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harmonie avec lui-même et avec le tout, il a fallu un esprit capable de tout concevoir, de tout embrasser, de tout créer, de tout ordonner. Ainsi nul être particulier n'est à lui-même sa cause, car poui- qu'il fût sa cause à lui-même, il serait nécessaire qu'il fut la cause du tout. L'unité harmonieuse du monde proclame une cause unique et supérieure au monde » '.
•La cause dont nous parlons est effectivement créatrice, quoi qu'en dise le philosophe allemand. En effet, si elle n'avait pas produit la matière, elle n'aurait aucune prise sur cette même matière, elle ne pourrait lui dicter ses lois, ou ne le ferait qu'en exerçant sur elle une sorte de violence, alors que la réalité nous montre toutes choses aussi empressées d'atteindre leur fin que si elles l'avaient choisie elles-mêmes, et si doucement inclinées vers cette fin qu'elles semblent n'obéir qu'à la loi de l'amour.
Remarquez encore que la cause du monde a du prévoir Vcwenir, pour établir un ordre que la rencontre des forces contraires qui s'agitent au sein de la nature ne pourrait atteindre, ou du moins qu'elle ne pourrait ébranler.
l. Ch. LÉvÈouE, Harmonies providenlielles, préf. p. 6, 2"= édit. « Impossibile estaliqua contraria et dissonantia in unum ordinem concordare semper, vel pluries, nisi alicujus gubernatione, ex qua omnibus et singulis tribuitur ut ad certum fineni tendant. Sed in mundo videniu?î res diversarum naturarum in unum ordinem concordare non ut raro et a casu ; sed ut semper, vel in majori parte. Oportet ergo esse aliquid cujus providentia mundus gubernetur ; et hoc dicimus Deum ». Cont. Gent. 1. I, c, 13 et la, q. 47, a. 3. c.
LES FONDEMENTS DE LA CONNAISSA.NCE. — 18.
Bien plus, elle a dû prévoir ce que ferait l'homme avec sa liberté, mis en présence de la nature et tenté de la gouverner elle-même, ou de la refaire sur un plan nouveau. L'auteur du monde a prévu tout cela, il a voulu tout cela, il a permis à l'homme de s'agitera son gré dans l'univers, d'y introduire toutes sortes de modifications, sans réussir jamais à rien changer aux lois de la nature.
Mais une puissance qui a fait sortir un monde du néant, n'est-ce pas une puissance infinie ? Une intelligence qui a tout conçu et tout embrassé, qui a réglé l'ensemble comme le détail, l'avenir comme le présent, qui a porté son regard sur les créatures libres aussi bien que sur les causes nécessaires, n'est-ce pas une intelligence infinie, n'est-ce pas le Dieu que nous cherchons ? « Et liane omnes dicunt Deum ».
S II. — Xaliire et attributs de Dieu.
I. — Voici sur ce grave sujet, les déclarations du principal représentant de la néo-critique : (( Le progrès de la science pose en des termes nouveaux le problème de Dieu ». — « Il serait facile de prouver que la vérité fondamentale de la religion, la foi en Dieu, a une histoire infiniment complexe, et que Tidée de la Divinité n'a pas cessé de se modifier, même dans le Christianisme » — « Les anciens docteurs craignaient moins que les théologiens modernes d'avouer sur ce point le caractère nécessairement inadéquat
<les conceptions et des formules dogmatiques. Comme il faut s'élever au-dessus de tout ce qui semble indigne de sa grandeur..., il faut (déclare Bossuet), à la fois s'élever au-dessus de tout ce qu'on croit le plus digne, de sorte qu'on n'ose plus, en un certain sens, ni rien dire ni rien penser de ce premier être, ni le nommer en soimême, parce qu'on ne peut pas même expliquer combien il est ineffable, ni comprendre combien il est incompréhensible » *.
« Je crois bien que l'on trouverait aujourd'hui à ces déclarations une saveur agnostique » -.
« Le progrès de la science pose en des termes nouveaux le problème de Dieu ». Assertion bien étrange, et dont l'auteur a négligé de nous indiquer la preuve.
Et comment le progrès de la science poseraitil en des termes nouveaux le « problème de Dieu », le problème de Dieu étant un problème transcendant, le problème par excellence de la Métaphysique ? Si, comme on Ta vu déjà, le progrès de la science n'a pas même effleuré « Tontologie de l'âme », comment aurait-il modifié « l'ontologie de Dieu », qui plane au-dessus de toutes les sciences humaines ?
Il serait plus juste de dire que le progrès de la science a mis davantage en lumière la contingence et l'ordre du monde, la finalité de chaque partie et l'harmonie de l'ensemble, la
1. Inslrucl. sur les étals d' oraison, second traité, édit. LÉVÊQUE, p. 52.