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CHAPITRE VI

LES MÉTHODES EXPÉRIMEîSTALES d’eXPLORATION FOXCTIOXXELLE DU FOIE

Ablation complète du foie. — Expérimentalement, rinsuflisance hépatique la plus complète que l’on puisse réaliser succède à V extirpation totale du foie. Cette opération est possible chez tous les animaux possédant normalement des anastomoses porto-caves (Batraciens, Oiseaux). Chez les autres (Mammifères), elle ne peut donner de résultats utilisables que si l’on établit préalablement, par une fistule d’Eck, une pareille communication.

Chez la Grenouille, l’extirpation totale du foie s’exécute très simplement, en posant une ligature sur le pédicule vasculaire et réséquant tout l’organe au-dessous do cette ligature. La survie est très variable, suivant les conditions dans lesquelles on place l’animal : si on le maintient dans l’eau courante, la survie peut être supérieure à trois semaines (Roger). Mais lorsqu’on l’abandonne dans une eau mal renouvelée, î’ani-

îa8 ALTÊHATION DES FO.SCTIOAS HÉPATIQUES

mal désliépatisé s’inloxique ou s’infecte si rapimenl qu’il meurt au bout de quelques jours.

La survie est notablement prolongée, lorsqu’on abandonne, dans la cavité péritonéale, l’organe réséqué qui se résorbe peu à peu (Gilbert et Carnot). Celte ex|)ériencc indique déjà nettement l’utilité de l’opothérapie hépatique.

Mais lorsqu’on abandonne, dans l’abdomen, une quantité de substance hépatique trop considérable, atteignant le volume de trois glandes, la survie nous a paru, au contraire, diminuée.

Chez les Oiseaux, l’ablation totale du foie est plus pénible à réaliser, et la survie n’atteint que quelques jours : mais l’organe se rapprochant davantage de celui de l’homme, les résultats fournis sont plus intéressants. Cette méthode a été employée par les physiologistes, dans un certain nombre de recherches : c’est ainsi que MinkoAvski, dans ses travaux sur l’acide urique, a extirpé la totalité du foie sur des Oies et sur des Pigeons, opération possible grâce aux anastomoses porto-caves de Jacobson. Minkowski a noté, en pareil cas, de la somnolence, des accès spasmodiques, etc. ÎNaunyn et Minkowski ont constaté, après ablation du foie chez des Oies, l’absence de sels biliaires dans le sang. Stern a constaté, chez le Pigeon, l’absence de pigments dans la circulation après désbépalisation. Mais des troubles graves surviennent rapidement : la sécrétion rénale notamment est entièrercment abolie.

Chez les Mammifères, la simple ligature des vaisseaux portes qui, nécessairement, prélude à

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l'opération, est déjà suivie d’accidents ininiéHliats qui rendent les observations inutilisables ; l’animal meurt en quelques heures avec une congestion énorme de l’intestin et un cœur à peu près vide : tout le sang de l’économie, poussé dans le système artériel, s’accumule dans le territoire porte (intestin, rate, etc.,) dont les voies de retour sont obstruées, et l’animal meurt d’anémie suraiguë, sans avoir perdu une goutte de sang, par le fait de cette répartition anormale de la masse sanguine. Si, par contre, l’on établit, quelques jours auparavant, une fistule d’Eck, avec communication porto-cave, comme l’ont fait Pavvlovv et Nencki, l’ablation du foie n’est plus suivie d’accidents vasculaires promptement mortels : l’animal succombe au bout de cpielques jours seulement, avec des phénomènes d’intoxication principalement nerveux (délire, hallucinations, hypothermie, etc.), rappelant en partie la symptomatologie de l’ictère grave : la quantité d'urée dans l’urine tombe très rapidement : des hémorragies multiples peuvent survenir : on a, somme toute, le tableau complet de l’insu (Tisance hépatique suraiguë.

Ablation incomplète du foie. — Cette opération n’est suivie, le plus souvent, d’aucun signe net d’insulïisance : on doit, en ell’et, enlever plus de la moitié, parfoisles 2/3 du foie, etdavantage encore, [)onr provoc[uer des signes d’insnlfisance hépatique. Ce fait est à rapprocher de ce que l’on connaît pour les autres glandes vasculaires san-

a3o A LTÉ RATIOS DES FOSCTIOSS HÉPATIQUES

guines. On sait en eirel que la conservation d’une minime portion de corps thyroïde, de capsule surrénale, etc., sulïit à conjurer les accidents consécutifs à leur extirpation complète.

Un organe comporte donc un nombre de cellules bien supérieur à celui des cellules strictement nécessaires et sulïisantes à son fonctionnement intégral.

A côté du volume de parenchyme indispensable, il y a un parenchyme de luxe ou de réserve, dont le rôle est, sans doute, d’une part de permettre, le repos alternatif des cellules, et d’éviter le surmenage consécutif à un fonctionnement ininterrompu, d’autre joart, de parer aux périodes de suractivité fonctionnelle imposée parfois à l’organe. Pour provoquer, par simple résection, sur un foie sain, une insulïisance fonctionnelle, même légère, on doit donc enlever tout le parenchyme supplémentaire de luxe qui constitue près des 3/4 du foie.

En pareil cas, d’ailleurs, survient, très rapidement, une régénération hyperplasique du foie, telle que la quantité de parenchyme strictement nécessaire est rapidement reproduite. Par conséquent, même lorsqu’on arrive à provoquer, par résection, des symptômes d’insuffisance hépatique, celles-ci ne sont que transitoires. C’est ainsi que Von Meister a vu que l’ablation des deux tiers du foie diminuait la proportion d’urée urinaire, mais que celle-ci redevenait normale après 20 jours. Parfois même, on voit la régénération dépasser, en quelque sorte, la limite ancienne.

EXPLORATION EXPÉRIMENTALE DU FOIE aSi

Ponfick a vu, dans un cas, Fablalion de 82 grammes de foie être suivie d une reproduction de 102 grammes de tissu hépatique. Mais l’estimation du volume des parties régénérées est généralement très difficile, celles-ci étant disséminées et le poids antérieur du foie n’étant jamais connu.

Destruction partielle du foie par procédés indirects. — On peut supprimer une partie plus ou moins grande de parenchyme hépatique par une série d’autres procédés qui créent des lésions cellulaires diffuses, mais qui n’ont ni la rigueur, ni la simplicité d’action d’une résection chirurgicale.

C’est ainsi que l’on peut injecter de la paraffine fondue, directement dans un ou plusieurs lohes, ou dans une branche de bifurcation de la veine porte : la solidification amène l’obstruction vasculaire ou l’aplatissement d’une partie du parenchyme.

On peut pousser, dans les canaux biliaires une injection d’acide acétique ; une partie du parenchyme est, ainsi, très rapidement détruite: il se fait un processus de nécrose dans le territoire terminal du conduit biliaire. De même après injection de chloroforme dans les canalicules. Mais le plus souvent, l’infection ascendante canaliculaire survient très rapidement et complique les résultats dans des limites difficiles à prévoir.

On peut enfin, d’une liiçon plus complexe encore, mais se rapprochant davantage de la cli-

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nique, provoquer des aiigioclioliles ascendantes, par injection, dans le cholédoque, de cultures microbiennes.

Ces procédés sont, la plupart du temps, inconstants et aveugles ; mais, ils ont l’avantage de copier, plus ou moins fidèlement, les insullisances hépatiques observées chez l’homme.

Nous en dirons autant des intoxications d’ordre général, dans lesquelles le foie est spécialement touché : telles les intoxications par le phosphore, par le nitrate d’urate, etc.

Récemment, l’application au foie de la méthode générale des cyto-lysines de Bordet a permis à Delezenne, Deutsch et Cantacuzène d'obtenir des insuffisances hépatiques très remarquables. En injectant, à plusieurs reprises, dans le péritoine ou sous la peau d’un canard, de la pulpe hépatique de chien, Delezenne a vu ajipai’aître, dans le sérum du canard, de nouvelles propriétés : injecté à des chiens, ce sérum les tue très rapidement avec diminution d’urée, phénomènes nerveux, etc. A l’autopsie, on observe au niveau du foie, et seulement à ce niveau, une dégénérescence suraiguë, comparable à l’atrophie jaune aiguë de l’ictère grave, et étendue à presque tout le parenchyme hépatique : la cellule hépatique, et elle seule, a été détruite par le sérum hépatolytique. On peut ainsi obtenir un résultat équivalent à l’ablation à peu près complète du foie; sans troubles circulatoires. Cette méthode, si elle se confirme, sera donc précieuse pour

EXPLOIiATIU.y EXPÉIUM EXTALE DU FOIE 333

rétucle expérimentale des insullisances liépliqiies.

Mais de nouvelles recherches confirmatives sont nécessaires: car differents auteurs ont abouti à des échecs: ainsi, P. Carnot et M. Garnier n’avaient, antérieurement, obtenu aucun résultat, entre lapin et cobaye. Peut-être les résultats ne sont-ils favorables, que lorsque les animaux étant assez différents les uns des autres, leurs composants cellulaires, ceux du foie en particulier, sont capables d’amener une réaction intense de l’organisme à qui on. les a injectés.

Opérations portant sur l'artère hépatique, les lymphatiques, les nerfs. — On peut provoquer l’altération partielle du parenchyme hépatique par des opérations portant sur les vaisseaux et sur les nerfs.

La ligature de l’artère hépatique provoque la nécrose de l’organe, comme l’ont montré Doyon et Dufour ; mais le système anastomotique, qui prévient un accident spontané de même ordre, est si riche qu’il est très difficile de supprimer toutes les branches artérielles se rendant au foie : d’où les résulats variables obtenus par différents auteurs.

On peut, comme l’ont fait Gley et Pacbon, dans leurs recherches sur l’incoagulabilité par injection de propeptone, sectionner ou lier tous les lymphaticjues du foie. On sait C[ue ces auteurs ont obtenu ainsi une paralysie fonctionnelle du foie. Mais peut-être s’agit-il là surtout d’une action nerveuse réflexe.

a3i ALTERATIOy DES EO.\CTIO.\S JIÉEATJQUES

Enfin on peut agir sur le système nerveux du loie : on peut sectionner tous les nerfs, à leur entree au niveau du pédicule vasculaire ; il faut suivre à la loujie, très minutieusement, comme 1 ont lait Chauveau et Kaufmann, dans leurs recherches sur le diabète pancréatique, tous les canaux qui jiénètrent l’organe et qu’escortent les branches nerveuses : cette opération, qui provoque une notable diminution de volume du foie, ne paraît pas suivie de troubles morbides notables.

On peut aussi supprimer, en partie du moins,

1 inllux nerveux, en injectant, comme l’ont fait jlej et Paebon, une solution de cocaïne dans le plexus cœliaque.

D’après Bonome, l’extirpation du ganglion cœliaque diminuerait la pression dans l’artère hépatique et équivaudrait a une ligature incomplète de cette artère.

D apres Duron, la section sous-diapbragmalique des pneumogastriques amènerait la rétraction et la sclérose du foie en déterminant, il est vrai, des lésions stomacales qui sont peut-être une cause de lésions hépatiques.

D’une façon générale, il semble que toute excitation intense portant sur le foie ou sur les voies biliaires provoque une inhibition nerveuse de durée variable: chez l’homme, ainsi que l’ont montre Gilbert et Castaigne, la colique hépatique provoque, si elle est assez intense, un état inbibitoire Ires marqué du foie, et l’on constate, pondant quelques jours, différents signes d’insulîisance

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hépatique, dus à celte paralysie transitoire du foie (glycosurie, indicanurie, urobilinurie, etc.).

Slraus, Laval avaient rapporté des observations, dans lesquelles une simple contusion du foie détermine de FinsufQsance hépatique transitoire.

On pourra, expérimentalement, utiliser ce phénomène, pour provoquer un arrêt transitoire des fonctions du foie, en portant une forte excitation sur le cholédoque, par exemple.

Il est probable que c’est en partie par ce mécanisme d'inhibition qu’agit la ligature des lymphatiques ; telle est du moins l’interprétation donnée par Contejean.

Enfin, on peut chercher à dissocier les différentes fonctions du foie et à intervenir isolément sur chacune d’elles, au moyen d’une série d’ojîérations portant sur les voies de la sécrétion interne et externe, -sur les vaisseaux d’une part, et d’autre part sur l’appareil biliaire.

Opérations sur le système veineux (voie de sécrétion interne). Fistule d'Eck. — Sur la i>eine porte, l’obstruction hnisciue amène la mort en quelques heures. Dans les premiers moments, ainsi que l’ont montré Ludwig et Thiry, Gilbert et Garnier, etc., il y a une chute de la pression artérielle générale. Ultérieurement, tout le sang cle l’organisme s’accumule en arrière de la ligature, dans le système porte et les divers organes (intestin, rate) d’où il provient ; il en résulte une hyperhémie extrême de ces viscères, jointe à une

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anémie générale, cérébrale, etc., qui entraîne la mort en quelques heures.

L’obstruction lente ^ par thrombose (pylépblébite, compression externe), peut amener la formation d’ilols de nécrose dans le foie, ou le développement de lésions cirrbotiques (Colpi).

Sur la veine cave inférieure, la ligature audessous de remboucliure des veines sus-hépatiques, pratiquée par Picard, Robrig, amène une mort très rapide (en moins d’une heure).

Les troubles lents et progressifs de la circulation sas-hèpatujue sont réalisés par toutes les lésions qui, portant sur la valvule tricuspide, en déterminent l’insufiisance, et par là même, provoquent le reflux du courant sanguin dans les xeines sus-hépatiques : le foie augmente de volume, se tend et devient douloureux, puis il devient pulsatile: ultérieurement, les cellules hépatiques, comprimées par la distension des capillaires, jîrincipalement au niveau des centres sushépatiques, moins au niveau des espaces de Kiernan, où elles sont étayées par la charpente conjonctive, s’aplatissent et dégénèrent, et l’on voit alors apparaître, chez l’animal comme chez l’homme, des signes progressifs d’insuffisance hépatique.

Dillérentes autres techniques portant sur le système veineux permettent d’étudier le détail de certaines fonctions du foie :

On j)eut comparer la teneur des sangs porte et sus-hépatique, pour connaître les modifications apportées au sang' par le loic. .Mais ce pro

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