Supra, ch. ^'I
port par les vents. Le moment venu, les étuissecoués par le vent s'ouvrent, la graine déploie ses ailes, le vent l'emporte où Dieu veut qu'elle reproduise Tespèce.
c) Règneanimal. L'organisme de l'animal présente deux caractères saillants de finalité : Vappropriation des organes et leur corrélation. Tout organe est parfaitement adapté en vue de la fonction qu'il doit remplir, comme il se voit pour l'œil et Toreille — et, d'un autre côté, « tout être organisé forme un ensemble, un système clos dont les parties se correspondent mutuellement et concourent à une même action définitive par une réaction réciproque » (Cuvier).
Ce qui est plus admirable encore que la structure et Tadaption des organes, c'est la sûreté, la précision et la variété des instincts, soit qu'ils tendent à la conservation de l'individu (instincts individuels), soient qu'ils tendent à la conservation de l'espèce (instincts domestiques), soit qu'ils profitent à la communauté (instincts sociaux).
Bossuet observe que les sculpteurs et les peintres semblent animer les pierres et faire parler les couleurs ; tant ils représentent vivement les actions extérieures qui marquent la vie. On peut dire, à peu près dans le même sens, que Dieu fait raisonner les animaux, parce qu'il imprime dans leurs actions une image si vive de raison, qu'il semble d'abord qu'ils raisonnent... Admirons donc, dans les animaux... la sagesse de Celui qui les a construits avec tant d'art qu'ils
semblent même agir avec art, bien que « chacun ne montre d'autre invention que celle de son Auteur » *.
Certains positivistes veulent qu'on explique Finstinct par Vhérédilé. Mais cette explication ne fait que reculer la difficulté, puisqu'il faudra remonter au principe de l'hérédité et en fournir la raison.
Ensuite, on pourrait énumérer bien des cas absolument inconciliables avec la théorie « héréditaire ». Citons l'instinct des « nécrophores ». « Ces animaux, dit P. Janet, ont l'habitude, quand ils ont pondu leurs œufs, d'aller chercher des cadavres d'animaux pour les placer à côté de ces œufs, afin que leurs petits, aussitôt éclos, trouvent immédiatement leur nourriture ; quelques-uns même pondent leurs œufs dans les cadavres eux-mêmes. Or ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est que les mères qui ont cet instinct ne verront jamais leurs petits et n'ont pas vu elles-mêmes leurs mères ; elles ne peuvent donc savoir que ces œufs deviendront des animaux semblables à elles-mêmes, ni prévoir par conséquent leurs besoins. — Chez d'autres insectes, les pompiles, l'instinct est plus remarquable encore ; dans cette espèce, les mères ont un un genre de vie profondément différent de leurs petits, car elles-mêmes sont herbivores, et leurs larves sont carnivores. Elles ne peuvent donc
1. Conn. de Dieu. ch. X. .^ 10; cf. S. Th., V 2-', q. XIII, a. 2, ad 3.
point, par leur propre exemple, présumer ce qui conviendra à leurs enfants » ^
Et maintenant il faut conclure et chercher l'auteur du bel ordre que nous venons d'admirer.
11 ne saurait avoir sa raison" d'être dans la (( matière » non plus que dans le << hasard », qui ne peuvent donner ce qu'ils ne contiennent aucunement, c'est-à-dire l'unité dans la variété, l'harmonie au sein des contraires, la subordination des moyens à la fin, des êtres inférieurs aux êtres supérieurs, une hiérarchie savante où chaque chose se trouve à sa place, une constance qu'aucun changement n'ébranle ni n'altère. « Des forces aveugles, se combinant sous l'empire de lois aveugles, et donnant naissance à une action intelligente, ressembleraient à des idiots et à des fous qui, mis en contact et transportés ou apaisés par cette rencontre, présenteraient tout à coup un ensemble admirable d'ordre, d'équilibre, d'harmonie » -.
Intelligente, la cause de cet ordre doit aussi être unique ; car les êtres innombrables qui peuplent l'univers, malgré leurs différences presque infinies, s'adaptent parfaitement les uns aux autres ^. « Il n'y a pas un seul être qui ne soit en relation avec le tout, qui ne se compose avec l'ensemble. Pour mettre chaque être en