Art. cit., p
théologiens scolastiques et les théologiens critiques.
« De par la sagesse du passé, les instructions expresses des souverains pontifes et la nature même des choses, les théologiens scolastiques ont seuls, à peu près, la charge et l'honneur de la formation intellectuelle des clercs... Il est de toute évidence qu'il faut, à la hase des sciences ecclésiastiques, un corps de doctrines fermement assis et rigoureusement enchaîné dans toutes ses parties ; or la méthode scolastique a tous les titres pour donner cette première et nécessaire initiation.il esta peine hesoin d'y insister : c'est là précisément que les futurs prêtres se feront, aucontact del'admirable théologie de S. Thomas, cette santé intellectuelle, qui leur permettra d'affronter, sans risque pour l'absolue rectitude de leurs idées, le chaos des doctrines hétérodoxes, ou les hardiesses de la critique libérale. — C'est encore là qu'ils se feront une idée exacte des droits, des exigences et des limites de l'enseignement dogmatique de l'Eglise, et je ne crois pas qu'il y ait de théologien sérieux dans l'école critique pour contester le bien fondé de ces observations...
Cependant au sortir du séminaire ou de la faculté de théologie, un fait opposé à celui queje signalais tout à l'heure, se manifeste aussitôt. Les sciences, considéréesjusque-là comme auxiliaires de la théologie dogmatique, passent au premier rang : l'histoire et la littérature religieuses deviennent l'objet presque exclusif des
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études que poursuivent les prêtres qui ont les aptitudes et le loisir suffisant à la science. Et je ne vois pas qu'alors les théologiens de Técole critique jouissent d'une situation moins privilégiée à l'égard de leurs élèves, moins nombreux, mais plus instruits et plus amis du travail, que celle des théologiens scolastiques à l'endroit des étudiants plus jeunes ^..
« L'application des deux méthodes, scolastique et critique, aux sciences religieuses est d'ailleurs nécessaire à leur progrès. La première doit garder son rôle prépondérant dans la formation intellectuelle des théologiens, et faire ensuite une part plus large à l'autre...
Nous avons constaté déjà que le mal foncier de notre temps, en matière religieuse, était dans ces théories qui attaquent et faussent l'instrument « philosophique » nécessaire à la vie d'esprit du croyant. Et encore, que le mouvement intellectuel hors de l'Eglise se concentre de plus en plus sur le terrain de l'histoire et des faits.
Le besoin de nos contemporains, d'une part,
1. L'auteur insinue que «- ce quon reprocherait plus volontiers aux maîtres de la jeunesse cléricale, c'est de ne pas assez montrer les attaches de leur enseignement avec l'ensemble des questions positives, de ne pas satisfaire, dans le contrôle des textes, aux sévérités des exigences modernes », et que, dun autre côté. i( il serait bon de donner aux recherches positives une charpente dogmatique plus assurée », et que ceux qui s'adonnent aux études historiques « gagneraient beaucoup en autorité à serrer de plus près la tradition ecclésiastique, à témoigner envers les Ecritures et les Pères dun respect dont toute l'antiquité chrétienne leur a donné l'exemple ».
leur goût décidé, de raulrc, imposent donc à qui veut les conquérir et les sauver la nécessité de faire progresser en même temps les études scolastiques de la philosophie chrétienne et les études critiques d'histoire religieuse. Quant à rhégémonie des unes sur la formation théologique proprement dite, et des autres sur les travaux ultérieurs qui compléteront cette formation en s'appuyant sur elle, nous avons remarqué qu'elle existe de fait, et qu'on ne conteste guère la sagesse générale de ce partage.
Est-il superflu, cependant, de mettre en lumière, d'un autrepoint de vue, la supériorité que j'appellerai « pédagogique » de la méthode scolastique ? En la louant plus haut, je n'envisageais que les futurs théologiens ; mais ils ne sont pas seuls, ni les plus nomhreux, dans nos grands séminaires. Cette majorité qu'on destine au ministère direct doit avoir, elle aussi, une connaissance générale suffisante du vaste domaine des sciences sacrées. Or qui se chargerait de faire explorer en si peu de temps, et comme à vue cavalière, par tous ces jeunes esprits, un coin seulement de ce champ, en usant de la méthode critique avec la rigueur qu'elle exige ? Qui ne voit qu'elle est faite pour la découverte plus que pour la formation ?
Au contraire, le maître scolastique va droit à l'énoncé dogmatique. Il définit les propositions, expose les systèmes et les juge brièvement, résout les objections principales... Il en résulte un système un peu fruste, mais solide et bien
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uni, de connaissances, imposées, il est vrai, par le dehors plutôt que conquises par le travail personnel, mais enfin comprenant, dans un édifice théologique sûrement fondé sur le vrai défini, tout ce qu'il est absolument indispensable à un clerc de connaître. La docilité du disciple l'accepte d'abord, sa réflexion se l'appropriera. Vouloir substituer à cet enseignement, ou même faire coïncider avec lui des initiations un peu approfondies aux sciences ecclésiastiques spéciales, aux langues orientales par exemple, à la critique des sources et des textes, ne seraitce pas partager Fillusion des savants qni s'étonnent de ne pas voir Tépigraphie ou la diplomatique figurer au programme du baccalauréat ? Qu'au fond dogmatique constitué à tous les élèves ecclésiastiques par leurs quatre ou cinq ans d'études s'ajoute un ensemble de notions scripturaires et historiques ; qu'on développe chez les mieux doués les aptitudes scientifiques qu'ils manifesteront, rien de mieux ; et nous le désirons tous. Mais il y a loin de ce progrès aux surcharges que cei'tains érudits, rompus de longue date aux études personnelles, rêveraient d'imposer à nos séminaristes. Laissons-les donc à la simple et vigoureuse discipline du magistère scolastique » *.
1. De Grandmaison, S. J. Théologiens scolastiques et ihéolo giens criliqiies. Eludes, 5 janvier 1898, p. 33-36.
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