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C. Rôle dèpurateur par accumulation

Le 7-ô/e dèpurateur du foie par rétention et accumulation des corps étrangers est mis en évidence par difiérentes méthodes :

a. Certains corps se prêtent à un dosape facile et à certaines réactions histo-chiiniçues. Tel est le fer, que l’on peut doser très exactement, au moyen du procédé colorimétrique par le sulfocyanure, bien connu des métallurgistes et, introduit, en physiologie, par Lapicque. On peut déceler des traces de fer, sur les coupes, par le sulfhydrate d’ammoniaque ou par le ferrocyanure. Le manganèse, le plomb, accumulés dans le foie, peuvent y être dosés, et l’on peut les y déceler histologiquement par l’hydrogène sulfuré, etc.

De même de l’arsenic, facilement dépisté par l'appareil de Marsh, du cuivre et de tous les sels métalliques.

Certains alcaloïdes peuvent être retrouvés facilement dans le foie, et y sont fréquemment cherchés par les médecins légistes : tels la morphine, la strychnine, la cocaïne. On peut, par inoculation de ce Anscère, reconnaître, physiologiquement, la présence de certains alcaloïdes (strychnine).

Une autre méthode de démonstration du rôle d’arrêt du foie a été préconisée surtout par Schifl', Hegar, Roger : elle consiste dans la comparaison des toxicités d’une même solution, suivant qu’elle traverse ou non le foie : on compare donc la toxicité d’une même solution, api’ès injection dans une Aeine périphérique d’une part, et dans une veine mésaraïque de l’autre.

Cette méthode a pu être employée pour un très grand nombre de corps, même pour ceux que l’on ne peut retrouA^er par l’analyse, et pour ceux qui n’ont pas une personnalité chimique.

On doit avoir soin de diluer la substance suivant sa toxicité, d’employer des solutions isotoniques et d’aA'oir une pression constante s’il s’agit de la mesure des toxicités tardées, une vitesse constante s’il s’agit de la mesure des toxicités immédiates. Roger a montré, par exemple, que le foie, qui ne modifie pas la toxicité d’une solution de nicotine à o,5 pour loo, modifie celle d’une solution à o,o5 : il faut, en pareil cas, pour provoquer la mort, introduire par kilo-

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gramme, 0,007 veine périplicrique et

0,01 4 par un rameau porte.

Généralement, les alcaloïdes perdent, à travers le foie, la moitié de leur toxicité. D’après les chiffres donnés par Roger, le rapport entre les toxicités, suivant les deux voies d’injection, est de 2,6 pour le sulfate de strychnine (dose mortelle périphérique 0,00028 ; dose mortelle porte o,ooi3); de 2,i4 pour la cocaïne (veine périphérique 0,019 ) '’sine porte 0,042), d’après Gley et Eon du Val; de i,g3 pour le cldorhydrate de morphine (o,35 et 0,68), de 2,75 pour le curare (0,0024 et 0,01 3), etc. Pour les matières pourries (extrait alcoolique repris par l’eau, Roger), le rapport est de 2,36 (toxicité périphérique 22'’',83 ; toxicité porte 54“,2). Certains poisons sont arrêtés par le foie de certaines espèces seulement: telle l’hyoscyamine, neutralisée parle foie de la grenouille, et non par celui du lapin ni surtout par celui du cobaye (Ilegar).

V. Enfin une autre méthode, qui complète les deux autres, consiste à rechercher les modifications apportées à la toxicité de tel ou tel produit par Vablatioii du foie.

C’est ainsi que Gioffredi a vu que la sensibilité de la grenouille à l’alcool augmente beauccup si on lui extirpe préalablement le foie.

Kotliar s’est servi de chiens à fistule d’Eck : il a vu que, le foie étant exclu de la circulation par l’abouchement porto-cave, l’atropine avait une toxicité plus forte. Enfin nous avons déjà vu

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les très curieuses expériences de \erhoogen qui, par des extraits hépatiques filtrés de grenouille, neutralise et détruit l’hyoscyamine, comme s’il y avait intervention d’une diastase.

Il est probable qu’un grand nombre de toxines microbiennes sont aussi accumulées, puis transformées par le foie. Certaines de ces toxines ont leur activité très diminuée ; d’autres toxines conservent un pouvoir toxique égal à lui-même et non modifié par le foie : telle la toxine du botulisme de van Ermengen. — Enfin Teissier et Guinard ont noté un rôle inverse du foie et une action favorisante de cet organe sur la toxine diphtérique et la toxine pneumo-bacillaire.

Le mécanisme général qui préside à l’action antitoxique du foie est mal connu et probablement complexe : dans un travail récent, P. Teissier s’est demandé si le glycogène ne serait pas un des facteurs de cette défense hépatique A'is-à-vis des poisons. In vitro, le glycogène est susceptible d’atténuer, tout en les modifiant, les effets toxiques de la nicotine, corps pour lequel l’action d’arrêt du foie est, d’autre part, très nette : il est sans action sur le sulfate neutre de strychnine et paraît renforcer, dans une certaine mesure, l’intoxication diphtérique expérimentale, ce qui cadre bien avec les recherches précédemment mentionnées de Teissier et Guinard sur le renforcement de l’intoxication diphtérique par passage à travers le foie.

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D. Rôle dèpurateur vis-à-vis des corpuscules solides.

{Fonctions granulo-pexique, bactério-pexique, cyto-pexique, etc.)

A côté du rôle dèpurateur du foie vis-à-vis des substances étrangères solubles amenées par le sang porte, nous devons examiner le rôle dèpurateur du foie AÛs-à-vis des corps étrangers insolubles : nous verrons ici encore un rôle d’arrêt très important du foie. Le foie a donc une fonction granulo-pexique, bactério-pexique, cyto-pexique, etc.

a. Fonction granulo-pexique (pigments sels insolubles , granulations graisseuses, etc.). — Le cas le moins complexe à étudier est celui où l’on injecte, dans la veine porte ou dans la circulation générale, différentes poudres inertes : même en réduisant le problème à cette simplification, on éprouve quelques divergences dans les résultats, suivant le chimiotactisme plus ou moins considérable, positif ou négatif, de ces corps vis-à-vis des cellules hépatiques, des cellules endothéliales vasculaires et des leucocytes.

Pour pouvoir suivre les modifications histologiques qui se passent au niveau du foie, il est bon de se servir de poudres insolubles colorées, carmin, pigment mélanique, pigment ocre, etc.

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P. Caniol injecte des granulations mélaniques, en suspension dans l’eau salée physiologique, dans la veine de l’oreille d’un lapin ; si l’on sacrifie l’animal au bout de deux jours, on trouve, indépendamment des modifications apportées aux autres organes et particulièrement au poumon, un foie complètement noir.

A l’examen histologic[ue, on constate une disposition radiée du pigment dans les capillaires du lobule. Les granules pigmentaires sont, tout d’abord, massés au centre de la lumière vasculaire, et souvent comme agglutinés les uns par rapport .aux autres. Puis, au bout de peu de temps, on voit les granules les plus lins colorer la bordure du cajrillaire, accolés contre la cellule hépatique (lig. 26). Par places, on se rend parfaitement compte cjue ces traînées de granulations en bordure sont situées dans l’endothélium capillaire ; sur certains points particulièrement démonstratifs, on voit, parfois, la lame endothéliale soulevée, détachée par conséc[uent des cellules hépatiques, tendue en arc et contenant, sans doute possible, dans son intérieur, d’assez nombreuses granulations pigmentaires. On peut donc se rendre compte du passage du pigment, à travers l’endothélium. On voit même, en certains points particulièrement intéressants, une saillie endothéliale venir au-devant des granulations et les englober. Déjà, à ce moment, quelques granulations assez fines se trouvent au sein même des cellules hépatiques. Plus tard, les granulations, situées dans la cellule hépa-

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liquc, augmentent progressivement de nombre, puis diminuent à nouveau et finalement disparaissent. Les leucocytes ne semblent pas intervenir

Fig. 25. — Fonction granulo-pexique du foie.

Absorption par les cellules endothéliales, puis par les cellules hépatiques, de granules pigmentaires injectés dans les veines (P. Carnot).

dans l’absorption, par le foie, des granules pigmentaires. On rencontre, à la vérité, dans lesvaisseaux, quelques globules blancs bourrés de granulations; mais ils ne semblent pas les céder à la cellule hépatique, et les emportent, au contraire, probablement vers d’autres organes (rate et moelle des os) ou vers les ganglions.

Enlln nous n’avons pas constaté d’élimination notable de ce pigment par la bile.

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Des faits analogues s’olDservent avec le jDigmenl ferrugineux. Nousavons eu, récemment, l’occasion d'cludierle foie de plusieurs animaux ayant reçu, dans le péritoine, des injections de sang dissous : le foie contenait du pigment ocre qui, par le même mécanisme, passait des vaisseaux dans les cellules hépatiques. Mais nous avons constaté une beaucoup plus grande quantité de leucocytes pigmentifères.

Ces différentes étapes de l’absorption des corps étrangers, par les cellules endothéliales et hépatiques, sont, en réalité, très semblables à celles de l’absorption des graisses (Gilbert et Carnot, p. 129, fig. 24).

3. Fonction hactério-pexiqne . — Le rôle dépurateur du foie vis-à-vis des micro-organismes se caractérise par des phases initiales, sensiblement analogues à celles que nous venons de voir pour les corps inertes; mais bientôt il y a double réaction réciproque des cellules et des micro-organismes, cjui aboutit, soit à la disparition des micro-organismes, soit à la dégénérescence des cellules, soit à l'établissement de formations histologiques de défense.

Gilbert et Lion ont ainsi étudié le rôle du foie vis-à-vis des bacilles de Koch introduits par voie vasculaire (rameau porte). En même temps, 4 ersin obtenait des résultats très comparables par injection, d’une culture tuberculeuse, bien délayée, dans la veine de l’oreille. Dans les deux cas, on constate que les bacilles sont retenus

lyo FO.!\CTIONS HÉPATIQUES EN PARTICULIEP

dans les capillaires radiés comme dans les pores d’un fdtre, et se disposent en fdes ou en faisceaux, le long des travées hépatiques. Cette apparence ne se modifie pas jusqu’au /C jour. Puis les bacilles se multiplient et deviennent plus nombreux : au 7® jour (Gilbert et Lion), au 9® (Yersin), commencent a naître les tubercules.

Pour certains auteurs, le rôle principal dans la défense et dans l’édification des tubercules reviendrait aux cellules hépatiques elle-mêmes. Cette conception, soutenue par Baumgarten, Straus, etc., est, actuellement, à peu près abandonnée.

Pour Yersin, les leucocytes seraient presque exclusivement en cause. Pour Gilbert et Lion, à côté du rôle incontestable des leucocytes, une large part, dans l’englobement des bacilles, doit être faite aux cellules endothéliales. Les cellules bépatiquesne sontpas intimemenlmêléesau corps à corps : elles dégénèrent rapidement, mais à distance, par intoxication.

Le rôle d’arrêt du foie a été constaté pour beaucoup d’autres micro-organismes; on sait, en effet, qu’après injection intraveineuse, ceux-ci disparaissent rapidement du sang et se localisent au niveau du foie, de la rate et de la moelle osseuse.

YV issokowitsch suppose qu’ils s’accumulent dans les organes par ralentissement de la circulation et qu’ils y sont saisis par les phagocytes.

Werigo voit, après injection de bactéridies charbonneuses, les cellules endothéliales du foie se

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gonfler, faire saillie dans la lumière vasculaire, et envoyer, à rintérieur de celle-ci, de fins prolongements, plus ou moins longs : une partie des microbes est englobée directement par ces cellules. Une autre est incorporée par les leucocytes, dans le sang lui-même : ces leucocytes, au niveau du foie, peuvent s’accoler aux cellules endothéliales et leur céder les microbes cpi’ils avaient englobés; puis, une fois débarrassés, ils quittent l’endothélium et rentrent dans la circulation. L’arrêt des microbes parle foie aboutit à leur destruction si leur virulence n’est pas trop considérable ; au cas contraire, les cellules hépatique et endothéliale succombent; les microbes sont remis en liberté et pullulent rapidement.

Mesnil a constaté, de même, chez les Poissons et chez la Grenouille, cpie les bactéridies sont captées par l’endothélium vasculaire du foie.

Roger a étudié systématiquement le rôle de protection des différents organes contre plusieurs infections : après injection d’une même dose de culture dans les dilTérents réseaux capillaires, il notait les temps de survie et constatait ainsi la défense offerte par tel ou tel organe : c’est ainsi que des doses de charbon, mortelles en 87-40 heures par injection aortique ou périphérique, laissent survivre l’animal, après injection par le système porte. Dans une expérience notamment, une quantité de bacilles charbonneux 64 fois supérieure à celle qui tue par les veines périphériques, est complètement annihilée par le foie. Ce résultat est constant : le foie joue donc, vis-à-vis de

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l’infection charbonneuse, un rôle de protection considérable.

Cette action protectrice du foie est également facile à mettre en évidence pour le staphylocoque doré. L’oïdium albicans est également arrêté en grande quantité par le foie.

Par contre, vis-à-vis du streptocoque et vis-àvis du coli-bacille, le foie ne protège pas l’organisme : au contraire, les inoculations par la veine porte sont les plus rapidement mortelles : la pullulation dans le foie est évidente et considérable. Il y a là un fait imprévu, à rapprocher du fait, signalé par Teissier et Guinard, de l’accroissement d’activité de la toxine diphtérique injectée à travers l’organe hépatique.

La virulence des micro-organismes doit jouer un assez grand rôle dans le phénomène ; car les résultats obtenus par Lemaire, précisément avec le colibacille, étaient diflérents, suivant qu’il s’agissait ou non d’un échantillon virulent. Lemaire, dans un récent travail fait au laboratoire de Denys, a, en effet, cherché à pénétrer le mécanisme intime de cette dépuration hépatique. Il a vu (coli-bacille) que les micro-organismes peu virulents, injectés dans la circulation générale, en disparaissaient 2 heures après : on les retrouve dans le foie : mais ils en disparaissent après 4 heures. La grande majorité des bacilles se trouve dans le tissu même du foie : si, en effet, on fait un lavage très sérieux d’un des lobes de cet organe, puis qu’on ensemence en plaques et qu’on numéro les bacilles de ce lobe et du lobe témoin

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non lavé, on Irouve des cliifTrcs comparables : les bacilles sont donc si fortement adhérents à la substance hépatique qu’un lavage énergique et prolongé ne parvient pas à les entraîner.

Lemaire pense que ces bacilles sont saisis uniquement par les cellules endothéliales : car dans d’autres expériences, après injection intra^ péritonéale, ce même coli-bacille est respecté par les leucocytes. Enfin sur les coupes, on voit une absence totale de phagocytose de la part des leucocytes, et, par contre, une leucocytose constante et énergique de la part des cellules endothéliales des capillaires hépatiques.

Si l’expérience est faite avec des microbes très virulents, l’épuration du sang est incomplète; la phagocytose des cellules endothéliales du foie est insuffisante, et les coli-bacilles rentrent dans la circulation où ils ne tardent pas à pulluler.

Enhn, sous l’action d’un sérum anti-infectieux énergique, les cellules endothéliales ont une acti- A’ité plus grande, même vis-à-vis des coli-bacilles virulents : le sérum agit donc directement sur les cellules endothéhales hépatiques.

y. Fonction cyto-pexique . — Hanot et Gilbert ont montré, dans lèurs études sur les néoplasmes du foie, que les cellules cancéreuses emboliques, arrivant au foie par la veine porte, sont arrêtées au niveau des capillaires hépatiques, à la périphérie du lobule, suivant une répartition anatomique semblable à celle des autres corps solides, des granules pigmentaires ou graisseux, des mi-

crol)es, etc. ; elles s’y détruisent ou s’y greffent pour donner naissance aux noyaux secondaires du foie.

Les cellules endothéliales du foie paraissent, d’autre part, jouer un rôle important en retenant, absorbant et détruisant les hématies. Il ne s’agit pas seulement des hématies de provenance étrangère, à la suite de l’injection intraveineuse du sang d’un autre animal, mais aussi des hématies propres de l’individu lui-même, lorsqu’elles sont altérées par exemple ou déjà fragmentées (kupfer).

Qu’il s’agisse de granules pigmentaires, de corpuscules graisseux, de bacilles de Koch, de coli-bacilles, ou de cellules, libres ou emboliques, etc., on observe donc un chimiotactisme spécial des cellules endothéliales au niveau des capillaires hépatiques ; celles-ci se gonflent, poussent même des prolongements, s’emparent des corpuscules solides et les accaparent ; elles peuvent, ultérieurement, ou bien les céder aux cellules hépatiques qui les consomment, les assimilent ou les détruisent, ou bien les détruire ellesmêmes, ou bien enfin, s’il s’agit de micro-organismes virulents, être détruites à leur tour et restituer alors ces corps étrangers à la circulation.

On voit, en résumé, que le rôle dépurateur du foie s’exerce aussi bien vis-à-vis des substances solubles étrangères à l’organisme, alimentaires ou toxiques que vis-à-vis des corps étrangers solides. Le foie a donc une fonction granulo-pexitjue, cyto-pexique, hactério-pexique, etc.

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