‹ Les Fondements de la connaissance et de la croyanceChapitre 168 sur 208 · Autour d'un petit livre, p · texte numérisé non relu

Autour d'un petit livre, p

Pour trancher la question historique des Livres saints — authenticité, intégrité, véracité — les non-catholiques n'ont pas d'autres garanties que celles de la critique, sujette à bien des hésitations, à bien des contradictions, à bien des erreurs, comme il est prouvé par sa propre histoire. Aux lumières de la critique et pour diriger au besoin leurs recherches personnelles, les catholiques ajoutent l'autorité de l'Eglise, qui a tranché plusieurs points restés obscurs pour les non-catholiques. Ils ont donc une garantie nouvelle même en matière historique.

rhisloire, et quil est impossible de les séparer tout à fait ». — « Si vous pouvez garantir que votre critique sera toujours conforme à la droite raison, prenez la liberté et usez de l'autonomie. Mais songez aux aberrations sans nombre d'une critique qui se disait si sûre d'elle-même, aux systèmes culbutés par d'autres systèmes. Il faut se prémunir contre ce péril, puisque nous côtoyons sans cesse ce qui est inconnaissable à la seule raison, et nous'préserver des divagations du sens subjectif en matière divine... L'obéissance n'est pas u-n esclavage irrationnel, précisément parce que le fait surnaturel est une partie de notre étude, et que nous n'avons pas reçu de Dieu la révélation particulière.

Mais je dis de plus que nous suivons une excellente métbode en pratiquant la critique sans jamais perdre de vue l'autorité de l'Eglise, parce que la règle même de la critique, c'est de tenir compte du milieu, et que l'Eglise est précisément le milieu où a paru l'Ecriture... » — <^ On n'entend jamais bien les textes sans connaître la société qui les a produits, et ici il s'agit de textes émanés d'une société ayant une foi définie et de textes qui sont régulateurs de cette foi. On ne peut pas prétendre, au nom des textes, que cette foi qu'ils ont contribué 5 faire naître ou du moins à entretenir, ne soit plus celle de la société la plus attachée qui ait jamais existé à sa tradition doctrinale » *.

l.La Méthode historique, p. 12, 17, 18, 19, 33.

M. Blondel, de son côté, a parfaiLement montré les lacunes, les équivoques et les dangers de (( l'historicisme », c'est-à-dire de l'histoire « séparée » et « indépendante )),dont M. Loisy s'est fait le protagoniste. « On commence par déclarer qu'on ne présume pas de résoudre les problèmes dogmatiques, ni même de pénétrer dans le domaine de la psychologie et de la métaphysique, mais bientôt on glisse sur la pente et l'on écarte, comme si elles étaient impossibles même à discuter et à concevoir, les affirmations de lordre moral on théologique, qui se donnaient comme une interprétation historique, elles aussi, des faits... et Ton fait jouer à la donnée historique le rôle de la réalité profonde » ; — d'une « méthodologie » et d'une u phénoménologie » on tire une « ontologie » qui n'est qu'un « phénoménisme » ; on va d'un déterminisme scientifique à une sorte d'évolutionnisme didactique qui croit avoir pénétré le secret spirituel de la chaîne vivante des âmes, parce qu'on a vérifié la soudure extérieure des anneaux qui n'en sont que le cadavre... L'historicisme tend à prendre les phénomènes extérieurs... pour la mesure de ce qu'on peut scientifiquement connaître. Toute autre source lui paraîtra extra-historique ; il estimera qu'il n'a pas à en tenir compte et qu'on n'arrivera jamais à rien connaître de l'histoire réelle qu'en passant par son canal et qu'en usant de ses ressources propres » ^.

1. La Quinzaine, Les lacunes de l'exéijcsc moderne. Itj janvier, 1" et 10 février 1901, p. 10 et 11.

II. — La Ivadilion dont il s'agit ici est la tradition « dogmatique », en tant qu'elle contient la parole de Dieu qui n'a pas trouvé place dans TEcriture.

Le Concile de Trente en décrit ainsi l'origine, la nature et les titres : « Le saint Concile reçoit les Traditions avec la même piété et le même respect que les saints livres ; traditions concernant la foi ou les mœurs et qui dictées de vive voix par Jésus-Christ ou par l'Esprit Saint se sont conservées dans l'Eglise catholique par une suite ininterrompue » K

Il n'est donc point ici question d'une simple tradition « ecclésiastique )),mais d'une tradition « dogmatique » ou « morale » par son objet, divine par son origine, aussi vénérable que l'Ecriture elle-même, puisqu'elle nous présente également la parole de Dieu, bien que sous une forme différente.

En ce qui concerne le Nouveau Testament, la tradition dogmatique orale a pour auteur principal Jésus Christ, chargé par son Père de révéler aux hommes les vérités nécessaires au salut. Mais Jésus ne jugea pas à propos de révéler aux apôtres toute la vérité ; le Saint-Esprit compléterait en temps opportun son œuvre de docteur. « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les porter à présent. Quand le Consolateur, l'Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne par-

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