, et que la plupart des cbolalogues, jadis les plus réputés, sont iictuellement considérés comme Inactils.

Le seul qui conserve toute sa valeur est la bile : c’est le plus puissant îles cholagogues : il y a là une application de la loi que nous avons pu formuler, et qui attribue à chaque sécrétion une action excitatrice sur l’organe sécréteur lui-même. D’après Stadelmann, 4 à 5 grammes de bile.

LE FOIE RILIAIHE

[)our un animal de 20 kilogrammes, doublent la sécrétion biliaire avec accroissement corresjjonilanl de tous les matériaux de la bile. Cette pro- [)riété cbolagogue de la bile doit être principalement attribuée aux sels biliaires : l’injection de glycocholate ou de taurocliolate augmente, en ellet, la sécrétion biliaire.

Le salicylnle de sonde parait également avoir une action indéniable sur la sécrétion biliaire. D’apres Stadelmann, Doyon et Dufour, après absorption do salicylale de soude, la partie aqueuse de la bile s’accroît considérablement, alors que le poids du résidu sec reste stationnaire. Mais peut-être doit-on expliquer, en partie, ce résultat par l’élimination délinilive, au niveau de la fistule biliaire expérimentale, d’une grande partie des [Hgments et sols biliaires, qui, normalement, sont ramenés au foie par la circulation entéro-hépatique. En elï'ct, William Bain a vu, sur un homme porteur d’une fistule biliaire que, contrairement aux assertions précédentes, le salicylate de soude produisait une augmentation, non seulement de la quantité de bile, mais aussi, de la |)roportion des éléments solides constituants. Enfin Moreigne, par des considérations sur les variations du soufre urinaire, eii relations avec la taurine et les acides tauro-cboliques biliaires, arrive aux mémos conclusions, (i)

(i) Le salicjlate de soude s’accumule dans le foie et 1’e.vcès s’élimine jiar la bile : d’où l’e.\plicalion de l’aclion cholagoguc (Linossier).

>90 FONcrioys hépatiques en particulier

Le bicarbonate de soude, le chlorate de potasse, les benzoates de soude, de lilbine, l’aloès, Tipéca, la muscarine, la térébenthine sont faiblement cholagogues à des degrés divers, que ces corps agissent sur la sécrétion ou sur rcxcrélion de la bile. D’autres substances, réputées cholagogues, sont, actuellement, très discutées (calomel, sublimé, sulfate de magnésie, bromure de potassium, alcool, éther, glycérine, Colombo). Enlin d’autres médicaments diminuent nettement la sécrétion biliaire (acétate de plomb, iodure de potassium, atropine, etc.).

Variations pathologiques. — Au cours des maladies du foie, la sécrétion de la bile est souvent modifiée. Dans certains cas d’insullisance hépatique, on observe une aebolie pigmentaire à peu près complète (Ritter) : la bile est incolore. Dans d’autres cas, il y a diminution, ou même suppression (ictère grave) de la sécrétion biliaire. (i)

Dans certaines maladies (choléra), il y a diminution considérable, portant surtout sur l’eau de composition, et production d’une bile noire (atrabile), extrêmement épaisse.

Parfois, au contraire, on observe une hypersécrétion biliaire : il y a hyperebolie ; cette

(i) L’arrêt iiihibitoire des fonctions du foie que l’on observe dans la colique hépatique peut se traduire par un certain degré de décoloration des' fèces, alors qu’il n’y a pas d’ictère appréciable.

LE FOIE BILIAIRE

suractivilé Ibnctlonnelle est principalement connue dans la cirrhose hypertrophique biliaire et dans certaines angiocholites. On l’ohserve, expérimentalement, dans un assez grand nombre d’infections : au cours d’infections pneumococciques, nous avons plusieurs fois noté de véiitables Ilux de bile dans l’intestin. Dans un cas notamment, la vésicule d’une part et tout l’intestin jusqu’au cæcum de l’autre, étaient distendus par une bile verte, très abondante, mélangée à du mucus, et présentant les réactions chimiques des pigments et des sels biliaires.

Mais, faute de technique, il est, le plus souvent, impossible d’observer les variations qualitatives et quantitatives de la bile, au cours des différentes maladies : aussi, connaît-on très mal les modifications de la sécrétion biliaire dans les différentes sortes d’insulfisance hépatique.

Qualités physiques et composition chimique de la bile. — Les qualités physiques de la bile sont les suivantes : c’est un liquide clair, jaune doré, verdissant par oxydation, d’une densité moyenne de i oio à i 020, un peu plus dense dans la vésicule (i 020 à i o3o). Au spec- Iroscope, la bile présente une bande d’absorption entre D et E. Puis, elle s’altère, devient dichroïque et donne 4 bandes, une entre les raies B et G, une avant D, une après D, une vers E.

La composition de la hile est assez variable

suivant les animaux ; quatre groupes d’éléments y sont principalement remarqual)les : les pigments et les se/s biliaires sécrétés par les cellules hépatiques, la cholestérine et la mucine, sécrétées, en grande partie tout au moins, par les cellules biliaires.

La proportion de ces divers éléments est représentée, un peu schématiquement, par les chiUVes suivants : pour i litre, il y a 980 grammes d’eau, •20 de matières solides. Parmi ces 20 grammes, il y a 7 grammes de sels biliaires, 5 de sels minéraux, 2 de pseudo-mucine, i de pigments et I de cholestérine, lecithine ou graisses.

Nous étudierons successivement les propriétés et l’origine de ces dillérents composants de la bile.

A. Sels biliaires. — Les sels biliaires constituent l’élément le plus caractéristique de la hile. Us apparaissent, du reste, dès l’origine du foie, et peuvent être décelés dès le 3“ jour de l’incubation, chez le poulet (Beaunis et Ritter), par la réaction de PeltenkolTer.

Glycocholate et tnurochnlate de soude. — La bile de l’homme contient du glycocholate de soude, et du taurocholate de soude en quantité trois fois moindre. Celle du Chien ne contient guère que du taurocholate. On trouve aussi, chez le Porc des sels hyocholaliques, chez l’Oie des sels chenocholiques et chenotaurocholiques, etc.

On connaît enfin, dans la nature, d’autres

LE FOIE BILIAIRE

corps chimiques ayant, probablement aussi, une -origine biliaire: tels, l’acide guanocbolique, dans le guano, les acides litbolellique, lithobilique, dans les bczoards orientaux, etc.

Les acides biliaires sont des conqjosés azotés, formés d'un noyau commun,

Vncide cholique, et d’un corps amidé, qui est le i*lr cocolle dans un cas, la taurine dans 1 autre (cette giyeochoUque.

dernière contenant du soufre) .

L’acide glycocholique est très peu soluble dans l’eau ; l’acide taurocbolique l’est beaucoiqi, au contraire : d’où un procédé de séparation de ces deux corps. Les sels alcalins de l’un et de l’autre sont solubles dans l’eau, dans l’alcool, mais sont insolubles dans l’éther : propriété qui est utilisée pour la préparation de la bile cristallisée de IMaltner.

Réaction de Pettenkofer. — Sans insister sur les diflérentes propriétés physiques et chimiques de ces corps, nous donnerons simplement la technique détaillée d’une réaction employée journellement en physiologie et en clinique, la réaction de Rettenkofer , qui est caractéristique des sels biliaires, mais cpii demande un certain soin pour être réussie. Celte réaction’ générale •des sels biliaires est déterminée par l’action Gilbert et Carxot. i3

ig4 FOA’CTIONS HÉPATIQUES EN PARTICULIEK

du fui’furol sur le noyau cholique, commun à ces dilîérenls corps: on obtient le l^urfurol par l’action de l’acide sulfurique sur le sucre.

On fait évaporer à siccitc, dans une capsule, un peu du liquide à essayer. A côté, dans une autre capsule ou dans un verre de montre, on ajoute, à un petit morceau de sucre ou à une solution sucrée au i/io®, quelques gouttes d’acide sulfurique. On transporte, alors, avec un agitateur, une goutte de ce mélange sur le liquide évaporé. Il se produit une belle teinte rouge,, violette sur les bords.

On peut aussi, comme l’indique Pettenkofer, additionner, dans un verre à pied, le liquide d’essai d’un petit morceau de sucre qu’on y fait fondre, puis on fait couler, le long des parois, jusqu’au fond du verre, quelques gouttes d’acide sulfurique. La couleur rouge apparaît à la limite de séparation des deux couches. ^lêlons, en refroidissant et ajoutons, à la moitié du liquide, quelques centimètres cubes d’acide acétique : ce mélange, à reflets verdâtres, montrera une bande d’absorption dans le vert, entre D et E. Additionnons l’autre moitié de quelques centimètres cubes d’alcool: le mélange présentera, au début, la bande verte précédente entre D et E, puis une 2® bande dans le bleu près de F. Il deviendra, en même temps, brunâtre.

On peut, comme l’a indiqué Mylius, remplacer le sucre par une solution de furfurol au i/i ooo® : il faut alors ajouter i centimètre cube environ d’acide sulfurique. L’acide cholique est, inverse-

ig5

ment, nn réactif très sensible du furfnrol (i//|0“ de milligramme).

La réaction de l’eltenkofer n’est pas absolument spécifique, puisque Udransky a relevé 70 substances qui la fournissent (alcools isopropylique, isobutyrique, allylîque, amylique, acide oléique, pétrole, etc.). Avec certaines matières albuminoïdes, se produit une réaction voisine ; mais le liquide n’est pas dichroïque, l’examen spectroscopique ne fournit pas les bandes caractéristiques.

Pourtant, dans les conditions physiologiques et cliniques où l’on se trouve d’ordinaire, la réaction de Pettenkofer, complétée par l’examen spectroscopique, olfre une très grande valeur et permet, le plus souvent, d’alïirmer la jDrésence de sels biliaires.

Béaclion de Haycraft. — Lorsque, dans une urine ou tout autre liquide, on projette du soufre en fieur, le soufre va immédiatement au fond si le liquide contient des sels biliaires : sinon, le soufre reste à la surface et ne s’enfonce que partiellement et très lentement. Cette propriété des acides biliaires n’est, du l’este, pas pathognomonique: elle est partagée par l’acide acétique, l’alcool, le chloroforme, la térébenthine, le phénol, l’aniline, les savons, etc. Mais comme ces substances ne se trouvent qu’acciden tellement dans les licpiides organiques, dans rurine principalement, la réaction de Ilaycrafi, très sensible, peut être d’une grande utilité. Elle doit être

igo ro.ycTioys miPAriquES e.\ PAnricuuEn

allribuéc, d’après Frenkel et Cluzel, à des dillcrences de tension superlicielle. Suivant que le soufre en lleui's tombe ou ne tombe pas au fond d’un liquide, on peut dire que la tension superficielle est plus petite ou plus grande que 5o dynes par centimètre, tension qid correspond à uiuî proportion do 0,02 à o,55 pour 100 de bile dans rurine, à une proportion de 1 pour 100 de bile dans le sérum.

Procédé de Cluzet. — Ce procédé, très simple, dérive également de l’étude des tensions suj^orficielles : on se sert, suivant la mélbode de Duclaux pour l’alcool, d’un compte-goutte donnant 20 gouttes par c. c. d’eau distillée à ib". Los urines normales donnent de 20 à 26 gouttes par c. c.; les urines ictériques donnent ])lus de 3o gouttes, correspondant à une tension superficielle de 55 dynes par centimètre.

Action phrsiolo^ifjue des sels biliaires. — Les acides biliaires et leurs sels de soude n’existent pas dans le sang, sauf dans les cas d’ictère. Ils se forment dans le foie, mais sont évacués aussitôt par les voies biliaires ; aussi avons-nous, plusieurs fois, constaté que les extraits de foie, obtenus par écrasement et macération dans l’eau, ne présentent pas la réaction de Pettenkofer, si l’on a, préalablement, extirpé ou vidé la vésicule biliaire.

Les sels biliaires sont très toxiques (V. Dre.scb). D’après lîoucbard et ïaprel, le glycocbolatc de

LE FOIE BILIAIRE

soude est loxiqiie, pour le lapin, à la dose de 0,54 pat' kilogramme, le laurocliolale à la dose lie 0,46.

Ils détruisent les globules du sang (H unefeld, V. Dresch), et c’est à eux que l’on attribue l’bémalolvse, bien connue, provoquée par la bile totale.

Les sels biliaires ont une action toxique sur le cœur, ou, tout au moins, sur son système nerveux. C’est, d'après Frerichs, Rôhrig, un paralysant cardiaque. Leur injection intraveineuse provoque le ralentissement du poids et peut l'aire tomber le nondire des pulsations, cardiaques de 70 à 4o ; cette bradycardie est à rapprocher du ralentissement du pouls que l’on observe, si fréquemment, dans l’ictère. On observe aussi, le plus souvent, avec le ralentissement des périodes cardiaques, un ralentissement de la respiration et des troubles nerveux (Feltz et Ritter) qui tiennent, d’après Schacb, à une action périphérique; d’après Robrig, il s’agirait d’une paralysie du système accélérateur : en effet, cette action n’est pas influencée par la section des x^agues.

Ori ^ine hépatique des sels biliaires. — L’origine hépatique des acides biliaires est hors de conteste. En effet, chez les animaux désbépatisés, il n’y a pas production d’acides biliaires. Par exemple, tandis que, chez la grenouille, la ligature du canal cholédoque est rapidement suivie du passage des sels biliaires dans le sang, l’extirpation du foie n’est accompagnée’ d’aucun j'Iiénornène analogue : il y a, en pareil cas, ab-

igS FONCTIOAS HÉPATIQUES EN PAHTICULIER

sence de sécrclion el non plus trouble d’excrétion.

Sur les oiseaux, Minkowski et Naunyn ont trouve des acides biliaires dans le sang et les tissus après extirpation incomplète du l'oie; mais ils n’en ont pas trouvé dans les cas où elle était totale.

Fleiscb a montré, d’autre part, que si on lie le canal cholédoque, les composés biliaires passent, non dans le sang, mais dans les lymphatiques du l'oie, puis dans le canal thoracique. Si on lie simullanément le canal thoracique et le canal cholédoque, le sang reste exempt de sels biliaires.

Enlin des expériences intéressantes, qui mériteraient, d’être reprises, en évitant quelques causes d’erreur, ont montré à Anlhen, Kallmeyer, Klein, Hoffmann que le protoplasme hépatique, encore vivant, au conlact du sang (hémoglobine et albumines du sérum), produit, in vitro, des pigments et aussi des sels biliaires, mais seulement en présence d’hydrates de carbone; il se formerail, en même temps de l’urée (\^ old, Pick).

De quels éléments dérivent normalement les acides biliaires ? Peut-on admettre la formation séparée de glycocollc et de taurine d’une part, d’acide ebolique de l’autre? On n’a pu réaliser, ni in vivo, ni in vitro, la synthèse des acides biliaires au moyen de ces corps. Pourtant si l’on fait absorber, par un chien, de l’acide cholique de bœuf et de la taurine, on retrouve dans la bile de l’acide tauroebolique (2 pour 100). De même, après absorption d’acide ebolique et de glycocollc (3 pour 100) (^^ ciss).

.Mais d’où viendraient, alors, l'acide ebolique

LE FOIE BILIAIEE

d’une part, le glycocolle et la taurine de l’autre? 11 est possible que l’acide cliolique provienne des corps gras (Bidder et Schmidt, Lehmann) ; le glycocolle et la taurine viendraient de la décomposition des albuminoïdes.

Circulation enléro-hépatique des sels biliaires. — Une partie des sels biliaires de la bile provient de la circidation entéro-bépatique et représente les éléments mêmes de la bile sécrétée antérieurement, décomposée dans l’intestin et ramenée au foie par la circulation : en elï'et, dans l’intestin grêle, les sels biliaires sont décomposés, probablement par les micro-organismes de la putréfaction, à tel point qu’ils n’existent plus dans le gros intestin ; les acides amidés, taurine, glycocolle, sont partiellement détruits, partiellement résorbés et ramenés au foie ; de même, l’acide cholique est éliminé en grande partie ; une.faible portion, résorbée, revient au foie par les vaisseaux.

Le rôle physiologique des sels biliaires et de leur circulation entéro-bépatique, est peu connu.

B. Pigments biliaires. — Les pigments de la bile normale sont la bilirubine et la biliverdine, cette dernière provenant de l’oxydation do la première.

Bdirubine. — La bilirubine ne contient pas do fer; sa formule de constitution est C®^rP®Az'‘0“ ; elle peut être amorphe ou cristallisée en prismes ortliorhombiques orangés. Elle est insoluble dans

300 FO.\crioy.s jiëpatiques en PAimcuLiEn

l’eau, peu soIul)le clans l’alcool cl l’éllier. Kllc sa dissoul facilcmcnl clans le chloroforme, la benzine, la glycérine et les alcalis. Elle se comporte

comme un acide faible; le bilirubinatc de chaux est une masse vert foncé, insohible dans tous les véhicules ; les bilirubinales de Pb, d’Ag sont également insolubles. La solution chloroformique de bilirubine, rouge brun, absorbe unegrancle partie du spectre, d’une façon croissante du rouge au violet. Elle a un pouvoir tinctorial considérable : une solution à i /4o ooo® colore encore très nettement en jaune.

La réaction la plus caractéristique de la bilirubine est la réaction d’ E/irlich. On se sert du réactif suivant :

Fig. 20. — Cristaux de bilirubine.

Nitrite de sodium lo g""

Acide sulfanilicjue .... i g''

Acide chlorhydrique .... lo

Eau q. s. pour i ooo "

On ajoute i à 2 volumes de ce réactif au liquided’essai ; on verse de l’alcool pour clarifier. On obtient ainsi une belle coloration rouge, qui passe au violet par l’acide acétique glacial.-

On se contente généralement, en clinique, de la réaction dcGmelin, que l’on provoque de la façon suivante: on ajoute, au liquide d’essai, de l’acide

LE FOIE BILIAIRE

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