L'OR TENSE
Les rapports individuels et sociaux, chez les [sraélites, impliquaient certaines notions de droit, d'égalité, de justice, d'amour fraternel et même d'humanité. Chacun est tenu de respecter les biens et la vie de son semblable, faute de quoi la pénalité est réglée par une Justice brutale, celle du Talion : « Œil pour œil, dent pour dent »,tempérée, il est vrai, souvent, par des compensations pécuniaires. Or, comme Israël est, avant tout, le peuple élu, le premier de ses devoirs, le principe essentiel de sa morale, est le culte dû à son Dieu, le vrai Dieu qui l’a retiré du pays d'Egypte, de la maison de servitude. L'Ethique, ici associée à de nombreu-: ses pratiques religieuses, ne devait guère s’en distinguer. En elle-mème elle est élémentaire.
Après l'évolution de la tradition juive survient le christianisme, chez lequel 1l y a à distinguer, dès ses origines, certaines tendances auxquelles il n'a donné qu'une suite incomplète, associées à d’autres tendances qui sont fondamentales dans son histoire. Tout d'abord, il faut constater la pater-
nité de Dieu, sa providence qui n'avaient jamais
été si péremptoirement affirmées, bien qu'admises antérieurement, son amour pour ses créatures, leur fraternité mutuelle qui découle de ce fait qu'elles sont les enfants du Père céleste, leur égalité parfaite qui est la condamnation implicite de l'esclavage. Dieu nous ayant aimés le premier, nous sommes tenus aussi de l'aimer, et en tant que frères de nos semblables, nous devons les aimer
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comme nous même. Ces principes énoncés, comme le résumé de la loi et des Prophètes, sont la formule générale sous laquelle se présente la loi nouvelle. Soit dit en passant, il y a ici une remarque essentielle à faire, c'est que nous devons aimer notre prochain comme nous-même, pas plus que nous-même, expression qui impliquerait le dévouement. La donnée israélite n’est pas encore dépassée.
Mais l’exemple de Jésus-Christ proposé à l’imitation des fidèles, comme un Idéalréalisé : « Il nous a laissé un exemple, pour que nous suivions ses traces », entraîna une modification profonde dans la doctrine de l'Amour. Le Christ s'était dévoué pour le genre humain, il était l'Agneau pur et sans tache, offert en propitliation pour les péchés de tous, car tel était incontestablement, d’après la tradition juive, le rôle des victimes. D'où il résulte qu à limitation du divin Maître, nous devons aussi nous immoler pour le service de Dieu et de Jésus-Christ; nous devons nous dévouer pour notre prochain, et, par conséquent, l'aimer plus que nous-même, bien qu'il puisse nous haïr et nous persécuter. Or, cet amour agrandi, exalté pour Dieu notre père, pour Jésus-Christ notre frère et pour chacun de nos semblables, paraît avoir très particulièrement, quand il se manifeste, un caractère individuel, et ne s'adresse d'aucune facon à cette collectivité qu’on appelle la Cité, la Patrie, la Société ou l'Etat qui en est le type le plus élevé. Plus tard, lors-
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qu'après la disparition du Maître, la notion d’Eglise fut intervenue, on la considéra, avec saint Paul, comme étant le corps même du Christ, et, en aimant l'Eglise, c'est encore au Christ lui-même que notre amour s'adresse.
La même modification de la doctrine de l'Amour s'estaussi produite dans certaines théories contemporaines. C’est ainsi qu’au nom de l'Altruisme, Comte exige que l’homme se dévoue à l'humanité. Ziégler, se faisant le porte-paroles de Socialistes conscients ou inconscients, exige que tout individu se sacrifie à la Cité, à la collectivité, à la Société. Le Positivisme primitif et le Socialisme qui, sous ce rapport, ne font qu’un, se sont donc inspirés du Christianisme, dans l'espèce, mais ne l'ont nullement imité. |
On voit d'après ce qui précède, la morale individuelle et la religion procéder, essentiellement, d’un seul et même principe, savoir l'Amour, et celui-ci, restreint par le Juif aux hommes de sa foi et de sa race, prendre une extension singulière, puisqu'il s'adresse désormais à toute créature humaine. La grâce divine n'est plus le privilège d'une petite peuplade, « salutaire à tous les hommes » elle s'offre indistinctement à tous, Israélites ou Genils, esclaves ou libres. Quant aux rapports d’ordre général qui résultent de l’état de société, ils ont paru n'avoir qu'une médiocre valeur aux yeux de Jésus-Christ, qui s'est contenté de dire que son royaume e n'était point de ce monde, et qu'il fallait
rendre à César ce qui appartient à César. Rien ne prouve que, pour lui, l'Amour eût un rôle quelconque à jouer dans les rapports de cette nature. Il commande l’obéissance comme saint Paul et rien de plus. Mais ce dernier a apporté ici un correcuf nécessaire, quand il a dit : « Jugez s’il est juste devant Dieu d’obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». |
La conception du mal, d'après la morale religieuse chrétienne, se rapproche de celle que nous voyons dominer dans le monde antique. Les païens se sont proposé d’apaiser la colère des dieux, ou seulement de leur être agréables par le sacrifice ou de simples offrandes. Dans la donnée de l’apaisement du courroux céleste, le mal était évidemment pour eux autre chose qu'une erreur ou un moindre bien. Chez les Juifs, il en fut de même et leurs sacrifices avaient le caractère d’expiation, fait général chez les Sémites. Conformément à la tradition qui a régné jusqu à ce jour parmi les chrétiens, ce caractère d’'expiation pour apaiser la colère de Dieu, est attribué à la mort du Christ. La doctrine de saint Paul, devenue celle de l'Eglise, est on ne peut plus catégorique à cet égard. Jésus est mort pour nos offenses et nous a ainsi rachetés des suites du péché, savoir de la condamnation éternelle. Toutefois on ne saurait se dissimuler que l'enseignement personnel de Jésus-Christ ne soit quelque peu dissemblable. En effet, il invite tous les pécheurs à la repentance et à l'amour pour Dieu,