‹ Les fondements de la moraleChapitre 11 sur 62 · UT RE · texte numérisé non relu

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le père commun des hommes, et il déclare à ceux qui répondent à son appelque leur foi les a sauvés ; et cela, sans faire intervenir toujours et quand même, comme condition sine qu& non le sacrifice expiatoire de sa vie. Quoi qu'il en soit le sentiment du péché, la repentance et le pardon du péché semblent être le fondement même des rapports nouveaux établis entre Dieu et l'Homme, par le ministère de Jésus-Christ (1). L’expiation, par la mort sur la croix, ne serait-elle point une conception, surtout théologique, inspirée par le Judaïsme antérieur? Vrai ou faux, ce jugement est assez naturel, surtout lorsque l’on songe aux paroles suprèmes prononcées par le Christ, avant

(1) D'après les Synoptiques, il semblerait que la rémission des péchés (&peous &«uaott&v) peut consister dans le pardon, après repentance, ou dans le pardon obtenu par l’expiation personnelle de Jésus-Christ. Ainsi Mathieu (ch. XXVI, v. 25) parle du sang répandu pour la rémissiou des péchés, Dans la même circonstance, Marc dit : Le sang versé pour beaucoup (ch. XIV, v, 24). Luc : La nouvelle alliance en mon sang versé pour vous (ch, XXII, v, 20).

Il y a là sans doute des nuances et, dans l'ensemble, un certain manque de précision, mais ce qui est très net, c’est que Marc dit que Jean-Baptiste prêchait le baptême de repentance, pour la rémission des péchés (ch. Ier, v. 4). De même Luc : Jean-Baptiste prêchait le baptême de repentance, pour la rémission des péchés (ch. III, v. 3), Le côté moral et anecdotique domine singulièrement dans les trois premiers évangiles. La théologie en est fort restreinte.

Dans l'évangile selon saint-Jean, à tendance très différente, il est question du pardon des péchés, mais il n’est rattaché nulle part à l'idée d’expiation. « Va et ne péche plus », est-il dit à la femme adultère, C’est le pardon gratuit, ;

d'expirer : Eloï, Eloï, lamma sabachthani ? (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?)

Rien n'est plus éloigné du christianisme que de considérer le mal comme une erreur ou un moindre bien.

L'Amour de Dieu est le premier des devoirs.

Ce principe est le germe d'une révolution considérable, absolument étrangère comme origine à une révolution analogue provenant de la philoso phie (1). Cet amour pour Dieu entraîne, comme

conséquence, certaines obligations qui peuvent,

l'expérience ne l’a que trop prouvé, se trouver en

désaccord avec les lois humaines. Les pouvoirs

politiques doivent être respectés, obéis d’une manière générale, parce qu’ils représentent l'autorité souveraine, confiée par Dieu lui-même aux conducteurs des peuples. Mais, parfois, ces pouvoirs se mettent en opposition avec la loi divine, auquel cas le devoir d'obéissance à celle-ci s'impose impérieusement. Condamnation formelle de Îa pensée antique, pour laquelle la cité est religieuse par essence, et ce caractère s'attache à toutes ses manifestations dans l’ordre civil. Le christianisme, d’ailleurs, avait autre chose, dans sa terre d’origine, que des antécédent théocratiques tendant à identifier le citoyen et le croyant, l'enfant d'Israël et l'élu de Dieu. En entrant en captivité, les Juifs

(1) La distinction des lois naturelles ou divines et des lois humai-

nes, faite par Socrate,

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étaient sortis des conditions analogues au Caractère religieux uniforme de l'antiquité gréco-romaine. Le pouvoir civil n’était plus et ne pouvait plus être le pouvoir religieux; la distinction était d'ailleurs déjà établie, depuis le règne de Saül, mais peut-être facultative avec celui-ci, elle devenait obligatoire avec un souverain étranger. Le judaïsme eut ses martyrs préférant obéir à Dieu qu'aux hommes, Le christianisme, enfant et héritier d'Israël, eut l’occasion d'exercer, sur une échelle infiniment plus grande, les revendications de la conscience religieuse. Juifs et chrétiens ont affirmé, à la face du monde, l'existence d’un droit sur lequel l'autorité civile n’a aucun empire, et, par conséquent, sous ce rapport, la prééminence de l'individu sur la collectivité, la cité, l'Etat. Il y a là un principe essentiel et nouveau, absolument étranger à Îa cité antique, lequel a dû être parfois mis en lumière, par des circonstances accidentelles, mais qui était la Conséquence directe et nécessaire de [a souveraineté sans limites et de la paternité de Dieu. Plus tard des confusions ont pu s'établir à nouveau, après le triomphe général du christianisme en Europe; on à pu revenir à la donnée de l’ancien paganisme, sous l'empire de régimes que dominait de haut la théocratie du Pontife suprème. On ne pouvait plus être religieux qu’à la façon du Souverain, et qui cessait d’être religieux, de cette manière, perdait sa qualité de membre de la cité, pouvant être frappé dans sa personne et dans ses

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biens. Néanmoins ces confusions, quoique durant encore, n'ont plus qu'une influence restreinte, grâce à l'importance qu’a prise, de nos jours, la notion du droit personnel, cette véritable caractéristique de la Révolution française.

La prédication du Christ ne faisait, et ne pouvait faire qu’un cas médiocre de la vie présente, qui n'était, pour lui, qu une préparation à la vie à venir, au royaume de Dieu. Les premiers disciples crurent même, généralement, que ce royaume devait se réaliser à échéance prochaine, et sur la terre même. Dans de pareilles conditions, et ce monde et tout ce qui nous y attache ne peuvent avoir qu'une valeur des plus restreintes. En conséquence les richesses, qui nous détournent si aisément de la seule chose nécessaire. sont condamnables et condamnées : le riche est un suspect. La pauvreté est honorée, mise en contraste avec la richesse. Notre corps, la pâture attendue des vers, n’est qu'un peu de poudre revenant à la poudre; on

ne saurait le tenir en aucune estime, Cependant

il nous offre une utilité certaine dans sa capacité, son aptitude pour la douleur. Jésus-Christ a souffert dans son corps pour nos péchés, nous devons limiter et souffrir corporellement, soit pour nos propres péchés, soit pour ceux d'autrui. De là les souffrances imposées à ce misérable corps, de là les tortures si diverses qu'on lui a infligées.

Dans ce que je viens de dire, il y a un ensemble de conséquences dont les unes paraissent

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