BossuET, Conn. de Dieu et de soi-même, c. 1, § IG
§ 1. — Caractère et rôle de la sensation.
La connaissance est représentative et c'est là ce qui la distingue essentiellement des phénomènes affectifs. Ceux-ci, en effet, se passent tout entiers à l'intérieur du sujet et n'ont d'autre résultat que de déterminer en lui une modification nouvelle.
Un autre caractère de la connaissance, c'est Y activité ; on ne peut se représenter quoi que ce "soit sans agir. Voir, entendre, comprendre, sont des actes aussi réels que digérer, vouloir, marcher. Une métaphore des plus expressives est couramment employée pour désigner certains phénomènes cognitifs : on dit qu'on saisit, qu'on saisit bien, pour dire qu'on comprend, qu'on comprend parfaitement.
Mais, comme plusieurs autres actes, la connaissance se présente tour à tour sous la forme directe ou spontanée, et sous la forme consciente ou réfléchie.
Nul doute que la pensée ne soit un phénomène actif et cognitif. Mais en va-t-il de même de la sensation ? Les ciiticistes ne voient en elle qu'un état d'âme, qu'une impression, et ils accordent à la raison le monopole de la connaissance. — Avec Aristote, l'Ecole met la sensation au nombre des phénomènes actifs, et la tient pour une vraie connaissance, pour la première en même temps que la moins parfaite de nos connaissances.
Bossuet formule en ces termes l'opinion de l'Ecole : « Nous pouvons définir la sensation, la première perception qui se fait en notre ame, à la présence des corps que nous appelons objets, et ensuite de l'impression qu'ils font sur les organes des sens » K
Consultons là-dessus l'expérience. V"oici les animaux, dépourvus, comme on sait, de toute raison ; ne révèlent-ils pas des faculjtés cognitives nombreuses, variées et développées ? Le chien ne connaît-il pas son maître, l'oiseau son nid, l'agneau sa mère ?
Comme nous le disions tout à l'heure, voir et entendre sont des actes ; et ce sont des actes cognitifs puisqu'ils nous représentent des couleurs et des sons.
Mais cette connaissance n'a rien d'immatériel, car elle s'arrête aux qualités physiques des corps. Il faut donc l'attribuer^à une faculté proportionnée à son objet, et du même ordre que